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08/07/2021

Le centre suprême caché pendant le «Kali-Yuga» (René Guénon)

René Guénon, Le Roi du Monde, Chapitre VIII Le ventre suprême caché pendant le «Kali-Yuga», pp. 30 à 3, aux éditions Gallimard

L'Agarttha, dit-on en effet, ne fut pas toujours souterraine, et elle ne le demeurera pas toujours; il viendra un temps où, suivant les paroles rapportées par M. Ossendowski, «les peuples d'Agharti sortiront de leurs cavernes et apparaîtront sur la surface de la terre1». Avant sa disparition du monde visible, ce centre portait un autre nom, car celui d'Agarttha, qui signifie «insaisissable» ou «inaccessible» (et aussi «inviolable», car c'est le «séjour de la Paix», Salem), ne lui aurait pas convenu alors; M. Ossendowski précise qu'il est devenu souterrain «il y a plus de six mille ans», et il se trouve que cette date correspond, avec une approximation très suffisante, au début du Kali-Yuga ou «âge noir», l'«âge de fer» des anciens Occidentaux, la dernière des quatre périodes en lesquelles se divise le Manvantara2; sa réapparition doit coïncider avec la fin de la même période.

Nous avons parlé plus haut des allusions faites par toutes les traditions à quelque chose qui est perdu ou caché, et que l'on représente sous des symboles divers; ceci, quand on le prend dans son sens général, celui qui concerne tout l'ensemble de l'humanité terrestre, se rapporte précisément aux conditions du Kali-Yuga. La période actuelle est donc une période d'obscurcissement et de confusion3; ses conditions sont telles que, tant qu'elles persisteront, la connaissance initiatique doit nécessairement demeurer cachée, d'où le caractère des «Mystères» de l'antiquité dite «historique» (qui ne remonte pas même jusqu'au début de cette période)4 et des organisations secrètes de tous les peuples: organisations donnant une initiation effective là où subsiste encore une véritable doctrine traditionnelle, mais qui n'en offrent plus que l'ombre quand l'esprit de cette doctrine a cessé de vivifier les symboles qui n'en sont que la représentation extérieure, et cela parce que, pour des raisons diverses, tout lien conscient avec le centre spirituel du monde a fini par être rompu, ce qui est le sens plus particulier de la perte de la tradition, celui qui concerne spécialement tel ou tel centre secondaire, cessant d'être en relation directe et effective avec le centre suprême.

On doit donc, comme nous le disions déjà précédemment, parler de quelque chose qui est caché plutôt que véritablement perdu, puisqu'il n'est pas perdu pour tous et que certains le possèdent encore intégralement; et, s'il en est ainsi, d'autres ont toujours la possibilité de le retrouver, pourvu qu'ils le cherchent comme il convient, c'est-à-dire que leur intention soit dirigée de telle sorte que, par les vibrations harmoniques qu'elle éveille selon la loi des «actions et réactions concordantes5», elle puisse les mettre en communication spirituelle effective avec le centre suprême6. Cette direction de l'intention a d'ailleurs, dans toutes les formes traditionnelles, sa représentation symbolique; nous voulons parler de l'orientation rituelle: celle-ci, en effet, est proprement la direction vers un centre spirituel, qui, quel qu'il soit, est toujours une image du véritable « Centre du Monde»7.

Mais, à mesure qu'on avance dans le Kali-Yuga, l'union avec ce centre, de plus en plus fermé et caché, devient plus difficile, en même temps que deviennent plus rares les centres secondaires qui le représentent extérieurement8; et pourtant, quand finira cette période, la tradition devra être manifestée de nouveau dans son intégralité, puisque le commencement de chaque Manvantara, coïncidant avec la fin du précédent, implique nécessairement, pour l'humanité terrestre, le retour à l' «état primordial»9.

En Europe, tout lien établi consciemment avec le centre par le moyen d'organisations régulières est actuellement rompu, et il en est ainsi depuis déjà plusieurs siècles; d'ailleurs, cette rupture ne s'est pas accomplie d'un seul coup, mais en plusieurs phases successives10.

