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12/12/2014

Face au Grand Continent Eurasiatique (Jean Parvulesco)

 

Jean Parvulesco, La confirmation boréale, Sur le grand tournant actuel du gaullisme, Face au Grand Continent Eurasiatique, pp. 240-245, aux éditions Alexipharmaque

 

Charles de Gaulle lui-même, donnant comme une définition de son propre état de "concept absolu" : "Et moi au centre de ce déchaînement, je me sens remplir une fonction qui dépasse de très haut ma personne, servir d'instrument au destin."

 

En tant qu'instrument du destin, le "concept absolu" Charles de Gaulle se doit donc impérativement de dégager, avant tout, les grandes lignes de force de ce qui, au-delà de l’histoire, risque de porter le gaullisme vers l'accomplissement final de son destin propre, accomplissement révolutionnaire et impérial d'une certaine fatalité géopolitique dont il faut à la fois assumer et dépasser les conditions : la fatalité même de la situation géopolitique donnée à l'intérieur de laquelle vient à se poser le problème de l'Imperium Ultimum, ou de ce que nous autres nous appelons l'Empire Eurasiatique de la Fin.

 

Aussi, en des circonstances autres, j'en étais venu à me proposer à moi-même la question suivante : "A partir donc de la fatalité géopolitique planétaire du gaullisme en action, peut-on préfigurer, dialectiquement, les grandes lignes de force d'une géopolitique occulte du gaullisme ?" Ce à quoi je devais alors répondre, je tiens à le rappeler, de la manière suivante : "Pour le général de Gaulle, le concept géopolitique fondamental du monde actuel sera ce qu'il faut bien appeler, après certains autres, dont certains des nôtres, le Grand Continent Eurasiatique : aussi le destin géopolitique planétaire de l'histoire actuelle dans ses fins et partant le destin même de la France en tant qu'instrument privilégié, voire même unique d'une volonté extérieure à l'histoire, occulte, suprahumaine et divine, s'identifie ontologiquement au destin du Grand Continent Eurasiatique. Face à celui-ci, la dérive des Puissances Océaniques incarne le concept offensif de la négation anti-continentale, Puissances Océaniques dont l'anti-destin exige l'encerclement du Grand Continent Eurasiatique et de ses espaces d'être et de développement, pour leur infliger la loi subversive et anéantissante de l’Éternel Extérieur qui prétend sans cesse au statut d'Anti-Empire." La contre-stratégie, donc, du plus grand gaullisme en action, ou plutôt sa métastratégie contre-offensive, mobilisera-t-elle, alors, face à la dérive des Puissances Océaniques, le poids, tout le poids métastratégiques du Grand Continent Eurasiatique, en essayant de réactiver, et par la suite, de suractiver, ses potentialités telluriques originelles, ainsi que toutes ses dispositions transcendantales au dépassement suprahistorique, polaire, de l'histoire dans son cours actuel, face auquel il s'agit de dresser le barrage ontologique d'une volonté totalement éveillée, d'une volonté totalement à contre-courant, d'une volonté salvatrice de ce qui semblait ne plus pouvoir l'être, mais qui le sera quand même.

 

Il se fait donc que, de par cela même, le projet révolutionnaire suscité par l’interpellation géopolitique gaulliste de la fin, interpellation concernant, déjà, de la manière la plus directe, le Grand Continent Eurasiatique, ne saurait désormais plus se trouver posé que dans les termes mêmes de notre propre projet contre-stratégique originel, à savoir le projet déjà en cours de notre Empire Eurasiatique de la Fin.

 

Or que est-il donc, ce projet ? Il comprend en principe l'intégration impériale totale de l'Europe de l'Ouest fondée sur le pôle carolingien Franco-allemand, de l'Europe de l'Est et de la Russie, cette dernière y apportant, aussi, la Grande Sibérie, de l'Inde et du Japon.

