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20/03/2018

Du découragement (Cercle Proudhon)

 

Jean Darville - Les cahiers du Cercle Proudhon - Premier cahier : janvier-février 1912 - Proudhon - pp. 201 à 202 - aux éditions Kontre Kulture (Précédé du mémoire de Pierre de Brague Le Cercle Proudhon ou l'existence d'une révolution conservatrice française.)

 

Écoutez plutôt l'accent de ces lignes, que j'extrais d'une admirable lettre écrite à un ami qui se décourageait (Correspondance, t. XIII, p; 217) : "...Seriez-vous donc de ces gens pour qui l'existence de l'homme n'a qu'une fin : produire, acquérir et jouir ? Ni l'un ni l'autre. Il faut travailler, parce que c'est notre loi, parce que c'est à cette condition que nous apprenons, que nous fortifions, disciplinons et assurons notre existence et celle des nôtres. Mais ce n'est pas là notre fin, je ne dis pas transcendante, religieuse ou surnaturelle, je dis même fin terrestre, fin actuelle et tout humaine. Être Homme, nous élever au-dessus des fatalités d'ici-bas, reproduire ne nous l'image divine, comme dit la Bible, réaliser enfin sur terre le règne d el'esprit, voilà notre fin. Or, ce n'est ni dans la jeunesse, ni même dans la virilité, ce n'est point par les grands travaux de la production et les luttes d'affaires que nous pouvons y atteindre ; c'est, je vous le répète, à la complète maturité, quand les passions commencent à faire silence, et que l'âme, de plus en plus dégagée, étend ses ailes vers l'infini... Songez donc que quand je vous parlé de votre rôle dernier, de votre destinée supérieure, de votre fin dans l'humanité, je ne parie pas seulement au point de vue de votre perfectionnement individuel ; j'ai surtout dans l'esprit l'amélioration de notre espèce. Mieux qu'un autre, vous savez combien elle est dure de tête et de cœur ; croyez-vous donc que ce' soit une excuse à votre défaillance ? Non, non, il faut aider cette humanité vicieuse et méchante, comme vous faites pour vos propres enfants ; il faut bien vous dire que votre gloire et votre félicité se composent de la répression des méchants, de l'encouragement des bons, de l'amélioration de tous. C'est la loi de l’Évangile, aussi bien que celle de la philosophie et vous êtes ici responsable devant le Christ et devant les hommes... J'ai vu ma femme, attaquée par le choléra, quérir tout à coup, quand elle me vit frappé de l'affreux mal ; l'idée de sauver son mari l'éleva au-dessus d'elle même et vainquit le fléau. C'est ainsi que tous nous devons être jusqu'à épuisement du fluide vital. Vous vous devez, comme tout homme de bien, à la réforme de vos semblables ; et croyez-vous que je me soucie de la vie d'un tas d'égoïstes et de coquins ! Si vous saviez combien je suis impitoyable pour ces fils du diable ! Combien est faible ma charité pour ces âmes pourries ! Non seulement, je ne demande pas qu'elles vivent, je me réjouis de leur consomption et de leur mort. Écoutez et méditez ce mot : vous croyez sans doute à l'immortalité de votre âme ? Eh bien ! sachez que votre foi doit exercer son influence dés la vie présente, que votre immortalité future ne forme pas scission avec votre passage sur la terre et que si votre âme est vraiment de qualité, elle doit soutenir votre corps. Ceci va vous paraître étrange, mais je suis logique jusqu'au bout. Vous perdrez mon estime, si vous vous laisser aller, je vous en préviens. Au contraire, plus vous durerez, plus je vous aimerai."

 

 

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Le néopaganisme, bricolage ou préfiguration ? (Patrick Canonges)

 

Source : Nouvelles de France (extension de l'article Néopaganisme : Patrick Canonges a raison !)

 

PLUSIEURS NEOPAGANISMES

L’apparition du néopaganisme remonte à quelques siècles. Issu du panthéisme, doctrine philosophique ou religieuse selon laquelle Dieu apparaît dans tout ce qui existe, il sera porté ensuite par les courants ésotériques (parfois maçonniques) et par certains poètes romantiques refusant les philosophies des Lumières et la modernité industrielle. A la fin du XIXe siècle, l’Action française reconnaît son héritage grec païen. Le néopaganisme politique réapparaît en 1963 dans le discours du groupe Europe-Action sous la double influence du maurrassisme païen des débuts et du paganisme ethniste (volkisch) allemand, puis à partir de 1968 au sein du GRECE (Groupement de Recherche et d’Etudes pour la Civilisation Européenne), héritier du précédent, et enfin dans ses dissidences radicales ethnistes apparues dans les années quatre-vingt.

Dans un essai de classification de la nébuleuse néo-païenne, Alain de Benoist se fonde astucieusement sur les trois fonctions (intellectuelle, politique et roturière) de Georges Dumézil :

« On pourrait faire une analyse « dumézilienne » des néopaganismes contemporains. A la première fonction correspondrait une approche spirituelle ou intellectuelle, fondée sur l’amicale connivence avec les œuvres et le système de valeurs que nous ont légués les grandes cultures et les religions de l’Antiquité. C’est évidemment dans une telle démarche que je pourrais me reconnaître. Les néopaganismes brutaux, intolérants et ethnocentrés, à base d’exaltation de la violence pure sur fond de musique gothic ou hard metal, qui ne sont bien souvent que des « paganismes » de caricature, se laisseraient aisément ranger dans la deuxième fonction. Quant à la troisième, on pourrait y placer à la fois, sur un versant « soft », les « paganismes » niais du type « New Age » et les néopiétismes naturalistes caractéristiques de certaines sectes. »
(Alain de Benoist, Entretien à propos du « néopaganisme », 2005).

