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13/01/2020

L'essence du nihilisme (Dominique Venner)

Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens (30000 ans d'identité), L'essence du nihilisme, pp. 16-18, aux éditions du Rocher

 

La domination universelle du nihilisme fait qu'un Européen conscient de sa tradition – un traditionaliste donc – se retrouvera des points d'accord et de complicité avec des Chinois, des Hindous, des Africains qui pensent et vivent également selon leur tradition spécifique. En dépit de tout ce qui les différencie, ils ont en commun de ne pas croire aux illusions du Progrès.

 

Si la tradition fait bon ménage avec des progrès spécifiques, elle se gausse de la religion du progrès et de sa croyance en une amélioration constante de l'humanité par la raison, par la science et le « développement ». Ce en quoi elle rejoint les tendances les plus modernes. On a découvert par exemple que, si les Sioux et les Cheyennes d'autrefois n'avaient pas inventé le chemin de fer, ils possédaient par contre une sagesse leur commandant de ne pas saccager la nature ni de massacrer les bisons. De là, on peut induire que la sagesse se place plus haut dans l'ordre de la transcendance que les chemins de fer. Ce qui revient à dire que la spiritualité liée à la sagesse – autres mots pour la tradition – devrait inspirer les choix de la vie, de préférence à la logique matérialiste et provisoire des chemins de fer.

 

Si une telle réflexion est à prendre au sérieux, c'est qu'elle éclaire la fonction de la tradition, son rôle générateur qui est de donner du sens Politique, science, création artistique, et même religion, n'ont pas en elles leur finalité. Au sein de chaque culture, tant que règne l'harmonie, ces catégories prennent leur sens par rapport à la finalité supérieure de la tradition.

 

Le contraire de la tradition, n'est pas la « modernité », notion confuse et limitée, mais le nihilisme. Nietzsche définissait celui-ci comme la conséquence de la mort de Dieu, ce qui était restrictif. Il serait plus exact de parler de la disparition du sacré dans la nature, la vie, l'amour, le travail, l'action. Autrement dit la disparition du sens qui hiérarchise les valeurs de la vie, en plaçant ce qui est supérieur au-dessus de ce qui est inférieur.

 

Au mois de juillet 1914, peu avant que la guerre n'éclate entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie, l’empereur François-Joseph eut un geste qui donne à réfléchir. Le hasard avait voulu que la crise ait surpris le commandant en chef de l'armée serbe, le général Putnic, dans l'une des villes d'eaux de la Double monarchie. A la vielle d'un conflit avec la Serbie, l'occasion s'offrait d'une capture propre à désorganiser le dispositif ennemi. Aussi, quand le général Putnic fut rappelé par son gouvernement, les autorités austro-hongroises prirent sur elles de l'arrêter. Mais sur intervention personnelle de l'empereur, le généralissime serbe fut libéré et reconduit jusqu'à a frontière de son pays avec les honneurs dus à son rang.

 

François-Jospeh avait estimé qu'il y avait une valeur supérieure à l'utilité. Préserver l'esprit de chevalerie, l'esprit même de l'Europe, était la priorité. Dans son choix, il avait soumis inférieure au supérieur. Il ne s'était pas laissé dominer par l'esprit du nihilisme.

 

Voulant peindre ce qu'il entendait par nihilisme, Dostoïevski imagina dans Crime et châtiment le personnage de Raskolnikov. Celui-ci se veut une sorte de surhomme nietzschéen. Il estime que les hommes d’exception ont tous les droits, jusqu'à celui de crime. « Si un jour, dit-il, Napoléon n'avait pas eu le courage de mitrailler une foule désarmée, nul n'aurait fait attention à lui et il serait demeuré inconnu. »

 

La grandeur napoléonienne commence donc par un crime que justifie une ambition démesurée. Le fait de tout subordonner à soi et d'ériger son ego en valeur suprême est en effet une manifestation du nihilisme, sans pour autant e dévoiler l'essence.

 

Jünger a suggéré que, pour se représenter le nihilisme, il faut moins penser à des poseurs de bombes ou à des jeunes activistes lecteurs de Nietzsche, qu'à des hauts fonctionnaires glacés, des savants ou des financier dans l'exercice de leur fonction. Le nihilisme n'est rien d'autre en effet que l'univers mental requis par leur état, celui de la rationalité et de l'efficacité comme valeurs suprêmes. Dans le meilleur des cas, il se manifeste par la volonté de puissance et, le plus souvent, par la plus sordide trivialité. Dans le monde du nihilisme, tout est soumis à l'utilitaire et au désir, autrement dit à ce qui est, qualitativement, inférieur. Le monde du nihilisme est celui qui nous a été fabriqué. C'est l'amour travesti en consommation sexuelle, les mystères de la personnalité expliqués par la libido, et ceux de la société élucidés par la lutte des classes, l'éducation ravalée en fabrique de spécialistes, l'enflure morbide de l'information substituée à la connaissance la politique rétrogradée en auxiliaire de l'économie, le bonheur ramené à l'idée qu'en donne le tourisme de masse, et, quand les choses tournent mal, la glissade sans frein vers la violence. Ce paysage est cependant parsemé de nombreux îlots préservés – y compris, bien entendu, chez des hauts fonctionnaires, des savants et des financiers, prouvant la perpétuelle aptitude à renaître de la tradition.

