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15/02/2015

Du sens des mots : Autorité (Charles Horace)

 Ou « éloge de l’autorité »

 

"On ne saurait souhaiter d'affirmations plus nettes, et cette philosophie politique a, du moins, le mérite d'être claire. Elle érige l'objection de conscience en devoir. Elle impose le refus d'obéissance. Sa haine des Etats militaires est telle qu'elle détruit l'Etat tout entier. Ce qui était l'honneur et le drame du soldat est nié par elle en une seule phrase. Cette grandeur de la discipline est rayée d'un trait de plume. L'honneur des hommes, qui est un honneur de serviteur et de fidélité, l'honneur tel qu'il est écrit dans nos consciences depuis le premier serment prêté à un souverain, cet honneur-là n'existe plus, il n'est pas inscrit dans le manuel d'instruction civique. Seulement nos savants juges n'ont pas vu qu'en détruisant la forme monarchique de la fidélité, ils détruisaient toutes les patries : car il n'est pas de régime qui ne repose sur le contrat de service, il n'est pas de souveraineté autre que monarchique, et les républiques elles-mêmes ont imaginé l'expression de peuple-souverain.

Désormais, cette conscience claire du devoir, l'ordre du souverain est déchue de sa toute-puissance. L'indiscutable, le certain est aboli partout. L'édit placé sur le mur n'a plus d'autorité, l'obéissance au magistrat est affaire de circonstance. Il n'est plus permis à personne de dire : la loi est la loi, le roi est le roi. Tout ce qui était clair, tout ce qui nous permettait de mourir tranquilles est atteint par ces phrases absurdes. L'Etat n'a plus de forme. La cité n'a plus de murs. Un souverain nouveau, sans capitale et sans visage, règne à leur place désormais. Son tabernacle est un poste de radio. C'est là qu'on entend chaque soir la voix à laquelle nous devons obéissance, celle du super-Etat qui a la primauté sur la patrie. Car la phrase écrite par les juges en leur Jugement est claire, elle ne laisse point place à l’équivoque : si la conscience de l'humanité a condamné une nation, les citoyens de cette nation sont déliés de leur devoir d'obéissance, et non seulement ils en sont déliés, mais ils doivent agir contre leur propre pays (…).

Ainsi, en cet endroit de l'analyse, on découvre que tout s'épaule et se tient. Nous ne sommes plus les soldats d'une patrie, nous sommes les soldats de la loi morale. Nous ne sommes plus les citoyens d'une nation, nous sommes des consciences au service de l'humanité. Tout s'explique alors. » Maurice Bardèche, Nuremberg ou la terre promise, 1948.

 

Pour long qu’il soit, cet extrait du Nuremberg ou la terre promise de Maurice Bardèche est fondamental. Il explique la défiance contemporaine pour la notion d’autorité confondue spécieusement avec celle d’autoritarisme. La repentance obligatoire consécutive au procès de Nuremberg participe de cet opprobre jeté sur l’idée d’autorité. Les régimes vaincus en 1945 furent des régimes autoritaires : mort à l’autorité ! Cet interdit ne touche pas que l’autorité politique. Ce qui toucha l’Etat ne pouvait pas ne pas toucher le Père, le Prêtre, ou le Professeur entre autres supports traditionnels de l’autorité. Et que dire de l’armée, réduite un peu plus chaque année à la portion congrue ? L’évolution de nos sociétés libérales-libertaires a fait le reste. Si bien que l’on retrouve une allergie à la verticalité y compris chez certains « opposants au système ». Le pouvoir de l’oligarchie est facilement assimilé au « Pouvoir », avec une grand « P ». L’opposition à l’oligarchie devient alors le rejet de toute autorité, de tout pouvoir. Paradoxe grave ! Car l’abolition de tout interdit, de toute autorité exceptée celle du marché, de tout pouvoir en dehors de celui de l’argent est exactement le projet libéral porté par le système oligarchique. L’ « horizontalisation » des relations en dehors des domaines réservés de la finance est une arme de la subversion. Il est en effet plus aisé de manipuler et d’imposer ses vues à une Plèbe (de Plethor, la masse) qu’à des Gentes (des groupes ou lignages aristocratiques hiérarchisés).

