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19/12/2014

Pour une critique positive de la Dissidence ♠

 

Pour une Critique Positive de la Dissidence sera prochainement disponible en version papier sous forme d'un essai (prix coutant) et remis en ligne au format pdf (gratuit).

 

Pour une Critique positive de la Dissidence ♠

 

***

 

Premier et dernier Chapitre en exclusivité pour nos lecteurs :

 

I. Qu'est-ce qu'une « Critique positive » ?

 

« Le scandale n’est pas de dire la vérité, c’est de ne pas la dire tout entière, d’y introduire un mensonge par omission qui la laisse intacte au-dehors, mais lui ronge, ainsi qu’un cancer, le cœur et les entrailles. Je sais qu’un tel propos fera sourire un grand nombre de dignitaires d’Action catholique et de prélats politiques. Mais moi, je ne me lasserai pas de répéter à ces gens-là que la vérité ne leur appartient nullement, que la plus humble des vérités a été rachetée par le Christ, qu’à l’égal de n’importe lequel d’entre nous, chrétiens, elle a part à la divinité de Celui qui a daigné revêtir notre nature, – consortes ejus divinitatis, – entendez-vous, menteurs ? Quand je vous vois tripoter une vérité de vos doigts agiles, de vos doigts d’escamoteurs, de vos doigts sacrilèges, je sais ce que vous profanez, entendez-vous, c’est vous-mêmes qui me l’avez appris au catéchisme, imbéciles ! Grâce à vous, à vos calculs toujours déçus, à vos finesses qui ne trompent personne, à ce style onctueux que vous êtes seuls, absolument seuls au monde à trouver touchant, élégant, admirable, et qui manque à tel point de naturel qu’on se demande parfois avec épouvante s’il est encore capable de traduire un sentiment sincère, le nom de chrétien évoque instantanément, aux yeux de milliers d’incroyants, l’image d’une sorte de jocrisse qui s’érige en juge de tous, sauf de lui-même et des siens, proclame vanités les grandeurs et les honneurs qu’il ne brigue pas, l’argent qui n’est pas encore dans son coffre et les privilèges dont il ne jouit pas encore. Je ne cesserai pas de répéter à ces hypocrites qui n’ont que le mot de prestige à la bouche que la vérité n’a pas besoin de prestige, c’est eux qui éprouvent ce besoin, cette démangeaison, ce prurit, et ils n’ont pas le droit de le satisfaire aux dépens de la vérité. C’est se moquer amèrement du pauvre monde que de parler en incorruptibles censeurs à des adversaires supposés les auteurs de tous les maux dont souffre la société moderne, et de répondre à ceux qui vous interrogent sur vos propres fautes : « Malheureux ! Si nous disions la vérité sur nous-mêmes, nous risquerions de ne pouvoir plus la dire aux autres. Nous mentons donc dans l’intérêt de la vérité même. En sorte que plus nous sommes sévères pour autrui, plus il importe que nous montrions d’indulgence envers nos propres personnes. » Farceurs ! » Georges Bernanos, Scandale de la vérité,1939

 

Notre critique positive de la Génération dissidente est inspirée de la démarche de Dominique Venner qui, en 1964, écrivait Pour une critique positive, ouvrage qui s'adressait au « camp national » et qui, selon nous, préfigurait ce qui fût appelé la Nouvelle Droitedés 1969.

 

Nous nous adressons particulièrement à la génération de militants née des cendres du 11 Septembre 2001 que l'on appelle généralement, génériquement et généreusement « Dissidence ». Une critique positive de la Dissidence par un militant, pour les militants.

 

Métapolitique et méthode ; militantisme et critique

 

La « métapolitique », métaphysique de la politique (de Maistre) – littéralement : « ce qui se situe au-delà des affaires publiques » – se traduit dans la sphère dissidente par deux méthodes. L'une d'ordre traditionaliste, l'autre davantage matérialiste dans son ordonnancement.

 

La première est une intégralité métaphysique, géopolitique, politique et socio-économique. La seconde, d'inspiration gramsciste, est une logique d'entrisme médiatique d'idées politiques. Si elles sont différentes, si l'une est intégrale et l'autre d'ordre technique, elles ne sont pas antagonistes, et la seconde peut être l'art de la « mise-en-esthétique » des idées politiques à l'aune des nouvelles technologies. Si nous introduisons cet essai avec quelques entrées notionnelles et que nous allons parcourir le champ de la méthode, nous ne sommes pas épistémologues, ni philosophes, et nous allons le faire d'un point de vue militant. Ainsi, la méthodechemin, voie, moyen – peut concerner les arts, la science, la sociologie ou encore la philosophie, c'est la façon dont on recherche et la manière dont on réalise une œuvre.

 

Le militantisme c'est articuler une pensée, une parole et une action. Le militant est celui qui articule recul critique sur son propre militantisme et retour d'expérience, tout aussi critique, autour de sa « famille de pensée ». La critique est donc l'art de se poser et de remettre en questions nos certitudes.

 

Notre critique positive est la critique de nos abreuvements quotidiens au sein fécond de la « Convergence prérévolutionnaire du XXIème siècle » ; « recul » et « retour » qui ont donné naissance à ce premier essai militant principalement rédigé par votre serviteur ; un recueil d'articles du bloc-notes L'Heure Asieet du pôle de formation de La Dissidence Française extrait du cycle Pour une critique positive de la Dissidence.

 

Dépasser le constat de faillite

 

Nous n'allons pas dresser un ixième état des lieux du Capitalisme, du Libéralisme et du Mondialisme, établir un ixième « constat de faillite du Monde moderne ». Nous considérons nous adresser à des militants avertis partageant un certain nombre de références, il y a bien assez d'experts en faillite, effondrement, suicide et autopsie dans la mouvance, et nous nous concentrerons, dans cet essai, à comprendre les enjeux à l'intérieur de la Convergence prérévolutionnaire du XXIème siècle. En effet, après avoir dénoncé, accusé, réinformé, refait le monde, notre génération à la responsabilité de choisir une voie : Arrêtons de tourner autour du pot libéral.

 

Dans cet essai, nous nous posons davantage de questions que nous apportons des réponses « pré-emballées » comme peut en fournir le « mainstream politico-médiatique » et ses « troupes d'occupation mentale ». Cela dit, le système médiatique d'occupation n'a pas le monopole de la pensée unique et cellophanée. Á la « pensée unique », se substitue, par « effet miroir », et réaction, une « pensée exclusive » qui s'instille dans nos milieux prérévolutionnaires sous différentes formes.

 

Notre critique positive est celle de la génération, de la sphère, de la convergence, de la mouvance dissidente,et, plus largement, des mouvements tiers dont on peut qualifier l'activité militante de prérévolutionnaire.

 

N'ayant pas trouvé de précédent « papier » sous cet angle, nous trouvons néanmoins, sur internet, quelques articles que nous pouvons relier à l'idée précise de « critique positive », notamment sur le blog du Cercle non-conformeet particulièrement sous la plume de Jean (« Le gardien du phare ») ou encore sur le site du Bréviaire des patriotes et son Abrégé sur la dissidence, nous pourrions évoquer Sébastien de Rouen qui avait initié une démarche proche à travers son essai Refaire la France qui se présentait davantage sous la forme d'un programme politique, ou du moins un manifeste. Dans ses vidéos du mois, du moi et de l'émoi, Alain Soral a souvent abordé la question du militantisme vu par Alain Soral ; nous trouvons sur le blog Parousia de Laurent James une critique acerbe d'un certain complotisme éditorialiste comme dans le texte fondamental Le complotisme, cet anaconda dont nous écraserons la tête à coups de talon. Vincent Vauclin, de La Dissidence Française, s'est également essayé à cet exercice. Méridien Zéro, la radio « pirate » du Mouvement d'Action Sociale, aborde régulièrement la question du militantisme du point de vue de la « Troisième voie ». Récemment, est sorti, aux éditions du Rubicon, La jeunesse au pouvoir, sous la plume de Julien Langella, à l'adresse de la Génération identitaire, que nous n'avons pas encore lu, mais qui nous semble se rapprocher d'une critique positive selon une approche générationnelle, déjà, les éditions du Rubicon avait publié Casapound – Une terrible beauté est née ! D'Adriano Scianca et qu'il est intéressant de relever pour nos lecteurs.