On peut aussi séparer les mouvements néo-païens d’après deux visions métaphysiques : d’une part, les hénothéistes qui se réfèrent à un Dieu principal nommé et à un panthéon défini, d’autre part les panenthéistes, qui professent que le divin existe et interpénètre la nature, mais qu’il se déploie au-delà d’elle.

Le néopaganisme hénothéiste est plutôt ethnique, faisant référence aux Dieux propres à un peuple actuel ou passé. Il recouvre par exemple l’odinisme germanique et le druidisme celtique.

Le néopaganisme panenthéiste s’incarne soit dans les courants ésotériques, féministes et écologistes radicaux (deep ecology) comme la Wicca, soit dans les philosophies s’inspirant de Niezsche ou de Heidegger.

PLUSIEURS PAGANISMES ANTIQUES

Alain de Benoist pointe honnêtement une difficulté majeure: il n’y avait pas un seul paganisme antique, mais des paganismes, l’un patriarcal et spirituel et l’autre dans lequel il ne se reconnaît pas, plus féministe et naturaliste :

« On ne redira jamais assez, par exemple, que l’ancien paganisme indo-européen ne s’est jamais ramené à une simple “religion de la nature” (il ne peut être pensé hors de la nature, mais il ne se réduit pas à un naturalisme) et que, de surcroît, le culte de la Terre-Mère appartient à une autre tradition que la sienne (tradition tellurique, chtonienne, qu’il a dans une large mesure supplanté ».
(Alain de Benoist, « Écologie et religion », Revue Eléments, nº79, 1994)

D’autre part, le paganisme grec a lui-même évolué et il y a eu une réelle rupture entre les périodes classique et hellénistique au IIIe siècle avant notre ère. Si Platon et Aristote, après Socrate, avaient conçu l’homme comme être social, leurs successeurs hellénistiques posèrent comme idéal supérieur l’individualisme du sage détaché de la vie sociale.

D’autres part, les cultes païens tardifs, souvent orientaux, avaient avec le christianisme de nombreux traits identiques: la monolâtrie de fait, les notions de résurrection, de filiation divine, d’ascèse, de rédemption, d’immortalité personnelles.

PAGANISME ANTIQUE/ NEOPAGANISME

Qu’en est-il du rapport entre le paganisme antique et le néopaganisme qui s’affirme au XIXe siècle ? Julius Evola, pourtant néo-païen assumé, avait déjà dénoncé un bricolage :

« Le nouveau paganisme, loin de représenter, ainsi qu’il le prétend, un retour aux origines, n’est qu’un pot-pourri d’éléments qui découlent uniquement de la désagrégation anti-traditionnelle moderne, et plus spécialement des trois éléments suivants : le « pathos » de la « nation » plus ou moins déifiée d’une manière jacobine, l’immanentisme naturaliste moderne et, finalement, un bric-à-brac de type rationaliste et scientiste qu’on retrouve, dans la même association paradoxale avec le mysticisme, dans tout ce qui est spécifiquement « raciste ». »
(Julius Evola, Bibliografia fascista, n° 2, 1936).

Alain de Benoist admet parfaitement que le néopaganisme ne peut être, et ne doit être identique au paganisme antique :

« L’après-christianisme ne peut être retour ad integrum, ne peut être la simple ‘restitution’ de ce qui a été. Un nouveau paganisme doit être véritablement nouveau. Dépasser le christianisme exige à la fois de réactualiser son ‘avant’ et de s’approprier son ‘après’ ».
(Alain de Benoist, Comment peut on être païen ?, 1991).

Christian Bouchet précise sans détours tout ce qui sépare les deux époques du paganisme :

« Le paganisme contemporain, ou néopaganisme s’exprime paradoxalement par son individualisme très moderne. Selon les néo-païens, il existerait un individualisme positif, celui des traditions païennes helléniques, celtiques et germaniques – auquel ils se réfèrent, et un individualisme moderne négatif, égoïste, bourgeois. Le second serait partiellement issu du christianisme qui place l’homme atomisé seul face à Dieu, sans intermédiaire. À l’opposé, le paganisme « traditionnel », celui des sociétés qui n’ont jamais rompu le lien, se fonderait sur le respect des traditions et sur la reproduction conforme et conformiste des pratiques religieuses des ancêtres. Cette position semble plutôt une excuse de leur part afin de garder les bénéfices de l’individualisme honni. Les néo-païens refusent en effet les contraintes sociales d’une société holiste traditionnelle. De même, le néopaganisme se manifeste par un panthéisme qui ne distingue pas le sacré du profane, cette distinction étant fondamentale, a contrario, dans le paganisme.»
Christian Bouchet. Interview. Revue Solaria n° 8,1996).

Retenons que le néopaganisme est individualiste et unitaire (sacré et profane sont indissociables). En revanche, le paganisme antique est holiste (la société est tout, l’individu n’est rien) et distingue farouchement le sacré et le profane.

EVOLUTION

La Nouvelle Droite a très nettement connu une évolution qui mériterait plutôt le nom de rupture, tellement certains fondamentaux d’origine sont subvertis ou même inversés.

A partir de la fin des années soixante-dix, Alain de Benoist et le GRECE rejettent le nominalisme et l’individualisme modernes, pour en arriver à une vision holiste, inspirée des sociétés traditionnelles, et à l’abandon de la critique de l’égalitarisme.