La première de ces phases remonte au début du XIVe siècle; ce que nous avons déjà dit ailleurs des Ordres de chevalerie peut faire comprendre qu'un de leurs rôles principaux était d'assurer une communication entre l'Orient et l'Occident, communication dont il est possible de saisir la véritable portée si l'on remarque que le centre dont nous parlons ici a toujours été décrit, au moins en ce qui concerne les temps «historiques», comme situé du côté de l'Orient. Cependant, après la destruction de l'Ordre du Temple, le Rosicrucianisme, ou ce à quoi l'on devait donner ce nom par la suite, continua à assurer la même liaison, quoique d'une façon plus dissimulée11.

La Renaissance et la Réforme marquèrent une nouvelle phase critique, et enfin, d'après ce que semble indiquer Saint-Yves, la rupture complète aurait coïncidé avec les traités de Westphalie qui, en 1648, terminèrent la guerre de Trente Ans. Or il est remarquable que plusieurs auteurs aient affirmé précisément que, peu après la guerre de Trente Ans, les vrais Rose-Croix ont quitté l'Europe pour se retirer en Asie; et nous rappellerons, à ce propos, que les Adeptes rosicruciens étaient au nombre de douze, comme les membres du cercle le plus intérieur de l'Agarttha, et conformément à la constitution commune à tant de centres spirituels formés à l'image de ce centre suprême.

A partir de cette dernière époque, le dépôt de la connaissance initiatique effective n'est plus gardé réellement par aucune organisation occidentale; aussi Swedenborg déclare-t-il que c'est désormais parmi les Sages du Thibet et de la Tartarie qu'il faut chercher la «Parole perdue»; et, de son côté, Anne-Catherine Emmerich a la vision d'un lieu mystérieux qu'elle appelle la «Montagne des Prophètes», et qu'elle situe dans les mêmes régions. Ajoutons que c'est des informations fragmentaires que Mme. Blavatsky put recueillir sur ce sujet, sans d'ailleurs en comprendre vraiment la signification, que naquit chez elle l'idée de la «Grande Loge Blanche», que nous pourrions appeler, non plus une image, mais tout simplement une caricature ou une parodie imaginaire de l'Agarttha12.

Notes:

1 Ces mots sont ceux par lesquels se termine une prophétie que le «Roi du Monde» aurait faite en 1890, lorsqu'il apparut au monastère de Narabanchi.

2 Le Manvantara ou ère d'un Manu, appelé aussi Mahâ-Yuga, comprend quatre Yugas ou périodes secondaires: Krita-Yuga (ou Satya-Yuga), Trêta-Yuga, Dwâpara-Yuga et Kali-Yuga, qui s´identifient respectivement à l' «âge d'or», à l' «âge d'argent», à l' «âge d'airain» et à l' «âge de fer» de l'antiquité grécolatine. Il y a, dans la succession de ces périodes, une sorte de matérialisation progressive, résultant de l'éloignement du Principe qui accompagne nécessairement le développement de la manifestation cyclique, dans le monde corporel, à partir de l' «état primordial».

3 Le début de cet âge est représenté notamment, dans le symbolisme biblique, par la Tour de Babel et la «confusion des langues». On pourrait penser assez logiquement que la chute et le déluge correspondent à la fin des deux premiers âges; mais, en réalité, le point de départ de la tradition hébraïque ne coïncide pas avec le commencement du Manvantara. Il ne faut pas oublier que les lois cycliques sont applicables à des degrés différents pour des périodes qui n'ont pas la même étendue, et qui parfois empiètent les unes sur les autres, d'où des complications qui, au premier abord, peuvent sembler inextricables, et qu'il n'est effectivement possible de résoudre que par la considération de l'ordre de subordination hiérarchique des centres traditionnels correspondants.

4 Il ne semble pas qu'on ait jamais remarqué comme convient l'impossibilité presque générale où se trouvent les historiens d'établir une chronologie certaine pour tout ce qui est antérieur au VIe siècle avant l'ère chrétienne.