 

Selon le dictionnaire Larousse, le terme « autorité » désigne le « pouvoir de décider ou de commander, d'imposer ses volontés à autrui. Ensemble de qualités par lesquelles quelqu'un impose à autrui sa personnalité, ascendant grâce auquel quelqu'un se fait respecter, obéir, écouter. Crédit, influence, pouvoir dont jouit quelqu'un ou un groupe dans le domaine de la connaissance ou d'une activité quelconque, du fait de sa valeur, de son expérience, de sa position dans la société… ». Elle est, en somme, la capacité de se faire obéir avec le consentement de celui qui obéit. Il existe donc une parenté évidente avec le concept d’Imperium que nous avions traité dans un précédent article. Toutefois, l’autorité comme principe n’est pas une fin mais un moyen, le moyen du bon exercice du pouvoir, de l’Imperium et du bon fonctionnement de la Res Publica. « Le pouvoir ne peut se satisfaire de son exercice brut, il lui faut le renfort de l’autorité. Ce renfort est spirituel, comme le montre l’usage du mot qui s’applique aussi à des textes – ceux qui font autorité », pour Dominique Lecourt (philosophe, dans Cahiers Croire n°277, 2012).

 

La problématique de l’autorité dépasse cependant le domaine purement politique. Quand nous réfléchissons à ce que l’on appelle pudiquement les « problèmes de sociétés » mais qui sont autant de symptôme du déclin de l’Europe, nous nous retrouvons presque automatiquement devant le problème suivant : à supposer que l’on trouve des remèdes aux maux de nos sociétés, il manquerait toujours une force pour les mettre en place. Sans restauration d’une verticalité difficile à remettre en cause –car remises en causes toujours il y aura- impossible de penser une refondation. De l’insécurité au harcèlement scolaire, de la mise en place d’une politique localiste, corporatiste, protectionniste, à la reprise en main des banques, en passant par la récidive, rien ne se fera sans recours à l’autorité, sans que l’action refondatrice ne puisse s’appuyer sur un principe vertical qui la justifie.

 

Par conséquent, poser la question de l’autorité revient à poser celle de la légitimité. Selon le sociologue allemand Max Weber la légitimité d’une autorité repose sur trois piliers. Le premier pilier est la tradition, issue de l’héritage historique des peuples (l’autorité du Père, du Prêtre, du Maître et du Roi dans les sociétés traditionnelles). Elle pérennise les édifices politiques. Le deuxième pilier est le charisme, qui assure également l’autorité à travers les qualités reconnues d’une personne. La source du pouvoir est ici la fama facti, l’autorité reconnue à une personne du fait de ce qu’il a accompli.Reste, enfin, la compétence, elle aussi reconnue par le groupe. Un pouvoir n’est donc juste que quand sa légitimité est reconnue. Il n’est légitime que quand il œuvre pour le bien commun, autrement dit, quand il permet à la communauté de croître en différents domaines. Ainsi : « Celui qui a autorité sur moi doit augmenter mes connaissances, mon bonheur, mon travail, ma sécurité, il a une fonction de croissance. La véritable autorité est celle qui grandit l’autre » (Michel Serres, philosophe). L’autorité n’est donc souhaitable et acceptable que dans le seul cas où elle permet d’apporter quelque chose de plus à la personne ainsi qu’au groupe. Autoritas est en effet dérivée du verbe augere, qui signifie augmenter. Cette conception de l’autorité, participe de ce que Charles Maurras appelait l’ « inégalité protectrice » dans sa politique naturelle. L’être humain étant par nature vulnérable, et ne disposant pas de toutes les compétences requises pour sa survie, en tant qu’animal politique, a besoin de vivre en communauté. Cette vie en communauté qui de par sa complexité nécessite un principe organisateur, structurant. Ce principe organisateur prend la forme de l’Etat qui exerce son pouvoir en vertu de son autorité. Nous citerons Julius Evola (L’arc et la massue) : « Dès les temps antiques on a reconnu qu'il existait une analogie entre l'être humain et cet organisme plus grand qu'est l'État. La conception traditionnelle de l'État - conception organique et articulée - a toujours reflété la hiérarchie naturelle des facultés propres à un être humain au plein sens du terme, chez lequel la partie purement physique et somatique est dominée par les forces vitales, celles-ci obéissant à la vie de l'âme et au caractère, tandis qu'on trouve au sommet de tout l'être le principe spirituel et intellectuel, ce que les stoïciens appelaient le souverain intérieur, l'egemonikon. En fonction de ces idées, il est évident que toute forme de démocratie se présente comme un phénomène régressif, comme un système dans lequel tout rapport normal est renversé. L'egemonikon est inexistant. La détermination vient du bas. II y a carence de tout centre véritable. Une pseudo-autorité révocable et au service de ce qui est en bas - à savoir l'aspect purement matériel, « social », économique et quantitatif d'un peuple - correspond, selon l'analogie signalée plus haut, à la situation suivante dans le cas d'un être individuel : un esprit et un principe spirituel qui n'auraient d'autre raison d'être que de représenter les besoins du corps, qui seraient en somme au service de celui-ci. »