 

Or, une fois que notre Empire Eurasiatique de la Fin se trouvera arrivé au niveau de l'accomplissement final de son propre projet fondationnel, il apparaîtra très nécessairement que son installation politico-historique en tant que telle ne saurait avoir d'autre raison d'être que le but ultime même du "grand gaullisme", du 'gaullisme de la fin", à savoir celui de faire qu'émergé révolutionnairement, au terme de l'histoire et comme de par sa simple présence là, le mystère en action de l'établissement de la Paix Mondiale. Car, pour ceux qui auront appris à plonger leur regard loin derrière la face immédiate de l'histoire, dans les profondeurs où l'histoire s'identifient secrètement, l'objectif métahistorique suprême du "grand gaullisme"se dévoile comme étant la Paix Mondiale. "Pais Mondiale", alors, dont les fondations occultes doivent être cherchées dans ce que les hermétistes appelaient, en d'autres temps, la Paix Profonde, ou la Pax Profunda, de nos derniers Rose-Croix. Ainsi le général de Gaulle devait-il déclarer, en toute clarté : "La France est pour la Paix, il lui faut la Paix. La France, pour renaître vraiment, pour se refaire et pour s'étendre, au sens le plus noble du terme, il lui faut la Paix. Par conséquent, la France cherche la paix, cultive la paix, aide l paix, partout." Et c'est bien aussi ce qu'écrivait, à son tour, Dominique de Roux dans son livre visionnaire sur Charles de Gaulle : "Le gaullisme, c'est la guerre révolutionnaire mondiale. L'histoire occidentale à sa fin, c'est l'histoire de la subversion mondiale du gaullisme. Le destin, la mission la stratégie totale de la troisième France, c'est la subversion mondiale française pour la paix."

 

C'est par l'établissement révolutionnaire de la Paix Mondiale que l'Empire Eurasiatique de la Fin pourra mettre les bases suprahistoriques de l'avènement à terme du Regnum Sanctum, et quand nous l'aurons vraiment compris cela voudra dire que nous nous trouvons déjà engagés dans la voie qui nous y mènera immanquablement.

 

En tant que "concept absolu" de l'histoire occidentale du monde à sa fin, Charles de Gaulle savait, depuis déjà la fin de la dernière guerre, que sa plus profonde prédestination était celle de pourvoir à l’établissement politico-historique du pôle carolingien Franco-allemand comme fondement, comme base opérationnelle de départ pour le futur grand Empire Européen, pour l'Empire Eurasiatique de la Fin. De cela, ses Mémoires en témoignent, quand il relate son premier voyage en Allemagne après la guerre, l'hiver de 1945, voyage entrepris pour qu'il puisse rappeler, sur place, ces "liens qui jadis rapprochaient la France et l'Allemagne" et qui devaient refaire surface, à nouveau, pour servir à bâtir "notre Europe", et "notre Occident". Et il y a aussi, et surtout, son célèbre discours dans les Charentes, en juin 1903, où il y avait prophétiquement déclaré que, s'étant réunies par un "destin commun", la France et l'Allemagne avaient accompli ensemble, une "Révolution Mondiale". Or le fait de considérer la réunion, en un destin commun, de la France et de l'Allemagne comme une "Révolution Mondiale", ne constitue-t-il pas, en lui-même, la clef décisive pour une intelligence vraiment transcendantale de la doctrine visionnaire de Charles de Gaulle sur la mission impériale finale des deux pays par rapport aux destinées ultimes de la plus Grande Europe et de cet Empire Eurasiatique dont il se voulait l'inspirateur dans l'ombre, l'agent d'exécution secrètement choisi d'avance et qui mènera sa mission jusqu'au bout ?

 

Cependant, ni l'établissement politico-historique de la plus Grande Europe, ni même le projet en action de l'Empire Eurasiatique de la Fin ne pouvaient représenter des buts en soi, mais, dans la vision suprahistorique du "concept absolu" Charles de Gaulle, seules des étapes intermédiaires, préparatoires, du but ultime, du but unique et suprême qui seul pouvait accomplir la prédestination ultime et occulte de la France, à savoir celui de pourvoir à l'avènement du Regnum Sanctum, de ce Regnum Sanctum qu'il fallait, qu'il appartenait à la France de faire émerger, au terme de l'histoire, comme l'Empire de la Paix, comme l' "Empire de la Paix Profonde".