 

« La volonté de puissance à travers une envie de dépasser les résistances, un esprit de conquête, une tension vers la destinée et la grandeur, la volonté de tout se réapproprier. La volonté de forme à travers l'aspiration de l'ordre, le refus d'une vie débraillée et confuse, la recherche du sens pour soi-même et pour le monde ainsi que l'attachement à un mythe et à des rites. La volonté de destinée à travers un désir d'éternité, d'une possibilité de durer, d'une perspective millénaire. Front de l'être. » Adriano Scianca, Casapound – Une terrible beauté est née !, Occupation, p. 271, aux éditions du Rubicon

 

Plus généralement, nous trouvons des éléments critiques dans chaque mouvement et chez chaque militant, et nous sommes à l'écoute d'un large spectre de « militants ». Il y a, dans l'ordre ou dans le désordre, tout un lexique à inventer ou à réinventer, à renouveler, une ambiance à installer, un axe à trouver, bref, nous partons, nous autres, dissidents, de zéro en la matière. Le caractère parfois « affirmatif », voire « péremptoire », de notre critique, ne doit pas décourager nos lecteurs. Notre critique se veut sincèrement constructive et fondatrice – « (...) Et si je vous dis que vous êtes deux glands, là, vous avez du péremptoire. » Arthur (Alexandre Astier), Kaamelott. Nous espérons que nos maladresses nous serons pardonnées et que nous serons un jour adoubés par nos pairs !

 

Questionnement originelle

 

La Dissidence joue-t-elle un rôle dans le « Grand Jeu » de la conspiration mondialiste ? Est-elle un instrument du Grand Orchestre arc-en-ciel d'une ingénierie cybernétique psycho-sociale partout ?

 

Nous n'avons pas l'outrecuidance de comparer nos devoirs militants aux études des libres penseurs, philosophes, historiens, intellectuels et théoriciens de la Convergence prérévolutionnaire du XXIème siècle. Cependant, nous allons essayer de répondre, ou du moins donner un début de réponse exploitable, aux questions qui se posent de notre point de vue de militant.Suivre bêtement un penseur « non-conforme » est une insulte à sa pensée, bien que certains intellectuels peuvent certainement s'en accommoder et s'en accommodent certainement.

 

Nous ne prétendons pas avoir raison sur toute la ligne, ou connaître la véritable vérité véridiquement et vraisemblablement vraiment vraie. Notre pensée est une pensée fugitive évadée de l'asile uniformisant, de la normalité inquiétante du « ronron idéologique » de la Dissidence, tout au plus ; une pensée sauvage à apprivoiser, tout au moins...

 

Nous vous proposons notre critique positive de la Dissidence en notre qualité d'Européen, d'ouvrier, de déclassé et de militant du quotidien.

 

Bientôt quinze ans nous séparent du « déluge originel » du 11 Septembre 2001 ; essayer de définir l'idéologie objective de la Dissidence ne nous semble pas complètement inutile avant de tenter une articulation des idées métapolitiques en présence dans la Convergence prérévolutionnaire du XXIème siècle, des idées à notre portée de compréhension, que nous avons comprises comme des éléments de réflexion mis-en-avant par les « têtes d'affiches » de la Dissidence originelle, officielle, emblématique, « grand public » (mainstream) et au sens générique du terme, et que nous essayons d'appréhender et d'articuler à notre niveau de militants du quotidien.

 

En effet, militant, cadre, théoricien ou chef de file, dans un soucis de cohérence et de cohésion, de rapport au réel, et de la réalité objective de la Dissidence, de son influence sur notre quotidien et de son impact idéologique sur nos vies, il nous semble déterminant de définir précisément l'objet, l'outil et l'instrument de notre « mouvement d'ensemble », d'en avoir une vision, d'appréhender sa vocation, de comprendre sa fonction, d'accepter ou de rejeter sa hiérarchie, de qualifier ses principes, intégrer une orientation, de formuler une conclusion et de prendre une direction, une décision, de transformer la Dissidence spéculative en Dissidence opérationnelle, opératoire et opérante ; opérative. Pour nous autres, la « Dissidence » est avant tout une « aristocratie de devoirs et de responsabilités », supposant une « subsidiarité méritocratique », voyons si c'est le cas.

 

Définition introductive de la « Dissidence »

 

Pour débuter cet exercice, essayons de nous entendre sur une définition générique de la « Dissidence » – Un dissident est une personne qui se sépare d'une communauté ou d'un parti dont il était membre.Il ne reconnaît plus la légitimité de l'autorité (notamment politique) à laquelle il devait se soumettre jusqu'alors, et qui conteste de façon plus ou moins radicale le système politique du pays dont elle est résidente. (wikipédia) –, concept de « Dissidence » que nous devons replacer dans notre contexte temporel particulier et « qualifié ».

 

En effet, comparaison n'est pas raison, il ne s'agit pas de revenir à l'étymologie du mot dissidence pour expliquer la « Dissidence » Le terme « dissident »est assez ancien. Le mot vient du latin dis-sedere (« se séparer de » et « être assis »), d'où le sens « celui qui est séparé, éloigné ». Le mot, rare au XVIesiècle, devient plus usité au XVIIIe siècle... (wikipédia) –, bien que, d'un point de vue historique, il est sans doute possible de comparer la « Dissidence » aux dissidents russes, et aux ambiguïtés que certains historiens leurs attribuent. Évitons de prendre cette direction qui pourrait être un champ d'étude plus avancé mais que nous mettrons de côté pour l'instant, nous pensons qu'aujourd'hui et qu'à l'origine, le terme « dissident » évoque une position qui est, par essence et par nature, au moins deux choses et pose deux questions :

 

Anticapitaliste, c'est-à-dire, au XXIème siècle, radicalement opposé aux théories politiques socio-économiques capitalistes et libérales, au Capitalisme « trois fois libéral » ; trois fois maudit.

 

Pour nous autres, dissidents, nous intégrons la critique anticapitaliste avancée d'Alexandre Douguine et reprenons l'idée de Libéralisme triomphant (ou post-libéralisme paradigmatique) pour qualifier le cœur de cible de notre anticapitalisme. L'anticapitalisme d'après le communisme et le national-socialisme doit, par définition, s'associer à l'idée fondamentale de « rejet du statu-quo » – (...) le statu-quo de l'hégémonie libérale de l'Occident est devenu mondial (Douguine) – pour être un anticapitalisme radical. Se pose alors la question du « Que Faire ? ».

 

« La fin du libéralisme et le post-libéralisme

 

(...) À cette étape, le libéralisme cesse d’être la Première théorie politique mais devient la seule pratique post-politique. La « fin de l’histoire » se profile alors, la politique est remplacée par l’économie (le marché mondial), les États et les nations sont entraînés dans le chaudron de la globalisation à l’échelle planétaire.

