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07/08/2016

De l'Hybridation (Partie 2- Hybrides, Chimères et Clones du Mondialisme)

 

 

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2) Hybrides, Chimères et Clones du Mondialisme

 

A) « Terrorisme hybride » et « guerre asymétrique », entre sidération médiatique et réflexe atavique, interprétation du fait terroriste et appréciation de la guerre contre le vide.

 

« Vous autres, pacifistes humanistes qui vous dressez contre la guerre et qui appelez à la paix éternelle, vous ne croyez pas au sens supérieur de la vie humaine, à la vie éternelle. Que des gens soient tués à la guerre vous effraie plus que cela ne fait peur aux chrétiens qui ont accepté dans leur cœur le précepte de l'amour divin. Cela se comprend, cela ne pourrait étonner que ceux qui ne réfléchissent guère au sens de la vie. Vous considérez celle-ci d'une manière très superficielle et vous n'en voyez qu'un fragment plat. Vous voudriez que ce fragment soit organisé de la façon la plus sereine, satisfaisante et agréable. Au-delà, au-dessus, plus profondément, rien n'existe. Vous craignez le meurtre physique bien plus que ne le font les chrétiens, lesquels connaissent la vie infinie, car tout s'achève pour vous avec la mort. Et vous ne réfléchissez pas au fait que le meurtre spirituel est mille fois plus épouvantable. Cependant, notre vie pacifique est pleine d'assassinats spirituels. En dehors de toutes espèces de guerre, nous tuons nos proches avec nos sentiments et nos pensées. Nous émettons dans toutes les directions des ondes homicides, nous projetons de terribles poisons dans l'âme des hommes. Notre vie pacifique est remplie de haine et de méchanceté, lesquelles tuent. Il est dit dans l’Évangile qu'il faut craindre celui qui tue l'âme plus que celui qui tue le corps. Et voilà qu'aux époques les moins martiales, les plus pacifiques, il y a la guerre qui tue les âmes, qui les empoisonne et qui les décompose. Pourquoi est-ce que cela ne vous effraie point ? Pourquoi est-ce que cela vous effraie moins que les tueries physiques pendant la guerre ? » Nicolas Berdiaev, De l'Inégalité, Onzième lettre : De la Guerre, pp. 188-189, aux éditions de L'Age d'Homme

 

Le terrorisme hybride n'est pas l'adaptation d'un ancien terrorisme à un monde nouveau.

 

Quand on se réfère aux définitions classiques du Terrorisme à travers l'histoire, on se rend vite compte que tous les cadres ont explosé, difficile de faire un lien en droite ligne entre le terrorisme historique et le terrorisme hybride ; il y a « chaînon manquant ».

 

L'hybridation n'est pas une mutation, l'hybridation est le fruit d'une manipulation, la mutation une adaptation, le fruit d'une réception.

 

Le vivant, le réceptacle, ne peut rien faire contre – ou pour – la mutation, contre les mutations profondes, les révélations, par contre, on peut « entacher » le réceptacle avant réception, en manipulant, en bricolant la nature du temps, du monde et de l'homme, en la déconstruisant, en la fragmentant, en la transformant, en l'augmentant pour la diminuer, en l'hybridant pour l'annihiler.

 

L'hybridation est en quelque sorte le stade supérieur de la déconstruction. Une phase transitoire et nécessaire entre l'homme et le robot. Le temps défait. Le monde en morceau. L'homme divisé contre lui-même. Le Graal brisé.

 

Le terrorisme est la déconstruction d'une résistance pour la transformer en mercenariat, mais nous restons dans un schéma classique d'infiltration et de retournement de forces paramilitaires et insurrectionnelles locales.

 

Je me défie du relativisme matérialiste mettant terrorisme et résistance sur un même plan dialectique et je pense qu'il y a des critères pour départager agression et défense. La frontière peut être mince entre les deux, de par l'utilisation de la violence et les accointances, les compromis, avec les milieux souterrains, avec le banditisme – qui sont définis par cette particularité d'être plus ou moins stables dans leurs entreprises peu importe le contexte politique, social et économique du moment, voire de s’épanouir dans le chaos, et donc, d'être des intermédiaires inévitables dans une chaîne de résistance et pour l'accès aux ressources en temps de crise (marché noir), ainsi que le sont les « corps constitués » d'une certaine manière, dont les fameux « services » font partie –, mais leurs intentions et orientations sont diamétralement opposées... Il est aussi question de Justice et de légitimité, en effet, relativiser résistance et terrorisme c'est nier toutes dissidences ; toutes radicalités ; toutes légitimités ; tous critères du beau, du juste et du vrai ; c'est nier nos propres combats, c'est finalement exalter la toute puissance du Mondialisme et du nivellement par le bas. Bien entendu, résistants et terroristes sont égaux devant la manipulation et la subversion, mais cette partie de l'histoire se joue sur un terrain où il est difficile de savoir qui manipule qui...

 

Avec l'avènement et la démocratisation d'internet, qui accompagne l'accélération de l’agenda mondialiste, on assiste à une reconfiguration de la techno-sphère politico-médiatique, et une nouvelle ère géopolitique voit le jour. Qui dit nouvelle ère géopolitique dit guerre de nouvelle génération. Les « manipulateurs » ont forcément anticipé ces « nouveautés », au moins théoriquement, et expérimentalement dans leurs laboratoires à ciel ouvert ou à guichet fermé.

 

Ce qui est certain c'est qu'ils ont décidé ce bouleversement et anticipé quelques effets, on peut imaginer qu'ils étaient un minimum préparés, qu'ils en attendaient quelque chose en retour. Je ne crois pas qu'ils nous ont offert le web par altruisme, qu'ils nous ont donné un outil pour les combattre par charité, ou par naïveté, sans en maîtriser le flux et en contrôler le débit... Je dis qu'ils ont précipité cet avènement pour enrayer, retarder le Retour des Grands Temps, pour hâter leurs prophéties auto-réalisatrices dans une fuite en avant, une compétition avec Dieu.

 

J'avais annoté dans un ancien texte que : juste avant la démocratisation des téléphones portables – qui annonçait « la connexion pour tous » – quelque chose de prérévolutionnaire couvait dans les rangs de la « génération sacrifiée », il y avait beaucoup de monde sur les places, il faisait clair, ça murmurait, ça complotait contre le monde moderne même si n'on appelait pas ça comme ça, sa faillite : nous la vivions, nous étions les enfants de la Nuit, je me souviens d'échange d’intelligence qui n'ont même plus lieu en place de dissidence, avec des mots simples, justes – vous savez, la solidarité et justice sociale, ça existe –, à partir du moment où tout le monde fut connecté, ce qui prit plus ou moins de temps, la lumière se baissa, c'était fini...

 

Un bouleversement en matière de communication, dans le traitement de l'information, d'accès à la marchandise, dans l’application de nouvelles stratégies économiques et militaires dont nous sommes les héros, de nouveaux programmes politiques, de nouvelles propagandes médiatiques, pour expérimenter et contrôler la « nouvelle opinion publique » en lui offrant les moyens d'une « nouvelle liberté d'expression sous surveillance » : une liberté virtuelle pour l'éloigner définitivement de la réalité, pour l'observer en temps réel et anticiper ses moindres mouvements comme cela n'avait jamais été possible auparavant où une part de la matière sensible de l'être vivant échappait encore à la « machine à trier les âme » qui ne pouvait pas « ficher » simultanément toutes les « dissidences » à toutes les terrasses, les salons, les comptoirs et les arrière-cuisines de tous les bistrots du complot populaire et autres tripots de la conspiration identitaire contre les élites traîtres pour leur intelligence avec l' « ennemi atlantiste intérieur et l'état profond sioniste ».

