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19/12/2014

Une actualité en armes (Jean Parvulesco)

 

Jean Parvulesco, La confirmation boréale, Sur le grand tournant actuel du gaullisme, Une actualité en armes, pp. 256-258, aux éditions Alexipharmaque 

 

« Moi je dis qu'il faut faire l'Europe avec pour base un accord entre Français et Allemands. Une fois l'Europe faite sur ces bases, alors, on pourra se tourner vers la Russie. Alors, on pourra essayer , une bonne fois pour toutes, de faire l'Europe tout entière avec la Russie aussi, dut-elle changer son régime. Voilà le programme des vrais Européens. Voilà le mien. » En prenant ces positions tout à fait claires, et définitives, lors d'une conférence de presse en 1949, le Général de Gaulle avait, d'avance, tout dit : l'extrême actualité de son discours le prouve encore, cinquante ans après. Pour la première fois, la Russie y apparait comme un élément fondamental de l'Europe de l'après-guerre, de l'Europe grand-continentale,  « eurasiatique ». Or il est absolument évident que, à l'heure présente, c'est bien la Russie qui propose et engage l'alternative finale à la mise en place de la plus Grande Europe, en train d'être révolutionnairement mobilisée sur l'axe transcontinental Paris-Berlin-Moscou.

 

Exprimée, par Jacques Chirac, fin août 2002, lors de la conférence des ambassadeurs de France à Paris, la décision de se saisir du 40ème anniversaire - en janvier 2003 - du « Traité de l’Élysée » de Gaulle-Adenauer pour mettre en place un Pacte Refondateur franco-allemand et une relance en force de l'Europe grand-continentale incluant, fondamentalement, la participation de la Russie, participation dont Jacques Chirac avait renouvelé les bases lors de son voyage, en juillet 2002, en Crimée, pour y rencontrer Vladimir Poutine, fait que, à partir de maintenant, l'Europe grand-continentale est, en principe, déjà, chose faite : nous venons de gagner la partie. Même si on ne le sait pas encore, le processus de la mise en œuvre de la plus Grande Europe continentale se trouve, à l'heure actuelle, irrévocablement enclenché.

 

Ainsi, cinquante ans après la déclaration du Général de Gaulle concernant l'avenir de la plus Grande Europe continentale franco-allemande s'appuyant sur la Russie, le « grand dessein » fondamental du gaullisme, se trouve pratiquement réalisé, ou en voie de l'être.

 

Or la nouvelle donne européenne décisive provenant, donc, de l'émergence politico-historique de la « Nouvelle Russie » de Vladimir Poutine, formidable bloc continental engageant le heartland géopolitique du « Grand Continent » eurasiatique dans le sens de son rétablissement impérial-révolutionnaire final, fait aujourd'hui de l'Europe la forteresse politico-stratégique d'horizon suprahistorique et eschatologique préfigurant l'Imperium Ultimum, l'avènement du Regnum salvateur de l'histoire de la fin et de l'au-delà de la fin de l'histoire.

 

Le « grand gaullisme », le « gaullisme de la fin », apparaît ainsi comme l'agent opérationnel d'une certaine fin apocalyptique de l'histoire, et du passage vers les temps autres, vers les « temps secrets », « inprépensables », de la transhistoire finale dans sa marche eschatologique à contre-courant.

 

Si c'est bien l'axe transcontinental Paris-Berlin-Moscou qui, désormais, sera appelé à faire la « grande histoire », c'est en France qu'à l'heure actuelle se situe l'épicentre opérationnel de celle-ci : en anéantissant la conspiration trotskiste subversivement installée au pouvoir sous ses dissimulation socialistes, la droite française s'est donnée aujourd'hui une majorité totale, incarnée, au niveau politico-administratif, par le « parti unique » de l' « Union pour la Majorité Présidentielle » (UMP), « parti unique » au sein duquel l'appareil gaulliste pourra à présent manœuvrer le courant porteur de la stratégie de pointe qui entraînera le reste. C'est désormais à l'intérieur de l'UMP que le gaullisme installera son « camp retranché » politico-stratégique, c'est depuis l'intérieur de l'UMP que le gaullisme va devoir agir. Cette situation, peut-on le dire, était prévue depuis longtemps.