 

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12/01/2020

Iran, ira pas

 

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A nos amis occidentalistes ; Ni Téhéran, ni Washington



« Ce qui revient à exiger la double mobilisation des nôtres, d'une part, pour en finir, par tous les moyens, avec la mainmise subversive de la social-démocratie et de ses conspirations partout à l’œuvre, partout au pouvoir en Europe et, d'autre part pour parvenir à une implantation révolutionnaire décisive dans la conscience collective européenne d'une représentation suractivée de la nécessité absolue et immédiate, de l'intégration grand-continentale, dont la première phase opérationnelle devra être celle de la mise en piste politique de l'axe Paris-Berlin-Moscou. La bataille finale pour la libération de l'Europe, sera donc une bataille qui va devoir se porter en termes de conscience, la bataille pour sa prise de conscience finale d'elle-même et de sa grande prédestination polaire des origines.

 

Ainsi la double épreuve qui est celle du démantèlement en force de la mainmise de la social-démocratie sur l'ensemble de l'actuel pouvoir politique européen, en même temps que celle de l'accession de l'Europe dans son entier à la conscience révolutionnaire de sa propre unité pré-ontologique, de sa prédestination impériale eurasiatique, constitue-t-elle la ligne de passage même de l'Europe actuellement en état de non-être à l'Europe à nouveau capable de maîtriser révolutionnairement ses destinées politico-historique propres, consciente à nouveau de sa mission suprahistorique finale.

 

L'histoire cependant, ne fait jamais des cadeaux, tous les objectifs appartenant à la définition active des grandes prédestinations politico-historiques à accomplir doivent être emportés, toujours, de haute lutte, tragiquement, héroïquement. Telle apparaît donc comme étant la tâche de notre génération, la génération vouée à la mission révolutionnaire décisive du salut et de libération de la plus Grande Europe de son actuel assujettissement à la conspiration mondialiste régie par la « Superpuissance Planétaire des États-Unis ». » Jean Parvulesco, La confirmation boréale, La Stratégie contre-mondialiste de l'Axe Paris-Berlin-Moscou, En finir avec la mainmise de la social-démocratie, pp. 304-305, aux éditions Alexipharmaque

 

Les excès tiersmondistes et anti-occidentaux de la Dissidence, en germe dans la Nouvelle Droite, et qui ont fini par exaspérer les bonnes volontés, ne doit pas vous faire perdre de vue que les États-Unis, comme l'Iran, supportent leurs propres intérêts et que, sur le terrain de la géopolitique mondiale, nous n'avons pas d'amis.

 

La parenthèse Trump, qui se refermera, ne permet pas de, tout à coup, remettre en question le combat fondamental qu'ont mené le « camp national » et les « non-alignés » contre la mainmise des États-Unis sur l'Europe et contre l'américanisation de notre société qui a créée les hybrides que nous connaissons.

 

La fin de la Guerre Froide et d'une menace soviétique immédiate n'a pas libéré l'Europe du joug atlantiste qui pouvait alors se justifier et l'Union Européenne, administrée par les globalistes sous influence étasunienne, enserre toujours l'Europe.

 

L'Iran, carrefour eurasiatique, est une cible géostratégique majeure des États-Unis et subit ce même encerclement globaliste, certes d'une manière plus directe. Notre relation aux États-Unis ; entre le vieux continent et le nouveau monde, ne permet pas aux globalistes de nous soumettre frontalement (bien qu'ils ne se cachent pas réellement et que la notion de complot est superflue pour parler de cette subversion en plein jour), alors que l'Iran n'a pas ce lien civilisationnel avec les États-Unis, et par extension l'Occident, avec qui l'Iran a un rapport conflictuel et contre qui l'Iran nourrit une opposition formelle au-delà de ses frontières. La propagande des mollahs repose pour bonne partie sur cet antagonisme qui s'exprime à un niveau d'ordre métaphysique. « Opposition » qui n'est pas infondée du point de vue iranien et qu'un européen peut entrevoir. Sans doute cette situation n'explique pas tous les problèmes de développement de l'Iran et ne fait pas de l'Iran notre allié absolu, sans faire des États-Unis nos amis éternels pour autant.

 

Nous ne reprochons pas aux États-Unis d'être ce qu'ils sont et d'agir pour leurs intérêts qui, si nous parlons d'Occident, peuvent converger avec les intérêts européens en matière de défense du Monde blanc. C'est une évidence. Mais nous ne confondons pas Europe, Occident, États-Unis et Monde blanc. Pas plus que nous ne croyons à la thèse d'une « civilisation judéo-chrétienne » nous ne croyons à la notion de « civilisation occidentale » qui sont des synonymes conceptuels que certains « nationaux-libéraux » aimeraient pouvoir opposer sans fin. Définition de notre civilisation qui, dans les deux cas, est une position néo-conservatrice qui entretient le statu-quo.

 

Notre vision du monde pour l'Europe est européenne. Au concept de « civilisation judéo-chrétienne » nous opposons la définition de « civilisation pagano-chrétienne », et à celui de « civilisation occidentale » celle de « civilisation européenne ». Nous parlerons donc simplement, et en ce qui nous concerne, de « civilisation européenne » pour définir notre civilisation et notre espace civilisationnel. Une « civilisation européenne » : « grand continentale », « boréale » et « eurasiatique ». Encore une fois, cette courte définition et le sens que nous lui donnons est propre à notre idée d' « eurasisme européen », que Robert Steuckers préfère définir d' « européisme fondamental ».