 

Les utilisateurs des « nouvelles libertés d'opinion et d'expression en ligne », via l'internet supranational, horizontal et multilatéral, sont la préfiguration des nouveaux Droits de l'homme connecté et augmenté ; ils viennent, de fait, par simple connexion, renforcer les positions égalitaristes, progressistes, transhumanistes et mondialistes du Libéralisme triomphant pour lequel internet est fait sur-mesure et qu'il impose par nature.

 

Les « internautes » – je parle bien des utilisateurs journaliers – sont dans une extase collective d'ingérence netocratique totale et décomplexée. Ils s'agitent, se prononcent, pour ou contre des luttes locales, verticales et avec une histoire, des luttes charnelles déconnectées de leur réalité virtuelle, de leurs commentaires cyniques produits de l'immédiateté, luttes desquelles ils ne comprennent rien, ou n'aident pas, en embrouillant le message, en hystérisant le débat, en stérilisant le combat. Là où on ne leur demande souvent qu'un soutien, qu'un relais, qu'une présence, il y a prise de position et accaparement de la lutte par les réseaux sociaux. Pas qu'ils soient spécialement hystériques individuellement et au sens psychiatrique du terme, c'est la contradiction entre la nature liquide d'internet et la nature solide de la résistance, d'une résistance réelle, qui rend leurs propos hystériques, boueux. La Dissidence est en quelque sorte « victime » de ce processus de dématérialisation des luttes, des limites philosophiques d'internet en terme de radicalité et de transmission. Il faut être un peu plus spirituel et entrevoir toutes les dimensions de ce qu'est un « pacte avec le diable », « celui qui divise ». Je veux dire qu'il y a beaucoup d'énergie dépensée pour arriver à un résultat médiocre, parce qu'internet : c'est le contraire de la « liberté d'expression », c'est l'ingénierie psycho-sociale de contrôle et de manipulation des masses la plus avancée de la dictature démocratique, et nous menons une guerre contre le vide. L'interaction hors-sol de l'internaute avec une lutte enracinée ou un combat d'enracinement est discutable, mais aucune évocation de l'humilité ou de la dignité n'y fait... Ils se sentent obligés de commenter, de partager leur indignation ou d'imposer leur provocation avec tout le monde anonyme de la pensée unique et multiforme, des nombrils face à l'Ombilic, mais cela n'engage que cette majorité bruyante, il y a ceux qui regardent l'Ombilic et ne commentent pas leur nombril, il y a toujours une majorité silencieuse... Aux États-Unis la « liberté d'expression » est totale, on peut tout dire, surtout n'importe quoi, mais tout le monde sait que si on dit quelque chose qui n'est pas tout et n'importe quoi, on est éliminé. Pas de Nouvel Ordre Mondial sans une mise en réseau global des grands secteurs économiques, politiques et médiatiques de la République universelle en gestation.

 

On observe alors, je dirais entre la fin des années 80 et le débuts des années 2000, une « augmentation » des moyens terroristes – avec l'apogée du 11 Septembre. Une augmentation de tous les moyens disons logistiques, et du terrorisme et du banditisme, distribués « aléatoirement » – ce qui a déclenché des conflits de basse intensité un peu partout sur la surface du globe et éradiqué des résistances –, pour pouvoir, je le suppose, traverser cette phase de transition et garder la main-mise sur les groupes souterrains – ce qui permet de récupérer les premières données et de pratiquer les ajustements nécessaires, d'observer les groupes en compétition et de pratiquer des « sélections ». Nous autres, dissidents, n'avons pris que les miettes de cette « augmentation pour tous » en s'abonnant à internet, mais la plupart d'entre nous n'étaient pas encore connectés pour voir la mise en place du film, quand le net américain avait déjà été bombardé de « théories du complot », on n'avait pas encore entendu parler de Soral. Il faut bien voir d'où vient le complotisme de subversion. En quelque sorte, il y a hybridation entre le complotisme de subversion étasunien et la tradition française de l'essai – et du pamphlet ! – qui a vu dans internet sa renaissance, c'était son tombeau, comprenez ?

 

Dans cette phase de transition d'un monde à l'autre, d'un terrorisme à l'autre, d'un banditisme à l'autre, des groupes apparaissent tandis que d'autres disparaissent, il y a déséquilibre des forces, une fragilisation des structures classiques, on brise les milieux, et donc on accuse une perte de repère, calculée et temporaire, mais, avec pour effet secondaire la naissance de résiliences et donc une perte de contrôle, un risque de voir réapparaître des résistances...

 

Le mot « terrorisme » est certes un fourre-tout médiatique – les médias qui tantôt font passer des résistants pour des criminels et une autre fois des criminels pour des résistants –, la « menace terroriste » un outil de contrôle des masses et un acteur publicitaire, mais l' « acte terroriste » est un fait existant qui produit ses effets de sidération et de colère au-delà de nos bonnes intentions et de notre désir de « vérité ».

 

L' « affaire Merah » a dévoilé à la ménagère un nouveau profil de violence organisée, aujourd'hui lié à l'entité complexe « État Islamique ». « Affaire Merah » qui comporte des zones d'ombres concernant la nature des rapports entre Mohammed Merah et les « services »... Ceci dit, force est de constater que les actes terroristes qui sont réalisés sous cette bannière le sont par des exécutants majoritairement « arabo-musulmans » ; encore seraient-ils mijotés en enfer par le diable lui-même que l'on ne pourrait nier ce fait ethnoculturel du terrorisme actuel dans sa forme immédiatement visible. Et pourquoi le nier ? Dire aux musulmans d'origines étrangères que les français et les européens historiques ne voient pas ce qu'ils voient c'est leur mentir et les mettre dans une posture qui excitera les tentions, tout simplement parce que les peuples ne sont pas leurs élites, et ne méritent ni plus ni moins cette violence que les minorités. L'EI vise mal. On peut le regretter, mais la majorité de nos concitoyens ne sont pas concernés par nos hypothèses complotistes et nos thèses dissidentes...

 

Avec internet, le « mind control » est global et produit désormais de l'idiot utile à la chaîne, de manière industrielle. Nous sommes tous manipulés, tous mentalement contrôlés, d'une façon ou d'une autre, à des niveaux différents, c'est-à-dire que la « neutralité axiologique » de notre dissidence 2.0, relative, n'est qu'une projection dialectique du statu-quo que l'on prend pour un acte de résistance. On pourrait aller encore plus loin et décliner, et dire pour commencer que cet « acte de résistance » est un acte de « pacification », autrement dit un acte de guerre sous couvert de démocratie contre ce qui reste des sociétés traditionnelles orales déconnectées et non-alignées. (Dans cette perspective, pour la compréhension rapide et lacunaire de ce qu'est le « contrôle mental », disons que le « mind control » est de l'ordre d'une ingénierie psycho-sociale de masse tandis que les programmes tel « Mk Ultra » se réservent pour le contrôle des élites avancées et des esclaves de luxe, pour l'observation de phénomènes, grossièrement : pour dégager des modèles d'aliénations, bref...)