 

Vainqueur, le libéralisme disparaît, en se transformant en quelque chose d’autre, le post-libéralisme. Il ne comporte plus de dimension politique, il n’apparaît pas comme une question de libre choix mais devient une sorte de « destin » (d’où la thèse de la société postindustrielle : « L’économie est le destin »).

 

Donc, le début du XXIème siècle coïncide avec le moment de la fin des idéologies, qui plus est de toutes les idéologies. Elles ont connu des fins diverses : la Troisième théorie politique a été anéantie durant « sa jeunesse », la deuxième est morte caduque, la première est née une seconde fois sous une autre forme, le post-libéralisme, « la société de marché globale ». Mais dans tous les cas, sous la forme sous laquelle elles existaient au XXème siècle, elles n’apparaissent plus ni utiles, ni efficientes, ni adaptées. Elles n’expliquent rien et ne nous aident pas à comprendre le présent, pas plus qu’à répondre aux défis globaux.

 

De cette constatation découle le besoin d’une Quatrième théorie politique. »Alexandre Douguine, La Quatrième théorie politique, The Fourth Political Theory 

 

  • Transcourant, en théorie, « ni gauche ni droite » – Nous avons donc besoin d’unir la Droite, la Gauche et les religions dans le combat commun contre l’ennemi commun. La justice sociale, la souveraineté nationale et les valeurs traditionnelles sont les trois principes d’une telle idéologie. Ce n’est pas facile de mettre tout cela ensemble. Mais nous devons essayer si nous voulons surpasser l’adversaire.(GRA, Contre le monde postmoderne).

    Dans les faits, le caractère « transcourant » de la Dissidence a trait davantage à la diversité des constats de faillite relayés par son réseau (et du soutien qu'il peut apporter aux intellectuels ostracisés par le mainstream politico-médiatique ; est dissident qui existe grâce au réseau dissident) qu'à la volonté des différentes « familles de pensée » de faire synthèse, et qu'à sa capacité, en tant que réseau, à organiser des débats contradictoires entre les différents penseurs qu'elle prend comme sources et références ensemble ou séparément.

    En effet, si nous pouvons observer une volonté de faire converger les constats et, à travers eux, d'identifier un « ennemi commun », nous n'observons pas la même volonté de formuler une « conclusion commune », de théoriser une philosophie-politique en puissance et en acte. Cette première observation nous livre un début de définition de la Dissidence : la Dissidence s'identifie par son approche médiatique de la politique, par son approche « journalistique » du militantisme autrement dit, par son approche de la « métapolitique » basée sur la réinformation : un relais, un échange et un partage d'informations « alternatives » sur internet. De constats de faillite du Monde moderne, de critiques du Capitalisme-libéral et de commentaires sur l'actualité. Mais la Dissidence, si elle est un réseau de personnes partageant une ligne éditoriale unique et exclusive basée sur la réinformation à partir des réseaux sociaux et par rapport aux médias de masse, la Dissidence n'est pas un réseau de militants partageant une « vision du monde », un Mythe. Ce qui en fait un réseau certes « transcourant » mais davantage par défaut que par volonté. En dernière instance, la Dissidence est une convergence d'indignations, de contestations et d'oppositions au « système » de « gens du quotidien », de « groupes politisés » et de quelques intellectuels. Se pose alors la question du Comment vivre ?

 

La Dissidence est-elle un « médium », un « mainstream politico-médiatique alternatif » ; ou un « groupe métapolitique », une « formation métapolitique de combat » ?

 

Critique de la critique

 

« La révolution, ça ne date pas d’aujourd’hui !

 

Pourtant, l’expérience millénaire des mutations, quotidiennement renouvelée, ne se hausse pas aisément au niveau théorique. Il est donc heureux que des témoins lucides de notre temps attirent l’attention sur un de ses aspects les moins bien discernés : la vertigineuse profondeur des ruptures.

 

Il convient de reconnaître et d’honorer cela aussi, à leur appel.

 

Mais ils éprouvent parfois si pleinement la fascination de la séparation et de la dispersion que l’on peut, à certains égards, et en accentuant peut être impertinemment ce caractère pour le mieux cerner, les tenir pour des « rupturalistes ». Et l’excès, dans ce domaine comme ailleurs, grise plus les disciples que les maîtres.

 

Il leur arrive, négligeant ce qu’elle brise, d’aimer la rupture pour elle-même.

 

Ils exaltent alors le drame unique de la substitution brutale et ne s’inquiètent guère de ce qu’il instaure. Le moindre équilibre les offusque, et ils crient : rompez ! avant même que les rangs ne se forment. Ils ne voudraient garder du vers que sa césure.

 

L’importance d’une coupure ou d’une révolution, dans la science ou dans la vie, doit pourtant moins à sa violence et à sa rapidité qu’à son enjeu.

 

La matière l’emporte sur la manière !

 

Pratiqué comme un des beaux-arts, le dépeçage expéditif ne manque certes pas d’avantages. Il fait parfois voir mieux :

 

Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure...

 

Encore faut-il du verre à casser ! Toute division a besoin d’une unité préalable. Sans mariage, vous ne goûterez jamais les joies du divorce. » Jacques D'Hont, L'idéologie de la rupture (Philosophie d'aujourd'hui), Paris, PUF, 1978

 

Le travail sur les idées est une responsabilité : il permet au militant d'éviter d'entretenir inutilement des contradictions qui étaient certainement déjà en germe dans ses postulats de départ et ceux de sa « famille de pensée », personne n'ayant la science infuse. Nous pensons que dans l'exercice critique, il faut éviter la déconstruction pour la déconstruction, casser pour casser. Nous essayerons donc de dépasser le cadre du déconstructionnisme comme méthode. Notre « liberté de penser » ne peut pas éternellement se raccrocher à notre propre liberté de penser, car on a surtout la liberté de se tromper de bonne foi, certes, mais pas plus. Nos positions sont, en quelque sorte, souvent la position d'autres posée comme un piège-à-loup sur notre passage d'apprenti militant, il y a de vieux briscards dans la politique, qui en vivent au sens littéral du terme et savent comment hameçonner les jeunes militants.

 

Mais les « pièges-à-loup idéologiques » n’attrapent pas que les louveteaux, et nos positions, ou celles dans lesquelles nous mettons le pied, déterminent quelles idéologies nous favorisons, indiquent le sens de nos orientations selon les vents, et les pas de côté.

 

Nous nous mettons nous-mêmes dans des cases, et davantage quand nous ne travaillons pas sur les idées, ce qui n'est pas une obligation, il y a des militants de terrain qui ne s’épanouissent que dans l'action et dont l'instinct suffit à sentir une meute, nous ne sommes pas contre l'intuition, comme ça n'est pas toujours une mauvaise chose d'être « mit dans une cases », le refus compulsif de l'étiquette est aussi un écueil menant à la paranoïa ; à la stupeur permanente ; au « complotisme ».