 

Déjà, dans Les fondements géopolitiques du grand gaullisme, j'écrivais : « Le pouvoir - où ne fût-ce qu'une certaine situation de pouvoir - représente la condition même d'une clandestinité supérieure : la véritable clandestinité n'est pas du tout celle du combat contre le pouvoir en place, mais la clandestinité poursuivie, précisément, à travers le pouvoir en place. Loin de cesser ses menées avec son arrivée au pouvoir, la grande clandestinité ne fait alors que changer de registre, en se donnant sur place les moyens de sa continuation décisive, engagée sur le parcours de son achèvement total. Hors du pouvoir, toute clandestinité est subalterne. » Et ensuite : « Une conspiration aux destinées ultimes ne visera le pouvoir politique, ou gouvernemental, qu'au titre conspirationnel d'une nouvelle étape de franchie sur la montée de sa propre spirale conspirationnelle. Une fois au pouvoir, ce que l'on peut appeler une conspiration ultime se dédouble pour conspirer contre elle-même, contre la partie d'elle-même chargée de faire semblant de céder aux assujettissements du pouvoir. »

 

Tel est le grand tournant actuel du gaullisme qui, en fin de course et au moment de sa nouvelle montée au pouvoir, aussi inattendue que totale, doit à nouveau rentrer dans l'ombre, s'inventer une nouvelle forme de clandestinité stratégique, tout comme à ses premiers débuts, au temps de la résistance à l'occupation allemande de la France. Mais n'est-ce pas contre une nouvelle occupation étrangère que le portent, aujourd'hui encore, ses nouveaux combats ? Le combat pour la libération continentale n'est-il pas essentiellement le même que l'ancien combat pour la libération nationale ? Ces interrogations sont peut-être tragiques, mais la situation à laquelle le gaullisme doit aujourd'hui faire face, n'est-elle pas une situation de tragédie ? Le gaullisme, aujourd'hui, se trouve souterrainement engagé à la pointe des combats décisifs pour la plus Grande Europe, et c'est là que s'accomplit son suprême destin, le destin secret d'une certaine « France secrète ». précédent : Le « génie du renouveau »

 

 

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18/12/2014

Le « génie du renouveau » (Jean Parvulesco)

 

Jean Parvulesco, La confirmation boréale, Sur le grand tournant actuel du gaullisme, Le « génie du renouveau », pp. 252-256, aux éditions Alexipharmaque

 

Cependant, trente ans après le départ du général de Gaulle du pouvoir, que reste-t-il encore de son grand « dessein secret », de son projet impérial européen, de sa vision suprahistorique du Grand Continent Eurasiatique et de la mission transcendantale de la France ? Où en est-elle, aujourd'hui, l’œuvre révolutionnaire, salvatrice, partie pour changer le visage final de l'histoire actuelle du monde, qu'avait entrepris de mener à bout le « concept absolu » Charles de Gaulle ? Convenons-en : de tout cela, apparemment, il n'en reste plus rien. Tout s'est défait, tout a été dévasté, réduit au néant, jusqu'au souvenir même de ce qui a été dévasté, de ce qui a failli être, et qui n'est plus, à l'heure présente, que mensonge et vile imposture.

 

Sur la ligne de passage du troisième millénaire, la France se trouve en état de faillite frauduleuse politique totale, irrémédiable, et l'Europe semble s'être totalement résignée à ne plus être qu'une charogne politique à la traîne de la con,spiration subversive du mondialisme régi par ce que le président Bill Clinton appelait, récemment, la  « Superpuissance Planétaire » des États-Unis.