 

En guise de conclusion, nous souhaiterions soumettre à la réflexion du lecteur à une dernière réflexion d’Evola : « On sait que Platon disait qu'il était bon que les individus ne possédant pas de maître intérieur en trouvassent au moins un en dehors d'eux-mêmes. Or, à tout ce qui a été présenté comme la « libération » de tel ou tel peuple, mis au pas en réalité, parfois même en recourant à la violence (comme après la Deuxième Guerre mondiale), pour jouir du « progrès démocratique » qui a éliminé tout principe de souveraineté, d'autorité véritable et d'ordre venant d'en haut, correspond aujourd'hui, chez un grand nombre d'individus, une « libération » qui est élimination de toute « forme » intérieure, de tout caractère, de toute droiture ; en un mot, le déclin ou l'absence, chez l'individu, de ce pouvoir central que les Anciens appelaient egemonikon. Et ce, non seulement sur le plan éthique, mais aussi dans le domaine des comportements les plus quotidiens, sur le plan de la psychologie individuelle et de la structure existentielle. Le résultat, c'est un nombre toujours croissant d'individus instables et informes, c'est l'invasion de ce qu'on peut appeler la race de l'homme fuyant. (…) La place où devrait trôner le « souverain intérieur », éventuellement pour opposer la pure loi de son être à toute loi extérieure, à toute hypocrisie et à tout mensonge (Stirner, Nietzsche, Ibsen), cette place est vide. On vit au jour le jour, de manière stupide somme toute. D'où, dans les rares moments de prise de conscience, le dégoût et l'ennui. Absence d'autorité, de vrais chefs, à l'extérieur, dans le domaine de l'État - et absence de forme intérieure chez les individus : les deux choses sont solidaires, l'une corrobore l'autre, au point de faire penser qu'il s'agit peut-être de deux aspects différents d'un phénomène unique de nos temps évolués et démocratiques.» (Julius Evola, L’arc et la massue).

 

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Autres articles de Charles Horace :

- Qu’est-ce que l’Imperium ? 

- Race et Racisme

- Le principe de subsidiarité

- Res Publica et République moderne

- Les valeurs héroïques européennes chez Homère : L’Iliade

 

12/02/2015

Passé Présent n°39 - Naissance de l'alliance franco-russe (TVL)

 


 

Source : TV Libertés

04/02/2015

De la rupture (Cercle Non-Conforme)

 

Source : Cercle Non-Conforme

 

L'histoire récente n'est pas d'une approche aisée et s'y risquer peut conduire très rapidement à confondre l'approche historique avec l'approche journalistique ou purement politicienne. Ce qui distingue précisément l'historien du journaliste, au-delà de la méthode de travail, c'est l'approche du temps. Difficile de savoir dans un siècle ce que diront les historiens de notre époque. Difficile aussi de savoir s'ils verront une rupture suffisante pour créer un nouveau découpage. Difficile aussi de savoir s'il y aura toujours des historiens... Pour le Cercle Non Conforme il importe toujours de prendre de la distance avec les sujets que nous abordons, probablement car nous abordons plus notre époque comme des historiens ou, pourquoi pas, des anthropologues, que comme des journalistes ou des politiciens.

 

Une époque historique ne naît jamais « ex-nihilo », elle est toujours issue de l'époque qui l'a précédée, même si, à bien des égards, elle peut sembler totalement différente. Ainsi chaque période va produire des « représentations mentales » chez nous. Si nous parlons de l'Antiquité, nous verrons immédiatement dans notre esprit apparaître les images de temples grecs, de monuments romains, d'empereurs triomphants ou même de gaulois intrépides. Si nous bifurquons vers l'histoire médiévale, nous verrons alors apparaître dans notre esprit les chevaliers, les châteaux, les croisés ou les villages avec leur église romane. L'époque moderne mobilisera les tableaux de la Renaissance ou Versailles et l'époque contemporaine le chemin de fer, les usines et les guerres mondiales.