Alain de Benoist précise :

« Le grand mérite de Taguieff est […] d’avoir suivi de façon méthodique les inflexions et les évolutions, fussent-elles ‘‘atypiques’’, qui ont le plus profondément marquées l’histoire de la Nouvelle Droite : rejet de plus en plus net des idéologies biologisantes, du positivisme scientiste et des utopies technoscientifiques (y compris ‘‘biopolitiques’’), défense de la ‘‘cause du peuple’’ par opposition au ‘‘système occidental’’, critique généralisée de l’utilitarisme libéral, de l’axiomatique, de l’intérêt et de la ‘‘société marchande’’, déconstruction du racisme, de l’ethnocentrisme et de la xénophobie anti-immigrés, déplacement de l’anti-égalitarisme vers l’anti-individualisme et de la notion d’ ‘‘enracinement’’ vers celle d’appartenance, reformulations et précisions devenues indispensables sur le ‘‘droit à la différence’’, apparition du référent fédéraliste, refus de toutes les formes d’autoritarisme au profit d’une démocratie de base (‘‘organique’’), etc. »

(Alain de Benoist, « La Nouvelle Droite selon Taguieff », Revue Eléments n°80, 1994)

Il n’échappera à personne que cette mue conduit à rallier l’altermondialime de gauche.

DESCRIPTION

Guillaume Faye, cofondateur du GRECE dont il s’est éloigné, donne ce que l’on peut considérer comme la description la plus complète du néopaganisme contemporain :

« Le Paganisme s’organise autour de trois axes: l’enracinement dans la lignée et le terroir, l’immersion cosmique dans la nature et ses cycles éternels, et une « quête », qui peut être une ouverture à l’invisible comme une recherche aventureuse (Pythéas, Alexandre, l’école pythagoricienne, etc.) et « désinstallée » (…) Ce qui signifie que les traits majeurs du Paganisme sont l’union du sacré et du profane, une conception cyclique ou sphérique du temps (au rebours des eschatologies du salut ou du progrès, dans lesquelles le temps est linéaire et se dirige vers une fin salvatrice de l’histoire), le refus de considérer la nature comme une propriété de l’homme (fils de Dieu) qu’il pourrait exploiter et détruire à sa guise, l’alternance de la sensualité et de l’ascèse, l’apologie constante de la force vitale (le « oui à la vie » et la « Grande Santé » du Zarathoustra de Nietzsche), l’idée que le monde est incréé et se ramène au fleuve du devenir, sans commencement ni fin, le sentiment tragique de la vie et le refus de tout nihilisme, le culte des ancêtres, de la lignée, de la fidélité aux combats, aux camarades, aux traditions (sans sombrer dans le traditionalisme muséographique), le refus de toute vérité révélée universelle et donc de tout fanatisme, de tout fatalisme, de tout dogmatisme et de tout prosélytisme de contrainte. Ajoutons que, dans le Paganisme, se remarque sans cesse l’« opposition des contraires » au sein de la même unité harmonique, l’inclusion de l’hétérogène dans l’homogène. »
(Guillaume Faye, Revue Antaios, n° 16, 2001).

Analysons chacun des concepts énumérées par Guillaume Faye et Alain de Benoist qui s’inscrivent dans un néopaganisme métapolitique. De ce fait, nous laissons de côté le paganisme de type New Age.

COSMOTHEISME

« Je pense que le paganisme est incompatible avec l’athéisme, si l’on définit ce dernier comme la négation radicale de toute forme de divin ou d’absolu. »
(Alain de Benoist, Comment peut on être païen – dix ans après, Revue Eléments n° 89, 1997)

Et pourtant, sans transcendance ni « personnalisation du divin», le néopaganisme n’est-t-il pas autre chose qu’un « cosmothéisme », un immanentisme, autrement dit un athéisme spiritualiste ? Marc Augé ne dit-il pas :

« Les dieux grecs ne sont pas des personnes mais des Puissances .»
(Marc Augé, Le génie du paganisme, 1982).

Dans le néopaganisme, Dieu (ou les dieux) est une émanation cosmique de la force vitale à l’œuvre dans le monde. Autrement dit, le divin est immergé dans la nature et ne s’en distingue pas.

MONISME

« La continuité entre ordre du monde, ordre de la société et ordre de l’individu est trop affirmée pour qu’elle puisse se dissoudre au profit de l’un d’entre eux ».
(Marc Augé, Le génie du paganisme, 1982).

Cette proposition de Marc Augé, d’une concision saisissante, donne la définition du « cosmothéisme », évoquant une nature divinisée puisqu’englobante, où s’exerce un jeu de correspondances entre macrocosme (l’univers) et microcosme (l’humain), où les dieux, qui ne sont pas omniscients, n’ont pas créé le monde mais sont en lui. Le paganisme ne reconnaît pas l’autonomie d’une morale transcendante. Les rites et les cultes visent à apaiser la nature et se conformer à elle, ce qui définit une morale immanente.

« Le monde représente le déploiement de Dieu dans l’espace et dans le temps. La “créature” est consubstantielle au “créateur”, l’âme est une parcelle de substance divine. L’esprit païen tisse un lien fondamentalement religieux entre l’homme et le monde, et c’est par cette union créatrice de l’homme au monde que se manifeste la divinité. »
(Alain de Benoist, La religion de l’Europe, Revue Eléments N° 36, 1977).

L’immanentisme païen se veut donc moniste radical, refusant de séparer âme et corps, raison et foi religion et politique, monde divin et monde naturel. On a donc affaire à un totalitarisme conceptuel.