 

Les « services » n'ont pas besoin d' « hypnotiser » un individu en particulier pour le forcer à agir, manipuler évidemment, suggérer certainement, laisser faire peut-être, attendre que ça arrive et déclencher la machine médiatique, sans doute, mais dans tous les cas, ils s'appuient sur des réalités, des possibilités.

 

A ce propos, je ne pense pas que l'on puisse comparer les opérations du réseau GLADIO et le terrorisme auquel nous faisons face aujourd'hui sans risquer de perdre de vue les enjeux immédiats, les effets de ce terrorisme à court terme.

 

La polémique médiatique qui consiste à déterminer si ces terroristes sont de vrais et de bons, c'est-à-dire des résistants, ou de faux et de mauvais musulmans, c'est-à-dire des criminels, n'a de sens que pour la « communauté musulmane ». Attention ! Je ne dis pas qu'il n'est pas nécessaire de se poser cette question pour comprendre ce qu'est l'EI, je dis que telle qu'elle est posée elle ne l'est pas pour comprendre sérieusement ce qu'est l'EI mais au nom du #pasdamalgame.

 

Je pense que c'est aux musulmans de régler cette polémique interne, car elle ne recouvre pas de forme politique concrète pour les non-musulmans, si ce n'est sa récupération pour en faire une polémique aussi stérile que chronophage et occuper l'espace médiatique. En tout cas, il faut la dépasser en tant que communauté nationale pour comprendre et combattre ce terrorisme complexe et multiforme. Simplement, un peuple ; et je ne parle ni de l’État, ni de la Nation mais du peuple dans son plus simple appareil ; un peuple ne peut pas patienter et ne patientera pas éternellement dans les couloirs de l'Histoire et les salles d'attente du Pouvoir : d'obtenir l'entière vérité pour se défendre d'une agression. Quand je parle du peuple, je n'exclue pas les musulmans qui ne s'excluent pas eux-mêmes. Dans ce cadre, il n'est pas inutile de rappeler la complexité du fait terroriste à nos concitoyens (et de rappeler mes convictions « antisionistes » à mes lecteurs) quand nous le pouvons, qu'une littérature existe à ce sujet, il y a des dizaines de livres, des centaines d'articles et des milliers de vidéos, mais il y a des moments pour tout, et s'il n'est pas question d’appeler à la guerre, il devient ridicule de surjouer la paix. Internet ne reflète pas la réalité et les images sont trompeuses, bien, mais il faut considérer les réactions des musulmans qui prennent la parole – je parle bien des interventions radiophoniques, des réactions filmées : les commentaires écrits sont révélateurs mais n'ont aucun intérêt pour une analyse sérieuse parce qu'on ne sait pas qui parle, des articles signés, des représentants officiels, etc. – et il n'y a pas de quoi chanter Kumbaya.

 

La polémique métapolitique qui consiste à déterminer si ces attentats sont de vrais attentats avec une certaine indépendance ou des attaques sous faux drapeaux, n'a de sens que si l'on considère qu'il s'agit précisément d'une hybridation des deux phénomènes. Pour être manipulé il faut être manipulable. Pour être efficace il faut être invisible.

 

Quel genre de polémique voulez-vous hisser au niveau du débat national ? La réification d'un nouvel antiracisme de subversion via la question de l'islamophobie confrontée à la question identitaire comme si celles-ci se discutaient sur un même plan (et qu'un musulman patriote ne pouvait pas s'emparer positivement de la question identitaire ; mais on attend des exemples) OU imposer le débat de la Souveraineté de la France pour faire cesser ce cirque ? La Marche des beurs et SOS Racisme ne vous ont-ils pas servi de leçon ?

 

Il est tout de même à noter que depuis 2006, des centaines de chefs religieux et hauts dignitaires musulmans à travers le monde ont officiellement et fermement condamné le Terrorisme au nom de l'Islam ; ainsi qu'il faut souligner que les cadres reconnus de l'EI dans l'ombre d'al-Baghdadi, anciens généraux « laïques » de l'armée déchue de Sadam Hussein, n'ont a priori pas de velléité au « djihadisme» tel que nous le définissons aujourd'hui et tel que l' « État Islamique » l'expose officiellement. L'importation de la démocratie en Irak après sa destruction par les Etats-Unis (et Israël) a porté les chiites – démographiquement majoritaires et jusqu'à présent « écartés » par le régime baasiste pour « protéger » les minorités – au pouvoir et par extension mis les sunnites dans la position de ne pouvoir refuser la « protection » de l'EI, pour les chrétiens d'y être confrontés, de payer la dîme ou fuir, quand on leur en laisse l'occasion... Il est tout de même étrange que lorsque nos états-majors décident de frapper l'EI ils touchent davantage les civils que les djihadistes et attisent les braises, il ne faut pas être naïf sur le fait que l'EI utilise les civils comme bouclier humain en vivant parmi eux, mais il est possible, momentanément et étant donné le contexte, d'éviter ces frappes imprécises, d'apprendre à viser et de choisir des positions sans présence civile cela même si elles ont moins d'importance stratégique, vu qu'il s'agit de stopper une expansion territoriale toutes les positions sont plus ou moins stratégiques, comme il est possible de monter des opérations de démantèlement à l'intérieur de nos frontières ce qui nécessite de concentrer, de réorganiser nos forces et dans l'idéal de revoir nos alliances...

 

Le processus psychologique de « radicalisation rapide » – je reprends les éléments de langage du système politico-médiatique mais je ne crois pas à la théorie de la « radicalisation rapide » ni que le mot « radicalisation » soit approprié – et qui entraîne le passage à l'acte terroriste est un phénomène qui mériterait une étude approfondie, sujet sur lequel j'ai beaucoup réfléchi, mais que je vais synthétiser au mieux car c'est une étude à part entière : d'abord, que la germination soit plus ou moins rapide prouve qu'il y a visiblement un terreau très fertile pour accueillir cette graine terroriste transgénique, il faut prendre en compte 30 ans d'antiracisme institutionnel (rapide?) et appréhender le thème du déracinement (radicalisation?)  du hors-sol. Ensuite, relier ce prérequis idéologique et sociologique à l'entrechoquement philosophique entre des valeurs « lointaines » idéalisées et les valeurs vécues de la « post-modernité ». Après, observer le mélange explosif d'une certaine « schizophrénie anthropologique » et d'un sentiment de culpabilité, ou de vengeance, qui découlent de cet entrechoquement, ces contradictions, qui entraîne paranoïa sociale et sentiment d'impuissance de l'homme face à sa vie dissolue, sa vie de « mauvais » musulman en Occident, d'un musulman soumis à la marchandise et qui, sur internet, le banc d'un parc ou les arrières salles des mosquées de l'étranger, rencontre une propagande islamiste littéraliste et nihiliste, et une extension conspirationniste, qui s'hybrident, et expliquent sa dissolution, explication expiatoire ouvrant une faille béante sur la solution du « martyr ». Solution de sortie du corps de cet extrême éloignement de la vie islamique rêvée (pour ne pas dire fantasmée), de cet engouffrement dans le « mauvais comportement » arrivé à des points de non-retour, par un acte sacrificiel rédempteur. Solution de la « rédemption » qui seule, selon l’interprétation qu'ils ont du « djihad », peut faire qu'ils rachètent leurs pêchés et en même temps punissent l'Occident de les avoir tentés et pervertis, pour monter fièrement au paradis par l'ascenseur des services, si Dieu le veut, s'il existe, s'il tient un « drive-in », un pari de Pascal réaliste et pragmatique, un mélange entre les « assenettes », la machine-à-sous et la roulette russe... Mais on sait tous que tout le monde ira au paradis.