 

Les États-Unis, et nous respectons leur point de vue, se sont émancipés du vieux continent et, de fait, se sont détachés de la vision continentale ; tellurique, du monde, pour former une civilisation autre,  avec ses qualités et ses défauts. Nous n'oublions pas que les américains sont, avant-tout, des européens. Ça paraît bête à dire, mais beaucoup de « dissidents » ont parfois l'air de l'ignorer. L'esprit de conquête ; prométhéen, des américains n'est pas incompatible avec l'esprit européen, il est un héritage européen. La mentalité thalassocratique ; « atlantiste », fait également partie de l'esprit européen. Ce que les russes ont parfois du mal à comprendre et que nous devons nous-mêmes nous rappeler.

 

Il y a – comment l'exprimer simplement ? – un « arc occidental » qui fut allié contre le nazisme et le communisme, et il y a un « axe occidental » qui avait une vision européenne de l'Occident et du Monde blanc qui fut combattu par cet arc. La notion d' « alliés », est une notion qui nous a trahi par le passé. La politique hégémonique des États-Unis n'a pas été bouleversée par le trumpisme au point d'être enluminée par l'idée qu'une nouvelle alliance occidentale contre le reste du monde qui serait un « nouvel axe » soit possible. Nous sommes prit en étaux par la Chine et les États-Unis qui ne supportent pas l'idée d'une Troisième voie pour l'Europe.

 

Il faut aussi rappeler qu'une tradition diplomatique existe entre L'Iran et la France ; que ça n'est pas rien. Pour l'anecdote, la France possédait un marché automobile en Iran. Les États-Unis ont fait pression sur la France pour qu'elle arrête de vendre ces véhicules à l'Iran. La France s'est retirée du marché et les États-Unis se sont mis à vendre des véhicules à l'Iran, entre autres preuves d'amitiés occidentales...

 

La défense du Monde blanc passe précisément par une critique de la politique internationale des États-Unis, et une certaine méfiance envers cet allié s'impose. Que nos amis occidentalistes ne fassent pas de la reconnaissance de l'Occident et de la parenthèse Trump un aveuglement sur l'esprit globaliste des États-Unis et de son lobbyisme contre les intérêts européens. Par contre, au même titre que notre idée d'eurasisme européen avait comme vocation première d'instaurer un dialogue métapolitique avec les avants-gardes russes en matière de pensée non-conformiste, dans l'idée de nourrir la Dissidence d'autre chose que le complotisme et le souverainisme, vous pouvez tout-à-fait développer un « occidentalisme européen » pour dialoguer sainement avec les avants-gardes étasuniennes.

 

Nous ne reprochons pas au « communautarisme blanc » le bon sens et la simplicité de son message, mais être nuancé sur les États-Unis et la notion d'Occident n'est pas dénué de sens ou de l’intellectualisme inutile.

 

Encerclement de l'Iran ; dernière étape d'un Grand Plan ou premier chapitre d'une Nouvelle Diplomatie ?

 

Ce que nous observons n'est pas un mouvement géostratégique inattendu, un n'importe quoi du magnat Trump, ou une lubie juive.

 

Nous éviterons les basses spéculations sur des motivations particulières du président Trump qui, selon nous, sont délirantes, et n'expliqueraient pas ces actes de guerre spectaculaires et surmédiatisés des deux côtés du conflit. Chacun y va de sa propagande : c'est de bonne guerre !

 

Nous pensons que le gouvernement Trump n'avait pas le choix d'une riposte. Un président américain hérite d'une vision géopolitique et stratégique à long terme, ce qu'on appel finalement « état profond », c'est cette continuité dans les affaires et cette vision géostratégique à long terme qui manquent à l'Europe. Cela dit, l'Iran est légitime au Moyen-Orient, c'est une lapalissade, mais, apparemment, cette simple idée territoriale échappe à nos amis occidentalistes. L'encerclement de l'Iran par les États-Unis est une réalité géopolitique, de l'ordre de l'affrontement militaire, qu'il faut appréhender, et qui explique, aussi, l'actuel incident entre l'Iran et les États-Unis.

 

La montée en puissance de ce conflit, quasi séculaire, entre l'Iran et les États-Unis (le monde anglo-saxon), n'est pas quelque chose d'étonnant et qui, même si cela n'ira pas jusqu'à une guerre mondiale, continuera de gonfler si des accords souverains sur le nucléaire iranien ne sont pas pris, et si Israël continue de mener une « guerre de l'eau » perfide à l'Iran...

 

Est-ce que l'assassinat du Général Soleimani est une sanction, une menace, une vengeance ou autre chose ?

 

Nous pensons que c'est une sécurité ; une assurance, avant un désengagement militaire des États-Unis du « croissant chiite ». Un désengagement militaire est un terrain fertile à de nouveaux conflits et de nouvelles alliances qui sont autant de règlements de compte que de prises de pouvoir locales, Kirkouk en est l'exemple ; il faut assurer ses arrières et l'avenir de ses agents dans la région. Il faut des garanties ; le genre de garanties qui ne se demandent pas, qui se prennent. Même les États-Unis le voudraient-ils qu'ils ne pourraient pas sortir du jeu, pour le moins récupérer des actifs, comme ils le veulent et sans écarter, ne serait-ce que momentanément, certaines menaces sérieuses et immédiates, faites de vieilles rancunes et d'une colère souvent légitime si l'on reconnaît la volonté des peuples à disposer d'eux-même. Le Général Soleimani, gardien de la révolution, est une figure symbolique de ces vieilles rancunes et, du point de vue des États-Unis, d'un « terrorisme opératif ».

