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07/12/2014

Diplomatie: anthropologie et traditionalisme (Alexandre Douguine)

 

Alexandre Douguine, Pour une théorie du monde multipolaire, Diplomatie: anthropologie et traditionalisme, pp. 180-185, aux éditions Ars Magna

 

Dans les théories classiques des relations internationales, un groupe est constitué de personnes spécialement habilitées, qui sont engagées dans la planification et la réalisation de la politique étrangère de l’État. Il s'agit de membres du corps diplomatique. Son rôle dans les relations internationales est très important, car la structure des relations internationales dépend dans une large mesure de la compétence et l’efficacité des diplomates. Ce ne sont pas des diplomates qui déterminent la politique étrangère, cette dernière étant, en règle générale, du ressort du chef de l’État ou de tout autre organe. Mais dans la pratique, le corps diplomatique met en œuvre les décisions, et les relations internationales dépendent énormément de l'habilité des diplomates à assurer leur mission. C'est pourquoi dans le système westphalien, l'engagement dans la diplomatie nécessite une formation spéciale, une familiarité avec différents pays et leur psychologie nationale, des compétences particulières dans la manière de se comporter et dans les méthodes de négociation. Le plus souvent, les diplomates représentent l'élite de la société et sont recrutés dans ses couches supérieurs.

 

La multipolarité met l'accent sur des exigences supplémentaires vis-à-vis du corps diplomatique. Les relations inter-civilisationnelles sont réduites au dialogue, et en temps de paix, ce dialogue atteint sa plus grande formalisation au travers l'action que mène le corps diplomatique, qui représente une civilisation face à l'autre. Ainsi dans le contexte de la théorie du monde multipolaire, la diplomatie développe une nouvelle dimension qualitative : elle se voit confier la mission du dialogue entre les civilisations. Nous avons vu que dans la théorie du monde multipolaire, l'élite intellectuelle de la civilisation était responsable d'un tel dialogue. Par conséquent, le corps diplomatique devrait faire partie intégrante de cette élite. Appartenir à l'élite intellectuelle nécessite d'être capable d'une réflexion en profondeur sur l'identité de sa civilisation, en englobant toutes ses strates, ses dimensions multiples et ses schémas non linéaires. Par conséquent, les représentants de l'élite intellectuelle doivent, par définition, se singulariser par des compétences extraordinaires dans le domaine de la philosophie (et/ou de la théologie). Cette exigence est entièrement étendue aux diplomates, ce qui exige d'eux, qui parle au nom de leur civilisation, une compétence supplémentaire : être capable de comprendre la structure d'une autre autre civilisation, avec laquelle le dialogue est engagé, et de maîtriser, d’interpréter et de traduire (quoique approximativement), le sens que peuvent avoir les concepts dans différents contextes civilisationnels. Dans le monde multipolaire, le diplomate doit incarner l'identité de sa propre civilisation, mais doit également être capable d’accéder à une autre identité civilisationnelle, et de la pénétrer profondément pour la comprendre.

 

Cela nécessite la connaissance de sujets particuliers, qui peuvent avoir des correspondances dans des contextes civilisationnels très différents.

 

A cet égard, nous devons rejeter immédiatement l'hégémonisme occidental, qui prétend avoir une explication universelle des principaux systèmes sociaux, politiques et idéologiques (sur la base des critères et des normes de la civilisation occidentale elle-même). Les versions occidentales des sciences humaines (philosophie, histoire, sociologie, droit, sciences politiques, études culturelles, etc.) sont complètement imprégnés d'ethnocentrisme et de désir d'hégémonie épistémologique. Par conséquent, se baser sur l'hégémonisme occidental conduit sciemment à sortir du système multipolaire. Compte tenu de l'évidente facilité d'accès et du caractère très documenté des cultures, des philosophies et des systèmes de pensée occidentaux, on arrive plus ou moins rapidement à la conclusion que le modèle hégémonique occidental doit être sciemment rejeté comme impropre à la formation intellectuelle et spirituelle du corps diplomatique dans le monde multipolaire.