 

Pourtant, à bien y réfléchir, la Rome de l'Empereur Julien n'a rien à voir avec celle de Cincinnatus, et se retrouve bien plus proche dans le temps de Clovis que ne l'est le roi des Francs de Jeanne d'Arc. Tout cela ne vous apprendra pas grand chose, mais il convient de poser un premier préalable : en histoire tout est affaire de ruptures et de continuités. En écrivant Le siècle de 1914, Dominique Venner aura démontré la rupture qu'a pu représenter la guerre de 14-18 en Europe. Cette rupture a été ressentie par nombre de contemporains. Si l'Europe était abattue en 1918, le champs des possibles n'avait, paradoxalement, jamais été aussi important, de la révolution bolchevique à la prise de pouvoir d'Hitler, ce sont 15 années de corps-francs, d'insurrections révolutionnaires, de putsch ratés, d'effervescence politique, intellectuelle et militante dans tous les camps. Un homme nouveau était né des tranchées, du squadriste au pacifiste radical, des types d'hommes avaient été engendrés par le feu de 14-18. Ainsi le fascisme ne pourra jamais être dissocié de ce qu'ont vécu les soldats de la Grande Guerre et il est vain de traiter le fascisme avec un regard qui est celui des hommes élevés dans la démocratie occidentale. Ceux qui ont connu le fer, le feu, la boue et le sang n'ont pas envisagé le combat politique comme un exercice intellectuel. De là le mépris pour « les intellectuels » et le rôle central de l'action chez Mussolini.

 

Nos générations ne sont pas héritières des tranchées, ni même de 39-45, de l'Indochine ou de l'Algérie, nous sommes la génération qui n'a connu aucune guerre, aucun combat, aucune souffrance. C'est déjà précisément une immense rupture avec ceux qui nous ont précédé. Nous devons donc agir avec humilité, nous ne sommes pas les héritiers de Jünger, de Saint Loup ou du Venner de la guerre d'Algérie, nous n'en sommes au mieux que les pâles copies. Nous sommes une toute autre génération et même les accrochages musclés avec le camp adverse ne seront jamais des faits d'armes dignes de la bataille de Verdun ou de la bataille de Stalingrad. L'irruption du numérique a aussi enlevé à la guerre son caractère d'expérience. Aujourd'hui les soldats et les volontaires vont tweeter ou publier des photos sur Facebook. Les videos d'exécution sont publiées sur Youtube. J'ai du mal à imaginer un soldat français postant une photo de lui entre deux bombardements sur la rade de Dunkerque en 1940 ou un Waffen SS publier un tweet en pleine bataille de Koursk en 1943... Peut-être que les derniers à avoir connu la guerre telle qu'elle pouvait se pratiquer ont combattu avant l'an 2000. Il devient donc nécessaire de bien comprendre dans quel monde nous vivons, quelles en sont les grandes ruptures pour ne pas reproduire un militantisme fantasmagorique mais enraciné dans le présent.

 

La rupture qui nous a engendré se situe quelque part au cours des années 80 jusqu'au début des années 90 :

 

D'un point de vue politique et géopolitique, cela ne dira rien aux plus jeunes, mais ce sont les années Thatcher (1974-1990), Mitterrand (1981-1995) et Reagan/Bush (1981-1989/1989-1993). C'est la chute du mur de Berlin (1989), la fin de l'URSS (1991), l'apparition du terrorisme islamique (1979 et 1983), l'éclatement sanglant de la Yougoslavie (1992), la création de l'Union Européenne (1993), les accords de Schengen (1985-1995), la modernisation de la Chine sous Deng Xiaoping (1978-1992) et la fin de l'Apartheid en Afrique du sud (1994). C'est bien sûr la mondialisation théorisée par les géographes dès les années 90.

 

- Du point de vue sociétal, la popularisation de l'informatique débute dans les années 80, la France y occupait même une place importante avec l'entreprise Bull. Le protocole à l'origine d'internet (TCP/IP) arrive en 1983, même s'il sera popularisé autour des années 2000. C'est aussi à cette période que se multiplient les chaînes de télévision et qu'un grand nombre d'entre-elles sont privatisées. C'est aussi l'apparition sur nos écrans des dessins animés japonais. Les années 1980 sont marquées par la marche des Beurs et la main mise de la « génération 68 » dans tous les secteurs. Ce sont aussi les skins, les punks, les métalleux, les goths, les hools, … les grands phénomènes d'identification de la jeunesse se mettent massivement en place dans les années 80, succédant aux hippies ou aux mods. En 1990, la loi Pleven-Gayssot vient couper le sifflet à nos compatriotes.