 

Ce « désengagement » n'est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle. Cela peut indiquer que l'Iran est totalement encerclé du point de vue étasunien, que les États-Unis veulent marqué le coup, le signifier. La (véritable) riposte de l'Iran sera « froide », autrement dit « terroriste », Trump a donner un droit de riposte terroriste à l'Iran contre des cibles qui, à rebours et à rebond, pourraient tout-à-fait être des ennemis objectifs de sa politique – et de ses tentatives de diplomatie multipolaire avec ceux qui ne sont plus des ennemis, mais qui sont désormais des adversaires, à l'image de la Russie de Vladimir poutine, ce qui ne lui sera jamais pardonné, notamment par les néo-conservateurs, à cause de cette continuité dont nous parlions...

 

Dans cette perspective, nous ne croyons pas qu'il soit dans l’intérêt d'Israël d'être impliqué dans cet « assassinat », auquel cas Israël se serait fait piégé. En effet, le désengagement des États-Unis du proche et moyen Orient isolerait Israël. Israël qui n'a pas intérêt à ce désengagement, mais qui, pragmatique, le prépare certainement et ne souhaite pas attirer les foudres de l'Iran et du monde arabe plus que de raison.

 

C'est plus d'un demi siècle de déploiement militaire et industriel sur l'échiquier mondial des puissances en compétition qui attend une résolution, le projet d'une hyperpuissance qui aboutit et qui sera un jour en face d'une autre hyperpuissance, qui arrive au bout de sa logique. De sa logique, et des limites d'une pyramide de Ponzi planétaire. Une hyperpuissance qui, malgré l'échec syrien, continue sa fuite en avant. C'est un agenda qui va seul.

 

Les États-Unis et ses alliés atlantistes veulent, dans cet élan de désengagement et de redéploiement, modérer l'Iran encerclé et tenir à distance la Russie avant de prendre le contrôle définitif de la Nouvelle route de la soie, se projeter totalement dans le Pacifique ; par ce qui apparaîtra comme un « désengagement paradoxal », et affronter leur véritable ennemi : la Chine, avant qu'elle n'atteigne ce rang d'hyperpuissance. Le dénouement est donc proche, comme l'Orient.

 

L'encerclement de L'Iran, c'est aussi la maîtrise du détroit d'Ormuz, clef de l'économie chinoise. C'est pour cela que le désengagement des États-Unis, qui a suffisamment de bases militaires dans la région (Turquie et autres), doit passer par une certaine entende avec l'Iran. L'Iran doit reconnaître cette défaite et changer de diplomatie à l'encontre des États-Unis vers un dialogue multipolaire, que la Russie peut accompagner. Nous ne savons pas si l'Iran joue la carte de la Chine, honnêtement les relations de l'Iran et de la Chine nous échappent encore... En vérité, l'Iran a les cartes en main. Et devrait miser sur une réélection de Trump.

 

Les intérêts des va-t-en-guerre du monde entier, les influences « atlanto-sionistes » sur les états-profonds du monde occidental, qui animent les événements et réalisent les prophéties ; qui pensent posséder ce pouvoir accélérationniste et eschatologique sur le destin des peuples, suffisent à expliquer cette situation de casus belli à la veille d'une crise financière. Mais une autre élite est possible.

 

Dans cette équation, et dans les commentaires que nous lisons, sont oubliées deux choses : la Russie et la voie multipolaire.

 

En effet, nous ne doutons pas que le président Vladimir Poutine et sa diplomatie vont œuvrer pour éviter une guerre. Une guerre qui, finalement, épuiserait les États-Unis et la Russie au profit de la Chine. Vladimir Poutine arrive à la fin de son dernier mandat (non-renouvelable) en tant que président, ce qui va probablement créer une crise politique en Russie mais qui doit motiver la Russie de Vladimir Poutine de sortir par le haut et d'organiser la paix. D'organiser la paix en préparant une guerre où elle (re)devient l'alliée d'une Europe qui se cherche, et se rapproche des États-Unis qui, sous le gouvernement Trump, essayent de changer d'esprit diplomatique, par des « compromis orientaux »... Une guerre ; une démonstration de force, qui pourrait se limiter à une adversité économique et techno-scientifique, une guerre économique qui peut indiquer au « monde blanc » la voie multipolaire contre le monde multilatéral des globalistes et des souverainistes.

 

L'accès aux ressources et le contrôle des voies commerciales peut se régler par une paix multipolaire sans passer par cette guerre multilatérale et globale de haute intensité que nous redoutons.

 

L'Iran se vengera sans doute ; peut-être sous fausse bannière, ou peut-être pas, mais il faudra alors que le sacrifice du général Soleimani ait un sens : celui du développement de l'Iran. Ça n'est pas de la tiédeur, mais il faut être neutre sur cette actualité qui n'en est pas une, mesuré sur l'Iran qui a donné des gages à l'occident contre le terrorisme takfiriste, et juste envers la réaction américaine contextuelle.