 

Ce n'est qu'à la périphérie de la science et la philosophie occidentale que peuvent être trouvée les techniques et théories, qui pourraient servir d'outils conceptuels importants pour l'éducation des professionnels participants au dialogue des civilisations. En premier lieu, il y a lieu de faire référence à l'anthropologie culturelle et sociale. Les représentants de cette discipline ont mis au point une méthode pour l'étude des sociétés archaïques, qui ambitionne d'élaguer sciemment les projections des théories centrées sur l'Occident des objets sociaux de leurs études. Les anthropologues ont mis au point un système de règles, qui permet de se rapprocher le plus possible du monde de la vie des sociétés non-occidentales, afin de déterminer les structures de leurs idées symboliques et mythologiques, d'en comprendre la complexité aussi bien que les taxonomies superficielles. Cette approche tranche singulièrement avec la tendance à la systématisation, familière à l'homme occidental. Au sein de la science occidentale, les méthodes anthropologiques sont appliqués presque exclusivement aux cultures qui ne possèdent pas d'écriture, laissant l'analyse des sociétés plus complexes (en fait, les civilisations) aux disciplines classiques : la philosophie, l'histoire, la sociologie, les études religieuses, etc.

 

Dans le contexte du monde multipolaire, cette approche anthropologique peut être appliquée avec succès à l'étude des civilisations. Et si nous respectons strictement les règles de l'anthropologie culturelle, nous avons une chance d'obtenir des spécialistes et des intellectuels, véritablement indépendants de l'hégémonie épistémologique de l'Occident, et donc en mesure de comprendre en profondeur les codes de civilisation, qui diffèrent de leur propre identité et de déconstruire leurs complexes identitaires typiques.

 

Dans la théorie du monde multipolaire, la diplomatie doit être étroitement liée à l'anthropologie, et la compétence diplomatique devrait être accompagnée de la maîtrise des compétences de base de la pratique anthropologique.

 

Le deuxième élément, propre à organiser la diplomatie inter-civilisationnel dans des circonstances de ce monde multipolaire, réside dans la philosophie traditionaliste. La plupart des civilisations existantes aujourd'hui sont des sociétés traditionnelles, le sacré, les symboles, les rituels et les mythes jouent, comme on le sait, un rôle crucial. Les différentes religions sont fondées sur leurs propres conceptions théologiques originales, qui sont irréductibles à d'autres concepts, ou bien y sont réductibles, mais seulement moyennant d'énormes distinctions, qui aboutissent à en fausser le sens originel. Les tentatives visant à construire des modèles syncrétiques pour la facilitation du dialogue interreligieux ne mènent nulle part, car elles sont immédiatement confrontées à l'opposition de l'orthodoxie conservatrice et ne débouchent finalement que sur des vagues de protestations dans les civilisations elles-mêmes. On voit donc que ni la base fournie par l'Occident non laïque, ni le syncrétisme religieux ne peuvent être utiles pour la pratique diplomatique dans le domaine de la communication entre les religions, qui constitue, dans une large mesure, l'un des aspects les plus significatifs et les plus importants du futur dialogue entre civilisations.

 

Dans cette situation, il faut bien prendre conscience qu'il n'existe qu'une seule voie possible, qui consiste à prendre pour base les principes issus de la philosophie traditionaliste (René Guénon, Julius Evola, Mircea Eliade, etc.). Cette approche permet d'identifier la carte sémantique, commune à toutes les authentiques sociétés traditionnelles, ce qui rend cette méthode optimale pour la plupart des civilisations.

 

Les principes développés par la philosophie traditionaliste permettent de bâtir un dialogue complet et sémantiquement correct entre les civilisations.

 

Après avoir mis en évidence les principales orientations de la diplomatie multipolaire, nous avons établi les bases théoriques de son développement. Bien évidement, d'autres compétences sont également attendues de la part des diplomates professionnels, et doivent être prise en compte dans leur préparation : la connaissance des conditions technologiques des autres civilisations, les aspects technico-militaires et stratégiques, la démographie, l'écologie, les problèmes sociaux, les migrations, etc. Cependant, le dialogue des civilisations suppose, en tout premier lieu, que soit établi un canal de transmission du sens et des significations. Sans ce canal, tout savoir technique serait privé de base solide et représentera une connaissance inutile ou déformée. Ce ne sont ni les questions de guerre et de paix, ni celles relatives au commerce ou aux blocus, aux migrations ou à la sécurité, aux sanctions économiques ou aux chiffre d'affaires du commerce, qui devraient occuper les esprits dans la diplomatie du monde multipolaire, mais les questions de sens, de philosophie, de circulation des idées (au sens platonicien du terme)/ Par conséquent, la diplomatie sera transfigurée en une profession en quelque sorte sacrée. 