 

Pour la doctrine cachée du "grand gaullisme", du 'gaullisme de la fin", c’est le Regnum Sanctum qui constitue le but d'au-delà de tous les buts, celui qui prévoit le terme ultime et l'ultime accomplissement de la chaîne eschatologique dont les destinées et jusqu’au devenir même se trouvent situés sous la haute-veille d'une certaine France autre, d'une certaine "France Secrète". Et tel est, aussi, le "vrai secret", le "secret fondationnel" de la France, l'héritage supratemporel de la "France Secrète".

 

Le moment est donc venu pour que l'on se demande quel peut bien être le sens propre, le dévoilement entier du concept eschatologique final de Regnum Sanctum.

 

"Vive le Christ, qui est le Roi de France", s'écriait Jeanne d'Arc, et l'on sait aussi que "Marie est la vraie Reine de France". Et un certain catholicisme mystique et eschatologique n'affirme-t-il que la France se trouve être, dans l'invisible, le "Royaume du Sacré-Cœur et du Cœur Immaculée de Marie" ?

 

Dans la même perspective eschatologique, il est entendu qu'au terme ultime de l'histoire, un Regnum, un Imperium situé à la fois dans l'histoire et comme déjà au-delà de l'histoire va se lever, de dimensions planétaires, et sur lequel règneront, en quelque sorte directement, d'une manière spéciale, par des médiations à l'heure présente tout à fait inconvenables, "le Sacré-Cœur de Jésus et le Cœur Immaculée de Marie" : ce sera l'Empire de la Paix, l' "Empire de la Paix Profonde", le Regnum Sanctum préfigurant la "Jérusalem Céleste" dont l'Apocalypse de saint Jean annonce la "descente finale".

 

Et souvenons-nous en : quand, en voyage officiel en Russie, le général de Gaulle avait fait fait ouvrir l'église française de Moscou, pour y faire dire la messe en latin pour lui-même et le petit groupe des siens, cette messe il l'avait lui-même voulue à l'intention précisément du Regnum Sanctum. Je vois là un puissant symbole, sur lequel il serait me semble-t-il bon que l'on s'attache à réfléchir. Profondément.

 

Et cette réflexion, pourquoi ne pas la poursuivre plus loin encore : car n'est-il pas évident que c'est bien ce qui, dans le visible, se trouve chargé de précéder historiquement le Regnum Sanctum, à savoir l'Empire Eurasiatique de la Fin, qui va être appelé à constituer aussi, dans l'invisible, les fondations suprahistorique de celui-ci ?

 

En effet, pour qu'une apparition divine puisse avoir lieu, pour qu'une entité venue d'en-haut parvienne à se manifester en toute plénitude, il faut qu'il y ait un espace, un "lieu donné" - spécialement préconçu pour cela, un sanctuaire ardent voué à la réception complaisante de la puissance inconnue s'apprêtant à se montrer, à descendre-là. Alors, pas d'apparition sans son sanctuaire préconçu, pas de Regnum Sanctum dans l'établissement préalable, dans le cours de l'histoire, de l'Empire Eurasiatique de la Fin.

 

C'est ainsi que cette succession de mobilisations impériales au niveau d'engagement spirituel suractivé, paroxystique, et de plus en plus élevé ) succession devant culminer avec l'Empire Eurasiatique de la Fin - dont on prévoit ici les développements désormais certains, devra finalement aboutir à la constitution - l' "avènement" - de ce suprême sanctuaire de réception transcendantale qui va alors être, en soi-même et le moment venu, le Regnum Sanctum. Avec le Regnum Sanctum, il s'agit donc de l'Imperium à la fois présent encore dans l'histoire et déjà au-delà de l'histoire, disposant d'une temporalité propre et avec une organisation intérieure du pouvoir paradigmatiquement identique au modèle archaïque, préontologique, des origines polaires, "divines" du cycle à ce moment-là révolu. Et annonçant, de par sa seule présence-là, les futurs recommencements du monde à venir, dont le projet fondationnel nous serait à l'heure actuelle totalement inconcevable, interdit à toute approche en conscience, et dont seule une préconscience visionnaire supérieure, non-reflexive, pourrait éventuellement nous laisser comme à peine entrevoir la figure resplendissante perdue dans les gouffres du plus extrême lointain.