 

Car c'est un fait : d'une manière extrêmement suspecte, aussi abrupte que sournoise, équivoque et sale, dans l'espace d'à peine un an, la France a politiquement cessé d'exister, et cela même d'un point de vue démocratique. En effet, l'un après l'autre, les partis politiques français dans leur ensemble, se sont mis en état d'autodestitution. Ainsi, le Front National, la droite libérale et le RPR, le Parti Socialiste et jusqu'au Parti Communiste lui-même se sont successivement trouvés dans l'obligation scabreuse d'avoir à faire face à des difficultés d'ordre intérieur  – et y faire face en catastrophe qui les ont pratiquement mis hors jeu, paralysés, rendus inaptes à tout travail politique suivi, cohérent, réellement significatif. Entre autres, très opportunément sorties par des juges acharnés – très acharnés – à la tâche, les « affaires » ont fait des dégâts irrémédiables dans tous les camps politiques en présence. A se demander même si cela ne correspondait à un plan secrètement concerté.

 

En fait, tout recours, tout projet, initiative ou essai de dégagement et de salut en provenance du dispositif politique actuellement en place, dans son ensemble, se trouve d'avance frappé de nullité, prédisposé à l'échec immédiat, voué à se retourner aussitôt contre sa propre destination, ne pouvant plus rien faire d'autre qu'intensifier encore le désastre. A l'heure présente, il n'y a plus en France un seul projet politique qui tienne vraiment, l'horizon historique de la France débouche sur un vaste désert cendreux plongé dans les ténèbres : la spirale négative de la catastrophe qui s'était mise en branle avec le départ du général de Gaulle du pouvoir vient d'atteindre, de sombre descente en descente encore plus sombre, le niveau de son ultime disqualification, qui est absolument sans retour. Malgré certaines apparences qui risquent de pouvoir nourrir, d'ailleurs pour peu de temps encore, l'illusion  fallacieuse et inepte d'une sorte de continuité fictionnelle qu'entretiendrait la seule force des choses, tout est déjà fini, et c'est déjà la conclusion abrupte sur le vide d'une sorte d'arrêt de l'histoire, de suspension de l'histoire, où il y a plus rien à espérer, rien à tenter d'entreprendre, où plus rien ne saurait faire obstacle à la marche de la France à l’abîme.

 

La longue agonie française de ces trente dernières années d'impuissance, de cauchemar et de honte a pris fin, ce sont maintenant les ténèbres de la mort qui commencent, où il faut que l'on se déprenne de tout. De toute évidence, nous en sommes là, et qu'on veuille le nier ne sert plus à rien, à rien du tout.

 

Mais ce terrible passage à vide n'est-il pas en même temps un seuil probatoire tragique tout à fait final, l'étape ontologiquement nécessaire à une nouvelle remontée de l'être à venir, à un autre recommencement historique de la prédestination originelle, abyssale, de la France, d' « une certaine idée de la France » ?

 

Aussi nous faudra-t-il citer, ici, ces lignes si extraordinairement prémonitoire des Mémoires (III) du général de Gaulle écrivant, inspiré sans doute par ce que lui même appelait le « génie du renouveau » : « Le destin est donc scellé ? Est-ce, pour toujours, la victoire de la mort ? Non ! Déjà, sous mon sol inerte, un sourd travail s'accomplit. Immobile au fond des ténèbres, je pressens le merveilleux de la lumière et de la vie. »

 

Ainsi, désormais, seul l'inconcevable commande. Et l'inconcevable, en l’occurrence, étant l'action révolutionnaire totale du petit nombre de ceux qui ayant réussi a franchir eux-mêmes, pour leur propre compte, clandestinement, la ligne de passage entre l'être et le non-être, se trouvent déjà en état d'assumer la tâche de veiller sur un nouveau retour à l'être, d'un nouveau recommencement révolutionnaire de l'histoire française de l'Europe, de la plus Grande Europe, recommencement se situant déjà au-delà de la fin de l'histoire actuelle de la France. Toute la question est là.