 

Encore une fois, cette question de la « radicalisation », pour sa part « takfiriste » – que l'on peut nier, mais alors il n'y a pas de discussion ; l'hybridation dont nous parlons revient bien au concept d' « islamo-racaille » et indique une manipulation : il n'y a pas de génération spontanée de terroriste musulman, on est d'accord –, relève de l'éducation religieuse, spirituelle et philosophique au sein des communautés musulmanes qui laisse visiblement la porte ouverte à des interprétations littéralistes et nihilistes de l'islam. Je ne suis ni républicain, ni démocrate, ni laïque, et ne désire en aucun cas m’ingérer dans les choix des familles musulmanes et leur dire ce qu'elles devraient faire en matière d'éducation, ce qu'elles doivent redécouvrir d'elles-mêmes, car les « hybrides » sont légions en dehors de la communauté musulmane, voir au stade de la zombification, et il n'est pas question de donner des leçons à une communauté en particulier, mais il est ici question de la propension au « passage à l'acte » de la part d'arabo-musulmans... Soyons clair, quand on naît et qu'on est musulman, tant que l'on a pas apostasié, on est musulman ; ça n'est pas aux musulmans du quotidien, à Xavier Raufer ou à moi-même de décider qui est musulman et qui ne l'est pas. Je n'ai jamais vu un musulman démusulmaniser un autre musulman quand celui-ci avait un comportement « déplacé » (si ce n'est la police chariatique de l'EI, de l'Arabie Saoudite ou les fatwas iconoclastes du grand mufti marseillais al-Laïbi), le dire après coup me semble hors-sujet. Qui a raison ? L'EI ou Salim Laïbi ? La question est sérieusement posée. Nous pensons sincèrement et savons qu'il existe des poches de résistance insoupçonnées dans les communautés musulmanes et qu'elles sont une partie de la solution contre ce « terrorisme hybride », mais elles doivent se manifester : sortir du statu-quo. Comme nous tous.

 

Et oui, le conspirationnisme de manipulation et de contrôle des masses, le complotisme de subversion, ça existe! Mais entre l’explication du phénomène par les médias mainstream dans un but liberticide et sa réfutation à sens-unique par la Dissidence, il n'y a pas de place pour une troisième voie en la matière et donc l'incapacité de traiter ce qui est un véritable problème... Et je crois que la jeunesse française, et particulièrement la jeunesse française d'origine étrangère et de confession musulmane, est très influencée par les « théories du complot » dans lesquelles elle trouve une réponse unique et exclusive aux événements et aux problèmes de société qu'elle rencontre sur son chemin comme tout un chacun ; une sorte d'extension à la culture de l'excuse. En somme, le complotisme est un nihilisme quand il devient un littéralisme au sens religieux. Cette dérive littéraliste des théories du complot l'est doublement quand celles-ci sont surinterprétées par un corpus islamique à qui on reproche souvent ce travers du littéralisme.

 

En effet, depuis le 11 Septembre 2001, nous bombardons internet de théories dissidentes plus ou moins sérieuses et plus ou moins vérifiées – que l'on est pas obligé de confondre avec les théories du complot à l'emporte pièce, mais internet est un supermarché idéologique, et par absence d'une théorie politique, d'une méthode philosophique, beaucoup de dissidents mettent des théories inégales sur un même plan, on pourrait parler de syncrétisme des théories –, pourtant, nous n'avons finalement que très peu d'influence sur nos concitoyens qui tapent plutôt dans le « tous pourris » que dans quelque chose qui approcherait une quelconque « dissidence », ça se vérifie sur le terrain. Il doit y avoir des dizaines d’explications à cela, mais l'on pourrait simplement commencer par dire que si nous sommes sur internet, les services et la manipulation le sont aussi, ainsi que l'on ne peut pas demander à une personne normale de trier et d’interpréter toute cette information-désinformation-réinformation, que la plupart des gens dans une pseudo-démarche de vérité restent des spectateurs et des consommateurs quoiqu'ils en disent, qu'ils s’intéressent aux aspects les plus sensationnels des théories du complot, aux vidéos plutôt qu'aux textes, aux articles courts plutôt qu'aux livres, qu'ils ne se rendent pas compte que leurs positions véhiculent des idéologies, qu'ils reprennent les arguments les plus superficiels pour les hisser en vérités, tout ce qui justifie ou relativise leurs échecs ou normalité, ou qui leur donne une excuse pour ne pas prendre de décision, pour ne pas trancher, ne pas réussir... Pour ne pas choisir entre eurasisme et atlantisme qui est le choix géopolitique ultime. Pour ne même pas arriver jusqu'à ce choix.

 

Qu'est-ce qui « prépare le terrain » à la « radicalisation rapide » et le passage à l'acte ultra-violent ?

 

De mon point-de-vue, je ne sais pas si le « terroriste » est manipulé, ou indépendant, ou les deux simultanément, ou s'il y a une tierce vérité, je n'ai pas de preuves tangibles et irréfutables des liens entre les services et l’exécutant de l’attentat de Nice par exemple ; là où il n'y a aucun doute pour Mohammed Merah... Et même si tous les attentats sont des attaques sous faux drapeau, ce dont je doute, on ne peut pas se contenter d'intuitions pour analyser une situation inédite et il faut prendre en compte l'opinion publique. Je suis conscient que nous avons plus que des intuitions mais nos prérequis idéologiques ne sont pas ceux de nos compatriotes...

 