 

Nous pensons qu'il soit possible que l'Iran ait « lâché » Soleimani qui était peut-être devenu « incontrôlable ». Le fait que l'Iran en fasse un martyr pour nourrir sa propagande n'empêche pas que, derrière l'assassinat de Soleimani, se cache peut-être des manœuvres d'accord de paix à moyen long terme entre l'Iran et les États-Unis. En outre, l'exécution de Soleimani rapproche le peuple des mollahs, en effet, l'Iran traversait une crise sociale qui s'exprimait par des manifestations contre le régime, ce que les mollahs supportent assez mal. Trump a (temporairement ; et certainement malgré lui ?) réglé le problème des mollahs et, d'une certaine manière, stabilisée la société iranienne en proie à une révolution colorée.

 

Il faut tout de même comprendre que les iraniens ont accomplit une révolution contre l'esprit postmoderniste avant tout autre entité conservatrice, nous n'avons pas la supériorité morale de ceux qui veulent partout instaurer la démocratie et les droits de l'Homme pour juger de cela, et nous combattons également, avec notre logiciel européen, cet esprit post-moderniste et nihiliste. Certes notre logiciel et celui de l'Iran sont différents, mais la pulsion révolutionnaire et conservatrice est la même. Certes le projet « archéo-futuriste » de la révolution iranienne a visiblement échoué, mais c'est au peuple iranien d'en décider. De décider des termes de son échec et de sa renaissance. Nous en sommes là.

 

Parenthèse métapolitique et synthèse initiatique d'une révolution inachevée

 

D'une certaine façon et malgré tout, cet acte marque la fin du « moment populiste » et ouvre la voie à une nouvelle forme métapolitique, une nouvelle forme de diplomatie. Trump a été aussi loin qu'il le pouvait vers la multipolarité. L'Europe et ses avants-gardes n'ont pas réellement répondu à Trump, pas plus qu'ils n'ont répondu à Poutine.

 

La question n'est pas de savoir si il y aura une guerre mondiale ou pas, et qu'est-ce qui la déclenchera. Nous sommes toujours plus ou moins en guerre quelque part quelque soit la forme de cette guerre que nous pourrions presque qualifier de « compétition permanente » à ce niveau d'évolution de l'humanité. La question est de savoir : quelle diplomatie pour l'Europe après Westphalie ? « Diplomatie » veut dire vision du monde et rapport à l'autre, dont le rapport des européens entre eux en premier lieu, le rapport de l'Europe aux États-Unis, et, surtout, le rapport des États-Unis à l'Europe, qui n'est pas clair, pas assez pour que l'on puisse parler d'Occident. Le rapport de la Russie à l'Europe est beaucoup plus clair, et permet une approche « eurasiatique » de l'Europe, en tout cas, permet un dialogue métapolitique entre l'Europe et la Russie.

 

Les réseaux francophones de l'internationale antisioniste (dont le Hezbollah reste l'avant-garde sur le terrain de la lutte armée mais dont un certain esprit européen reste l'avant-garde « spéculative »), avant d'être repris-en-main par les dissidences vocifératrices, avaient vocation de prévenir cette situation, de la comprendre, de l'expliquer, de l'anticiper. De nous faire comprendre certains enjeux géopolitiques continentaux, entre schismes islamiques et claniques des orients très compliqués ; proches et lointains, orthodoxes et musulmans, des côtes du Donbass aux confins de l'Inde éternelle, en passant par les monts brumeux de l’Azerbaïdjan et l'épicentre orthodoxe du monastère de Valaam, pour nous diriger vers la voie continentale ; et une vision multipolaire de l'organisation mondiale contre le globalisme étasunien. D'instaurer un nouveau Verbatim allié-ennemi pour augmenter notre opposition radicale à tous les « mondes diplomatiques ». Une opposition qui, précisément, n'arrive pas à nommer l' « ennemi », mais aussi pour motiver nos prises de positions vers un « dialogue multipolaire » et nommer ce dialogue, sous forme d'une doctrine politique continentale ; pour la renaissance et la pérennité de la plus Grande Europe de Jean Parvulesco et de Jean Thiriart, pour le retour de l'Europe dans le Grand Jeu.

 

Mais ces « réseaux francophones » passés d'abord au crible des ligues communistes, puis antifascistes, ensuite dissidentes, ont échoué dans leur mission et ont détruit la notion de « non-alignement » qui se traduisait, pour nous, par « Ni Moscou, Ni Washington » vers une Troisième voie européenne. Une Europe non-alignée ; souveraine, c'est l'imaginaire collectif qu'auront refusé de construire les souveraino-souverainistes et chauvino-mondialistes de nos milieux sur les bords en épuisant les ressorts antisémites (et, par là, un certain lien avec l'antisionisme politique des luttes armées) et anti-occidentaux (qui ont leurs fondements mais pas à ce niveau de caricature et d'ethnomasochisme), au détriment de cette Troisième voie, forcément et ultimement raciale.

 

Les « non-alignés » n'ont pas empêcher les dissidents européens d'aller au bout de leur quête identitaire et de construire une Europe forte ; c'était même le seul espoir pour eux de s'opposer « réellement » à la politique des États-Unis et de sortir de l'état de « résistance ». D'une « résistance » assez faible face aux moyens et intelligences étasuniennes et atlantistes sans une renaissance de l'Europe.

