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08/12/2014

La multipolarité - Résumé des concepts utilisés (Alexandre Douguine)

 

Alexandre Douguine, Pour une théorie du monde multipolaire, Chap. 1 La multipolarité - définition des concepts utilisés, Résumé, pp. 19-21, aux éditions Ars Magna

 

La distinction faite entre l'expression « monde multipolaire » et une série des termes alternatifs ou similaires nous a permis d'exposer les grandes lignes du champ sémantique au sein duquel nous allons continuer à construire la théorie de la multipolarité. Jusqu'à ce point, nous avons seulement cherché à analyser ce que l'ordre mondial multipolaire n'était pas. Cette approche va nous permettre de distinguer positivement, par contraste, un certain nombre de ses composantes et caractéristiques, dans un premier temps de façon approximative :

 

    1 - Le monde multipolaire est une alternative radicale au monde unipolaire (qui dans les faits existe actuellement) en raison du fait qu'il défend l'existence d'un nombre restreint de centres indépendants et souverains de prise de décision stratégique global au niveau mondial.

 

   2 - Ces centres devraient être suffisamment qualifiés et indépendants financièrement et matériellement pour être en mesure de défendre physiquement leur souveraineté dans le cas d'une invasion directe d'un ennemi potentiel, possédant un niveau d'équipement équivalent à celui de la plus grand puissance existante aujourd'hui. Concrètement, ils devraient être capable de résister à l'hégémonie financière et militaro-stratégique des États-Unis et des pays de l'OTAN.

 

   3 - Ces centres de décision ne devraient pas avoir à accepter comme condition sine qua non, l'universalisme des normes et des valeurs et des standards occidentaux (démocratie, libéralisme, libre marché, parlementarisme, droits de l'homme, individualisme, cosmopolitisme, etc.) et devraient pouvoir être totalement indépendants de l'hégémonie intellectuelle et spirituelle de l'Occident.

 

   4 - Le monde multipolaire n'implique pas un retour au système bipolaire, car aujourd'hui, il n'y a pas une force unique, sur le plan stratégique ou idéologique, qui puisse à elle seule résister à l'hégémonie matérielle et spirituelle de l'Occident moderne et à son chef : les États-Unis. Il doit y avoir plus de deux pôles dans un monde multipolaire.

 

   5 - Le monde multipolaire considère avec circonspection la souveraineté des États-nations existants. Cette souveraineté présente un caractère purement juridique lorsqu'elle ne s'accompagne pas d'un potentiel de puissance suffisant, sur les plans stratégiques, économiques et politique. Au XXIème siècle, cette souveraineté formelle n'est plus toujours suffisante pour permettre à un État national de s'affranchir comme une entité véritablement  souveraine. Dans de telles circonstances, la souveraineté réelle ne peut être atteinte que par une combinaison, une coalition d'États. Le système westphalien, qui continue d'exister de jure, ne reflète plus les réalités du système de relations internationales et nécessite une révision.

 

   6 - La multipolarité n'est réductible ni à la non-polarité, ni au multilatérité, car elle ne confie le centre de la prise de décision (le pôle) ni à un gouvernement mondial, ni au club des États-Unis et leurs alliés démocratiques (« le monde occidental »), ni aux réseaux sub-étatiques d'ONG ou d'autres instances de la société civile. Elle considère que le pôle de décision doit être localisé quelque part ailleurs.

 

   Ces six points définissent un cadre conceptuel pour les développement ultérieurs et constituent un concentré des principales, caractéristiques de la multipolarité.

 

   Toutefois, bien que cette description nous rapproche de manière significative dans la compréhension de ce que peut être la multipolarité, elle est encore insuffisante pour être qualifié de théorie. A partir de cette délimitation initiale, nous allons pouvoir développer une théorie complète du monde multipolaire.

 

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The Fourth Political Theory: beyond left and right but against the center

Eurasisme et multipolarité - entretien avec Alexandre Douguine (LNA)

 

Source : Les Non Alignés


 

Dans son dernier discours aux représentants de la nation russe, Vladimir Poutine a rappelé que l'union économique eurasienne va être opérationnelle en janvier 2015.
 
Il est intéressant de revenir ici sur les fondements théoriques et géopolitiques possibles de cette union continentale qui nous est présentée comme une alternative au monopole et à l'hégémonie occidentale. Qu'en est-il en réalité ? Quelle place pour les français et les européens dans une telle alliance ? La Russie peut-elle être la figure de proue d’un nouveau non-alignement civilisationnel face au nouvel ordre mondial ? Voire dans le nouvel ordre mondial ? 
 