Par anticipation, nous devons prendre en considération les nouvelles formes d'aliénations liées à internet et qui perturbent la jeunesse, à quoi elle passe ses temps libres, ses heures buissonnières, ses heures chômées, ce qu'elle absorbe, je n'ai pas de chiffres sous les yeux sur le décrochage scolaire et les jeunes chômeurs, mais je crois qu'il y en a quelques uns, et ils passent bien leur temps à quelque chose. Cela implique qu'il faille s'immerger  dans le monde des réseaux sociaux et des nouvelles applications. Aussi, regarder l'utilisation faite des réseaux sociaux par la petite et moyenne délinquance – qui mélange diverses classes sociales –, la « délinquance mondaine » connectée et augmentée, et particulièrement, apporter beaucoup d'attention au phénomène de la mise-en-scène du « clash » (et de la « défiance », de la « menace » en direct) entre « rappeurs/dealers/branleurs » et leurs tribus respectives, sur youtube et périscope, de l'exposition pour l'exposition, suivant parfaitement la règle de l'art comptant pour rien. Ces « tribus » baignent dans une illégalité et une impunité quasi totales et sur lesquelles elles ne peuvent prendre aucun recul prenant ceci pour un jeu quand tout les y incite – sans se poser la question de savoir pourquoi on les laisse aller aussi loin ou en étant parfois très conscientes de ce laisser faire. C'est la télé-réalité du sous-prolétariat et d'une sous-culture (et d'une petite bourgeoisie agissante) organisant son petit buzz, pour le placement de produits manufacturés et la reconnaissance de la rue, de la Rue qui n'existe plus, ce phénomène peut être facilement relié au fameux « quart d'heure de célébrité » d'Andy Warhol – qui a un certain lien avec la culture hip-hop. Ce phénomène dépasse ce qu'on pourrait appeler un effet de mode, quelque chose de passager, mais qui au contraire s'enracine et semble être très addictif, à des niveaux quasi physiologiques, de recherche d'autorité et besoin de reconnaissance, certes, de l'addiction à l'écran, mais au-delà de la lobotomie et du conditionnement, ces personnes sont, à mon sens, en pleine restructuration mentale à travers un nouveau langage binaire et anti-dualiste, en pleine désensibilisation/hypersensiblisation, ajoutez-y les drogues qui vont avec, sans omettre la montée en puissance d'un tel phénomène qui a l'air d'occuper beaucoup de gens, et d'autres, qui ressurgit sous la forme d'un « toujours plus » au niveau individuel et de la « guerre de tous contre tous » au niveau collectif, et vous obtenez des bombes à retardement, pour le moins des dépressifs. Pendant ce temps-là, nos trentenaires s'engagent dans les troupes de Pokemon Go : attrapez-les tous... Cette exposition de la vie privée et illicite sur internet prive de toute dignité et empêche même de la recouvrir un jour si l'on voulait « passer à autre chose », l'on traînera toujours les casseroles de cette exposition ridicule, plongeant cette cour des miracles dans une fuite en avant vers on ne sait où mais qui fera plouf, peut-être vers une forme de « terrorisme hybride » finalement, sa prochaine évolution ? Évolution qu'il serait peut-être utile d'anticiper puisque les profils s'élargissent au fur et à mesure des attentats, mais nous en reparlerons au moment d'aborder ce qu'est l' « État Islamique » et la violence dans la post-modernité en intégrant déjà le fait que le terrorisme hybride ouvre trois théâtres d'opérations : ici, là-bas et sur internet... Mais qui et quoi font du mal à qui et à quoi finalement ?

 

Il faut noter que le Rap, comme tout art, même si on lui dénie ce titre, a sa part prophétique – et de responsabilité bien entendu – et que quelques rappeurs ont annoncé, à leur façon et à certaines époques, ce phénomène d'hybridation... Ils étaient et sont de plus en plus inaudibles dans le brouhaha du Rap Game, (je vous parle d'archéologie) davantage si l'on ne connaît et ne reconnaît pas cette contre-culture devenue sous-culture, aussi à cause de codes et d'un « argot » particuliers, bref, d'un point de vue sociologique et sans parler musique c'est un tort de ne pas appréhender le phénomène plein et entier depuis sa création pour comprendre le pays réel, parce que cette « animation » a plus de 20 ans, et Mathias Cardet n'a fait qu'ouvrir le bal, c'est un peu le néo de la matrice R.A.P ! Le Rap a quelque chose de paradoxal dans sa parole et ses actes, entre narcissisme et générosité, anticipation du phénomène d'hybridation et participation à sa création. Que l'on aime ou pas le Rap, c'est la bande-originale de la génération sacrifiée qui peut exciter et apaiser. Mais le Rap, sur la longue durée, aura fait plus de mal que de bien, et enracine la jeunesse dans ses ténèbres les plus sombres... Encadré par l'antiracisme institutionnel avec des figures de style imposées (telles les estocades contre « la France raciste » incarnée dans l’imaginaire collectif par le Front National), le monde du Rap n'est pas ignorant du concept de la récupération politique, et, malgré ses tabous et ses dénis, il faut entrevoir que si l'accent est mis sur le Front National, la plupart des groupes plus ou moins influents mettent tous les partis et hommes politiques dans le même sac. Le Rap est mort. Vive la Mort ! Mais le Rap aura aussi été, à une époque très lointaine aujourd'hui, un cri à l'assimilation, à la volonté politique sans le bagage intellectuel qui allait avec, j'en conviens , une alarme sur la crise du déracinement et ce qu'elle produisait et produirait sur les populations, etc... Ça n'est pas des chansons ou les relayer qu'il faut faire, c'est acter officiellement et symboliquement la réconciliation offensive de toutes les dissidences/résistances/défiances sur base d'une charte explicite, fut-elle temporaire, et signée par des leaders objectifs et des intellectuels représentatifs comme Alain Soral, Julien Rochedy et Kerry james, par exemple. Ou alors, autant tout arrêter et éviter d'envenimer la situation avec une dissidence spéculative, antiraciste et à sens unique, qui à force de renoncements, pour des raisons de survie qui peuvent se comprendre, produit l'effet inverse que ce qu'elle recherche, et va se priver de forces. La crise que nous traversons est un révélateur des intentions réelles et des limites de chacun. Si ça doit mal se passer ça se passera mal de toutes façons et plus on attend plus ça fera mal, s'il y a un espoir de quoique cela soit, c'est maintenant qu'il faut tenter de mettre nos théories en pratique, ou de se taire à tout jamais. Entre la réconciliation à tout prix et la remigration mal comprise il y a la « Révolution conservatrice » ; traditionnelle et primordiale. Le rap conscient a perdu la guerre idéologique sur le terrain du Rap qui est devenu le terrain de jeu unique et exclusif du rap game. Continuer à le combattre sur le terrain de l'industrie du disque, des clips et de la promotion sur internet, ce qui est devenu une chasse gardée et bien gardée, revient à remettre ceux qui chercheraient à s'émanciper dans ses griffes, le meilleur service que les rappeurs conscients puissent rendre aux leurs, c'est de disparaître de ce game et de renaître en politique. Le combat continue, oui, mais le combat est ailleurs.

 

La « collusion » rap/drogue/banditisme/religion/multiculturalisme/internet forme un vecteur de « perturbation » qu'il ne faut pas ignorer, et je suis légitime pour en parler, je sais de quoi je parle parce que je l'observe depuis toujours, parce que je viens, proviens, reviens et préviens de cette « ambiance », qui même sans rupture significative des habitudes – et j'expliquerai pourquoi dans une autre partie : pourquoi il est dangereux pour notre propre combat de tout mélanger – peut basculer vers une forme de violence, ne serait-ce que contre soi-même, assez justifiée dans l'absolu si l'on se réfère aux théories du complot mal digérées ou à la dissidence bien comprise, l’ambiguïté de la vérité, n'est-ce pas ? L'ennui, c'est que nous, on finit toujours le travail pour lequel on nous paie (faut rigoler) ! Attention, je ne dis pas que ça aboutit nécessairement à l'ultra-violence, au terrorisme, rarement, jamais, ça s'appelle la précarité, la plupart du temps ça passera avec un travail, éclatera en fou rire, s'arrêtera avec une vie de famille ou avec la prison... D'ailleurs, aucun de mes camarades, qu'ils soient « arabo-musulmans » ou « européens », qui baignent de près ou de loin dans le milieu du rap et de la « délinquance mondaine » où l'bourgeois blanc va s’encanailler ne sont des préposés au « djihad daeshien », ni de près ni de loin, pas d'éloges de l'EI, ça n'est pas leur sujet, pour eux, ils ne mélangent pas leur mode de vie et l'islam, au plus excessif, ils sont sur la théorie de base de l'ingérence occidentale, et tout ça c'est loin.