 

Tout ce qui fait partie de la sphère de l'indignation ; de la contestation, de l'opposition, de la dissidence, de la réinformation ; appelons-la comme on veut, de la réaction et du basculement prérévolutionnaire contre « quelque chose » ; de la liberté « par rapport à » ; n'a, malheureusement, c'est ce que nous avons constaté, aucune espèce d'incidence sur une Orientation que l'on pourrait avoir en conscience, et en toute connaissance de cause. Cela peut y mener. Mais, pour prendre un exemple, on peut sincèrement dénoncer la franc-maçonnerie, par principe, mais la favoriser d'autre part en exprimant des idées « crypto-maçonniques » sur tel ou tel sujet, sans même s'en rendre compte, c'est là une contradiction, ainsi, ce cas de figure n'est pas rare, pas qu'il soit nécessairement critiquable de se retrouver d'accord avec des idées que pourraient avoir certains franc-maçons, on a les idées qu'on a, mais de ne pas s'en rendre compte et de pourfendre la franc-maçonnerie avec, pourrait-on dire, ses armes. S'il l'on s'en rend compte, il n'y a pas contradiction, et l'on évite les confusions. N'oublions pas que la Franc-maçonnerie spéculative a pillé et déconstruit la Tradition et le « compagnonnage traditionnel et opératif » qui préexistaient. Car, qu'est-ce qui ennuierait finalement un « franc-maçon spéculateur et conspirateur » ? Un « dissident » qui dénonce la « franc-maçonnerie » mais dont la psychologie, les prises de position et orientations philosophiques objectives, peut être le mode de vie, accomplissent d'une façon ou d'une autre sa volonté, ou un « dissident » qui ne dénonce pas spécifiquement la « franc-maçonnerie » mais dont les positions et orientations objectives « entrent en conflit avec le réel » de l'idéologie maçonnique ?

 

« Ainsi, la nouvelle gauche formule un vaste projet de futur « juste » au centre duquel se trouvent:

 

-le refus de la raison (appel au choix conscient de la schizophrénie chez Gilles Deleuze et Félix Guattari), la fin de l'homme ne tant que mesure des choses (la mort de l'homme chez Bernard-Henri Levy, la mort de l'auteur chez Roland Barthes),

-le dépassement de tous les tabous sexuels (libre choix du sexe, levée de l'interdit de l'inceste, refus de considérer les perversions comme des perversions, etc.),

-légalisation de tous les types de drogue et y compris les drogues dures,

-passage à de nouvelles formes spontanées et sporadiques de l'être (le rhizome de Deleuze),

-la destruction de la société structurée et de l’État au profit de nouvelles communautés anarchiques libres. » Alexandre Douguine, La Quatrième théorie politique: La Russie et les idées politiques du XXième siècle, Chapitre IV Les transformations des idéologies de gauche au XXième siècle, pp. 77-78, aux éditions Ars Magna

 

Est-ce pour cela que nous nous battons ? Ou est-ce ceci que nous sommes venus combattre ?

 

Dissidence et liberté

 

Comme personne n'est plus libre ici bas, tout le monde est pour le principe de liberté et pour la liberté comme principe : la liberté d'expression (« par rapport à ») devient « nécessairement » l'expression d'un libéralisme. Aux critiques « dissidentes » à l'encontre du Libéralisme, formulées sur les parchemins de la post-modernité et qui n'ont pas intégré la dimension paradigmatique du post-libéralisme, succède l'incapacité pour la Génération Dissidente d'« entrer en conflit » avec le Libéralisme triomphant. C'est un peu vite dit. Nous travaillerons comme ceci, en affirmant nos observations en réductions et conclusions, notre critique positive n'étant qu'une introduction et appelant à une réflexion collective. Nos affirmations sont donc juste des éléments de réflexions, il ne s'agit pas ici de juger, nous ne sommes ni un tribunal, ni une inquisition, il y en a bien assez.

 

La question qui initia notre « critique positive » fût celle d'un militant qui s'interroge simplement sur son militantisme et qui se demande naturellement si le militantisme dissident permet d' « entrer en conflit avec le réel ». Le temps passant, une question en appelant une autre, on se demande si la Dissidence est une voie métapolitique ou autre chose, par exemple, un carrefour médiatique. Quelle est l'idéologie objective de la Dissidence ? Est-ce qu'une idéologie non-révélée permet d' « entrer en conflit » avec l'idéologie du progrès ? L'accumulation quasi « capitaliste » de constats de faillite et la prolifération presque « libérale » de plates-formes de réinformation constituent-ils un mouvement ? Si non. Pourquoi la Dissidence ne peut ou ne veut pas faire mouvement partant de là ?

 

La Dissidence peut-elle seulement réussir à « entrer en conflit avec le réel » à partir de sa grille de lecture, de sa ligne éditoriale, de ses constats de faillite et autopsies du Monde moderne, de ses chroniques de la Crise, de ses listes de faits factuels ? Autrement dit, est-ce que la Dissidence peut faire mouvement à partir de sa méthode et de sa stratégie, à partir de l'idéologie qui influence profondément et objectivement ses constats et ses critiques ? Cette idéologie qu'elle est-elle ?

 

Une première réponse à cette cascade de questions, c'est qu'elle ne pourra ni « entrer en conflit » avec le post-libéralisme paradigmatique, ni réellement s'en distinguer, sans exister. Et elle ne pourra pas intégralement exister tant qu'elle n'existera qu'en opposition, qu'en « valeur négative », sans se définir et nommer son idéologie, sans théoriser sa philosophie-politique et la porter en flambeau pour éclairer sa voie. Avant de maîtriser une chose, il faut la nommer. Surtout quand il s'agit d'un feu qui couve. La Dissidence nomme-t-elle les conséquence physiques ou la Cause métaphysique ?

 

La Dissidence refuse donc, sous prétexte de stratégie, de collectivement se révéler à elle-même, et pour justifier son refus, sa « paresse » de le renouveler, le « confort intellectuel de l'opposant ». Elle se revendique, collectivement, d'un certain pragmatisme. Cette position est paradoxalement une caractéristique qui permet d'identifier la Dissidence et son idéologie objective. Que ce soit Alain Soral, Dieudonné, Étienne Chouard, François Asselineau, Pierre Hillard ou encore Pierre-Yves Rougeyron, ils partagent cette intention du pragmatisme « comme volonté et représentation » de la Dissidence et de la Liberté. Nous reste à comprendre, collectivement, de quoi ce « pragmatisme » est-il le nom...

 

Les intellectuels de la Dissidence reprochent souvent leur naïveté, leur romantisme ou leur angélisme aux militants ou aux autres mouvements de la Convergence prérévolutionnaire du XXIème siècle. Cependant, l'idée de « pragmatisme », omniprésente dans la Dissidence, pour s'identifier et qualifier sa matrice idéologique, basée sur la Raison, est censée nous évoquer, en un seul mot, l'évidence de sa neutralité idéologique – et donc, de la pureté philosophique de sa démarche politique dont il est inutile de discuter les orientations. En effet, discuter des orientations d'une voie « métapolitiquement neutre » n'a pas d’intérêt. L'idéologie de la Dissidence, c'est un peu comme Darty, c'est un « contrat de confiance », que nous relions à sa fonction humoristique et publiciste primordiale, et qui est pour nous, tout sauf évidente, nous voulons bien avoir confiance, le problème est en quoi, on ne peut de toute évidence avoir confiance au néant, à quelque chose qui n'existe pas et s'y refuse.