5 Cette expression est empruntée à la doctrine taoïste; d'autre part, nous prenons ici le mot «intention» dans un sens qui est très exactement celui de l'arabe niyah, que l'on traduit habituellement ainsi, et ce sens est d'ailleurs conforme à l'étymologie latine (de in-tendere, tendre vers).

6 Ce que nous venons de dire permet d'interpréter dans un sens très précis ces paroles de l'Évangile: «Cherchez et vous trouverez; demandez et vous recevrez; frappez et il vous sera ouvert.» -On devra naturellement se reporter ici aux indications que nous avons déjà données à propos de l' «intention droite» et de la «bonne volonté»; et on pourra sans peine compléter par là l'explication de cette formule: Pax in terra hominibus bonae voluntatis

7 Dans l'Islam, cette orientation (qiblah) est comme la matérialisation, si l'on peut s'exprimer ainsi, de l'intention (niyah). L'orientation des églises chrétiennes est un autre cas particulier qui se rapporte essentiellement à la même idée.

8 II ne s'agit, bien entendu, que d'une extériorité relative, puisque ces centres secondaires sont eux-mêmes plus ou moins strictement fermés depuis le début du Kali-Yuga.

9 C'est la manifestation de la Jérusalem céleste, qui est, par rapport au cycle qui finit, la même chose que le Paradis terrestre par rapport au cycle qui commence, ainsi que nous l'avons expliqué dans L'Ésotérisme de Dante.

10 De même, à un autre point de vue plus étendu, il y a po,-l'humanité des degrés dans l'éloignement du centre primordial, et c'est à ces degrés que correspond la distinction des différents Yugas.

11 Sur ce point encore, nous sommes obligé de renvoyer à notre étude sur L'Ésotérisme de Dante, où nous avons donné toutes les indications permettant de justifier cette assertion.

12 Ceux qui comprendront les considérations que nous exposons ici verront par là même pourquoi il nous est impossible de prendre au sérieux les multiples organisations pseudo-initiatiques qui ont vu le jour dans l'Occident contemporain: il n'en est aucune qui, soumise à un examen quelque peu rigoureux, puisse fournir la moindre preuve de «régularité».

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13/08/2020

Des Druides en congrès – Une triade païenne et trois saints

Alexis Charniguet/Anne Lombard-Jourdan, Cernunos, dieu Cerf des Gaulois, Chapitre IV Des Druides en congrès, Une triade païenne et trois saints, pp. 108/110, aux éditions Larousse Dieux, mythe & Héros

 

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Au cœur de la Plaine Saint-Denis, au lieu-dit du Lendit, se dressait donc un tumulus. Son occupant aurait été l'ancêtre protecteur du pays. Ce lieu sanctuaire se situait sur le passage de l'une des plus grandes voies commerciales protohistoriques. Nous en déduisons l'existence à l'aide de sources rares qui, souvent, furent déformées, soit par l'oubli, soit par le désir monastique d'adapter les croyances anciennes aux interprétations religieuses et politiques nouvelles. Malgré tout, des informations complémentaires nous sont données par plusieurs documents.

 

Vient en premier lieu un texte latin, bien connu dés lors qu'il s'agit d'approcher la religion gauloise. Il s'agit de quelques passages dans la Pharsale de Lucain, auxquels nous avons déjà fait allusion. Lucain cite nommément les trois principales divinités de la Celtique et de la Belgique : Teutatès le Tribal, Ésus le Bon et Taranis le Tonnerre. Teutatès domine cette triade où la « bonté » d’Ésus ne doit pas nous tromper : il est « bon » par antiphrase, car son pouvoir s'exerce lui aussi dans les inquiétantes profondeurs souterraines. De même les Grecs nomment-ils « Bienveillantes » les furies qui président à la vengeance. Au moins reconnaissons-nous chez lui, comme chez Teutatès, des homologies avec Cernunnos.

 

C'est là qu'il faut reparler de saint Denis. Selon Grégoire de Tours, qui écrit trois siècles plus tard, l'évangélisateur – premier évêque de Paris – avait été envoyé non seulement convertir les Gaulois de la Seine et de la Marne, mais surtout christianiser le haut lieu, comme plus tard Patrick ira affronter le pouvoir druidique à Tara, au cœur de leur territoire symbolique.