HOLISME / INDIVIDUALISME

Louis Dumont distingue les sociétés païennes holistiques de la société moderne individualiste issue de la Chrétienté :

« Dans les premières, comme par ailleurs dans la République de Platon, l’accent est mis sur la société dans son ensemble, comme Homme collectif ; l’idéal se définit par l’organisation de la société en vue de ses fins (et non en vue du bonheur individuel) ; il s’agit avant tout d’ordre, de hiérarchie, chaque homme particulier doit contribuer à sa place à l’ordre global et la justice consiste à proportionner les fonctions sociales par rapport à l’ensemble. Le sociologue qualifie ce type de sociétés de « holiste. Pour les modernes au contraire, l’Etre humain c’est l’homme “élémentaire“, indivisible, sous sa forme d’être biologique et en même temps de sujet pensant. Chaque homme particulier incarne en un sens l’humanité entière. Il est la mesure de toute chose. »
(Louis Dumont, Homo hierarchicus. Essai sur le système des castes, 1966).

Jean-Pierre Vernant pointe le caractère holistique du rapport au divin dans une civilisation païenne :

« Ce n’est pas en tant qu’individu que l’homme grec respecte ou craint un dieu, c’est en tant que chef de famille, membre d’un genos, d’une phratrie, d’un dème, d’une cité ».
(Jean-Pierre Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs, 1965).

Le néopaganisme, en revanche, est tout sauf holiste, même dans la deuxième phase de la Nouvelle Droite. Il demeure une forme de l’individualisme contemporain, à forte connotation narcissique, notamment chez ses penseurs.

NOMINALISME / REALISME

Le paganisme se manifeste parfois (aux débuts du GRECE) comme une variante du nominalisme pour lequel les noms que nous donnons aux choses ne sont que des concepts interprétatifs. Le point de vue nominaliste tend à privilégier l’existant par rapport à l’ »être », l’existentiel par rapport au finalisme historique. Le nominalisme existentialiste conduit logiquement à l’individualisme et fonde une philosophie tragique de la vie : il faut, bien sûr, agir, « faire des choses » tout en sachant qu’elles sont provisoires, contestables et subjectives :

« Il ne saurait y avoir de vérité unique, ni de désir d’en imposer une, dès lors que l’on refuse l’anthropologie absolutisante produite par l’aberration monothéiste. »
(Alain de Benoist, Revue Eléments n°27, 1975).

Plus récemment, le nominalisme individualiste est souvent récusé chez les néo-païens au profit d’un réalisme philosophique.

PALINGENESIE

« Dans un célèbre passage d’Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche substitue à cette conception cyclique de l’histoire une conception résolument sphérique – le « cercle » subsiste, mais la « ligne » disparaît (…) La sphère possède une dimension supplémentaire, elle peut à tout moment rouler dans tous les sens. De même, dans la conception générale qui s’y rattache, l’histoire peut à tout moment se dérouler dans n’importe quelle direction, sous réserve qu’une volonté assez forte lui imprime son mouvement et compte tenu, bien sûr, des processus dont elle est le lieu. L’histoire n’a pas de sens : elle n’a que le sens que lui donnent ceux qui la font. (…) Notre position de principe est donc clairement nominaliste et existentialiste.(…) Nous percevons ainsi que, si « infimes » que nous puissions être, nous sommes néanmoins les seuls à pouvoir « faire sortir le plus du moins », à pouvoir ajouter au monde des formes et des ensembles de formes qui en dehors de nous n’existeraient pas.»
(Alain de Benoist, Nouvelle Ecole, n°33, 1979)

Cette conception sphérique du temps est en rupture totale avec la palingénésie du paganisme antique avec son éternel retour et son destin implacable. Elle est existentialiste et volontariste, contre toute fatalité.

FATALISME / VOLONTARISME

Cependant, la conception fataliste demeure vivace chez certains néo-païens. Robert Dun, ex-officier de la Division Charlemagne qui combattit les envahisseurs asiates à Berlin, nous conseille le suicide et l’attente de la résurrection dans l’éternel retour :

« J’ouvre ici une parenthèse pour mettre en garde ceux qui seraient tentés de se battre à contre-courant. La situation était déjà irréversible au temps de Nietzsche et il a eu raison de nous inciter à ne pas contrarier les “prédicateurs des doctrines de mort”, de nous dire : “Ce qui veut tomber, il ne faut pas le retenir, il faut au contraire le pousser.” Nous ne pouvons espérer notre délivrance que du degré mortel du pourrissement actuel. Patience : nous en sommes extrêmement proche. (…) La perspective de la liquidation de la civilisation ne me cause aucune peur ; elle est au contraire ma plus impatiente espérance. »
(Robert Dun, Les Catacombes de la libre pensée , 1988)

Exposée par Hésiode et réactualisée par Julius Evola, la théorie des cycles explique qu’à l’intérieur de chaque cycle, l’humanité suit un parcours entropique allant de la perfection vers le déclin spirituel et vers le matérialisme. Par conséquent, toute action politique s’avère dérisoire.

PERENNIALISME OU NON

Le pérennialisme est une école de pensée qui a pris sa forme actuelle avec René Guénon et le fasciste italien Julius Evola. Les trois postulats du pérennialisme sont l’existence d’une Tradition primordiale, l’incompatibilité entre modernité et tradition et la possibilité de retrouver cette Tradition par une ascèse intellectuelle et spirituelle. Rejetant l’idée de progrès et le paradigme des Lumières, les auteurs pérennialistes décrivent le monde moderne comme décadent. Le pérennialisme n’est pas forcément païen. René Guénon, à l’inverse de Julius Evola, ne s’est jamais défini comme tel. Seule une minorité de membres du GRECE se réfère à la notion de Tradition primordiale. La revue évolienne Totalité, avec Georges Gondinet, a remis cette notion à l’ordre du jour. La plupart des néo-païens ne font pas référence à la Tradition primordiale aujourd’hui.