 

- Du point de vue écologique. Si le premier candidat aux élections présidentielles est R. Dumont en 1974, l'écologie politique fait véritablement son entrée sur le plan électoral avec B. Lalonde en 1981 et A. Waechter en 1988. Sur le plan international, en 1992, ce sont les trois conventions de Rio sur la diversité biologique, le réchauffement climatique et la désertification, 20 ans après le « rapport Meadows » du club de Rome, qui vont conduire à mettre en place ce qu'on appelle aujourd'hui « le développement durable ».

 

En sommes, nous pouvons envisager trois ruptures essentielles : la guerre de 14-18, la guerre de 39-45 et la décennie s'écoulant entre 1985 et 1995 qui va mettre en place progressivement toutes les bases du Nouvel Ordre Mondial. Ainsi par exemple le triomphe du communisme n'apparaîtra dans un siècle que comme une parenthèse, certes pas tout à fait fermée, mais le communisme n'est plus aujourd'hui en mesure d'être un acteur de l'histoire, à l'inverse par exemple des mouvements islamistes. Ce qui explique le basculement (souvent inconscient) pour les droites qui ont troqué « le rouge » contre le « djihadiste » comme ennemi principal (mais toujours pas le capitalisme). Il faut bien comprendre le brutal changement qu'a impliqué la décennie 85-95. Certes, depuis le XIXe siècle, le progrès a considérablement modifié nos sociétés, mais il faut bien se rendre compte que nous sommes parmi les premières générations de l'histoire de l'humanité (avec nos parents et nos grands-parents) qui mourront dans un monde qui n'a(ura) plus rien à voir avec celui dans lequel nous sommes nés. Jadis, un français mourrait dans un monde qui ressemblait en grande partie à celui qu'il avait connu à sa naissance, aujourd'hui des adolescents vous rirons au nez si vous leur parlez des baladeurs cassettes à l'heure du MP3 ou du « minitel » à l'heure d'internet sur les smartphones... et vos grands-parents surfent sur internet à 80 ans alors qu'ils ont connu une époque où on communiquait (encore) avec des télégrammes et où on écoutait de la musique sur des gramophones... Par comparaison, il aura par exemple fallu un siècle entre la création de la machine à vapeur et l'apparition de l’électricité, deux ruptures majeures dans les techniques qui auront, à l'époque, considérablement bouleversée la société, aujourd'hui on est capable de bombarder un village par satellite alors qu'il y a un siècle on maniait difficilement l'aviation.

 

Les hommes, à commencer par leur cerveau, ne sont pas préparés à vivre dans un monde qui connaît autant de bouleversements en un temps si court. Cette « accélération du temps » est une donnée majeure que nous devons prendre en considération. Le temps que les hommes assimilent un changement et agissent en conséquence est tellement long, car il est long par nature, que déjà de nouveaux changements seront apparus. Qu'on y songe, le grande politique de modernisation de la France au XIXe siècle date du Second Empire, alors même que la plupart des dynamiques industrielles et des techniques existent depuis le XVIIIe siècle ! Chez nous, en quelques années, le numérique aura pris une place centrale alors qu'il était encore presque absent il y a 30 ans. Aujourd'hui nous vivons dans une environnement numérique alors que notre cerveau est encore celui des hommes qui vivaient dans la campagne avec un minimum de technologie et sans même savoir en quoi consiste le numérique. On s'étonne qu'en politique, un parti comme le FN capitalise sur « la patrie » et « le pouvoir d'achat », mais c'est tout à fait normal, le cerveau de nos compatriotes est encore dans un environnement qui s'est adapté progressivement à la France des 30 glorieuses, qui sont finies depuis 40 ans... Les logiques d'aménagement sont encore celles de la DATAR sous De Gaulle alors que le temps de réaliser n'importe quel projet d'aménagement (de 10 à 20 ans) il devient quasiment obsolète dans un monde où en un clic on peut imprimer en 3D un plan élaboré à Taïwan depuis Paris. Les 30 glorieuses ont constitué une évolution « logique » de la société qui s'est mise en place à la fin du XIXe siècle, et même si elle a connu des ruptures majeures (14-18 et 39-45), la société connaissait une certaine continuité sur d'autres plans. Mais le monde qui est né dans les années 80 a engendré de tels bouleversements, que nos compatriotes n'ont pas toujours le recul nécessaire ou la capacité à les appréhender rationnellement. Il n'est pas innocent que les décroissants aient choisi l'escargot, dans une société de la vitesse... Pourtant, nous n'avons pas le temps, alors que faire ? Telle est l'éternelle question.