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 The Fourth Political Theory: beyond left and right but against the center

La Métaphysique de la Machine-à-Laver (Alexandre Douguine)

 

Alexandre Douguine, La Quatrième théorie politique: La Russie et les idées politiques du XXIième siècle, Chapitre V Qu'est-ce que le conservatisme ?, pp. 85-86, aux éditions Ars Magna

 

Ainsi arrive le postmoderne. Que peut-on lui opposer ? Et peut-on lui dire non ? Il s'agit d'une question de fond.

 

 D'ailleurs, en partant de cette même thèse libérale selon laquelle l'homme est libre, on sous-entend qu'il est toujours libre de dire non  à tout ce que à quoi il souhaiterait dire non.

 

 Or, ici, se trouve un moment dangereux de la philosophie de la liberté qui, sous l'égide de l'absolutisation de la liberté; commence à retirer à la liberté elle-même la liberté de dire non.

 

 Le modèle libéral occidental répond alors: vous voulez vous opposer à nous ?  Faites-le, vous en avez le droit, mais vous ne pourrez pas désinventer la machine à laver. La machine à laver constitue l'argument absolu des partisans du progrès.

 

 En fait, tout le monde veut en posséder une, les Africains, les Indiens, les conservateurs, les orthodoxes. Les communistes aussi, en vertu d'une autre logique, évoquaient la nécessité et le caractère irréversible du changement des formes de production. Ils estimaient que le socialisme arriverait après le capitalisme. Le socialisme est arrivé bien que nous n'ayons pas eu de capitalisme, est resté un certain temps, a anéanti une grande quantité d'individus avant de disparaitre.  Il en est de même avec les machines à laver.

 

 Et si on réfléchit à la métaphysique de la machine à laver, si on pense à quel point elle se trouve en accord avec les véritables valeurs d'un système philosophique, alors on arrive à la conclusion que, dans l'ensemble la vie humaine est possible même sans machine à laver et peut même être tout à fait heureuse. Mais pour la société occidentale il s'agit d'une situation horrible, presque sacrilège.

 

 On peut tout comprendre, mais comment vivre sans machine à laver ? Il s'agit d'une véritable affirmation antiscientifique: la vie sans machine à laver est impossible. Elle n'existe pas. La machine à laver est la vie. Voilà en quoi consiste l'action de la force de l'argument libéral qui affiche son côté totalitaire.

 

 Dans toute libération il y a toujours un élément de contrainte, c'est là le paradoxe de la liberté. Il y a contrainte ne serait-ce qu'à penser que la liberté constitue la valeur suprême. Imaginez qu'un individu dise : la liberté est la valeur suprême. Un autre réplique : pas du tout. Alors le premier répond : Tu es contre la liberté ? Je suis prêt à tuer pour la liberté.

 

 Le libéralisme comporte l'idée selon laquelle il ne peut y avoir d'alternative à lui-même. Il y a ici une certaine vérité. Si le logos, la rationalité, a pris le chemin de la liberté, si le logos social s'est lancé dans l'aventure de la libération totale, où le premier mouvement dans cette direction a-t-il eu lieu ?

 

 Il convient de le chercher non pas à l'époque où sont apparus Descartes, Nietzsche, ou au XXe siècle mais quelque part chez les présocratiques. Heidegger a vu ce moment dans la conception de la physis, ainsi que de façon plus marquée dans l'enseignement de Platon sur les idées. Mais l'important est ailleurs : le mouvement du logos vers la liberté n'est pas dû au hasard et malgré tout, il est possible de lui dire non.

 

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 The Fourth Political Theory: beyond left and right but against the center

 

Le réalisme et ses limites (Alexandre Douguine)

 

Alexandre Douguine, Pour une théorie du monde multipolaire, Le réalisme et ses limites,  pp. 24-30, aux éditions Ars Magna

 

L'un des deux principaux paradigmes qui dominent les relations internationales, est le réalisme. Le réalisme possède plusieurs variétés : du réalisme classique de H. Morgenthau, E. Carr et R; Aron en passant par le réalisme moderne de H. Kissinger, jusqu'au néo-réalisme de K. Walts, S. Walt ou R. Gilpin.