NATURALISME

Sur le plan psychanalytique, le passage du paganisme au judéo-christianisme n’est rien d’autre que ce que Gérard Mendel décrit comme une évolution du primat de la Mère Nature à celui du Père Fort pour aboutir en réaction à la modernité à une révolte contre le Père pour restaurer la Mère :

« Un point qui nous paraît essentiel est qu’aussi bien la religion d’Aton que le judaïsme sont tous deux caractérisés par une exclusion de la mère.(…). Par cette véritable mort de la mère, peut-être vécue par l’inconscient comme un matricide, se rompait définitivement le lien consubstantiel avec la chair du monde. (…) Toute source de vie (la Nature donnant vie aux diverses créatures vivantes), ou de fécondité (la Terre nourricière) sera appréhendée inconsciemment comme un surgeon des imagos maternelles dans la réalité externe. »
(Gérard Mendel, La révolte contre le Père, 1968).

Le néopaganisme, en révolte contre le christianisme « patriarcal », s’inscrit ainsi dans la tendance à la féminisation des sociétés contemporaines. Alors que les sociétés païennes étaient pour la plupart patriarcales, notamment les Indo-Européens, beaucoup de néo-païens se revendiquent du féminisme :

« Inversement, la pensée féminine, dans ce qu’elle peut avoir de spécifique, rejoint directement la pensée païenne dans la mesure où l’une où l’autre se caractérisent par une approche plus globale (plus holiste) des choses, une approche plus concrète (mais faisant en même temps une plus grande place à l’imaginaire) que strictement analytique ou conceptuelle, une plus grande proximité par rapport au corps, aux réalités charnelles, à la nature conçue comme totalité se donnant à saisir au travers du visible, etc. »
(Alain de Benoist, Comment peut-on être païen ? Revue Eléments, 1997)

Le naturalisme philosophique induit les spéculations sur la Nature et la Terre de la pensée écologique souvent radicale, sous le nom d’écosophie, de géomantie ou d’adoration de Gaïa (le déesse Terre). Plus modéré, Alain de Benoist s’approprie ainsi la pensée écologiste :

« L’écologie est évidemment très proche du paganisme, en raison de son approche globale des problèmes de l’environnement, de l’importance qu’elle donne à la relation entre l’homme et le monde, et aussi bien sûr de sa critique de la dévastation de la Terre sous l’effet de l’obsession productiviste, de l’idéologie du progrès et de l’arraisonnement technicien. »
(Alain de Benoist, Comment peut-on être païen ? Dix ans après, Revue Eléments, nº 89, 1997)

Le néopaganisme développe une conception mystique de la nature. Dans cette perspective, la Terre est vue davantage comme une partenaire que comme un lieu d’habitation :

« Dans les religions de type cosmique, la vie religieuse consiste précisément à exalter la solidarité de l’homme avec la vie et la nature. »
(Mircea Eliade, La nostalgie des origines. Méthodologie et histoire des religion, 1971).

HIERARCHIE / EGALITARISME

Pour étayer son discours anti-égalitaire, le GRECE s’est appuyée sur les travaux de Georges Dumézil qui avait discerné, à partir de l’étude des mythes propres aux peuples indo-européens, l’existence d’une idéologie trifonctionnelle structurant leur mentalité. La Nouvelle Droite voulait légitimer ainsi l’existence d’une hiérarchie sociale semblable à celle des castes indiennes ou des ordres médiévaux, avec, au sommet, les prêtres, en bas, les travailleurs, et entre eux, les guerriers. Pour justifier ces positions anti-égalitaire, la Nouvelle Droite convoquait alors les théoriciens sociobiologistes, comme Edward Wilson ou Richard Dawkins.

Cependant, au bout de son évolution, Alain de Benoist en arrive à défendre l’égalité politique, propre à la démocratie de base qu’il prône désormais :

« Les citoyens d’un pays démocratique jouissent de droits politiques égaux, non parce que leur compétence sont les mêmes, mais parce qu’ils sont également citoyens de leur pays. »

(Alain de Benoist, « Identité, égalité, différence », dans Critiques. Théoriques, 2002)

DIFFERENTIALISME

Le néopaganisme défend la diversité des cultures. Toutefois, ce différentialisme est motivé par diverses raisons: le discours païen va du racisme suprématiste à une tolérance absolue.

La tendance raciste, représentée en France par Pierre Vial et son association Terre et Peuple, prône un ethno-communautarisme» hétéronomique. Les caractères physico-biologiques expliqueraient, entre autres, les capacités plus ou moins grandes de tel ou tel groupe de population à s’adapter à tel ou tel type de milieu. Ce type de néopaganisme se confond avec un européisme qui soutient l’idée ethniciste (volkisch en allemand) selon laquelle les Indo-Européens sont tenus pour supérieurs.

Mais il existe aussi un discours non-raciste, polyculturaliste et isonomique, comme en témoigne celui d’Alain de Benoist qui refuse l’acculturation véhiculée par la globalisation et le prosélytisme monothéiste et se pose en garant de la diversité des cultures. La défense des peuples s’inscrit dans le cadre du refus altermondialiste d’une globalisation assimilée à l’American Way of Life.