 

Sur le terrain, (plutôt, sur mon terrain) mon propre développement ne tient pas tout à fait la route, pour la « radicalisation » et le passage à l'acte, il y a quelque chose en plus que nos vies de merde (ou que je ne vois pas) que je partage avec mes camarades. « Nos vies de merde » qui mèneront plus vite à une révolution sociale qu'au terrorisme, à la guerre civile, à la violence gratuite. Mais je suis obligé de dire que c'est parfois plus vicieux sans quoi je ne serais pas tout à fait honnête. Je m'explique : c'est plus vicieux à moyen/long terme dans le sens où certains qui ne s'arrêtent pas, qu'une vie de famille n'arrête pas, que la justice n'arrête pas ou que le terrorisme n'arrête pas continuent d'entretenir cette « ambiance » qui participe à la pollution des esprits et brisent des avenirs parallèlement aux manipulations politiques et aux propagandes médiatiques, des situations en zone grise qu'entretiennent nos politiques qui bénéficient de ce laxisme dans les urnes et qui ont intérêts d'acheter la paix sociale parce qu'ils sont responsables de ses situations complexes. Cette « collusion » conditionne génération après génération, parce que nous ne sortons que difficilement de notre condition, et qu'il y a la culture de l'excuse (que perpétue la Dissidence), c'est quelque chose qu'il nous faudra affronter de nous-mêmes, en nous-mêmes et par nous-mêmes habitants et jeunes des banlieues, des cités et des quartiers. Mais globalement, il va falloir chercher ailleurs, ou plus exactement, c'est un autre problème. Je ne crois pas au libre-arbitre mais je crois en un minimum d'auto-détermination, que nous avons toujours au moins deux choix. En cas d'extrême tension entre les communautés, avec des émeutes et des foyers de guerre civile, il est possible, certain, que l'on observera davantage de « radicalisation » et de choix identitaires, mais c'est une projection, on y va, mais on y est pas, et il en faudra encore beaucoup, ce beaucoup pouvant venir d'une fois. Il y a une intelligence subtile des gens de la rue que n'a jamais pu traduire le Rap ou la Dissidence, et il y a tout à fait moyen de parler, par contre, internet peut tout gâcher, tout exacerber.

 

On peut dire que, d'une certaine façon, on est passé de l' « entertainment » avec la télé et les premiers jeux vidéos, à ce qu'on pourrait appeler l' « ambiancement » avec la connexion internet et ses applications, quelque chose de plus malsain, profond, et qui fait plus que de poser un décor momentané, mais qui le fixe. La Dissidence mainstream est un vecteur de fixation de cette ambiance vers des confrontations et non pas un empêchement à celles-ci, il faut qu'elle le sache, qu'elle s'interroge ; qu'elle l'accepte ou non ne m’intéresse pas, on n'en est plus là, les communautés réelles et vivantes m’intéressent plus que les communauté virtuelles déjà mortes. Nous autres, dissidents, devons refuser les processus auto-incapacitants d'où qu'ils viennent et rester critiques de notre propre camp. Je ne sais pas dans quel monde vous vivez, mais dans le mien, quand vous parlez aux ouvriers, aux fonctionnaires et aux indépendants des attentats, et des réactions et commentaires de la « dissidence » sur les attentats, ils sont plus proches du pragmatisme frontiste que de la réconciliation, et considèrent que les dissidents sont des bobos, des chômeurs et des étudiants parisiens déconnectés de la réalité, qui chipotent et ne font « qu'parler sur internet » ; c'que j'en dis...

 

Il faut aussi, dans la même logique, dépasser la question de l'islamophobie qui n'est qu'une continuité de l'antiracisme institutionnel dans ses œuvres, il suffit d'écouter Bande de Francs-Maçons TV pour s'en rendre compte, les musulmans du quotidien n'ont plus de temps à perdre avec ces débats stériles et à venir tenir des propos auto-incapacitants ou de défiance dans les médias. Parce que, quand LLP et Ruth Elkrief sont, à ce propos, sur la même ligne, unis dans le « pas d'amalgame », il y a des questions à se poser sur la limite métapolitique des discours émotionnels qu'il faut avoir l'empathie d'appréhender mais qui ne peuvent en aucun cas diriger nos analyses.

 

Le premier amalgame, grossier, déterminant, est d'englober toute la civilisation européenne et ses peuples en tant qu'Occident pour se défendre de ce dernier ; le pasdamalgamisme est foncièrement une inversion accusatoire et donc un argument contre-productif pour les musulmans, surtout dans ce climat. Le sujet n'est pas précisément là. D'ailleurs, le réflexe identitaire atavique qui est, pour exemple, du point de vue algérien en terre algérienne, une saine réaction, est marginal en France. Comparaison n'est pas raison mais il faut tout de même souligner les contradictions quand on en rencontre une... Ces réactions contradictoires selon le pays où l'on se trouve sur base d'une double nationalité ou d'une origine étrangère désarment les pays non-occidentaux par onde de choc idéologique, par excès d'égalitarisme global des immigrés et fils d'immigrés qui surjouent des pseudo-valeurs républicaines et de Droits de l'homme quand nous voulons les mettre à bas et remettre l’Église au milieu du village.

 

Ça devient gênant de voir des musulmans plus droitdelhommistes que les Droits de l'Homme par Taqiya qui n'est certes pas le bon mot, bien qu'il puisse convenir à un « non-musulman » qui ne fait pas de théologie pour définir ce qu'il ressent d'hypocrisie de la part des communautés musulmanes et qui consiste à un mélange de double allégeance et de double discours, avec pour finalité d'imposer un islam de marché par la guerre culturelle, tranquillement – par la démographie et les urnes, la boucherie hallal et la « Nuit du ramadan », pas du frère Tariq : la fête à Jack –, plutôt que frontalement comme l'EI et ses partisans, il suffit de continuer à voter pour le PS et d'entretenir l'antiracisme... C'est un peu abrupt je sais, mais la logique est limpide et ce n'est pas une fatalité, les musulmans ne sont pas obligés de se reconnaître dans ces positions mais ils ne peuvent pas nier ce fait, il y a une troisième voie... Dans les deux cas, un islam atlantiste, et je l'ai définitivement compris et me le suis figuré en pratique grâce à Salim Laïbi, merci Salim, qui n' « aime » ni al-Baghdadi ni al-Assad, ni Majid Oukasha ni Tariq Ramadan, ni Obama ni Nasrallah, ni Aldo Sterone ni Soral, ni Trump ni Poutine, ni Chalgoumi ni Tareq Oubrou, etc., ça ne sont que des exemples, mais c'est ce ni-ni systématique qui m'a interpellé, (je mens : il aime bien Scady) – et relayer des articles qui mêlent Alain de Benoist, bras cassés du nazionalisme et pédophiles notoires... Dans l'genre amalgame... –, j'avais déjà tiqué sur l'anti-eurasisme de Laïbi – et son incapacité à formuler une vision géopolitique –, mais sans plus puisqu'il n'y connaissait visiblement rien, j'ai ensuite compris que l'on pouvait être à la fois expert en complot judéo-maçonnique et atlantiste, dénoncer le mondialisme et entretenir tous les processus incapacitants qui empêchent de le combattre... Le complotisme hybride... L'hybridation c'est la subversion. La subversion c'est le nihilisme.