 

Aussi la géopolitique du Grand Continent Eurasiatique conduit-elle tout droit, à travers le projet de l'Empire Eurasiatique de la Fin, au concept même du Regnum Sanctum, et c'est pourquoi cette géopolitique possède une dimension sacrée. On pourrait même dire, à la rigueur, que la géopolitique du Grand Continent Eurasiatique se trouve dédoublée par une géopolitique sacrée, que ses développements se maintiennent dans un horizon totalement sacré. Car la géopolitique finale du Grand Continent Eurasiatique est la géopolitique même de la fin de l'actuelle histoire du monde.

 

Cela, comment Charles de Gaulle aurait-il pu être amené à le comprendre, s'il n'avait pas déjà atteint à l'état de "concept absolu" de l'histoire de son temps et des temps immédiatement ultérieurs à celle-ci ?

 

De toutes les façons, l'action politique - la grande action politique - reste l'outil de manœuvre essentiel, l'arme de combat et d'affirmation de l'absolu dans l'histoire, ce par quoi celui-ci y manifeste sa volonté et poursuit ses desseins : on y découvre ainsi la profonde relation agissante qui relie la "grande action politique" et l' "action secrète" de la Divine Providence dans le cours souterrain de l'histoire.

 

Les dimensions politico-historiques immédiates de nos actuelles actions sur le terrain, de toutes nos actions à venir concernant le projet en cours de l'Empire Eurasiatique de la Fin relèvent donc, en dernière analyse, d'une entreprise révolutionnaire de longue haleine, dont l'identité d'ensemble se révèle ainsi comme étant essentiellement de nature providentielle expliquée par l'action menée par en-dessous par la Divine Providence elle-même.

 

Se figure-t-on, cependant, la somme colossale d'actions politico-historiques à maîtriser, à faire converger dans un but unique par la nécessité de la prise en main finale du Grand Continent Eurasiatique , de la mise en place de l'Empire Eurasiatique de la Fin ? Quelle volonté suprahumaine devra alors se lever pour y faire face, quel nouveau "concept absolu" de la plus grande histoire ainsi interpellée ?

 

Car tôt ou tard le problème va se se trouver posé quant à l'identité du "concept absolu" qui devra prendre effectivement sur lui la somme suprahistorique des immenses travaux à la fois d'ordre transcendantal et révolutionnaire impliqués par les changements annoncés de l'histoire à venir, de l'histoire en marche vers l'émergence, dans son cours même, des figures impériales, fulgurantes, de sa propre conclusion abyssale, dont nous avons déjà, aujourd'hui, la préconnaissance visionnaire, somme en un rêve.

 

Au niveau du devenir final de l'histoire actuelle de ce monde, tout dépend donc, désormais, de l'émergence décisive d'un nouveau "concept absolu" appelé à en assumer les destinées impériales déjà en cours de dévoilement, à en assumer la mise en état de marche immédiatement révolutionnaire de ses conclusions impériales déjà prévues. Après le "concept absolu" Charles de Gaulle, qui ? Quel futur "concept absolu" ? suite : Assumptia est Maria précédent : Charles de Gaulle, l'homme à contre-courant

 

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Sur le grand tournant actuel du gaullisme (Jean Parvulesco)

 

Jean Parvulesco, La confirmation boréale, Sur le grand tournant actuel du gaullisme, pp. 231-233, aux éditions Alexipharmaque

 

Dans Les chênes qu'on abat, Malraux fait dire à de Gaulle : "J'ai tenté de dresser la France contre la fin d'un monde. Ai-je échoué ? D'autres verront plus tard."

 

Joseph de Maistre chez qui l'instruction politico-philosophique de l'histoire se trouvait sans cesse dédoublée par une approche seconde, visionnaire et prophétique, de celle-ci intercepté, saisie sur la spirale même de sa marche en avant, n'avait pas manqué d'entrevoir que, après la consommation de l'immense désastre que la Révolution Française ou soi-disant telle avait représenté pour la civilisation européenne du monde, les temps étaient prêts - les grands temps - pour un mystérieux avènement imprévu, totalement inconcevable; dont l'émergence dans l'histoire mondiale allait devoir en changer totalement le cours, en en renversant le sens et en modifiant, en transfigurant jusqu'à la substance même de son devenir en route, jusqu'à son "visage même".