 

Il y a une dizaine d'années, j'étais moi-même déjà amené à écrire : « Le gaullisme, aujourd'hui, doit-il s'engouffrer, définitivement, dans les souterrains nocturnes de l'histoire ou, au contraire, doit-il être repris, sauvé de lui-même, continué ? Doit-il être remplacé par autre chose ? »

 

Des nouvelles élites, des groupes occultes de combattants prédestinés, suréveillés, des « rescapés du feu se trouvent-ils ainsi appelés à monter subversivement à l'assaut des positions actuelles ou plutôt des non-positions du pouvoir politique en France, revivifier au prix de leur vie le sillon ardent qu'aura laissé derrière lui le « gaullisme de la fin », le dernier « grand gaullisme », le « gaullisme transcendantal » instauré dans l'ombre par le général de Gaulle sur la marge la plus périclitée de l'histoire française en marche vers son plus mystérieux destin final, de son destin d'au-delà de la fin ?

 

Et, en même temps, depuis les gouffres obscurs de l'indifférencié originel, un autre « concept absolu » de la plus grande histoire française s'apprête-t-il à émerger, au-delà de notre morte espérance, inconvenablement, à l'éclatante lumière du jour ?

 

Il y a une dizaine d'années encore, j'écrivais aussi, et c'était peut-être pour le moment actuel : « Provisoirement plongée dans le sommeil dogmatique d'un auto-obscurcissement politique et historique représentant le plus haut degré d'une stratégie de refus, inconsciente, de recul devant le non-destin que tente de lui faire accepter démocratiquement, la France d'aujourd'hui attend dans les ténèbres.

 

Mais, entre la démocratie et la survie historique de la France, comment ne pas choisir la France ?

 

Et qu'attend-elle, la France ? Quelqu'un, et ce quelqu'un, certains le savent, ne peut absolument pas ne pas être déjà là, dans l'ombre. Se cachera-t-il pour bien longtemps encore, ce quelqu'un ? Plus pour longtemps, non, plus pour longtemps. »

 

Or quoi de plus actuel, aujourd'hui, pour nous autres, que cette attente prophétique, dont le secret est celui d'un vœu révolutionnaire à la fois final et total ?

 

Mais, pour le moment, il suffit que dans le vide foudroyé de l'actuelle extinction de l'histoire française le problème des doctrines agissantes d'un certain gaullisme, du « gaullisme de la fin », se trouve posé à nouveau, en toute clarté, tragiquement, pour que quelque chose en vienne à en revivre, pour que le « génie du renouveau » puisse se manifester encore une fois, à l'heure prévue.

 

De toutes façons, le gaullisme ne peut en aucun cas être un parti politique : ayant vocation de rassembler, d'avoir, pour but, le tout, le gaullisme ne saurait s'engager à représenter seule une partie de la nation, au contraire, il doit en intégrer, à la limite, la totalité de ses courants intérieurs, depuis le Front National jusqu'au Parti Communiste.

 

Car il faut se le rappeler toujours : la France n'est pas une nation parmi d'autres, mais une conspiration suprahistorique, conçue, à ses origines, comme l'instrument politico-militaire d'une mission transcendantal, en défense de la Foi et de la civilisation émanant de cette Foi, son temps historiquement propre n'étant pas tout à fait celui de l'histoire, elle-même, mais la temporalité parousiale de l'après histoire, la temporalité intérieure du Saint Royaume d'au-delà de l'histoire, du Regnum Sanctum

 

C'est très exactement dans cette perspective qu'il faut situer le mouvement gaulliste, qui doit être, qui sera, jusqu'à la fin, ce qu'il a été à ses origines, le Rassemblement du Peuple Français dans son entier, la projection immédiatement politique de l'être abyssal de la France et de la prédestination transcendantale secrète de celle-ci. Et c'est ce dont il faut tenir fondamentalement compte lors de la future réorganisation d'un nouveau mouvement gaulliste révolutionnaire conforme à la ligne de son destin propre, qui concerne un certain nombre de missions à accomplir à la fois dans le visible et dans l'invisible, où il lui faudra faire face à ce qu'il est appelé la « guerre occulte ». Car le mouvement gaulliste comportera, toujours, une dimension mystique, une vocation dirigée vers la face secrète de l'histoire en marche. Ainsi que la France elle-même, avec laquelle il s'identifie ontologiquement.