Même si la théorisation de l’Eurasisme ne se superpose pas exactement aux froids enjeux à l’œuvre derrière l’union eurasiatique, en tant que théoricien majeur de l’Eurasisme contemporain, Alexandre Douguine est un interlocuteur majeur sur les questions relatives à l’unité continentale et à la multipolarité.
 
Nous avions eu l’occasion de rencontrer le professeur Alexandre Douguine le lendemain de sa conférence à Paris de mai 2013.
 
Cet entretien a été réalisé il y a plus d’un an dans cette période un peu spéciale pour les patriotes français qui allait du départ de Dominique Venner à la dernière grande "manif pour tous" de 2013. Nous publions aujourd’hui cet entretien plus que jamais d’actualité.
 
Nos remerciements à qui a permis cette rencontre et la réalisation de cette vidéo.
 
Les Non-Alignés.
 

07/12/2014

Le Projet "Empire" XI (Alexandre Douguine)

 

Alexandre Douguine, La Quatrième théorie politique - La Russie et les idées politiques du XXIème siècle, Chapitre X Le projet "Empire", La CEI, berceau de l'Empire à venir, pp. 225-226, aux éditions Ars Magna

 

L'intégration de l'espace postsoviétique sera le berceau de l'empire, son point zéro. Tous les États postsoviétiques ne possède que le niveau de souveraineté que la faiblesse de Moscou dans les années 1990 leur a attribué, ainsi que le soutient potentiel de Washington. De par leurs autres aspects, il s'agit presque toujours "d’États en faillite" (failed states). Aujourd'hui, l'OTAN, encouragée par la stupeur dans laquelle le Kremlin se trouve depuis la catastrophe géopolitique des années 1990, tente de rendre irréversible l'éloignement de certains pays par rapport à la Russie, en premier lieu l'Ukraine et la Géorgie. Dans le report à décembre 2008 de la question de l'entrée de Kiev et de Tbilissi dans l'OTAN, nous avons affaire à un délai payé par la vieille Europe pour que nous en fassions bon usage. Mais après Tskhinvali, tout cela revêt une autre signification. Concrètement, ce répit a pris fin le 8 août 2008, après la décision de Moscou de faire entrer ses troupes en Géorgie.

 

Si l'Ukraine et la Géorgie entraient dans la composition de l'empire américain, ce qu ne ferait que renforcer les positions atlantistes en Europe même (comme l'ont bien compris Paris et Berlin qui ont eu un geste amical envers la Russie), le projet impérial se verrait alors bloqué pour la Russie (ce qu'écrit ouvertement Zbigniew Brezinski sans son ouvrage Le Grand échiquier). Le chaudron du futur empire eurasiste correspond dans l'ensemble à l'espace de la CEI.

 

Certes, en évoquant la diffusion de l'influence de la Russie dans l'espace postsoviétique, nous n'avons pas à l'esprit une colonisation directe traditionnelle. Les empires d'aujourd'hui recourent rarement à de telles méthodes (bien que, comme nous le voyons dans le cas de l'Irak ou du Kossovo, cela puisse malgré tout se produire ; par conséquent il convient de ne pas les rejeter complètement). Toutefois, notre monde propose des technologies plus raffinées et plus efficaces, permettant d'obtenir des résultats analogues par d'autres moyens, par l'utilisation des ressources de l'information, d'organisation non-gouvernementales, de groupes confessionnels ou de mouvements sociaux.

 

En Ukraine plus de la moitié de la population s'oppose à l'entrée du pays dans l'OTAN, appartient à l’Église orthodoxe russe du Patriarcat de Moscou et est orientée vers un rapprochement avec la Russie. Mais le sommet de l'élite politique de Kiev s'est vendu à l'empire américain. D'un point de vue civilisationnel, les terres occidentales de l'Ukraine tendent aussi vers l'Europe. Mais l'Est de la Crimée, indubitablement, vers la Russie. Le compte à rebours pour empêcher l'annexion de l'Ukraine pour l'empire atlantiste a déjà commencé.

 

La Russie possède une chance et des ressources. Mais s'il n'y a pas de certitude en la nécessité historique de construire, sur l'espace de la CEI, le chaudron d'une nouvelle construction impériale, Moscou pourrait laisser passer cette possibilité.

 

Ce faisant, la détermination à accepter le projet impérial doit automatiquement entraîner un travail intense avec nos amis, les pays membres de la Communauté économique eurasiatique (EVRAZES, en premier lieu le Kazakhstan et la Biélorussie), dont les peuples et les leaders  soutiennent l'intégration. Pour contrer les ennemis, il est indispensable de se rapprocher davantage de ses alliés, et de fermer les yeux sur les tentions dans nos relations avec eux.

 

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The Fourth Political Theory: beyond left and right but against the center