 

Contrairement à Patrick, historiquement attesté, nous ne disposons d'aucun renseignement dur Denis. La tradition dit seulement qu'il arrive en Gaule au milieu du IIIe siècle. Rien d'autre. Il aurait été victime soit de la persécution de Dèce (250), soit de celle de Valérien (258), en compagnie du prêtre Éleuthère et du diacre Rustique, dont on ne sait, là encore, que leurs noms et leurs fonctions. L'évêque, selon la tradition, est décapité sur le « mont de Mercure » (mons Mercurii) qui devient alors « mont des Martyrs » (mons Martyrum), notre Montmartre. Ensuite, tenant sa tête coupée entre ses mains il chemine jusqu'au lieu de sa sépulture. Le tumulus tant disputé de Protège-pays est désormais chrétien.

 

Peu de choses, donc, mais chaque détail compte. Auquel s'en ajoute un dernier, qui a son importance. Tout cela nous serait en effet inconnu sans l'intervention de sainte Geneviève (v. 422-v. 502), la noble et pieuse femme dont les prières ont détourné de Lutèce le redoutable Attila.

 

Nanterroise, Geneviève avait une telle vénération pour le saint du Lendit qu'elle aurait obtenu du clergé parisien la constrcution d'une église sur le domaine de Catullius, le vicus Catulliacus (le futur Saint-Denis) déjà cité. La sainte avait bien perçu la dangerosité « païenne » du Lendit et la nécessité d'y élever un « contre-feu » chrétien car, disait-elle, « il n'est douteux pour personne que le lieu même où il se trouve est redoutable ».

 

Ainsi serait née la première église Saint-Denis. Et les premiers récits. Où l'on voit l'importance économique et politique de l'espace reliant Nanterre à la plaine du Lendit, alors que Lutèce n'est encore qu'une ville administrative en voie d'affermissement, élevée sur l'imperturbable plan en rectangles et carrés cher aux Romains : un camp de légionnaires construit en dur.

 

La première Vie de saint Denis (écrite vers 500) évoque elle aussi une triade au Lendit, à savoir les trois saints martyrs, Denis, Rustique et Éleuthère. Les retouches successives apportées au texte ne suffisent pas à masquer l'héritage païen du lieu. Souvenons-nous du triple visage de «  stèle aux trois divinités », trouvée aux Bolards, et de la triade évoquée par Lucain. Cette permanence suggère que le martyre de Denis, Rustique et Éleuthère ne serait pas sans relation avec un « vénérable lieu triple », expression qui désignerait le sanctuaire autrefois dédié à la triade gauloise décrite par Lucain.

09/08/2020

L'Apollon gaulois – Constantin visite le « plus beau temple du monde »

 

Alexis Charniguet/Anne Lombard-Jourdan, Cernunos, dieu Cerf des Gaulois, Chapitre V L'Apollon gaulois, Constantin visite le « plus beau temple du monde », pp. 123/126, aux éditions Larousse Dieux, mythe & Héros

 

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...Le maintien d'un culte au Lendit n'empêche pas sa relative éclipse au cours des premiers siècles de notre ère. Les Romains n'avaient pas intérêt à renforcer le prestige de ce sanctuaire. La période gallo-romaine préfère au Lendit et à la période des Parisii la nouvelle métropole religieuses des Gaules, Lyon, Capitale des trois provinces (Aquitaine, Lyonnaise et Belgique), la ville est surnommée la « Tête des Gaules ». C'est là d'ailleurs que les chrétiens établiront très logiquement leur tête de pont, avec les deux premiers évêques de la ville, tous deux venus d4asie mineure : Pothin, martyrisé vers 177, puis le grand théologien Irénée, sans doute martyrisé à son tout en 208.

 

La grandiose architecture du temple de Lyon, consacré à Rome et à Auguste, supplante les aménagements du vieux Lendit. Plus question, au demeurant, de poursuivre les anciennes réunions druidiques, dont le caractère « national » déplaisait aux Romains.