 

Si tout rentre à nouveau dans la zone de l'attention suprême, ainsi qu'on peut désormais le penser, les groupes d'action politique spéciale dont la tâche sera celle de se porter à l'assaut des positions politiques du futur grand renversement final qu'impliqué toute tentative de renouveau en profondeur de l'actuelle histoire française, devront donc agir au double niveau, à la fois immédiatement politique et d'ouverture transcendantale, qui seul est porteur de la charge révolutionnaire capable de forcer le passage vers un nouveau recommencement. Vers la liberté recouverte.

 

Des groupes d'action politique spéciale qui amèneront avec eux le retour des Grands Temps. suite : Une actualité en armes précédent : Le gaullisme, une doctrine du déchiffrement

 

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12/12/2014

Face au Grand Continent Eurasiatique (Jean Parvulesco)

 

Jean Parvulesco, La confirmation boréale, Sur le grand tournant actuel du gaullisme, Face au Grand Continent Eurasiatique, pp. 240-245, aux éditions Alexipharmaque

 

Charles de Gaulle lui-même, donnant comme une définition de son propre état de "concept absolu" : "Et moi au centre de ce déchaînement, je me sens remplir une fonction qui dépasse de très haut ma personne, servir d'instrument au destin."

 

En tant qu'instrument du destin, le "concept absolu" Charles de Gaulle se doit donc impérativement de dégager, avant tout, les grandes lignes de force de ce qui, au-delà de l’histoire, risque de porter le gaullisme vers l'accomplissement final de son destin propre, accomplissement révolutionnaire et impérial d'une certaine fatalité géopolitique dont il faut à la fois assumer et dépasser les conditions : la fatalité même de la situation géopolitique donnée à l'intérieur de laquelle vient à se poser le problème de l'Imperium Ultimum, ou de ce que nous autres nous appelons l'Empire Eurasiatique de la Fin.

 

Aussi, en des circonstances autres, j'en étais venu à me proposer à moi-même la question suivante : "A partir donc de la fatalité géopolitique planétaire du gaullisme en action, peut-on préfigurer, dialectiquement, les grandes lignes de force d'une géopolitique occulte du gaullisme ?" Ce à quoi je devais alors répondre, je tiens à le rappeler, de la manière suivante : "Pour le général de Gaulle, le concept géopolitique fondamental du monde actuel sera ce qu'il faut bien appeler, après certains autres, dont certains des nôtres, le Grand Continent Eurasiatique : aussi le destin géopolitique planétaire de l'histoire actuelle dans ses fins et partant le destin même de la France en tant qu'instrument privilégié, voire même unique d'une volonté extérieure à l'histoire, occulte, suprahumaine et divine, s'identifie ontologiquement au destin du Grand Continent Eurasiatique. Face à celui-ci, la dérive des Puissances Océaniques incarne le concept offensif de la négation anti-continentale, Puissances Océaniques dont l'anti-destin exige l'encerclement du Grand Continent Eurasiatique et de ses espaces d'être et de développement, pour leur infliger la loi subversive et anéantissante de l’Éternel Extérieur qui prétend sans cesse au statut d'Anti-Empire." La contre-stratégie, donc, du plus grand gaullisme en action, ou plutôt sa métastratégie contre-offensive, mobilisera-t-elle, alors, face à la dérive des Puissances Océaniques, le poids, tout le poids métastratégiques du Grand Continent Eurasiatique, en essayant de réactiver, et par la suite, de suractiver, ses potentialités telluriques originelles, ainsi que toutes ses dispositions transcendantales au dépassement suprahistorique, polaire, de l'histoire dans son cours actuel, face auquel il s'agit de dresser le barrage ontologique d'une volonté totalement éveillée, d'une volonté totalement à contre-courant, d'une volonté salvatrice de ce qui semblait ne plus pouvoir l'être, mais qui le sera quand même.

 

Il se fait donc que, de par cela même, le projet révolutionnaire suscité par l’interpellation géopolitique gaulliste de la fin, interpellation concernant, déjà, de la manière la plus directe, le Grand Continent Eurasiatique, ne saurait désormais plus se trouver posé que dans les termes mêmes de notre propre projet contre-stratégique originel, à savoir le projet déjà en cours de notre Empire Eurasiatique de la Fin.