 

Les postulats de base du réalisme sont les suivants :

 

- Les principaux acteurs des relations internationales sont les États-nations ;

- La souveraineté des États-nations implique l'absence de toute autorité réglementaire, dépassant les frontières de l’État ; 

- Ainsi c'est l'anarchie (le chaos) qui règne entre les différents pays dans la structure des relations internationales ;

- Le comportement de l’État sur la scène internationale est soumis à la logique de la sécurisation maximale des intérêts nationaux (réductible à un calcul rationnel dans chaque situation particulière) ;

- L'autorité de l’État souverain est la seule instance compétente pour conduire la politique étrangère, la comprendre et la mette en œuvre (les citoyens ordinaires, des individus lambda, par définition, ne sont pas compétents pour juger le domaine des relations internationales et ne sont pas en mesure d'influencer les processus se produisant y ayant cours) ;

- La sécurité des États face à la menace ou la rivalité extérieure potentielle est la principale tâche de l'autorité politique du pays dans les relations internationales ;

- Tous les États sont potentiellement en guerre les uns contre les autres pour assouvir les intérêts égoïstes (la guerre potentielle ne devient réelle que dans certaines situations où les conflits d’intérêts atteignent un niveau critique) ;

- La nature des États et celle de la société et celle de la société humaine reste immuable quelles que soient les changements historiques et ne sont pas enclines à changer dans le futur ;

- L'aspect factuel des processus dans les relations internationales est plus important que l'aspect normatif ;

- Le niveau ultime d’explication des structures des relations internationales et des évènements y prenant place, est l’identification des faits objectifs et de slois, qui ont une base matérielle et rationnelle.

 

Le réalisme dans les relations internationales présente cette différence qu'il perçoit le système westphalien comme une loi universelle, qui existait déjà dans les premiers stades de l'histoire, mais qui aurait été reconnue et adoptée par la majorité des puissances européennes développées à partir du XVIIème siècle. L'approche réaliste européenne est basée sur le principe de l'absolutisation de la souveraineté des État-nation et de l'importance de premier plan des intérêts nationaux. Dans le même temps, les réalistes ont accueilli avec scepticisme toute tentative de créer des institutions juridiques internationales qui prétendent réguler les processus au sein des relations internationales, sur la base de normes et de valeurs à caractère international (supra-national). Toute tentative de limiter la souveraineté des États-nations est vu par les réalistes comme une forme d' "idéalisme" (E. Carr) ou du "romantisme" (Carl Schmitt).

 

Les réalistes sont convaincus que toute association ou, au contraire, désintégration d'États traditionnels, doit conduire à l'émergence de nouveaux États-nations, vouée à reproduire le même schéma régulier à une échelle plus ou moins grande, scénario constamment soumis aux principes immuables de la souveraineté, des intérêts nationaux, et au fait que l’État doit demeurer en toutes circonstances le seul acteur à part entière des relations internationales.

 

Un des fondateurs du réalisme classique, Hans Morgenthau a souligné cinq principes de base et les postulats de cette école :

 

1 - La société est régie par des lois objectives, et non en fonction des vœux pieux, 

2 - L'essentiel dans les affaires internationales est l’intérêt, défini en termes de force et de puissance,

3 - Les intérêts des États sont changeants,

4 - La politique requiert nécessairement le rejet de la morale,

5 - L'enjeu principal dans les relations internationales peut être ainsi formulé : comment cette politique affecte les intérêts et le pouvoir de la nation ?

 

L'identification de ces cinq domaines, l'analyse de la façon dont il a été répondu à ces questions, et avec quelle efficacité ces réponses ont été comprises par les réalistes. Le réalisme classique se limite à ces points de départ, qu'il défend et justifie face à ses principaux adversaires idéologiques (qui, dans les relations internationales, sont les libéraux).

 

Le néo-réalisme complique qualitativement ce schéma, en y apportant le concept de "structure" dans les relations internationales (K. Waltz) Au lieu du chaos et l'anarchie (comme c'est le cas pour le réalisme classique), la sphère des relations internationales connaît une constante évolution de l'équilibre des pouvoirs, dont le potentiel cumulatif, agissant dans différentes directions, peut maintenir l'ensemble du système mondial dans une même position, ou bien, dans certains cas, provoquer des changements. Ainsi, la souveraineté, son champ d'application, et, par conséquent, sa capacité à réaliser dans une certaine mesure l’intérêt national, dépend non seulement de l’État lui-même, mais également de ses adversaires et concurrents directs dans chaque situation particulière, et aussi de toute la structure de l'équilibre global des pouvoirs. Cette structure selon les néo-réalistes, influence activement le contenu et la portée de la souveraineté nationale, et même la formulation des intérêts nationaux.