 

Le « pragmatisme » c'est l'idéologie du paradigme

 

« De toutes les façons, une chose est absolument certaine : ce qui à présent se trouve ainsi mis en marche, désormais ne s'arrêtera plus. Dans le secret, ou pas. » Jean Parvulesco, Vladimir Poutine et l'Eurasie, Préface

 

Et si le pragmatisme idéologique « idéologiquement neutre » surplombant la Convergence prérévolutionnaire du XXIème siècle, et dont on se prévaut particulièrement dans les rangs de la Dissidence (« Nous sommes factuels, nous disons la vérité, donc, nous avons raison ! ») peut être identifié à une forme de matérialisme dialectique. Dans les faits, le « pragmatisme dissident » renvoie davantage à l'idée de « neutralité journalistique » qu'à l'imaginaire auquel renvoie intuitivement le mot « pragmatisme », c'est-à-dire à la doctrine nationaliste classique. Autrement dit, le pragmatisme « comme volonté et représentation » du « matérialisme dialectique nationaliste » – notons que, selon nous, malgré sa bonne intention, l'esprit de restauration est principiellement « antitraditionaliste » – est censé nous renvoyer à la « Tradition », à la tradition politique française catholique et monarchique, en réalité, à la Tradition « comme puissance et decorum ». On pourrait presque parler de « pensée magique » (une « pensée magique » qui s'appuie sur un « matérialisme dialectique » est, par définition, un « scientisme »), car, le moins que l'on puisse dire, c'est que l'idéologie objective de la Dissidence, pour dire ce qu'elle n'est pas, n'est, fondamentalement, ni nationaliste ni traditionaliste (ni dans ses sources habituelles ni dans les références sur lesquelles elle s'appuie majoritairement, ni dans les ressources dans lesquelles elle puise sa métaphysique). Elle est plutôt une nouvelle forme de « souverainisme » (gaullisme), autrement dit, un « néo-souverainisme » (post-gaullisme). Les « néo-trucs » sont des « post-choses », les « alter-machins » des « vrais-faux » bidules, c'est-à-dire des concepts de l’ordre du fourre-tout idéologique, neutres et « neutralisants ».

 

Il est humainement difficile de critiquer les efforts de pédagogie fournis par les courageux intellectuels et « fourrageurs » de la Dissidence. Mais parfois, la méthode employée est finalement plus déterminante que le propos soutenu, que la cause défendue, et induit, à force de répétition, une erreur d'orientation, la formation d'un ronron idéologique.

 

Nous avons conscience du travail accompli. Notre « revue de presse personnelle et quotidienne » couvrait (nous avons moins le temps) une trentaine de structures et d'individualités de la convergence prérévolutionnaire du XXIème siècle que nous avons plaisir à parcourir, lire et écouter. Nous sommes « bon public » et avons nos habitudes, mais, par définition, l'exercice d'une « critique positive » demande un minimum de distanciation, de recul.

 

Les intellectuels proposent donc des fresques historiques ou des tableaux théoriques sous l'angle pédagogique d'un certain « déconstructionnisme » pour mieux reconstruire – La déconstruction est une méthode, voire une école,de la philosophie contemporaine. Cette pratique d'analyse textuelle s'exerce sur de nombreux types d'écrits (philosophie, littérature, journaux), pour révéler les décalages et confusions de sens qu'ils font apparaître par une lecture centrée sur les postulats sous-entendus et les omissions dévoilés parle texte lui-même  (wikipédia) – communément appelé « débunkage », parfois positif, mais que nous pensons d'un déconstructionnisme particulier à la Dissidence, et que nous pouvons considérer comme un élément de sa méthode globale, un « trait de caractère » qui permet également d'identifier, de qualifier et de définir l'idéologie objective de la Dissidence.

 

Des tableaux et des fresques peintes en relief de l'actualité, d'une volonté pédagogique « idéologiquement neutre » qui nécessite la contrainte d'une approche universitaire, très « scolaire », de l'ordre de la rédaction et du par-cœur : de la conférence.

 

Ainsi, de l'effort théorique à fournir pour susciter une critique et motiver une pratique : de l’œuvre de pédagogie, on glisse vers la simplification (ou à l' « essentialisation »), on tombe dans la vulgarisation pour chuter dans le nivellement par le bas, le « désœuvrement ». Les conférences se succèdent et le processus s'engage, au fil du temps. Le ronron fonctionne de plus en plus en terme d'audience et de moins en moins en terme de pédagogie (d'une réflexion qui provoque une réaction qui mène à une action) : c'est la massification. On peut ne pas constater ce phénomène, mais nous qui le constatons, essayons d'analyser brièvement ce phénomène de « glissement » (nous ne jugeons pas de la qualité ou de la médiocrité d'un travail en particulier ou du travail global de la Dissidence, mais de l'intention stratégique dans la méthode pédagogique vers la quantité ou la rareté, vers la « réflexion active » et l' « action corrosive »), de « glissement » d'une méthode pédagogique intronisant une philosophie-politique à une méthode contre-productive induisant un ronron idéologique incapacitant.

 

Nous avons deux débuts d’explication :

 

Primo, les conférenciers emblématiques de la Dissidence ont, par consensus ou syncrétisme – que l'on peut considérer, dans les deux cas, « inconscient » ou « subconscient », par défaut – favorisé une méthode pédagogique qui ne nous permet de diriger nos critiques que vers l'extérieur, qu'en direction de l' « ennemi » ; qui n'invite pas à faire des liens avec des enjeux qui seraient intérieurs, en reflet. Ce que nous voulons dire, c'est que peu importe le sujet, la période, l'endroit, l'envers exposés, les exposés, aussi précis et « intéressants » soient-ils, ne disent pas d'où ils parlent ou ce que ça implique, où ils peuvent éventuellement se tromper et ce qu'impliqueraient ces erreurs éventuelles en terme d'Orientation.

 

Secundo, les libres penseurs de la Dissidence se sont enfermés dans un statu-quo idéologique duquel ils ne peuvent sortir par eux-mêmes sans le nommer. Cet enfermement des « avant-gardes » empêche les militants de faire synthèse et mouvement : libérons-les.

 

Revenons-en à la « liberté ». Tout le monde aimerait projeter sa conception de la liberté sur écran géant et conserver sa part en toute circonstance. Nous éviterons cette hérésie qui consiste à théoriser la liberté ; théoriser la liberté pour la liberté, c'est la condamner au libéralisme. La seule « théologie de la libération » à laquelle il est nécessaire de référer est celle des traditions et religions justifiées, antidémocratiques.

 

Tout le monde se sent suffisamment responsable pour concevoir des limites à « La Liberté », tout le monde est certain de la vision qu'il a de « Sa Liberté », de pensée et d'arbitrage, et de sa conception pour organiser « les Libertés », collectives et individuelles. Tout le monde est réenchanté, grâce à internet, « espace de liberté » qui a libéré la liberté d'expression, tout le monde a reprit le chemin de la liberté que les connards qui ne sont pas connectés à la liberté ne sont pas prêts de trouver, les cons...

 

« SANS DOCTRINE REVOLUTIONNAIRE, PAS DE REVOLUTION POSSIBLE !

 

Même lorsqu’elle revêt des formes militaires, la lutte révolutionnaire est avant tout psychologique. Comment la conduire, comment convertir, enthousiasmer de nouveaux partisans sans une définition claire de l’idéologie nouvelle, sans doctrine ? Une doctrine comprise, non comme un ensemble

 

d’abstractions, mais comme un gouvernail pour la pensée et l’action.

 

Maintenir le moral offensif de ses propres partisans, communiquer ses convictions aux hésitants sont deux conditions indispensables au développement du Nationalisme. La preuve est faite que dans l’action ou en prison, quand la démoralisation guette, quand l’adversaire semble triompher, les militants éduqués, dont la pensée cohérente soutient la foi, ont une force de résistance supérieure.