 

Le discours sur les amalgames et l'islamophobie, s'il est si important pour la « cohésion nationale », doit prendre des formes concrètes pour être entendu et doit se traduire en acte ; le recueillement étant la moindre des choses ; malheureusement, je ne vois pas beaucoup de musulmans s'en prendre frontalement au « musulmanisme » (comme dirait Monsieur Ahmed Moualek  qu'il faut savoir écouter pour comprendre une certaine « schizophrénie » – mais le mot est peut-être trop fort ? « Dichotomie » ? – des communautés musulmanes et des musulmans). Ce que je vois d'où je suis ne reflète pas la réalité pleine et entière des communautés musulmanes au quotidien, quoiqu'il en soit, si des actes sont posés, nul doute que je serai au courant, du moins je l'espère, j'inciterai mes propres camarades, amis et frères musulmans à penser des réponses qui ne soient pas de la défiance ou de la méfiance, et saurai les apprécier à leur juste valeur, mais jusqu'à présent je ne vois rien, ou pas grand chose, qui va dans ce sens, ni dans les discours ni dans les comportements.

 

Il faut souligner la démission de Monsieur Hocine Drouiche, vice-président de la Conférence des imams de France, qui est pour moi un premier acte, certes symbolique, mais qui va dans le bon sens. Franchement, quand on n'est ni étranger, ni d'origine étrangère et ni musulman, le bourrage de crâne aux « pas d'amalgame » provoque l'amalgame, c'est une forme de dommage collatéral de la guerre culturelle qui n'existe pas. Il faut que les musulmans puissent accepter ces possibilités pour ne pas s'enliser dans un déni de réalité et s'émanciper définitivement de l'antiracisme qu'il soit institutionnel, dissident, complotiste ou musulmaniste.

 

Ce nouveau genre de terrorisme, hybride, serait donc exécuté par des « racailles » expressément « radicalisées », c'est-à-dire – si l'on veut continuer à jouer au sociologue de comptoir et puisque beaucoup de pseudo-prophètes s'autorisent à donner leur avis sans se rendre compte de la dangerosité de leur propre logique à laquelle je vais m’astreindre pour vous montrer où elle mène selon les points de vue – que des « éléments » pratiquants ou non-pratiquants ; occidentalisés ou non ; d'origine ou convertis ; pauvres ou riches ; double nationalité ou non ; bons ou mauvais ; vrais ou faux ; manipulés ou non, on s'en fout , de la communauté ethno-culturelle arabo-musulmane dominant la civilisation islamique, ou proche de cette communauté diversifiée, par confession ou conversion, seraient davantage sensibles à la manipulation que d'autres portions du peuple supportant le même contexte. Dans certains cas, spécifiques et statistiquement restreints, ils pourraient devenir des meurtriers de masse, de manière plus ou moins instantanée, et plus ou moins lié à un « décorum islamique », par effervescence. Que ce phénomène n'est pas prévisible ni même explicable après coup, qu'il n'a strictement aucun lien avec l'islam et la communauté musulmane. Selon une majorité de musulmans qui prennent la parole en ce moment – désolé pour la majorité silencieuse mais c'est ce que le gaulois du quotidien entend globalement, et encore je cherche, d'autres cherchent moins –, je me permets de résumer à ma façon et fais confiance à votre honnêteté : ils vivraient au quotidien un islam de paix et d'amour qui, par ce caractère paisible, ne peut détecter cette violence latente et inconnue jusqu'à présent dans leur portion de monde musulman... Dans cette logique et du point-de-vue d'un non-musulman le « pasdamalgame » s'effondre.

 

Le « pasdamalgame » s'efface car s'il est impossible d'identifier, d'expliquer et de prévenir, du moins essayer, cette violence, de détecter le potentiel passage à l'acte au sein même de la communauté musulmane diversifiée d'où provient, malgré elle, la majorité des exécutants – peu importe les « commanditaires » pour l'instant et que je ne perds pas de vue dans mon développement pour autant –, on ne peut, en tant que non-musulman, qu'« amalgamer » les musulmans et l'islam à ce phénomène si l'on veut se mettre en position défensive, et dans le doute, se méfier. Ainsi le piège de l'antiracisme institutionnel et idéologique se referme implacablement sur qui reprend ses éléments de langage explicitement ou indirectement. La réconciliation au nom de l'antiracisme est le meilleur agent : ou de la soumission totale au Mondialisme via la pression migratoire, ou de la guerre civile, il va falloir apprendre à parler la même langue et de la même chose, éventuellement au même moment, rapidement. La majorité silencieuse ne supporte plus l'antiracisme, et il y a regain, donc exaspération.

 

Un exemple de cette incompréhension dommageable entre gens de bonne volonté est l'intervention de Monsieur Julien Rochedy à propos des attentats de Nice et l'interprétation qui en est faite par deux musulmans anonymes (que je suppose pratiquants), en pseudo-réponse.

 

Les deux vidéos, relayées par E&R (l'intervention de Rochedy succédant au dernier clip de Kerry James, « Racailles » – sorti le 14 Juillet, dénonçant les racailles d'en haut... Ce qui est une superposition subliminale assez cocasse, et sans doute inconsciente de la part de la rédaction, comme un lapsus, pour préparer un débat improbable...), et, les différents commentaires du site et des vidéos, démontrent pour le moins, et à votre appréciation, que personne ne parle la même langue et de la même chose, sans prendre en compte le moment, l'on remarquera aussi une certaine mauvaise foi, toujours les mêmes combines antiracistes d'embourbement du débat entraînant des réactions identitaires etc... Quand on parle « radicalisation », on voit que les renoncements des uns et des autres sont un facteur à ne pas ignorer.

 

Les deux musulmans, clairement dans la défiance, se déresponsabilisent de la situation et s'excluent des propos de Rochedy (qui a dénoncé l' « entrisme américain » à d'autres moments, mais ça n'était pas le sujet de cette vidéo) qu'ils attribuent à un réflexe raciste alors qu'ils sont eux-mêmes français et normalement concernés de près ou de loin par les propos d'un autre français sans autre complexe que d'être patriote et que d'anticiper des problèmes qui se posent ? Mais c'est déjà trop.

 

Je ne crois pas que l'intervention de Rochedy appelait un « droit de réponse ». Et je n'ai pas entendu parler d’effusion de violence significative envers des musulmans, ce qui démontre que la France n'est pas excessivement raciste, pour de mauvaises raisons peut-être, en tout cas son peuple a l’intelligence de ne pas tomber dans le piège de la guerre civile dans lequel la plupart des pays auraient déjà sombré, j’inclue la communauté musulmane au peuple et à son intelligence, pour que cela soit très clair, différentes ethnies et différentes religions peuvent exister (et non coexister!) sur un même territoire même si cela n'est pas idéal, cela n'a jamais posé de problèmes insurmontables quand une monoculture est royalement imposée et impérialement respectée. Guerre de religion, guerre civile, cela n'arrive et ne s'enracine que dans les états faibles et les nations multiculturelles.