 

La sphère politique ne fait désormais que courir après les dynamiques qui sont économiques, scientifiques et techniques. Les hommes politiques ne sont plus ceux qui sont aujourd'hui en capacité d'impulser des dynamiques ou de contrôler les milieux économiques, scientifiques et techniques. Proposer une doctrine et un militantisme pour le XXIe siècle, revient donc à couper presque intégralement avec les conceptions héritées du XXe siècle, elles-mêmes assez proches du XIXe siècle, où la politique jouait un rôle clef. Si les grandes idéologies sont nées au XIXe siècle ou ont connu des mutations majeures à la faveur de la Grande Guerre, le XXIe siècle n'est pas celui de ces idéologies. Il est celui de l'emprise économique, scientifique et technicienne dans tous les secteurs et par conséquent nous devons nous positionner par rapport à ces grandes dynamiques qui s'imposent depuis 30 ans. Dynamiques auxquelles nous pouvons ajouter l'emprise médiatique, le 4eme pouvoir. A la suite de Braudel, nous pouvons affirmer que la politique n'est que de « l'agitation de surface ». Ce qui importe ce sont les grandes logiques civilisationnelles, sur ce point, et de façon un peu provocatrice nous pouvons dire que le travail du Cercle Non Conforme ou de l'Institut Iliade a plus d'importance que la prochaine échéance électorale.

 

Nous avons rappelé ici, de façon assez rapide, les grandes ruptures sur un siècle et établi les grandes ruptures de l'histoire récente depuis les années 1980. Nous posons ici un constat qui sera le préalable à une grosse mise à jour doctrinale. Beaucoup de pistes ont été explorées depuis l'an 2000 par différents groupes militants et par différentes personnalités, et ce au sein de différentes familles de pensée politiques, mais nous devons refonder une nouvelle doctrine, de nouveaux outils et de nouvelles approches en phase avec la société léguée depuis les années 80 et qui connaît une accélération encore plus forte depuis la diffusion de l'internet. Le militant de la nouvelle génération sera un « hybride ». Nous devons avoir de nouvelles références, de nouvelles représentations et de nouveaux réflexes militants et langagiers. Nous devons proposer une nouvelle synthèse pour le XXIe siècle et le troisième millénaire. Nous ne sommes plus les héritiers des combats perdus, mais les initiateurs de la nouvelle renaissance populaire européenne. Nous ne sommes pas les réactionnaires mais l'avant-garde, nous n'avons pas un combat de retard mais un d'avance. Nous n'agissons pas maintenant pour demain, mais pour après-demain. Nous devons proposer et incarner une alternative crédible à la société héritée des années 80. C'est le seul et unique enjeu. Nous devons pour cela forger de nouveaux concepts, tisser de nouvelles alliances, surement aussi rompre avec ceux qui continueront de s'embourber dans leurs nostalgies. Nous combattons la mondialisation, la marchandisation, la deshumanisation et la destruction de notre civilisation, mais aussi de toutes les civilisations, et bien sur la destruction de l'environnement. Cela n'a plus rien à voir avec les vieilles lunes nationalistes et les combats ouvriers d'un autre âge même si certaines luttes s'en approches. La rupture doit conduire à la synthèse. C'est en forgeant une synthèse de la pensée identitaire, sociale et écologique que nous pourrons faire émerger un nouvel élan politique. Le mot clef de tout cela n'est pas nouveau, c'est l'autonomie, qui va de paire avec la souveraineté. Autonomie, souveraineté et identité. La synthèse de Venner, Orwell et Ellul. La rupture, c'est aussi à nous de la faire, définitivement et sereinement, sans haine ni rancœur, sans fracas inutiles et sans règlements de compte stériles. Tracer un chemin, l'emprunter, persévérer. Être honnête avec nous-même. Nous devons aussi faire une rupture en nous-mêmes. Une rupture ce n'est jamais simple, c'est toujours brutal, brutal comme la rupture que nous a imposée le Système à partir des années 80 et qui nous oblige à nous positionner avec autant de détermination.

 

Une nouvelle ère s'ouvre, à nous d'en être les acteurs, chacun à notre façon. C'est d'une nouvelle (re)naissance que nous avons besoin. C'est le seul projet qui soit digne de l'Europe.

 

Jean/C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

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