 

Une nouvelle élaboration doctrinale est la seule réponse au fractionnement infini des activistes. Il n’y a pas à revenir sur la valeur unificatrice de l’action. Elle est évidente. Mais cette unification ne peut être durable et utile sans unification idéologique autour d’une doctrine juste. Le rédacteur de « France-Observateur », le fonctionnaire de la S.F.I.O., le communiste ont en commun une même idéologie : le marxisme. Leur référence doctrinale est donc la même, leur conception du monde est semblable. Les mots qu’ils emploient ont la même signification. Ils appartiennent à la même famille. Malgré leurs divisions profondes dans l’action, ils concourent tous à imposer la même idéologie. Il n’en va pas de même dans l’opposition nationale. Les activistes ne se reconnaissent pas d’ancêtres communs. Les uns sont fascisants, les autres maurassiens, certains se disent intégristes et chacune des catégories enferme maintes variantes. Leur seule unité est négative: anticommunisme, antigaullisme. Ils ne se comprennent pas entre eux. Les mots qu’ils emploient – révolution, contre-révolution, nationalisme, Europe, etc.. – ont des sens différents, voire opposés.

 

Comment ne se heurteraient-ils pas ? Comment affirmeraient-ils une même idéologie ? L’unité révolutionnaire est impossible sans unité de doctrine. » Dominique Venner, Pour une critique positive, 1964

 

« I La Dissidence Française est la communauté de combat des Hommes debout au milieu des ruines. Notre mouvement est celui de cette génération insoumise qui fait le choix de la reconquête et non celui de la résignation individualiste, le mouvement de ceux qui entendent défendre leur héritage face aux offensives du capitalisme, de la modernité, et du mondialisme cosmopolite.

 

II Contre la mentalité bourgeoise et loin des promesses matérialistes d'un monde en perdition, nous entendons incarner l'idée aristocratique du dépassement de soi, de la tenue, de l'exemplarité et de l'intransigeance absolue. Enracinée et radicale, la Dissidence Française œuvre à l'édification d'un Ordre fondé sur la fidélité aux principes ; la hiérarchie ; la concentricité ; la vocation et le serment.

 

III Contre la république des partis, des loges et des lobbies, nous prônons la restauration de l’État souverain, indépendant tant des influences étrangères que des versatilités démocratiques, garant de l'unité nationale, de la sauvegarde de notre civilisation millénaire, et de l'identité ethno-culturelle du peuple Français.

 

IV Contre l'idéologie cosmopolite et la stratégie globaliste de dissolution des races et des nations, la Dissidence Française s'oppose à l'immigration de masse, au libre-échange, et milite pour la restauration urgente des frontières nationales. Fidèles à la doctrine du sang et du sol, nous défendons le droit pour chaque peuple de disposer de sa terre, nous combattons l'ingérence étrangère et le suprémacisme racial sous toutes ses formes.

 

V Contre le totalitarisme moderne et l'idéologie libérale-libertaire, contre l'aliénation consumériste et l'individualisme de marché, contre la déconstruction systématique des structures et des institutions traditionnelles, la Dissidence Française appelle à une révolte anthropologique puisant dans le sacré et la transcendance, et s'incarnant dans le Front de la Foi, fer de lance de notre croisade contre le monde moderne.

 

VI Contre les forces thalassocratiques d'assombrissement du monde, contre l'Internationale des Marchands qui entendent substituer l'avoir à l'être, fidèle à l'idée de l'Imperium, la Dissidence Française promeut l'idée d'une résistance continentale, à la fois géopolitique et civilisationnelle, et s'associe à la démarche eurasiste. » Charte de La Dissidence Française

 


 

(VII. La Nuit)

 

Nous n'acceptons pas la Nuit comme étant le sens de l'histoire,

Nous comprenons que l'éternité n'est pas seulement le passé,

Nous savons que l'éternité se trouve juste après le Minuit Cosmique,

Nous suggérons que l'aube existe et que le Minuit Cosmique sera le commencement,

 

Nous aspirons à être enracinés dans le Sacré,

Nous portons Dieu en notre cœur,

Nous défendons la Tradition éternelle là où il n'y a plus que néant,

Nous n'avons pas peur de la Nuit,

 

Nous voyons que la Nuit c'est la Nuit,

Nous ne confondons pas la Nuit avec le Jour,

Nous distinguons la lumière de l'obscurité,

Nous supportons la Nuit,

 

Nous regardons la Nuit dans les yeux,

Nous n'avons pas peur de la Nuit mais Nous ne sommes pas la Nuit,

Nous sommes Dans la Nuit,

Nous ne voulons pas la Nuit mais Nous acceptons notre Destin dans la Nuit,

 

(Risquerons-Nous à bout de souffle un souffle de plus?)

 

Nous Nous révélerons dans la nuit absolue,

En Nous s'animeront les Grands Temps,

Par Nous viendront les Grands Temps,

Nous représenterons les Grands Temps !

 

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La Réponse sera Métapolitique !

 

L'Heure Asie et N.Pendragon ♠

 

Coq (Dictionnaire des Symboles)

 

Jean Chevalier/Alain Gheerbrant, Dictionnaire des Symboles, Coq, pp. 324-326, aux éditions Robert Laffont/Jupiter, collection Bouquins

 

Le coq est connu comme emblème de fierté - ce qui justifie l'allure de l'animal - et comme emblème de la France. Mais c'est une notion récente, sans valeur symbolique, fondée sur le double sens du mot gallus = coq et Gaulois. L’animal apparaît, à côté de Mercure, sur quelques représentations figurées gallo-romaines. On le trouve aussi sur des monnaies gauloises. Mais les Romains ont fait un jeu de mots entre gallus coq et Gallus Gaulois. C'est l'origine du coq gaulois dont la valeur symbolique traditionnelle est quasi nulle (CHAB, 628-651). Les caractères du coq et du Français ne sont cependant pas symboliquement sans rapport.

 

Le coq est universellement un symbole solaire, parce que son chant annonce la levée du soleil. A ce titre, il est, en Inde, l'attribut de Skanda, qui personnifie l'énergie solaire. Au Japon, son rôle est important, car son chant, associé à celui des dieux, fit sortir Amaterasu, déesse du Soleil, de la caverne où elle se cachait : ce qui correspond au lever du soleil, à la manifestation de la lumière. C'est pourquoi, dans l'enceinte des grands temples shintoïstes, des coqs magnifiques circulent en liberté : des coqs sacrés sont entretenus au temple d'Ise. Une homophonie douteuse fait parfois considérer les toril des temples shintoïstes comme étant originairement des perchoirs pour ces coqs.

 

La vertu de courage que les Japonnais attribuent au coq se retrouve dans les autres pays de l'Extrême-Orient , où le coq a un rôle spécialement bénéfique : d'abord, parce que le caractère qui le désigne en chinois (ki) est un homophone de celui qui signifie de bon augure, favorable ; ensuite, parce que son allure générale et son comportement le rendent apte à symboliser les cinq vertus : les vertus civiles, le port de la crête lui conférant un aspect mandarinal ; les vertus militaires, par le port des ergots ; le courage, en raison de son comportement au combat (en des pays où les combats de coqs sont particulièrement prisés) ; la bonté, car il partage sa nourriture avec les poules ; la confiance, en raison de la sûreté avec laquelle il annonce le lever du jour.

 

Parce qu'il annonce l'avènement du soleil, il est en outre efficace contre les mauvaises influences de la nuit : et il les éloigne des maisons, si l'on a soin de le placer en effigie sur la porte. Au Viêtnam encore, la patte de coq bouillie est une image du microcosme et sert à la divination.