 

Ainsi, après la fin de l'histoire défaillante, irrémédiablement subvertie, de l'intérieur, par la conspiration révolutionnaire antitraditionnelle ayant abouti à ses fins, et par le travail occulte des puissances invisibles à l’œuvre derrière sa face immédiatement saisissable, Joseph de Maistre annonçait-il donc l'avènement d'un au-delà de l'histoire, d'une histoire transcendantale devant faire suite à l'agonie actuelle de l'histoire de ce monde, un au-delà de l'histoire dont l’inconcevable visage nouveau, et tout autre, s'apprête à présent à émerger des gouffres ontologiques originels".

 

Certains des nôtres savent déjà - mais ne le savaient-ils pas depuis toujours - que le signe fondamental, que le signum magnum de ce changement abyssal de l'histoire de ce monde annoncé par Joseph de Maistre n'est autre que celui de la mise en chantier, à la fois historique et suprahistorique, de cet Imperium Ultimum, condition préliminaire de l'avènement du Regnum Sanctum, que des forces considérables s'utilisent à l'heure actuelle à en préparer les voies, révolutionnaires et impériales, dans le visible et dans l'invisible, dans l'espace intérieur secret de l'histoire où se passent les grandes décisions du destin.

 

Imperium Ultimum que l'on pourra désormais identifier dans le projet révolutionnaire impérial grand-continental et planétaire d'un certain gaullisme transcendantal, occulte, se maintenant très à dessein encore dans l'ombre, le projet de ce que nous autres nous appelons du nom de l'Empire Eurasitaique de la Fin. Un projet dont le "concept absolu" apparaît comme avoir été, et qui restera, jusqu'à la fin, la figure déjà suprahistorique de Charles de Gaulle, à la fois dans sa trajectoire politico-historique propre et dans les dimensions encore inconnues, nocturnes, de sa personnalité cachée et de son "grand dessein" secret, "grand dessein" impérial planétaire en appelant à sa vision mystique du Regnum Sanctum, en qui celui-là trouvera son accomplissement final, son affirmation suprême.

 

Ainsi, définir la notion de "concept absolu" dans l'histoire, c'est ce qui nous permettra d'entamer l'approche en profondeur du ministère révolutionnaire et impérial ultime de Charles de Gaulle, et de par cela même trouver le passage désormais incontournable vers le renouvellement fondamental de la géopolitique, voire de la "géopolitique transcendantale", qui seul peut nous assurer la disposition immédiatement opérationnelle des nouveaux espaces de réflexion en prise directe avec l'histoire mondiale dans ses états actuels, qui sont les états mêmes de sa crise conclusionelle décisive, abruptement située au bord de ses ultimes précipices intérieurs.

 

Tous comme cela s'est déjà vu avec Charles de Gaulle, et avec certains de ses contemporains qu'il ne devrait pas être interdit de nommer, à savoir Adolf Hitler et Joseph Staline, une personnalité accède à l'état de "concept absolu" à partir de l'instant où il lui est donné - demandé - d'incarner, à lui seul, exclusivement, la totalité du front des puissances mobilisées par le destin dans une direction historique, dans une convergence unitaire imprimant d'une manière irrévocable sa marque propre dans le cours de l'histoire en marche. L'état de "concept absolu" implique, fondamentalement, la dépersonnalisation définitive de celui qui se trouve y avoir accédé, son absorption assomptionnelle par ce dont il incarne le plus haut degré de sa représentation active, de concentration figurative à la fois au-dessus et au cœur même du courant historique qui le porte et dont il sera aussi appelé à être le témoin sacrificiel, le témoin prédestiné, le témoin indéfiniment fondationnel.

 

Cependant, ce n'est pas tout que de reconnaître, en Charles de Gaulle, le "concept absolu" du courant historique du gaullisme dans sa double identité, identité politico-historique visible et identité secrète, abyssale, suprahistorique. Aller au fond des choses.