 

Le complotisme était bien la maladie infantile de l'eurasisme ; une maladie qui mène aussi bien à E&R qu'à Démocratie Participative. Le fascisme 2.0 ; « de pure frime », n'a pas de réponse aux questions civilisationnelles ; identitaires et existentielles, du 21ème siècle. La notion de « non-aligné » est morte comme l'idée d'une « internationale antisioniste » où serait ontologiquement cachée un « anarchisme solaire » ; il n'y a plus que la notion de « multipolarité » qui pourra être comprise et acceptée par les européens en proie à l'islamisation et l'africanisation.

 

« Compliqué de comprendre à quoi joue #Trump en ce moment. Soit il est complètement tenu par #Israël, soit il est débile, soit vraiment très malin ? Attendons... » Alain Soral, Twitter

 

La défense timide de l'Iran par les dissidences souverainistes et antisionistes, qui n'ont pas refusé les pistaches, démontrent l'inanité ; la lâcheté, du souverainisme politique et la pauvreté de cette métapolitique imposée à la Droite depuis des années. Et qui empêche finalement les nouvelles et jeunes droites identitaires révolutionnaires européennes de rejoindre cette idée de « résistance internationale » à l'atlantisme pour sauver l'Europe, l'Occident et le Monde Blanc de leurs turpitudes postmodernes : du nihilisme.

 

Les subversifs, les idiots et les utiles ont réussi à détourner le « mouvement antisioniste » ; non-aligné, de sa cause première qui n'est ni d'être un « orientalisme d'extrême-gauche » ni un « tiersmondisme d'extrême-droite » ni une « alliance égalitariste » ni un « front de la foi réconciliateur » mais se voulait un dialogue des luttes métapolitiques et armées pour se défaire mentalement et militairement de l'hégémonie globalisante et uniformisante du « Libéralisme triomphant », pour entrevoir un autre horizon que la fin de l'histoire.

 

Cette lutte pan-nationaliste de libération regarde les avants-gardes politiques des États-Unis et de l'Europe au même titre qu'elle regarde l'Iran ou encore la Russie, et elle est la seule « internationale » qui puisse exister, sans ingérence ou soumission d'une part et l'autre. C'est aux « dissidents » de chaque pays de respectivement imposer leur vision du monde à leur nation, quant à « l'appui extérieure », il réside en notre fort intérieur, et une fraternité d'esprit, nul part ailleurs. Le seul soutient extérieur qui sera acceptable, c'est celui qui se placera sous l'égide d'une doctrine ; d'un ordre, d'un socle philosophique et politique commun ; qui s'imposera d'elle-même, qui ne suppose aucune existence si elle ne s'impose pas dans les faits, par la pratique et l'expérience, si elle n'existe même pas au stade d'une littérature de combat fanatiquement prophétique, qui a le goût de la vie.

 

Nous vous renvoyons premièrement à une conférence de Robert Steuckers prononcée à l’Université de Gand, le 8 mars 2012 et à d'autres articles pour mieux comprendre l'empire. L’inquiétude des eurasistes se réalise dans les hébétudes des dissidences restées complotistes...

 

Nous vous proposons également d'écouter ce qu'Alexandre Douguine en dit dans un entretient donné à TV turc.

 

Il y a des Rubicon à ne pas franchir ; « savoir jusqu'où on peut aller trop loin » est une doctrine qui vaut pour les orientaux, et pour les occidentaux. Notre crise civilisationnelle ne justifie pas de balayer les longues mémoires et le souvenir des luttes d'un revers de la main, de briser tous liens culturels, diplomatiques, avec tout ce qui n'est pas blanc et occidental. Si l'Europe veut mourir qu'elle sache, poussière, où elle s'en retourne.

 

Que l'Occident sache ce qu'il doit à la civilisation européenne dont une part de mémoire et d'héritage ; de Tradition, est « orientale », et réside de l'Ouest à l'Est, du Sud au Nord, de l'Europe charnelle. Ainsi que le Monde blanc ; que nous pouvons considérer comme une entité supérieure, qui surplombe l'Europe et l'Occident, n'a pas plus ou moins d'ennemis et d'alliés à Téhéran qu'à Washington.

 

Ne sous-estimez pas l'Iran et le silence russe.

 

Nous espérons, s'il est question d' « espoir », que les États-Unis, qui ont une responsabilité envers l'Occident et le Monde blanc, savent jusqu'où ils peuvent aller trop loin.

 

Ou l'Iran sera le tombeau de l'Occident.

 

« Ainsi se fait-il que malgré l'état de l'actuelle mainmise inconditionnelle de la conspiration mondialiste sur l'ensemble des structures politiques de la social-démocratie, l'histoire, de par elle-même, avance en imposant de force sa propre spirale décisionnelle, ses propres changements de fond et ses propres formes de renouvellement par dessus les circonstances de fait et les desseins hégémoniques de l'impérialisme démocratique des États-Unis subversivement à l’œuvre à l'intérieur de l'espace de sa visée européenne permanente : mystérieusement, des choses se font, qui ne devraient pas se faire, des choses à la fois irrévocables et secrètement fondamentales. Comme si, sans cesse, l'histoire échappait de par elle-même à l'emprise de la subversion mondiale sur l'Europe naissante, à toutes les manigances dans l'ombre. On l'a vu, l'objectif ultime de la grande stratégie politique actuelle et à venir de la conspiration mondialiste est et sera celui d'empêcher par tous les moyens l'émergence impériale de la Grande Europe : malgré cela, de par le mouvement intérieur même de l'histoire est en marche, la plus Grande Europe ne cesse de progresser, inéluctablement. Et c'est du sein même du pouvoir social-démocrate européen que les initiatives concernant cette marche en avant de l'Europe, comme celle de Joschka Fischer, surgissent, alors que le pouvoir social-démocrate n'est là que pour empêcher l'affirmation, la mise en œuvre effective. L'étonnante performance européenne de Jacques Chirac, le 27 juin 2000, à Berlin, devant le Reichstag au grand complet, appartient au même genre d’opération inconsciemment imposée par la marche propre de l'histoire, de l'histoire qui suit les commandements de sa propre irrationalité dogmatique. Quoi qu'ils fassent, ce n'est que ce qui doit se faire qui se fera.