La conception sociobiologique des différences entre ethnies, mise en doute depuis la fin du XIXe siècle, est définitivement rejetée par les récentes découvertes sur le génome humain :

« L’humanité n’est pas divisée en «races» fondamentalement distinctes comme on le prétendait jadis. Elle n’est pas pour autant totalement homogène. (…) Quant aux dons et aux capacités, leur lien avec la constitution génétique des groupes humains est plus que douteux. (…) En somme, la génétique moderne montre l’existence, au sein de l’humanité, de «groupes d’ascendance» aux contours flous et à la diversité interne très élevée – sans différences biologiques nettes, et bien sûr sans aucune hiérarchie. »
(Bertrand Jordan, Conférence à l’université de tous les savoirs, 2008)

Dominique Venner, tenté dans les années soixante-dix par la « biologisation » des ethnies, s’en est distancié plus tard :
« À la différence des animaux, les hommes ne sont pas programmés par l’instinct. Leur comportement dépend de leurs représentations morales, religieuses ou idéologiques, donc spirituelles. »
(Dominique Venner, La Nouvelle Revue d’Histoire n°25, 2006).

Une ethnie est une population dont les membres s’identifient sur la base d’une ascendance commune réelle ou construite et d’une culture commune. Une ethnie est un produit de l’histoire. Elle apparaît lors de son ethnogénèse et elle disparaît par absorption ou division. Les ethnies préhistoriques se constituaient dans le cadre d’une niche écologique donnée. Aujourd’hui, cette prégnance de la nature (avec des effets physiologiques) n’existe plus et les grandes ethnies actuelles occupent des milieux naturels très divers. Or l’ethno-différentialisme postule de façon erronée que les ethnies ont une essence, un caractère éternel, et qu’elles sont liées à un territoire homogène et singulier. Ainsi, l y a deux mille ans, ils n’y avait pas de Français, mais des Celtes, des Grecs massaliotes, des Vasco-Aquitains, etc… Et aujourd’hui l’ethnie française (ne pas confondre avec la citoyenneté d’un Etat) se déploie autant dans l’Hexagone européen de climat tempéré qu’au Québec américain plutôt de climat froid.

ANTI-CHRISTIANISME

Le néopaganisme se situe en totale confrontation avec le christianisme. Mais entre l’anti-christianisme rabbique et la position plus mesurée adoptée par la mouvance néo-droitère aujoud’hui, il y a plus qu’une nuance. Alain de Benoist se définit comme « achrétien » :

« Le paganisme n’est pas du ‘christianisme en sens contraire’. Il n’est pas constitutivement antichrétien, mais achrétien. L’essentiel pour un païen n’est donc pas de penser ‘contre le christianisme’, ce qui reviendrait à se définir négativement par rapport à lui, et donc à rester encore chrétien en quelque façon, mais à penser en dehors de lui, en dehors des catégories qu’il a créées, catégories dont on est encore tributaire quand on se contente de les renverser.
(Alain de Benoist, Revue Antaios, 1996)

La sous-culture musicale païenne, moins euphémisée, se lâche parfois. Le Docteur Merlin, de son vrai nom Christophe Lespagnon, chanteur, ancien membre du GRECE, du Front National et du MNR, adore les chansons blasphématoires, comme celle-ci (CD Péchés de jeunesse) :

« Christos blues
Ouais, c’est le blues du crucifié
L’histoire du type qu’a un gros nez
Son père était un charpentier
Qui voulait pas se mettre en piste
Alors sa mère s’est fait draguer
Par un centurion pas raciste
Et dans l’étable elle a pondu
Un mec minable, un vrai faux-cul,
Le crucifié. »

PRO-ISLAMISME OU NON

Le néopaganisme a des rapports ambigus avec le panarabisme et l’islam sous l’influence contradictoire des pérennialistes et des différentialistes. Certains pérennialistes considèrent que l’islam est la dernière religion permettant l’accès à la « Tradition primordiale ». René Guénon et Frithjof Schuon, tous deux musulmans convertis, en sont témoins. Guénon insiste sur les concordances gnostiques entre les visions païennes et islamiques et met l’accent sur le principe musulman d’unicité, reflet du principe de non dualité païen.

Chez les différentialistes ethnistes, l’islamophilie va de pair avec un antijudaïsme virulent.

« C’est souvent par antisionisme, voire par un antisémitisme affectif, que ces milieux se font les auxiliaires de la ‘cause’ palestinienne, se laissant totalement instrumentaliser, et vont jusqu’à jouer la carte d’une certaine sympathie envers l’arabo-islamisme en France ! On en a même vu porter des Keffieh noir et blanc, voire se convertir à la religion du Prophète. »
(Guillaume Faye, Avant-Guerre. Chronique d’un cataclysme annoncé, 2002).

Chez Alain de Benoist, peu suspect d’anti-judaïsme, les affinités avec le monde arabo-islamique sont hautement proclamées, au prix d’accomodements avec la vérité historique et civilisationnelle :

« Des Méditerranéens venus des deux rives opposées du « continent maritime » auront de ce fait toujours entre eux plus d’affinités, voire de souvenirs, qu’un Espagnol ou un Italien n’en aura avec un Finlandais ou un Américain. Question de paysages, d’odeurs, de souvenirs personnels et historiques peut aussi. A l’heure où, pour la première fois depuis le Moyen Age, l’islam est devenu une réalité dans l’Europe occidentale, il serait dommage de l’oublier. »
(Alain de Benoist, Conférence prononcée à Barcelone, 2009)

Mais de nombreux néo-païens identitaires, dont Guillaume Faye, ont évolué vers un anti-islamisme virulent, par prise de conscience de l’islamisation rampante.

ANTI-AMERICANISME / ANTI-COMMUNISME

Le milieu politique et intellectuel d’où est sorti le néopaganisme était plutôt pro-Américains, par anti-communisme et aussi considérant que les Américains blancs étaient des Indo-Européens.