 

Or que est-il donc, ce projet ? Il comprend en principe l'intégration impériale totale de l'Europe de l'Ouest fondée sur le pôle carolingien Franco-allemand, de l'Europe de l'Est et de la Russie, cette dernière y apportant, aussi, la Grande Sibérie, de l'Inde et du Japon.

 

Or, une fois que notre Empire Eurasiatique de la Fin se trouvera arrivé au niveau de l'accomplissement final de son propre projet fondationnel, il apparaîtra très nécessairement que son installation politico-historique en tant que telle ne saurait avoir d'autre raison d'être que le but ultime même du "grand gaullisme", du 'gaullisme de la fin", à savoir celui de faire qu'émergé révolutionnairement, au terme de l'histoire et comme de par sa simple présence là, le mystère en action de l'établissement de la Paix Mondiale. Car, pour ceux qui auront appris à plonger leur regard loin derrière la face immédiate de l'histoire, dans les profondeurs où l'histoire s'identifient secrètement, l'objectif métahistorique suprême du "grand gaullisme"se dévoile comme étant la Paix Mondiale. "Pais Mondiale", alors, dont les fondations occultes doivent être cherchées dans ce que les hermétistes appelaient, en d'autres temps, la Paix Profonde, ou la Pax Profunda, de nos derniers Rose-Croix. Ainsi le général de Gaulle devait-il déclarer, en toute clarté : "La France est pour la Paix, il lui faut la Paix. La France, pour renaître vraiment, pour se refaire et pour s'étendre, au sens le plus noble du terme, il lui faut la Paix. Par conséquent, la France cherche la paix, cultive la paix, aide l paix, partout." Et c'est bien aussi ce qu'écrivait, à son tour, Dominique de Roux dans son livre visionnaire sur Charles de Gaulle : "Le gaullisme, c'est la guerre révolutionnaire mondiale. L'histoire occidentale à sa fin, c'est l'histoire de la subversion mondiale du gaullisme. Le destin, la mission la stratégie totale de la troisième France, c'est la subversion mondiale française pour la paix."

 

C'est par l'établissement révolutionnaire de la Paix Mondiale que l'Empire Eurasiatique de la Fin pourra mettre les bases suprahistoriques de l'avènement à terme du Regnum Sanctum, et quand nous l'aurons vraiment compris cela voudra dire que nous nous trouvons déjà engagés dans la voie qui nous y mènera immanquablement.

 

En tant que "concept absolu" de l'histoire occidentale du monde à sa fin, Charles de Gaulle savait, depuis déjà la fin de la dernière guerre, que sa plus profonde prédestination était celle de pourvoir à l’établissement politico-historique du pôle carolingien Franco-allemand comme fondement, comme base opérationnelle de départ pour le futur grand Empire Européen, pour l'Empire Eurasiatique de la Fin. De cela, ses Mémoires en témoignent, quand il relate son premier voyage en Allemagne après la guerre, l'hiver de 1945, voyage entrepris pour qu'il puisse rappeler, sur place, ces "liens qui jadis rapprochaient la France et l'Allemagne" et qui devaient refaire surface, à nouveau, pour servir à bâtir "notre Europe", et "notre Occident". Et il y a aussi, et surtout, son célèbre discours dans les Charentes, en juin 1903, où il y avait prophétiquement déclaré que, s'étant réunies par un "destin commun", la France et l'Allemagne avaient accompli ensemble, une "Révolution Mondiale". Or le fait de considérer la réunion, en un destin commun, de la France et de l'Allemagne comme une "Révolution Mondiale", ne constitue-t-il pas, en lui-même, la clef décisive pour une intelligence vraiment transcendantale de la doctrine visionnaire de Charles de Gaulle sur la mission impériale finale des deux pays par rapport aux destinées ultimes de la plus Grande Europe et de cet Empire Eurasiatique dont il se voulait l'inspirateur dans l'ombre, l'agent d'exécution secrètement choisi d'avance et qui mènera sa mission jusqu'au bout ?