 

On pourrait en effet croire que l'on dispose à l'heure actuelle de tous les éléments pouvant nous amener à une connaissance exhaustive de la personnalité, du cours de la vie privée, de la vie politique de Charles de Gaulle. Cependant, en tant que "concept absolu" de l'histoire - de la "grande histoire" - Charles de Gaulle reste encore un mystère, un mystère impénétrable et qui se refusera jusqu'à la fin à toute tentative de déchiffrement non légitimée par une perspective initiatique et partisane, parce qu'il faut être soi-même secrètement reconnu, admis au sein du courant pour espérer pouvoir trouver, retrouver face à l'autre Charles de Gaulle, face à son identité occulte et nocturne, prohibée, hors d'atteinte, appartenant à l'autre côté de l'histoire, à son côté abyssale suprahistorique. Or cette démarche est loin d'être à la portée de tous. Car il s'agit d'une démarche essentiellement initiatique, probatoire, "au bord de l'abime". suite : Charles de Gaulle, l'homme à contre-courant

 

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08/12/2014

La multipolarité n'est pas le multilatéralisme (Alexandre Douguine)

 

Alexandre Douguine, Pour une théorie du monde multipolaire, Chap. 1 La multipolarité - définition des concepts utilisés, La multipolarité n'est pas le multilatéralisme, pp. 17-18, aux éditions Ars Magna

 

Un autre modèle de l'ordre mondial, quelque peu éloigné de l'hégémonie états-unienne directe, est celui d'un monde multilatéral (multilatéralisme). Ce concept est très répandu au sein du Parti démocrate états-unien, et, est officiellement conforme à la politique étrangère de l'administration du président Obama. Dans le cadre de débats de politique étrangère états-unienne, cette approche est opposé à l'unipolarité, qui a la préférence des néo-conservateurs.

 

Dans la pratique, le multilatéralisme signifie que les États-Unis ne devraient pas intervenir dans le domaine des relations internationales, que ce soit en impliquant uniquement leurs propres forces, ou bien en donnant mandat à ses alliés et "vassaux" pour se mettre en première ligne. Au contraire, Washington devrait plutôt prendre ne compte la position des autres parties, être capable de les convaincre et débattre leurs solutions dans le cadre d'un dialogue avec eux, et les amener à son côté au moyen d'arguments rationnels et, parfois, sur des propositions de compromis.

 

Dans une telle situation, les États-Unis devraient jouer le rôle de "premier parmi les pairs", plutôt que celui de "dictateur parmi les subordonnés". Cela imposerait à la politique étrangères états-unienne certaine obligations envers leurs alliés dans les politiques mondiales et exigerait le respect d'une stratégie globale. Cette stratégie globale dans ce cas serait la stratégie de l'Occident pour établir la démocratie mondiale, le marché global et la diffusion de l'idéologie des droits de l'homme à l'échelle mondiale. Mais dans ce processus, les États-Unis, qui occupent la position de leader, ne devraient pas assimiler directement leurs intérêts nationaux avec les valeurs "universelles" de la civilisation occidentale, au nom de laquelle ils agissent.

 

Dans certains cas, il serait préférable de constituer une coalition, et parfois même de faire des concessions à ses partenaires.

 

Le multilatéralisme diffère de l'unipolarité du fait de l'accent mis sur l'Occident au sens large, et aussi sur la question des "valeurs" (ou des "normes"). Parmi les apologistes du multilatéralisme se regroupent ceux qui préconisent un monde non-polaire. La seule différence entre le multilatéralisme et non polarité tient seulement au fait, que le multilatéralisme met en relief une coordination des pays démocratiques occidentaux entre eux, alors que la non polarité inclut également les acteurs non-étatiques dans cette concertation - ONG, réseaux, mouvements sociaux, etc.

 

Il est significatif qu'en pratique, la politique du multilatéralisme d'Obama, exprimée à maintes reprises par lui, et par la secrétaire d’États états-unienne Hillary Clinton, n'est pas très différente de l'époque de l'impérialisme directe et transparent de George W. Bush, au cours de laquelle dominaient les néo-conservateurs. Les interventions militaires états-uniennes ont continué (Libye) et la présence des troupes états-uniennes en Irak occupé et en Afghanistan a été maintenue.

 

Le monde multipolaire ne s'accorde pas avec l'ordre mondial multilatéral, car il s'oppose à l'idée de l'universalisme des valeurs occidentales et ne reconnait pas la légitimité du "Nord riche" à agir au nom de toute l'humanité, que ce soit individuellement ou collectivement. Il ne reconnaît pas non plus sa prétention à intervenir comme seul centre de prise de décision sur les questions les plus importantes de politique mondiale.

 

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 The Fourth Political Theory: beyond left and right but against the center