 

Si les réalistes classiques basent leur analyse avec l’État individuel, les néo-réalistes, quant à eux, partent de la structure globale, qui est composée des États individuels, et qui affecte le profil de ces derniers. Dans le même temps, comme les réalistes classiques, les néo-réalistes présument que le principe essentiel de la politique d'un pays dans les relations internationales est le principe d' "autonomie" (self-help).

 

Dans les années 1960-1970, les néo-réalistes ont apporté une substance à la théorie du monde bipolaire, avec le modèle de structure des relations internationales fondé sur l'équilibre des deux hégémonies (états-unienne et soviétique). C'est cette structure même, plutôt que les intérêts des différents États-nations, dans ce cas, qui a déterminé entièrement la politique étrangère de l'ensemble des pays du monde. Le calcul des intérêts internationaux (et, par conséquent, les étapes de leur mise en œuvre) lui-même part de l’analyse de la bipolarité, de la localisation de chaque pays particulier sur la carte de cet espace bipolaire, avec les caractéristiques géopolitiques, économiques, idéologique et politique qui y correspondent.

 

Lorsque, en 1991, le monde bipolaire s'est effondré (ce que les néo-eurasistes n'avaient pas été en mesure de prédire et d'anticiper, convaincus qu'ils étaient de la stabilité de la structure bipolaire), plusieurs représentants de cette école (par exemple, R. Giplin, S. Walt et M. Rupestre) ont justifié un nouveau modèle de la structure globale, correspondant à un monde unipolaire. A la suite des deux hégémonies est apparue l'hégémonie états-unienne unique, qui depuis lors a prédéterminé la structure des relations internationales à l'échelle mondiale.

 

Mais dans ce cas aussi, les néo-réalistes sont convaincus qu'au centre de l'ensemble du système se trouvent les intérêts nationaux. Dans des conditions du monde unipolaire ce sont les intérêts nationaux d'un seul pays - les États-Unis, lequel se trouve au centre de l'hégémonie mondiale et à sa source. D'autres pays s'inscrivent dans cette image asymétrique, en assurant la corrélation entre leurs propres intérêts nationaux à l'échelle régionale et la structure globale.

 

Dans les relations internationales, la politique réaliste a tendance, en règle générale, à s'incarner chez les représentants des partis de la droite conservatrice (les républicains aux États-Unis, les conservateurs au Royaume-Uni, etc.)

 

Il convient de noter que le réalisme est l'un des deux paradigmes les plus populaires aux États-Unis dans l'évaluation et l'interprétation des évènements et des processus qui se déroulent dans la politique internationale.

 

La paradigme réaliste n'opère pas un choix entre la paix de Westphalie, fondée sur la souveraineté de nombreux États-Nations, la bipolarité ou l'unipolarité. Différents partisans de l'approche réaliste peuvent avoir à ce sujet des opinions différentes. Mais ils partagent l'ensemble des vérités axiomatiques mentionnées précédemment, et la conviction que quel que soit leur nombre, dans leurs relations les uns avec les autres, les États-nations agissent en tant qu'acteurs principaux et supérieurs dans le domaine du droit international, et, par conséquent, la souveraineté, les intérêts nationaux, la sécurité et la défense sont les principaux critères pour l’analyse des problèmes associés aux relations internationales.

 

Les réalistes ne vont jamais, dans leurs théories, au-delà de l’État-nation ou de plusieurs États-nations car cela serait en contradiction  avec leurs postulats de base. Par conséquent, les réalistes sont toujours sceptiques quant aux instances, institutions et processus internationaux qui auraient pour effet de limiter les souverainetés nationales. Les réalistes ne reconnaissent aucune réalité politique concrète aux structures de pouvoir supranationales (ni infranationale), dans la sphère internationale. Pour eux, la politique étrangère relève entièrement du domaine de compétence juridique de l'autorité politique des États-nations. Les positions des instances internationales ou des segments distincts au sein de l’État-nation n(ont pas de poids et peuvent être dévaluées et simplement prises en considération dans le processus de prise de décision politique par les autorités légalement en charge de la politique étrangère (lesquelles dépendent du droit interne de pays concernés).

 

Il en résulte que les réalistes sont sceptiques quant à la globalisation, l'internationalisation et l’intégration économique et ne cessent de débattre avec ceux qui accordent au contraire une attention à ces questions.           

 

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 The Fourth Political Theory: beyond left and right but against the center