Aujourd’hui, considéré comme emblématique de la dérive de la civilisation moderne issu du christianisme, la Way of Life américaine est analysée comme l’ennemi principal :

« L’américanisme est une attitude mentale, conséquence de l’américanisation, qui fait perdre aux Européens identité et souveraineté, et dont la cause est une soumission volontaire des Européens plutôt qu’un ‘‘impérialisme américain’’. L’américanisation est linguistique, alimentaire, culturelle, vestimentaire, musicale, audiovisuelle, etc. Elle substitue des mythologies et des imaginaires américains à ceux des Européens. »

(Guillaume Faye, Pourquoi nous combattons, 2001).

Cet antiaméricanisme est souvent le cache-sexe de l’antijudaïsme (Jew-York) encore très présent dans les groupes néo-païens plus « politiques ». Dans les cercles plus « philosophiques », la détestation des Juifs est absente. Pour Alain de Benoist, qui assume sa dette à de nombreux penseurs israëlites, d’Hannah Arendt à Martin Buber :

« Un antisémite est quelqu’un qui reproche aux Juifs d’habiter mentalement dans un ghetto, tout en se proposant de les empêcher physiquement d’en sortir. »
(Alain de Benoist, Dernière Année. Notes pour conclure le siècle, 1999)

REPAGANISATION

Guillaume Faye, brouillé depuis longtemps avec le GRECE, propose un programme assez précis pour la repaganisation :

« La parenthèse des XIXe et XXe siècles une fois refermée, les hallucinations de l’égalitarisme ayant sombré dans la catastrophe, l’humanité en reviendra aux valeurs archaïques, c’est-à-dire tout simplement biologiques et humaines (anthropologiques) : séparation sexuelle des rôles, transmission des traditions ethniques et populaires, spiritualité et organisation sacerdotale, hiérarchies sociales visibles et encadrantes, culte des ancêtres, rites et épreuves initiatiques, reconstruction des communautés organiques imbriquées de la sphère familiale au peuple, désindividualisation du mariage et des unions qui doivent impliquer la communauté autant que les époux, fin de la confusion entre érotisme et conjugalité, prestige de la caste guerrière, inégalité des statuts sociaux non pas implicite, ce qui est injuste et frustrant comme aujourd’hui dans les utopies égalitaires, mais explicite et idéologiquement légitimé, proportionnalité des devoirs aux droits, justice rendue selon les actes et non selon les hommes, ce qui responsabilise ces derniers, définition du peuple et de tout groupe ou corps constitué comme communauté diachronique de destin et non comme masse synchronique d’atomes individuels, etc. »
(Guillaume Faye, L’archéofuturisme, 1998).

Pour Guillaume Faye, la dimension eudémonique (le bonheur est le seul but) est importante et défie la morale chrétienne. Les débats actuels sur le libertarisme moral ou comportemental divisent la sphère néo-païenne. Il est vrai que des icônes du néopaganisme, comme Pierre Gripari, affichaient leur homosexualité sans fard…

Plus fondamentalement, les néo-païens proposent de substituer la « post-modernité », perçue comme la synergie de l’archaïsme et de la technologie, à la modernité socio-économique individualiste qui ne serait que la forme sécularisée du christianisme. Cette repaganisation sera d’autant plus facile que le retour à l’archaïsme est patent aujourd’hui, dans bien des domaines :

« J’ai souvent indiqué que l’on pouvait caractériser la postmodernité par le retour exacerbé de l’archaïsme. (…) On peut parler, à cet égard, de  » régrédience « , retour spiralesque de valeurs archaïques conjointes au développement technologique.(…) Il me semble qu’à la structure patriarcale, verticale, est en train de succéder une structure horizontale, fraternelle. La culture héroïque, propre au modèle judéo-chrétien puis moderne, reposait sur une conception de l’individu actif, « maître de lui », se dominant et dominant la nature. (…) C’est cet archétype culturel que le néo-tribalisme postmoderne met à mal.»
(Michel Maffesoli, Tribalisme postmoderne. Dans Unité-Diversité, 2001)

La poussée du néo-tribalisme décrite par Michel Maffesoli est aussi une conséquence du retour à la Mère et à une société infantile des frères (la tribu) où le Père brille par son absence. Cette tendance se développe pour l’essentiel en marge du néopaganisme politique, tout en le relayant. On observe d’ailleurs un retour aux signes et aux marquages tribaux que sont le piercing, le tatouage ou le branding. Quand on ressent confusément son impuissance devant la nature, on a tendance à compenser en « artificialisant » l’apparence (le look), ce que faisaient nos ancêtres païens confrontés à leur impuissance.

Plus modeste et suspicieux, Alain de Benoist rejette l’hybris d’une repaganisation passant par un paganisme politique :

« Je n’ai pas beaucoup de sympathie pour cette expression de « paganisme politique ». Elle ne recouvre que trop souvent un extrémisme politique recouvert d’un badigeon païen »
Alain de Benoist (Revue Antaios, 1996)

ANECDOTE

Pour finir, je ne résiste pas au plaisir de raconter une anecdote qui mérite réflexion sur les liens non seulement philosophiques (athéisme/cosmothéisme) mais aussi parfois politiques (altermondialisme) des néo-païens avec l’extrême-gauche. Joëlle Aubron, membre ultra-gauche du groupe terroriste Action directe, a participé à des cérémonies païennes avec son amant Jean Pierre Tillenon à la fin des années 1970. Ce dernier, figure du néopaganisme identitaire, a notamment participé à la Conférence Internationale sur “L’avenir du Monde blanc” à Moscou, les 8 et 10 juin 2006. Il dirige l’association Kêrvreizh, école de paganisme celtique.