 

Dans le bouddhisme tibétain, le coq est toutefois un symbole exceptionnellement néfaste : il figure au centre de la Roue de l'Existence, associé au porc et au serpent, comme l'un des trois poisons. Sa signification est le désir, l'attachement, la convoitise, la soif. On se souviendra toutefois qu'il est occasionnellement pris en Europe comme une image de la colère, explosion d'un désir démesuré et contrarié. (DURV, GOVM, HUAV, PALL).

 

Selon les traditions helléniques, le dieu au coq des Crétois, Velchanos, s'est assimilé à Zeus (SEGG, 10). Le coq se trouvait auprès de Léto, enceinte de Zeus lorsqu'elle accoucha d’Apollon et Artémis. Aussi, est-il consacré à la fois à, Zeus, à Léto, à Apollon et à Artémis, c'est-à-dire aux dieux solaires et aux déesses lunaires. Les Vers d'or de Pythagore recommandent en conséquence : Nourrissez le coq et ne l'immolez pas, car il est consacré au soleil et à la lune.

 

Symbole de la lumière naissante, il est cependant un attribut particulier d'Apollon, le héros du jour qui naît.

 

Malgré le conseil attribué à Pythagore, un coq était rituellement sacrifié à Asclépios, fils d'Apollon et dieu de la médecine. Socrate rappelle à Criton, avant de mourir, de sacrifier un coq à Asclépios (Esculape). Sans doute faut-il voir là un rôle de psychopompe attribué au coq ; il allait annoncer dans l'autre monde et y conduire l'âme du défunt ; elle ouvrirait les yeux à une nouvelle lumière, ce qui équivalait à une nouvelle naissance. Or, le fils d'Apollon était précisément ce dieu qui, par ses médecines avait opéré des résurrections sur terre , préfiguration des renaissances célestes. Pour la même raison, le coq était l'emblème d'Attis, le dieu solaire, mort et ressuscité, parmi les divinités orientales. Ce rôle de psychopompe explique aussi que le coq soit attribué à Hermès (Mercure), le messager qui parcourt les trois niveaux du cosmos, des Enfers du Ciel. Asclépios étant aussi un héros guérisseur, avant de devenir un dieu, le coq est censé guérir les maladies.

 

Le coq figure, avec le chien et le cheval parmi les animaux psychopompe sacrifiés (offerts) aux morts, dans les rites funéraires des anciens Germains (KOPP, 287).

 

Lors des cérémonies de purification et d'expulsion des esprits, suivant un décès, chez certains peuples altaïques, le mort est figuré par un coq attaché au lit mortuaire, et que le chaman expulse (HARA, 229).

 

Dans les traditions nordiques le coq est encore un symbole de vigilance guerrière. Il surveille l'horizon sur les plus hautes branches du frêne Yggdrasil pour prévenir les dieux, quand les géants, leurs éternels ennemis, se prépareront à les attaquer. (MYTF, 12, 44). Mais le frêne*, arbre cosmique, est l'origine de la vie. Le coq, qui veille à son faite, comme sur la flèche d'une église, apparaît ainsi comme le protecteur et le gardien de la vie.

 

Les Indiens Pueblo font ainsi l'association Coq-Soleil : Le grand-père disait que les poules étaient créature du dieu Soleil : c'est important, disait-il, le chant des coqs au petit jour ; le soleil les a mis ici pour nous réveiller ; il avertit les coqs avec une clochette pour qu'ils chantent quatre fois avant le jour (autobiographie du chef hopi Don C. Talayesva, TALS, 47). Cet exemple souligne d'autre part la fonction symbolique du quinaire : le coq chante quatre fois, puis le jour se lève, au cinquième temps, qui est celui du centre et de la manifestation (voir cinq*).

 

En Afrique, selon une légende des Peuls, le coq est lié au secret ; les attitudes, les actes et les métamorphoses du coq correspondent aux différents sorts que subissent les secrets : un coq dans une case signifie le secret gardé dans le silence ; un coq dans la cour (métamorphosé en bélier) = secret divulgué aux proches et aux intimes ; un coq dans les rues (métamorphosé en taureau) = secret répandu dans le peuple ; un coq dans les près (métamorphosé en incendie) = secret parvenu à l'ennemi, cause de ruine et de désolation (HAMK, 68). Pour les Azandé cette prescience du jour (il voit la lumière du jour à l'intérieur de lui-même) rendrait le coq quelque peu suspect de sorcellerie (EVAS).

 

Le coq est aussi un emblème du Christ, comme l'aigle* et l’agneau*. Mais il met en un particulier relief son symbolisme solaire : lumière et résurrection.

 

Dans Job, déjà (39, 36), le coq est le symbole de l'intelligence venue de Dieu : qui amis dans l'ibis la sagesse de Yahvé, donné au coq l'intelligence. Aux deux oiseaux une faculté de prévision était accordée : l'ibis, annonce infailliblement les crues du Nil, le coq la naissance du jour. Comme le Messie, il annonce le jour qui succède à la nuit. Aussi figure-t-il sur les flèches des églises et les tours des cathédrales. Cette position à la cime des temples peut évoquer la suprématie du spirituel dans la vie humaine, l'origine céleste de l'illumination salvifique, la vigilance de l'âme attentive à percevoir dans les ténèbres finissantes de la nuit les premières clartés de l'esprit qui se lève. Le coq du clocher proviendrait, selon Durand  (DURS, 155) de l'assimilation mazdéenne du soleil au coq qui annonce le lever du jour. Le Talmud fait du coq un maître de politesse, sans doute parce qu'il introduit son Seigneur le Soleil, en l'annonçant de son chant.

 

Le coq jouit en Islam d'une vénération sans égale par rapport aux autres animaux. Le Prophète lui-même disait : le coq blanc est mon ami ; il est l'ennemi de l'ennemi de Dieu... Son chant signale la présence de l'ange.

 

On attribue également au Prophète la défense de maudire le coq qui appelle à la prière ; il lui aurait donné une dimension cosmique. Parmi les créatures de Dieu, aurait-il dit, Il y a un coq dont la crête est sou le Trône, les griffes sur la terre inférieure et les ailes dans l'air. Lorsque les deux tiers de la nuit ont passé et qu'il n'en reste qu'un tiers, il frappe de ses ailes, puis il dit : Louez le roi très saint, digne de louange et de sainteté, c'est-à-dire qu'il n' a point d'associé. A ce moment-là, tous les animaux battent des ailes et tous les coqs chantent. (FAHN, 505).

 

Le coq est souvent rapproché du serpent : c'est le cas, notamment, pour Hermès et Asclépios. Dans l'analyse des rêves, le serpent et le coq sont tous deux interprétés comme des symboles du temps ; ils appartiennent au dieu guérisseur Esculape (Asclépios), qui était probablement une incarnation de la vie intérieure et psychique, car c'est lui qui envoyait les songes (TEIR, 160).

 

Ils marquent une phase de l'évolution intérieure : l'intégration des forces chthoniennes au niveau d'une vie personnelle, où l'esprit et la matière tendent à s'équilibrer dans une unité harmonieuse. 

 

Le coq comme symbole maçonnique est à la fois le signe de la vigilance et celui de l'avènement de la lumière initiatique. Il correspond au mercure alchimique. 

 

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Loup (Dictionnaire des Symboles)

 


 

Jean Chevalier/Alain Gheerbrant, Dictionnaire des Symboles, Loup (louve), pp. 672-674, aux éditions Robert Laffont/Jupiter, collection Bouquins

 

Le loup est synonyme de sauvagerie et la louve de la débauche. Mais le langage des symboles interprète ces animaux, on s'en doute, d'une façon infiniment plus complexe, du fait, tout d'abord, qu'à l'instar de tout autre vecteur symbolique, ils peuvent être valorisés positivement autant que négativement. Positif apparaît le symbolisme du loup, si l'on remarque qu'il voit la nuit. Il devient alors symbole de lumière, solaire, héros, guerrier, ancêtre mythique. C'est la signification chez les Nordiques et chez les Grecs où il est attribué à Belen ou à Apollon (Apollon lycien).

