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25/12/2014

Renforcer L'Union Européenne dans un monde multipolaire (Jean Parvulesco)

 

Jean Parvulesco, La confirmation boréale, La Stratégie contre-mondialiste de l'Axe Paris-Berlin-Moscou, Renforcer L'Union Européenne dans un monde multipolaire, p. 299, aux éditions Alexipharmaque

 

Ainsi, dans un entretien avec Le Figaro, en date du 20 mai 2000, Hans Dietrich Genscher encadrait-il parfaitement la somme de problèmes soulevés par les déclarations de Joschka Fischer :

 

1) « L'intention de Fischer est maintenant de renforcer l'Union européenne dans la perspective de son élargissement. Il s'agit d'en faire un acteur efficace du nouvel ordre mondial. »

 

2) « Au monde bipolaire de la guerre froide s'est substitué un monde multipolaire. Les États-Unis, la Russie, la Chine et, à quelque distance, le Japon, y ont déjà pris place. L'Inde va entrer dans le club. Il ne vaut pas que l'Europe soit en reste. A ses débuts, le nouveau gouvernement allemand avait laissé un peu en friche le terrain de la politique étrangère. Ce plan Fischer lui restitue un visage européen sur l'arrière-plan de la mondialisation. Fischer voit loin. Il aura des contradicteurs, mais il tient le bon bout. »

 

Bien entendu, que l'actuel ministre des Affaires étrangères de l'Allemagne ait vivement ressenti, et pour une fois pu dire clairement et très fort la nécessité d'un renforcement significatif des liens politiques unissant déjà la France et l'Allemagne au sein de l'Europe, renforcement que l'on entend porter jusqu'à l'institution immédiate d'une relation fédérale des deux pays, d'une relation fédérale spéciale, destinée à servir de banc d'incitation, de pôle d'attraction et de chantier ouvert à l'intention d'autres pays européens, disponibles, dans la course, déjà, de l'intégration politique, quoi de plus normal ?

 

suite : L'inconcevable omission de la Russie précédent : La stratégie contre-mondialiste de l'Axe Paris-Berlin-Moscou

 

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La stratégie contre-mondialiste de l'Axe Paris-Berlin-Moscou (Jean Parvulesco)

 

Jean Parvulesco, La confirmation boréale, La Stratégie contre-mondialiste de l'Axe Paris-Berlin-Moscou, p. 299, aux éditions Alexipharmaque

 

C'est lors du retentissant discours qu'il avait fait le 12 mai 2000 à l'Université Humbolt de Berlin que Joschka Fischer, l'actuel ministre des Affaires étrangères de l'Allemagne avait lancé son appel en faveur d'une Europe fédérale s'appuyant sur le noyau fondationnel franco-allemand, sur le « Pôle Carolingien » d'une union fédérale de la France et de l'Allemagne devant constituer ainsi, ensemble, l'armature intérieure, l'îlot central de soutien et de : mobilisation permanente d'une Europe politiquement élargie, de ce que sera sans doute la future  « Grande Europe ». Ce retour de Joschka Fischer sur le fédéralisme du noyau de base franco-allemand représente sans doute une tentative majeure en faveur de la relance politique du concept de « Grande Europe », qui se lève à l'horizon ouvert des prochaines années du nouveau millénaire.

 

Sans tarder, Wolfang Schäuble, l'ex-président de la CDU, de la démocratie chrétienne allemande, ainsi que Hans Dietrich Genscher, prédécesseurs de Joschka Fischer a la tête du ministère allemand des Affaires étrangères, se sont déclarés, chacun de son côté, entièrement d'accord avec les propositions fédérales européennes que venait de faire, à Berlin, l'actuel ministre des Affaires étrangères d'Allemagne. Ainsi un consensus en profondeur semblerait se dégager, en Allemagne, englobant l'ensemble de l'arc de cercle de l'actuelle réalité politique allemande, en faveur des thèses fédéralistes grand-européennes avancées par Joschka Fischer. Et de ce que celles-ci impliqueraient à plus longue échéance.

 

suite : Renforcer l'Union Européenne dans un monde multipolaire 

 

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23/12/2014

Beau ne nuit (La Grande Touriste)

Savez-vous ce qu'est la langue des oiseaux? C'est une langue qui est au cœur des mémoires de toutes les autres. Nos ancêtres l'appelait aussi langue verte, langue diplomatique, cabale, gay scavoir. les Japonais l'appelaient koan, les Arabes ilmul-hurûf, les Juifs qabbala. Elle est à la fois universelle et éminemment particulière, puisque c'est la part de chaque langue qui échappe à la traduction. Elle est faite de métaphores, de calembours, de rébus, d'homophonies, d'anagrammes, de glissements, d'inversions. Les mots y dansent, s'y renvoient les uns aux autres, et veulent y dire plus que ce qu'ils disent ordinairement. C'est d'ailleurs remarquable, que le français ait confondu la signification avec la volonté de dire. Voilà un de ces jeux de mots intraduisibles qui sont autant de survivances de cette langue, qui était réputée être celle que parlaient les Dieux, les anges et les oiseaux.