CONCLUSION

Au vu de l’extrême diversité des conceptions néo-païennes, de leurs liens ténus avec le paganisme antique et de leurs contradictions internes, on est fondé à définir le néopaganisme comme un astucieux bricolage, voire comme un concept de marketing, surfant sur l’air du temps. Car on ne peut plus nier que nos sociétés maternantes sont devenues un terreau favorable à ces conceptions. Comment ne pas voir que le « retour aux forêts » cher à Terre et Peuple, évoque le retour foetal au Grand Tout de la Nature. Dès lors, il est légitime d’envisager une victoire à terme d’un néopaganisme sociétal bien éloigné tout de même du projet de la Nouvelle Droite et de ses avatars politiques.

 

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Le complotisme, cet anaconda dont nous écraserons la tête à coups de talon (Parousia)

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Le complot, c’est comme le genre (« gender ») : le problème ne réside pas dans l’authenticité de son existence, mais dans le systématisme typiquement moderniste de la théorie qui l’exploite.

Les complots politiques sont une trame de l’histoire depuis quelques centaines d’années. Prétendre qu’attaquer le complotisme revient à nier l’existence de tout complot, c’est aussi stupide que de prétendre qu’attaquer le communisme revient à nier l’existence des inégalités entre les classes sociales. Ce n’est pas parce que nous nous intéressons aux complots et conspirations, que nous nous abaisserons à grossir les rangs des complotistes. Il faut faire comprendre à ces derniers, nos ennemis directs, irréductibles et définitifs, que nous ne leur reprochons pas de parler de complots, objet historique dynamique indéniable, mais d’avoir créé une nouvelle tentative d’étouffer la Révolution Spirituelle et supra-historique en cours en systématisant absurdement la notion de complot, et en enfermant l’esprit dans un immonde cercle de fer absolument contre-productif.

 

J’ai déjà écrit deux textes sur Parousia contre le complotisme : « Puritanisme et Complotisme, ces plaies de la modernité » (5 octobre 10), puis « Allah Akbar » (1 février 12). J’ai notamment soutenu que le but du complotisme était de générer un espoir démobilisateur (la résignation), alors que les assoiffés de justice avaient besoin du strict opposé : un désespoir mobilisateur (la révolution).

 

Deux des plus grands écrivains français de ces cinquante dernières années, Dominique de Roux et Jean Parvulesco, connaissaient l’histoire des grandes conspirations, et ils étaient favorables à une révolution grand-continentale : en termes contemporains, ils étaient donc anti-complotistes. Le premier avait décrit dans « L’acier prend le pouvoir » (in « L’Ouverture de la chasse », 1968) la réaction de la CIA, dans les années 50 et 60, à « l’offensive en cours de la révolution mondiale du communisme, ayant son épicentre politico-opérationnel au Kremlin ». La CIA aurait pu logiquement financer des partis frontalement anti-communistes, afin de combattre pied à pied son ennemi russe. Mais la logique politique des Etats-Unis d’Amérique n’a jamais été celle de l’affrontement direct. Karl Haushofer avait déjà décrit la stratégie américaine comme étant celle de l’anaconda : encerclement, enserrement et dissolution. Au lieu de créer et d’encourager des mouvements capitalistes de combat, ils créèrent et encouragèrent des mouvements gauchistes de parodie, des structures politico-culturelles de dédoublement du communisme, ennemi radical – à l’époque – des USA, afin d’en annuler la force en la détournant et la singeant par des opposants tout à fait factices.

 

Ce mécanisme de la prise en mains des révolutions gauchistes européennes des années 60 par la CIA est décrit ainsi par de Roux :

 

« Suivant la mentalité protestante du capitalisme outre-atlantique, il est évident, en effet, que la contre-stratégie américaine visait, avant tout, pragmatiquement, à l’efficacité. Or, l’efficacité dans le combat anticommuniste exigeait, en dehors de toute idéologie et selon la dialectique même du marxisme-léninisme historiquement en marche, non pas l’affrontement de l’anticommunisme, mais d’une structure marxiste à une autre structure marxiste. Cette politique dans le monde de la guerre froide – et elle fut la mission primaire de la CIA – cherchait à opposer aux mouvements communistes agissant, démocratiquement ou subversivement en Europe occidentale et ailleurs, au lieu des contreforts traditionnels, une ligne ininterrompue, visible, de mouvements démocratiques et socialistes d’inspiration ou d’influence marxiste-démocratique. […] Paradoxalement, c’est le marxisme, traité par la contre-stratégie souterraine de Washington comme moyen d’action, non comme but absolu – tel qu’il l’était encore, à ce moment-là, pour les tenants ultimes de la révolution mondiale du communisme – qui permit au monde non-marxiste de l’emporter sur le marxisme : c’est le marxisme qui, tourné contre lui-même, devait donc vaincre dialectiquement le marxisme.

 

Là on touche à l’évidence même : la colonisation américaine de l’Europe occidentale, la mise en chantier de l’Europe atlantique, a été l’œuvre, exclusivement, des partis socialistes et de leurs alliés, démocrates-chrétiens au pouvoir, en France, en Italie, en Allemagne fédérale, en Belgique, en Hollande, voire même en Grande-Bretagne.


Au paroxysme stalinien de la révolution communiste mondiale conçue toujours selon la thèse du stalinisme : « la révolution en un seul pays », le grand capital américain devait opposer ainsi un « mouvement trotskyste », une internationale contre-stratégique utilisant subversivement le socialisme, en tant que vaccin, comme nous venons de le dire ».

 

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