 

Car l'histoire qui se révèle dans ses choix propres sera toujours plus forte que l'histoire qui révèle les choix que l'on tente de lui imposer.

 

Des forces historiques irrationnelles combattent souterrainement, soutiennent notre propre combat pour la mise en piste de l'axe Paris-Berlin-Moscou. Les apparences objectives de la situation sont contre nous. Mais, à la fin, seules comptent les certitudes contre-objectives émanant de la marche même de l'histoire, la part abyssale. » Jean Parvulesco, La confirmation boréale, La Stratégie contre-mondialiste de l'Axe Paris-Berlin-Moscou, La Plus Grande Europe progresse. Inéluctablement, pp. 311-312, aux éditions Alexipharmaque

 


 

Vive l'Empire !

 

17/02/2019

Le chamanisme et la transe (Jean Clottes/David Lewis-William)

 

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Jean Clottes/David Lewis-William, Les chamanes de la préhistoire ; Transe et Magie dans les grottes ornées (Texte intégral, polémiques et réponses), Après Les Chamanes, polémique et réponses, 3. Une conception erronée du chamanisme ?, Le Chamanisme et la transe, pp. 194-198, La maison des roches éditeur, éditions Points, collection Histoire

 

Serait-il fautif de se référer à une conception globale du chamanisme ? Certains auteurs parlent effectivement de chamanismes, au pluriel, mais ils sont rares (Atkinson, 1991). Par là, ils préfèrent insister sur l'indiscutable diversité des manifestations sociologiques et culturelles dans des milieux divers plutôt que sur ce qui lie ces chamanismes entre eux, liens qu'ils ne nient pas. C'est l'histoire éternelle du vase à moitié vide ou à moitié plein, selon le point de vue. S'il ne s'agissait pas à la base d'un phénomène universel, on n'emploierait plus depuis longtemps le même terme, qui fit récemment le titre d'un "Que sais-je ?" (Perrin, 1995). Or, les ethnologues modernes l'utilisent toujours, non seulement pour les peuples sibériens pour lesquels il fut créé (Hamayon, 1990), mais également pour ceux de l'arctique (Robert-Lamblin, 1996, 1997), des Amériques (Chaumeil, 1999), du sud de l'Afrique ou encore de l'Asie (Walsh, 1989) et ils reconnaissent à la fois "sa déconcertante diversité et paradoxalement l'impression de profonde unité de ce phénomène plusieurs fois millénaire" (Vazeilles, 1991, p.71).

 

" Le mot chamanisme désigne des phénomènes de même type dans toutes les régions du monde" (Hultkranz, 1995, p.166). Selon Vitebsky (1995, p.46), les ressemblances frappantes entre le chamanisme sud-américain et celui de la Sibérie "apportent peut-être la meilleure preuve de la constance fondamentale des idées chamaniques dans une immense variété d’environnements, de structures sociales et de périodes historiques". Certes, "les croyances chamaniques ne constituent pas une religion ou un système doctrinal unique", toutefois "partout dans le monde, les traditions chamaniques approchent la réalité et l'expérience humaine de manières similaires" (Vitebsky, 1997, p.34 ; la même idée exprimée chez Walsh, 1989, p.4). C'est cette globalité qui permet d'envisager, après bien d'autres, que les concepts et attitudes du chamanisme aient pu avoir une origine extrêmement ancienne et remonter au Paléolithique.

 

Dans la définition que nous en avons donnée, nous avons insisté sans ambiguïté sur la complexité de ce concept, de ses rites et de ses pratiques : "Il faut noter que le chamanisme est en soi un système de croyances à composantes multiples. il comprend des techniques de guérison, le contrôle des animaux, des rites pour influer sur les éléments, des prophéties, des recherches de visions, des pratique de sorcellerie, des voyages extra-corporels et autres activités. Chacune possède ses rituels, symboles et mythes appropriés. A certaines périodes du Paléolithique supérieur, une ou plusieurs de ses composantes ont pu prédominer, tandis qu'à d'autres moments les chamanes se focalisaient sur des activités différentes" (cf. supra, p.131-132 ; cf. aussi 1997a, p.31-32).