 

C'était aussi le langage secret des alchimistes, le code par lequel ils transmettaient leur savoir en le cachant aux profanes. A l'époque, ils se moquaient beaucoup des idiots qui prenaient les textes au pied de la lettre et tentaient réellement de transmuer les métaux en or. Ils les avaient surnommé entre eux les "souffleurs", à cause des fumées qui entouraient leurs petites expériences. Si par hasard ceux-ci ont fait quelques découvertes qui sont à la base de la chimie moderne, leurs recherches étaient néanmoins vouées à l'échec. Car l'or dont il était question dans les ouvrages hermétiques était bien au-delà de l'or vulgaire, ou l''"or dit n'air". Pourquoi, à votre avis, Isaac Newton a-t-il pris la peine d'inventer le télescope à miroirs pour observer le ciel? Parce que le plus célèbre des alchimistes avait bien saisi certaines subtilités de la langue des oiseaux, n'en déplaise à ceux qui ne comprennent pas qu'un tel génie ait pu se passionner pour ces fadaises…

 

La langue des oiseaux, tout le monde la connaît sans la connaître, puisque c'est celle que parlent les rêves. Sigmund Freud, Jacques Lacan et Carl Gustav Jung  voyaient déjà dans le rêve un langage à part entière, émis au moment du "décollage" de la conscience de veille. Des symboles, des rébus, des jeux de mots et un certain humour: c'est le psychanalyste Etienne Perrot qui a identifié ce langage comme une forme de la langue des oiseaux. Plus intime encore que sa langue maternelle, puisqu'elle utilise le matériau symbolique issu de sa mémoire propre, elle est la langue avec laquelle le rêveur se parle à lui-même.


La langue des oiseaux est une langue vivante, et doit être pratiquée avec spontanéité. Et comme tout ce qui est vivant, elle se déploie selon un rythme. En cela, la poésie en est une autre survivance. Ces constructions verbales raffinées, que décortiquent  les professeurs de lettres, elles viennent sous la plume du poète aussi simplement que l'air qu'il respire. C'est sans réfléchir qu'Homère a pondu les quinze mille trois cent trente-sept vers de L'Iliade. Plus près de nous, Léo Ferré ne cachait pas son mépris pour ces "souffleurs" modernes qui comptent sur leurs doigts pour faire un alexandrin! Et d'ailleurs, une réminiscence certaine de la langue des oiseaux est perceptible dans le flow des phraseurs du Hip Hop des origines, celui des battles improvisées dans les caves des ghettos. Pour de plus amples développements, je vous recommande Ghost Dog, the way of samurai, de Jim Jarmush. La bande originale a été composée par RZA du Wu-Tang Clan, une pointure du genre.

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"Voir le monde comme un rêve est un bon point de vue. Quand on fait un cauchemar, on se réveille et on se dit que ce n'était qu'un rêve. Il est dit que le monde où nous vivons n'en diffère en rien." Extrait du Hagakure de Jocho Yamamoto (Japon, XVIIIème siècle) et cité dans Ghost Dog.
 
On note également, d'après Fulcanelli, que la langue des oiseaux était pratiquée par les bâtisseurs de cathédrales. Après l'extermination des Templiers par Philippe le Bel au XIIIème siècle, leur savoir-faire était devenu suspect aux autorités. Mais déjouer la censure leur était facile, car les âmes lourdes étaient naturellement incapables de comprendre la langue des oiseaux. Il faut croire qu'ils subissaient alors la même réprobation que subissent aujourd'hui les déclarés perdants de ce jeu de con qu'est notre monde. S'il faut se réfugier dans le sommeil pour retrouver cette langue, on peut concevoir que ceux qui la parlent encore au réveil s'exposent à des destins scabreux. Le fumier de misère sur lequel a germé le génie artistique des Afro-Américains en dit long sur le rêve morbide de nos maîtres…
 
Il se trouve que j'ai le privilège d'avoir entendu parler cette langue fabuleuse. C'était un soir d'hiver à Paris, sur le parvis de Saint-Eustache. J'étais bénévole pour une association qui servait des repas chauds aux clochards. Ils étaient tous plus fous les uns que les autres, les pauvres, mais ce soir-là, il y en avait un de vraiment, vraiment spécial. Il était tout crasseux et dépenaillé, avec un crâne chauve où se dressait des cheveux blancs survivants comme s'ils étaient électrisés. Et il parlait, il parlait sans arrêt. Tout ce qui se passait autour de lui, les clochards qui mangeaient, les bénévoles qui s'affairaient, les feuilles mortes qui volaient, les chiens qui vaquaient, il aspirait tout et le restituait sous forme de musique. A l'écouter, on n'y comprenait rien, ça allait trop vite, mais on se sentait pris d'assaut par une espèce de joie démesurée. Autour de lui les gens s'allumaient comme des arbres de Noël, riaient, exultaient. Et puis, sans cesser de parler, le clochard a reculé de quelques pas et a ouvert la portière arrière d'une somptueuse Bentley noire qui s'était garée entre temps tout à côté, sans que personne ne s'en étonne, tellement on était perchés. Il a disparu à l'intérieur, et clonk! la portière s'est refermée. Le carrosse a démarré dans un souffle, et l'a emporté Dieu sait où.
 
 
Et pour conclure, je ne résiste pas au plaisir de raconter une autre petite anecdote personnelle. Il est minuit treize, et je finis d'écrire au lit comme tout blogueur qui se respecte. Figurez-vous qu'il y a quelques secondes, avant de m'endormir, il m'a pris de charger Google Sky Map, une application de cartographie interactive du ciel nocturne. J'ai ensuite braqué mon smartphone au hasard devant moi, curieuse de savoir quelles étoiles se trouvaient là, à ce moment-là, derrière les murs de ma chambre. Sur l'écran sont apparues les constellations de l'Aigle, du Cygne, du Petit Renard et de la Lyre. C'est donc sous leurs auspices que je termine cette brève introduction à la langue des oiseaux, avec l'espoir d'avoir peut-être fait du bon boulot.
 
Sur ce, bonne nuit!