 

Cependant, ni l'établissement politico-historique de la plus Grande Europe, ni même le projet en action de l'Empire Eurasiatique de la Fin ne pouvaient représenter des buts en soi, mais, dans la vision suprahistorique du "concept absolu" Charles de Gaulle, seules des étapes intermédiaires, préparatoires, du but ultime, du but unique et suprême qui seul pouvait accomplir la prédestination ultime et occulte de la France, à savoir celui de pourvoir à l'avènement du Regnum Sanctum, de ce Regnum Sanctum qu'il fallait, qu'il appartenait à la France de faire émerger, au terme de l'histoire, comme l'Empire de la Paix, comme l' "Empire de la Paix Profonde".

 

Pour la doctrine cachée du "grand gaullisme", du 'gaullisme de la fin", c’est le Regnum Sanctum qui constitue le but d'au-delà de tous les buts, celui qui prévoit le terme ultime et l'ultime accomplissement de la chaîne eschatologique dont les destinées et jusqu’au devenir même se trouvent situés sous la haute-veille d'une certaine France autre, d'une certaine "France Secrète". Et tel est, aussi, le "vrai secret", le "secret fondationnel" de la France, l'héritage supratemporel de la "France Secrète".

 

Le moment est donc venu pour que l'on se demande quel peut bien être le sens propre, le dévoilement entier du concept eschatologique final de Regnum Sanctum.

 

"Vive le Christ, qui est le Roi de France", s'écriait Jeanne d'Arc, et l'on sait aussi que "Marie est la vraie Reine de France". Et un certain catholicisme mystique et eschatologique n'affirme-t-il que la France se trouve être, dans l'invisible, le "Royaume du Sacré-Cœur et du Cœur Immaculée de Marie" ?

 

Dans la même perspective eschatologique, il est entendu qu'au terme ultime de l'histoire, un Regnum, un Imperium situé à la fois dans l'histoire et comme déjà au-delà de l'histoire va se lever, de dimensions planétaires, et sur lequel règneront, en quelque sorte directement, d'une manière spéciale, par des médiations à l'heure présente tout à fait inconvenables, "le Sacré-Cœur de Jésus et le Cœur Immaculée de Marie" : ce sera l'Empire de la Paix, l' "Empire de la Paix Profonde", le Regnum Sanctum préfigurant la "Jérusalem Céleste" dont l'Apocalypse de saint Jean annonce la "descente finale".

 

Et souvenons-nous en : quand, en voyage officiel en Russie, le général de Gaulle avait fait fait ouvrir l'église française de Moscou, pour y faire dire la messe en latin pour lui-même et le petit groupe des siens, cette messe il l'avait lui-même voulue à l'intention précisément du Regnum Sanctum. Je vois là un puissant symbole, sur lequel il serait me semble-t-il bon que l'on s'attache à réfléchir. Profondément.

 

Et cette réflexion, pourquoi ne pas la poursuivre plus loin encore : car n'est-il pas évident que c'est bien ce qui, dans le visible, se trouve chargé de précéder historiquement le Regnum Sanctum, à savoir l'Empire Eurasiatique de la Fin, qui va être appelé à constituer aussi, dans l'invisible, les fondations suprahistorique de celui-ci ?

 

En effet, pour qu'une apparition divine puisse avoir lieu, pour qu'une entité venue d'en-haut parvienne à se manifester en toute plénitude, il faut qu'il y ait un espace, un "lieu donné" - spécialement préconçu pour cela, un sanctuaire ardent voué à la réception complaisante de la puissance inconnue s'apprêtant à se montrer, à descendre-là. Alors, pas d'apparition sans son sanctuaire préconçu, pas de Regnum Sanctum dans l'établissement préalable, dans le cours de l'histoire, de l'Empire Eurasiatique de la Fin.