 

Le créateur des dynasties chinoise et mongole est le loup bleu céleste. Sa force et son ardeur au combat en font une allégorie que les peuples turcs perpétueront jusque dans l'histoire contemporaine , puisque Mustapha Kemal, qui s'était nommé lui-même Atatürk, c'est-à-dire Père des Turcs, avait reçu de ses partisans le surnom de loup gris.

 

Le peuple turc qui, rassemblé autour de lui, menait le combat pour retrouver son identité, menacée par la décadence de l'Empire ottoman, reconduisait ainsi une très ancienne image : celle de l'ancêtre mythique de Gengis Khan, loup bleu, cratophanie de la lumière ouranienne (foudre) et dont l'union avec la biche blanche ou fauve, représentant la terre, plaçait à l'origine de ce peuple la hiérogamie terre-ciel.

 

Les peuples de la Prairie nord-américaine semblent avoir interprété de la même façon la signification symbolique de cet animal : Je suis le loup solitaire, je rôde en maints pays, dit un chant de guerre des Indiens de la Prairie (ALEC, 233).

 

La Chine connaît également un loup céleste (l'étoile Sirius) qui est le gardien du Palais céleste (la Grande Ourse). Ce caractère polaire se retrouve dans l'attribution du loup du Nord. On remarque toutefois que ce rôle de gardien fait place à l'aspect féroce de l'animal : ainsi, dans certaines régions du Japon, l'invoque-t-on comme protecteur contre les autres animaux sauvages. Il évoque une idée de force mal contenue, se dépensant avec fureur mais sans discernement.

 

La louve de Romulus et Rémus est, elle, non pas solaire et céleste, mais terrienne, sinon chthonienne. Ainsi, dans un cas comme dans l'autre, cet animal reste associé à l'idée de fécondité. La croyance populaire, en pays turc, a jusqu'à nos jours conservé cet héritage. Parmi les bézoards appréciés par les Yakoutes, en Sibérie, celui du loup est considéré comme le plus puissant ; en Anatolie, c'est-à-dire à l'autre extrémité de l'extension géographique des peuples altaïques, on voit encore des femmes stériles invoquer le loup pour avoir des enfants. Au Kamchatka à la fête annuelle d'octobre, on fait une image de loup en foin et on la conserve un an pour que le loup épouse les filles du village ; chez les Samoyèdes on a recueilli une légende qui met en scène une femme qui vit dans une caverne avec un loup (ROUF, 328-329).

 

Cet aspect chthonien ou infernal du symbole constitue son autre face majeure. Elle semble restée dominante dans le folklore européen, comme en témoigne, par exemple, le conte du Petit Chaperon rouge. On le voit déjà apparaître dans la mythologie gréco-latine : c'est la louve de Mormolycée nourrice de l'Achéron, dont on menace les enfants, exactement comme, de nos jours, on évoque le grand méchant loup (GRID, 303 a) ; c'est le manteau de peau de loup dont se revêt Hadès, maître des Enfers (KRAM, 226) ; les oreilles de loup du dieu de la mort des Étrusques ; c'est aussi, selon Diodore de Sicile, Osiris ressuscitant sous forme de loup pour aider sa femme et son fils à vaincre son frère méchant (ibid.).

 

C'est aussi une des formes données à Zeus (Lykaios), à qui on immolait en sacrifice des êtres humains, aux temps où régnait la magie agricole, pour mettre un terme aux sécheresses, aux fléaux naturels de toute sorte : Zeus déversait alors la pluie, fertilisait les champs, dirigeait les vents (ELIT, 76).

 

Dans l'imagerie du Moyen Age européen les sorciers se transforment le plus souvent en loups pour se rendre au sabbat, tandis que les sorcières, dans les mêmes occasions, portent des jarretelles, en peau de loup (GRIA). En Espagne, il est la monture du sorcier. La croyance aux lycanthropes, ou loups-garous, est attestée depuis l'Antiquité en Europe ; Virgile en fait déjà mention. En France, à peine commençait-on à en douter sous Louis XIV (PLAD). C'est une des composantes des croyances européennes, un des aspects sans doute que revêtent les esprits des forêts.

 

Selon Collin de Plancy, Bodin raconte sans rougir qu'en 1542, on vit un matin cent cinquante loups-garous sur une place de Constantinople.

 

Ce symbolisme de dévorateur est celui de la gueule*, image initiatique et archétypale, liée au phénomène de l'alternance jour-nuit, mort-vie : la gueule dévore et rejette, elle est initiatrice, prenant, selon la faune de l'endroit, l'apparence de l'animal le plus vorace : ici le loup, là le jaguar*, le crocodile*, etc. La mythologie scandinave présente spécifiquement le loup comme un dévorateur d'astres (DURS, 82), ce qui peut être rapproché du loup dévorateur de la caille*dont parle le Rig-Veda. Si la caille est, comme nous l'avons noté, un symbole de lumière, la gueule du loup est la nuit, la caverne, les enfers, la phase de pralâya cosmique ; la délivrance de la gueule du loup, c'est l'aurore, la lumière initiatique faisant suite à la descente aux enfers, le kalpa (CHRC, DANA, DEVA, GUED, GUES, MALA, MASR, RESE, SOUN).

 

Fenrir, le loup géant, est un ennemi les plus implacables des dieux. Seule la magie des nains peut arrêter sa course, grâce à un ruban fantastique que nul ne peut rompre ou couper. Dans la mythologie égyptienne, Anubis, le grand psychopompe, est appelé Impou, celui qui a la forme d'un chien sauvage (ibid.) ; on le révère à Cynopolis comme dieu des enfer (voir chacal*).

 

Cette gueule monstrueuse du loup, dont Marie Bonaparte parle dans son auto-analyse, comme étant associée aux terreurs de son enfance consécutive à la mort de sa mère, n'est pas sans rappeler les contes de Perrault : Grand-Mère, comme tu as de grandes dents ! Il y a donc, observe G; Durand, une convergence très nette entre la morsure des canidés et la crainte du temps destructeur. Kronos apparaît ici avec le visage d'Anubis, du monstre dévorant le temps humain ou s'attaquant même aux astres mesureurs de temps.

 

Nous avons déjà parlé du sens initiatique de cette symbolique. Ajoutons qu'elle donne au loup comme au chien un rôle de psychopompe.

 

Un mythe Algonquins le présente comme un frère du démiurge Menebuch, le grand lapin*, régnant à l'Ouest, sur le royaume des morts (MULR, 253). Cette même fonction de psychopompe lui était reconnue en Europe, comme ne témoigne ce chant mortuaire roumain :

 

Paraîtra encore

Le loup devant toi

...

Prends-le pour ton frère

Car le loup connaît

L’ordre des forêts

...

Il te conduira

Par la route plane

Vers un fils de Roi

Vers le Paradis

(Trésor de la poésie universelle, par R. Caillois et J.-C; Lambert, Paris, 1958)

 

Notons pour conclure que ce loup infernal, et surtout sa femelle, incarnation du désir sexuel, constituent un obstacle sur la route du pèlerin musulman en marche vers La Mecque, et plus encore sur le chemin de Damas, où elle prend les dimensions de la bête de l'Apocalypse.

 

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