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29/04/2015

Juifs contre Juifs (Alexandre Douguine)

 

Alexandre Douguine, Le prophète de l'eurasisme, Partie II Judaïca, Sur la route de l'Eurasie, Deux exemples, pp.  86-89, Avatar éditions ; Collection Heartland

 

A présent, en projetant le schéma découvert sur l'histoire soviétique, nous y découvrirons aussi le rôle des Juifs.

 

Dans son ensemble, le judaïsme à la veille de la révolution était uni dans son opposition au régime existant. Cela concernait les deux secteurs. Les Juifs orientalistes étaient opposés au capitalisme et conservatisme religieux, à l'aliénation et au formalisme dans le domaine de la culture, ils désiraient ardemment un changement révolutionnaire et l'avènement de l'éternité magique du royaume messianique. Les Juifs occidentalistes n'acceptent pas le tsarisme pour des raisons très diverses, incluant son régime arriéré, insuffisamment capitaliste, civilisé et humaniste, appelé à se perfectionner jusqu'au niveau de la civilisation occidentale. Tout le judaïsme dans son ensemble était solidaire quant à la nécessité de renverser la dynastie et de faire la révolution. Pour cela ils avaient des alliés à la fois parmi les nationalistes de la périphérie russes, rêvant de détruire la  « prison des peuples », et parmi les « nationalistes de gauche » russes, percevant le régime des Romanov de Saint-Pétersbourg comme une parodie anti-nationale, anti-patriotique, anti-spirituelle, de l'authentique Russie sacrée. En outre, pas mal d' « occidentalistes » parmi la noblesse et la classe marchande russe complotaient activement en faveur du capitalisme russe contemporain, gâtant les dernières Cerisaie d'une aristocratie irrémédiablement dégénérée.

 

L'action globale de toutes ces forces, dés qu'une situation favorable approcha, accomplit la révolution de Février. Mais immédiatement après, les contradictions non résolues à l'intérieur du camp des vainqueurs surgirent. Après le renversement du régime impérial, une seconde ligne de fracture 'interne cette fois-ci) apparut en pleine lumière, et cela prédétermina tous les évènements ultérieurs. Après la révolution de Février, au premier plan il y eut une opposition entre forces révolutionnaires et réformatrices, qui dissimula une opposition entre orientalistes de gauche et occidentalistes de gauche, entre eurasistes et européistes. Ce dualisme fondamental des types apparut aussi très clairement dans le milieu juif lui-même.

 

Le pôle bolchevik avait rassemblé les représentants de l' « orientalisme juif », le type hassidique-kabbaliste, les juifs-communistes, les juifs-socialistes - ceux qui à la fin du XVIIIème siècle voulaient « vivre du travail de leur bras ». Ce judaïsme du travail, eschatologique, universaliste, généralement russophile, se solidarisa avec le courant russe national-bolchevik des « impérialistes de gauche», qui voyaient dans la révolution d'Octobre non pas la fin du rêve national, mais son commencement, une nouvelle aube rouge, la seconde venue de la Rus', la Kilezh secrète des starobriadetsi, perdue dans le triste bicentenaire de la parodie profane du synode de Saint-Pétersbourg. Petit à petit le bolchévisme avait absorbé non seulement les marxistes orthodoxes, mais aussi un grand nombre de socialistes-révolutionnaires, en particulier les socialistes-révolutionnaires de gauche, qui peuvent être définis comme les homologues russes des nationaux-révolutionnaires. En un mot, pour le vaste milieu juif organique, l'organisation juive à l'intérieur des rangs des bolchéviks représente l'aboutissement logique et triomphal de son voyage historique, dont les racine se trouvent dans les anciens conflit religieux du sombre Moyen-Age.

 

Comme ennemis de cette communauté eschatologique des « juifs orientalistes», il y avait tous les capitalistes du monde, en en particulier le bourgeois juif, séculier, incarnation empirique (selon l'expression de Marx) des anciens rabbinistes. D'où, là aussi, l' « antisémitisme» bolchévik paradoxal, pas d'étranger non plus à de nombreux juifs communistes. Dans son ouvrage, Agursky mentionne un cas très intèressant, dans lequel le juif Vladimir Tan-Borgoraz intercède en faveur d'un bolchévik russe qui s'était permis une grossière tirade antisémite, et non seulement intercède, mais le justifie pleinement. Comme cela ressemble à l'histoire précitée des zoharites ! A ce propos, nous découvrons aussi quelque chose de similaire dans d'autres milieux. Ainsi, par exemple, le célèbre fondateur de la loge bavaroise Thulé qui prépara la naissance du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), le baron von Sebottendorf, fut à l'époque initié à la « maçonnerie égyptienne» en Turquie par un couple de juifs sabbataïstes et reçut d'eux les bases de la science ésotérique. Mais ainsi, il se distinguait de l’antisémitisme manifeste (pour ne pas parler des nazis ordinaires). Une trace juive (en particulier sabbataïste) peut être trouvée dans nombre d'autres organisations fortement nationalistes et parfois ouvertement racistes ou antisémites - aussi bien européennes (maçonniques) qu'orientales (les jeunes Turcs).

 

D'autre part, l'antisémitisme pouvait aussi être dirigé dans le sens opposé, et dans ce cas ses porteurs pouvaient très bien être soit des Juifs, soit des politiciens dirigés contre eux. Ainsi, par exemple,on connaît bien les expressions antisémites de Churchill, qui, se référant à l'origine juive de la majorité des dirigeants bolchéviks, parlait du  « péril juif, menaçant la civilisation à partir de l'Orient ». Ainsi, durant sa carrière politique, Lord Churchill s'appuya sur les milieux sionistes de droite en Grande-Bretagne et aux États-Unis, comme le démontre de façon convaincante Douglas Reed. Donc, tout comme il existe un judaïsme de « droite» et un judaïsme « gauche», il existe aussi un antisémitisme de « droite» et un judaïsme « gauche». Donc dans cette question aussi nous arrivons à une approche plus complexe.

 

De Février à Octobre survint un tournant pour les deux moitiés du monde juif, et à partir d'un certain moment cette opposition acquit ses formes les plus aiguës. Dans les cas extrêmes, les représentants des deux camps eurent recours dans leur polémique à des argumentations pas différente du discours vulgaire et brutal des antisémites. Mais ce n'est pas tout, A l'apogée de la confrontation, le choc acquit une nature de guerre de destruction physique, comme nous le voyons dans l'histoire des purges staliniennes dans les rangs du gouvernement soviétique. (précédent, Deux exemples)

 

Sebottendorff.jpg

 

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