 

Quant à la notion de "cosmos étagé", que Roberte Hamayon conteste chez les chasseurs-collecteurs, elle existe bien, y compris pour des sociétés de ce type, puisque la phrase incriminée s'appliquait explicitement aux San, pour lesquels les témoignages probants sont connus. Pour le reste, nous avons dit que "dans le monde entier, le cosmos chamanique est généralement étagé", et nous en avons donné quelques exemples. Nous avons également émis l'hypothèse que cette structure, que l'on retrouve partout - et pas seulement dans les sociétés à religion chamanique -, puisse provenir des réactions du système nerveux humain lors des états de conscience altérée. Postérieurement à la parution de notre livre, un spécialiste du chamanisme, Pietr Vitebsky (1997, p.34), a donné les précisions suivantes : "Les voyages de l'âme des chamanes ont lieu, pense-t-on, dans un cosmos étagé où la terre est au centre de divers mondes supérieurs et inférieurs." Qui qu'il en soit, et que ces mondes divers, que personne ne conteste, aient été superposés, parallèles ou juxtaposés pour les gens du Paléolithique supérieur, cela ne changerait rien à notre argument de base, à savoir que le monde souterrain était très vraisemblablement perçu comme l'un d'eux.

 

Beaucoup plus grave serait notre assimilation supposée du chamanisme à la transe, avec laquelle, selon R. Hamayon, il "n'a rien à voir". Ces deux propositions, sont, par exagération, aussi erronée l'une que l'autre. Notre définition, citée ci-dessus, est suffisante pour montrer que cette lecture de notre livre est abusive et caricaturale. Quant au chamanisme, il ne se réduit certainement pas à la transe, mais celle-ci est à la base de ses traditions et elle y joue un rôle primordial.

 

D'autres ethnologues contemporains, sans aller jusqu'à invoquer Mircea Eliade et ses successeurs, insistent toujours, et pour cause, sur l'importance des états de conscience altérée. Ainsi, pour Vitebsky (1995, p.64), la transe est-elle l' "essentiel de l'activité chamanique dans le monde". "Le chamanisme est surtout caractérisé par le voyage du chamane à la poursuite des Esprits dans un autre monde. (...) Le chamane agit par le moyen d'une transe, ou du moins d'un état de conscience altéré" (Vazeilles, 1991, p.10 ; cf. aussi Hultkranz, 1995). Les chamanes du Groenland connaissaient des transes de divers sortes (Robert-Lamblin, 1997, p.285). De nos jours, "l'un des traits saillants du chamanisme amazonien tient dans l'utilisation d'un large éventail de plantes hallucinogènes" pour induire la transe (Chaumeil, 1999, p.43).

 

Remarquons que dans ce dernier article, paru après notre ouvrage, la description des visons ainsi causées est très voisine du "modèle" de Lewis-William et Dowson (1998), repris dans notre travail. "Il convient de distinguer entre deux catégories de visions, distinction qui apparaît d'ailleurs clairement dans les récits chamaniques. L'une - d'origine neuropsychologique - consiste en sensations lumineuses (chandelles ardentes, étincelles, etc) aux motifs géométriques et non figuratifs, désignées techniquement sous le nom de phosphènes. Ce type de dessins géométriques  joue par exemple un rôle très important dans le chamanisme des Indiens Shipibo d'Amazonie péruvienne. (...). L'autre catégorie de visions hallucinogènes consiste en images figuratives" (Chaumeil, 1999, p.45).

 

Bien entendu, les chamanes des sociétés traditionnelles, pas plus que les mystiques qui se livrent au jeune et à la macération, n'ont conscience qu'ils cherchent "à altérer leur états de conscience" (Hamayon 1997, p.66), puisqu'ils sont persuadés qu'ils rentrent ainsi en contact avec un autre monde. pourtant, c'est bien ce qu'ils font (Lemaire, 1993). Quant à ceux qui jouent un rôle et font semblant d'être en transe, leur existence ne saurait être niée, mais cela n'enlève rien à la réalité du phénomène. Si, dans notre société, certains prétendent être amoureux alors que ça n'est pas vrai, cela n'implique nullement que le véritable amour n'existe pas.

 

Quant à la remarque de R. Hamayon sur le refus supposé des "neurologues sérieux" d'étudier ce type de phénomènes, elle est très curieuse. Les phénomènes de visions recherchées ou accidentelles, c'est-à-dire la transe, sont attestés à toutes les époques et dans toutes les cultures. Ce qui différencie le chamanisme des autres religions, c'est qu'il les instrumentalise eten fait la base des "voyages" vers les autres mondes. La recherche de ces processus est donc loin de relever du truisme. Les états de conscience altéré ont fait l'objet d'innombrables travaux et publications dans divers pays (cf. récemment en France, Lemaire, 1993 ; cf. bibliographie in Lewis-William et Dowson, 1988). Il paraît difficile de croire que tous ceux qui en ont traité ne sont pas sérieux, et que, pour l'être, il faudrait se refuser à étudier un phénomène, quel qu'il soit, en vertu d'idées préconçues : un tel refus n'aurait évidemment rien de scientifique.

 

R. Hamayon, citant Atkinson (1992), nous accuse de voir le chamanisme à travers la transe, ce qui serait "comme analyser le mariage seulement en tant que fonction biologique de reproduction". ce n'est pas ce que nous avons fait, mais, tout de même, la comparaison est excellente, car elle insiste sur un aspect majeur, à proprement parler fondamental. Le chamanisme n'est pas que la transe (cf. supra), mais celle-ci y joue un très grand rôle, de même que le mariage n'est pas que la fonction sexuelle, bien que cette dernière soit à la base de l'institution qui, sans elle, n'existerait pas.