 

Mais l'attachement à ce centre religieux des Gaules demeure vivace, ainsi que le prouve l'attitude de deux empereurs romains : tout d'abord le jeune Constantin qui baignait dans le climat religieux de l'Antiquité tardive, combinant culte du Soleil et tendance au monothéisme ; le second empereur n'est autre que Julien, qui sera dit l'Apostat. Au Ive siècle, c'est encore au Lendit que ces deux hommes solliciteront les suffrages des Gaulois.

 

Constantin visite le « plus beau temple du monde »

 

La vie du premier empereur chrétien (mort en 337) nous est connue par les discours honorifiques, les panégyriques, prononcés par des orateurs gaulois, à Trèves et à Rome, entre 310 et 321. En 310, un premier panégyriste évoque le voyage qu'entreprit l'empereur , un mois plus tôt, vers le sanctuaire gaulois qu'il dit dédié à Apollon.

 

A cette époque le futur empereur n'a pas encore officiellement rallié la cause des chrétiens.

 

Au cours de cette visite au « plus beau temple du monde » (ad templum toto orbe pulcherrimum), le dieu solaire rendu un oracle, qui désignait Constantin comme un « élu » d'Apollon.

 

L'empereur voulait se faire garantir une origine divine, à l'instar d'Alexandre visitant l'oracle d'Amon, à Siwa, en Egypte. Le parallèle avec Alexandre était un lieu commun de cette mise en scène « divine » du pouvoir propre à l'idéologie impériale.

 

Où se trouvait le sanctuaire de ce dieu solaire, de cet « Apollon gaulois » ? Les spécialistes n'ont pas fini d'en discuter. La rencontre entre l'empereur et le dieu ne pouvait se produire que dans un sanctuaire reconnu, et pas dans un obscur fanum (« temple »). L'hypothèse du grand historien Camille Jullian (1859-1933) a longtemps prévalu : le temple se serait trouvé à Grand, près de Neufchâteau, dans les Vosges. Les fouilles ont en effet mis au jour un important lieu de culte antique dédié justement à Apollo Grannus (Grannus étant le dieu guérisseur des Celtes). D'autres, toutefois, l'ont placé à Nîmes ou à Aix-la-Chapelle (Aquae Grani). En étudiant longuement les itinéraires suivis par Constantin lors de sa remontée vers Trèves, ainsi que le vocabulaire soigneusement choisi par l'orateur, on peut argumenter valablement en faveur du sanctuaire du Lendit.

 

Cet Apollon-là s'associait fort bien à Teutatès « le Tribal »dans le rôle d'un Protège-pays, désormais romanisé, qui conservait également ses fonctions gauloises. On comprend mieux pourquoi les rédacteurs des Vies de saint Denis donnent progressivement à l'évêque martyr certaines fonctions de l'Apollon gaulois.

 

Les textes assimilent aussi très souvent le martyr au soleil levant.L'idée n'est pas neuve. Les métaphores se multiplient à propos du saint, « rayon éblouissant et oriental du vrai soleil Jésus-Christ » qui « brillera » sur toute la Gaule. Comme saint Jean-Baptiste, auquel il est identifié, Denis symbolise le triomphe du matin. On sait que, dans les premiers siècles, l'adjectif lucifer (« porte-lumière ») désignait le Christ lui-même. Le soleil, écho du Bien, rend visible la présence de Dieu. L'assimilation du fils de Dieu à l'astre solaire fait partie des explications avancées pour justifier la conversion de Constantin.

 

Le territoire parisien requiert l'attention souvent renouvelée des évêques. En 829, se tint dans la cathédrale Saint-Étienne de Lyon (ancienne titulaire de l'actuelle Notre-Dame) un concile condamnant les restes du paganisme dans la région : les « sorciers » devaient être pourchassés et punis d'autant plus sévèrement qu'ils servaient le diable « plus ouvertement avec audace et témérité », cinq siècles après la conversion officielle de l'Empire.