 

C'est ainsi que cette succession de mobilisations impériales au niveau d'engagement spirituel suractivé, paroxystique, et de plus en plus élevé ) succession devant culminer avec l'Empire Eurasiatique de la Fin - dont on prévoit ici les développements désormais certains, devra finalement aboutir à la constitution - l' "avènement" - de ce suprême sanctuaire de réception transcendantale qui va alors être, en soi-même et le moment venu, le Regnum Sanctum. Avec le Regnum Sanctum, il s'agit donc de l'Imperium à la fois présent encore dans l'histoire et déjà au-delà de l'histoire, disposant d'une temporalité propre et avec une organisation intérieure du pouvoir paradigmatiquement identique au modèle archaïque, préontologique, des origines polaires, "divines" du cycle à ce moment-là révolu. Et annonçant, de par sa seule présence-là, les futurs recommencements du monde à venir, dont le projet fondationnel nous serait à l'heure actuelle totalement inconcevable, interdit à toute approche en conscience, et dont seule une préconscience visionnaire supérieure, non-reflexive, pourrait éventuellement nous laisser comme à peine entrevoir la figure resplendissante perdue dans les gouffres du plus extrême lointain.

 

Aussi la géopolitique du Grand Continent Eurasiatique conduit-elle tout droit, à travers le projet de l'Empire Eurasiatique de la Fin, au concept même du Regnum Sanctum, et c'est pourquoi cette géopolitique possède une dimension sacrée. On pourrait même dire, à la rigueur, que la géopolitique du Grand Continent Eurasiatique se trouve dédoublée par une géopolitique sacrée, que ses développements se maintiennent dans un horizon totalement sacré. Car la géopolitique finale du Grand Continent Eurasiatique est la géopolitique même de la fin de l'actuelle histoire du monde.

 

Cela, comment Charles de Gaulle aurait-il pu être amené à le comprendre, s'il n'avait pas déjà atteint à l'état de "concept absolu" de l'histoire de son temps et des temps immédiatement ultérieurs à celle-ci ?

 

De toutes les façons, l'action politique - la grande action politique - reste l'outil de manœuvre essentiel, l'arme de combat et d'affirmation de l'absolu dans l'histoire, ce par quoi celui-ci y manifeste sa volonté et poursuit ses desseins : on y découvre ainsi la profonde relation agissante qui relie la "grande action politique" et l' "action secrète" de la Divine Providence dans le cours souterrain de l'histoire.

 

Les dimensions politico-historiques immédiates de nos actuelles actions sur le terrain, de toutes nos actions à venir concernant le projet en cours de l'Empire Eurasiatique de la Fin relèvent donc, en dernière analyse, d'une entreprise révolutionnaire de longue haleine, dont l'identité d'ensemble se révèle ainsi comme étant essentiellement de nature providentielle expliquée par l'action menée par en-dessous par la Divine Providence elle-même.

 

Se figure-t-on, cependant, la somme colossale d'actions politico-historiques à maîtriser, à faire converger dans un but unique par la nécessité de la prise en main finale du Grand Continent Eurasiatique , de la mise en place de l'Empire Eurasiatique de la Fin ? Quelle volonté suprahumaine devra alors se lever pour y faire face, quel nouveau "concept absolu" de la plus grande histoire ainsi interpellée ?

 

Car tôt ou tard le problème va se se trouver posé quant à l'identité du "concept absolu" qui devra prendre effectivement sur lui la somme suprahistorique des immenses travaux à la fois d'ordre transcendantal et révolutionnaire impliqués par les changements annoncés de l'histoire à venir, de l'histoire en marche vers l'émergence, dans son cours même, des figures impériales, fulgurantes, de sa propre conclusion abyssale, dont nous avons déjà, aujourd'hui, la préconnaissance visionnaire, somme en un rêve.

 

Au niveau du devenir final de l'histoire actuelle de ce monde, tout dépend donc, désormais, de l'émergence décisive d'un nouveau "concept absolu" appelé à en assumer les destinées impériales déjà en cours de dévoilement, à en assumer la mise en état de marche immédiatement révolutionnaire de ses conclusions impériales déjà prévues. Après le "concept absolu" Charles de Gaulle, qui ? Quel futur "concept absolu" ? suite : Assumptia est Maria précédent : Charles de Gaulle, l'homme à contre-courant

 

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