 

Ils pourraient en effet entendre les propos de Rochedy autrement et les inclure à leur réflexion métapolitique sur la réalité du terrorisme hybride, comprendre l'interprétation « populaire » et « réactive» de la majorité qui peut être faite de ce terrorisme attribué à l'islam à tort ou à raison, ils disent eux-mêmes qu' « on » essaye de diviser les gens bla bla..., et que cette division peut mener à une guerre civile, et qui dit guerre, dit dommages collatéraux, pour toutes les communautés, Rochedy ne dit pas autre chose, communautés que la République démocratique, laïque et cosmopolite des partis, des loges et des lobbys (qui n'est probablement pas leur régime politique préféré et leur modèle de société idéal) ne reconnaît pas quand Rochedy les reconnaît, juste en passant... On nous demande souvent de ne pas se tromper d'ennemi, on se demande qui se trompe d'ennemi, qui est en retard et qui on attend. Il serait temps d'accepter quelques principes de réalité et quelques critiques sans être dans la défiance systématique et le réflexe antiraciste. Où Rochedy cherche une altérité, il trouve un déni de réalité. Sa deuxième vidéo explicative de la première n'y changera rien... La prochaine étape pour les « manipulateurs », si ceux-ci cherchent à provoquer une guerre civile, sera certainement de frapper la communauté musulmane avec un faux drapeau de la drouate extrême, et l'on verra alors à quel point les communautés musulmanes de France s'intègrent à la communauté nationale ; s'ils iront demander des comptes aux sionistes ou basculeront dans l'émeute.

 

Les musulmans ne peuvent pas demander aux non-musulmans de les croire sur parole, surtout quand ils usent et abusent des éléments de langage connus et reconnus de l'antiracisme institutionnel pour défendre l'islam, et qu'ils refusent d'entendre les inquiétudes justifiées des français de souche. La oumma ne réussit pas à éradiquer le faux et le mauvais islam en terre d'islam, , et nous dit qu'on ne peut prévenir son action terroriste sur le sol français, que c'est la seule et unique création de l'Occident, et qu'ils sont donc impuissants, que quelque part, « on » le mérite... Admettons tout cela, mais quand nous voulons prendre les choses en main et par extension devoir pratiquer un peu d'entrisme, toute autre solution que l'attentisme et la sidération devient raciste, puisqu'il n'y a pas de solutions, même évoquer d'autres pistes que les théories du complot monomaniaques devient impossible, ce qui les exempt de se confronter à cet islam dévoyé et son terrorisme hybride, c'est-à-dire à s'opposer idéologiquement et physiquement aux partisans de l'EI qui encombrent le véritable islam et qu'ils ne croisent donc jamais au sein de leur communauté ? Je crois que ça n'est pas vrai, et qu'ils peuvent faire quelque chose contre la mauvaise orientation de l'EI, contre l'orientation atlantiste des groupes influents de la oumma islamia. Qui ne dit mot consent.

 

Les commanditaires atlantistes du terrorisme daeshien, plus exactement, leurs représentants politiques au sein des partis, des loges et des lobbys en France et à Bruxelles, n'ont également rien à craindre de la communauté musulmane républicaine, démocrate, laïque et cosmopolite française qui par antiracisme lutte contre le Front National et favorise l'immigration massive qui déstabilise l’équilibre fragile entre les communautés nationales. Front National qui est, dans le cadre démocratique imposé, le seul parti capable de tancer les représentants du mondialisme co-responsables de ce terrorisme hybride aux prochaines élections, et cela même si le Front National n'est pas parfait. L'abstention est un choix honorable et une solution si on la rend active, mais si c'est pour voter contre Marine Le Pen au deuxième tour, c'est de l'hypocrisie. Si j'étais français et musulman, que je n'avais rien à me reprocher au niveau de mes allégeances, je voterais pour le Front National en 2017 ; que l'on aborde enfin la question de la Souveraineté de la France, et de sa politique étrangère, l’intérêt n'étant pas de voter FN pour voter FN mais d'ouvrir de vrais débats, mais je suis belge et je ne suis pas musulman... Néanmoins, il ne faut pas être français et musulman pour savoir que la France et sa mission ont une partie de la solution vers un monde multipolaire. (Je ne suis pas partisan de l'idéologie néo-souverainiste qui « gâche » l'eurasisme : le Grand Gaullisme, mais c'est un autre sujet que j'ai de nombreuses fois essayé d'aborder dans d'autres textes...)

 

Ma conclusion temporaire est que l'hybridation commence exactement à l'endroit du déracinement et du multiculturalisme.

 

Que le problème de la religion est secondaire et que le problème prioritaire est l'immigration.

 

Que notre ennemi est toujours l'Atlantisme ; sous toutes ses formes.

 

Que la stratégie de l'évitement de la Dissidence qui consiste à développer un nouvel antiracisme de secours pour contourner la guerre civile parallèlement aux durcissements des positions identitaires dans le pays réel, qu'elle ignore ou valide officieusement, est de l'ordre d'une contradiction insoluble qui ne relève d'aucune intelligence stratégique mais qui est le fruit d'une subversion dans nos rangs, et je pèse mes mots. Notre constat d'échec est qu'après quinze ans de Dissidence (ce qui relativise notre influence), une portion significative de la communauté musulmane supporte toujours les républicains et les démocrates atlantistes. La communauté musulmane qui, quand elle vote, vote majoritairement pour le PS, pour le Parti Sioniste...

 

Que l'on sous-estime le rôle d'internet : du complotisme nihiliste ; de l'illusion de la liberté d'expression qui est une entreprise de fichage à l'échelle mondiale  ; du nouveau journalisme de réinformation contre l'ancien journalisme de désinformation qui offrent un nouveau spectacle journalistique et qui forment les nouvelles troupes d'occupation mentale ; des processus auto-incapacitants et des dissonances cognitives induits par l'hyperactivité cybernétique des dissidences connectées et augmentées ; et, surtout, de notre manque d'auto-critique, dans notre incapacité collective à développer une théorie politique, qui répond à nos constats et nos inquiétudes, et faire mouvement. « Faire mouvement » au-delà du corpus spéculatif des articles, vidéos et conférences qui ne devaient être qu'un début, mais il faut préciser que les têtes d'affiche ne sont pas responsables du manque de travail des militants.

 

Que s’inquiéter n'est plus suffisant ; ni pour les européens, ni pour les français, ni pour les identitaires, ni pour les dissidents, ni pour les musulmans, et que pour éviter la guerre civile il faut parler et débattre sans défiance et provocation tout en se confrontant aux atlantistes avec tous les moyens légaux, il faut joindre les deux bouts...

 

à suivre : De l'Hybridation (Partie 3 – B) Identité chimérique) article précédent : De l'Hybridation (Partie 1 - Avant-propos)

 

Pendragon

 

20/04/2016

Aspects pratiques des convergences eurasiennes actuelles (Robert Steuckers)

Source : Le Blog de Robert Steuckers

 

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Conférence prononcée par Robert Steuckers pour les « Deuxièmes journées eurasistes » de Bordeaux, 5 septembre 2015

 

Bonjour à tous et désolé de ne pouvoir être physiquement présent parmi vous, de ne pouvoir vous parler qu’au travers de « Skype ».

 

 Je vais essentiellement vous présenter un travail succinct, une ébauche, car je n’ai que trois quarts d’heure à ma disposition pour brosser une fresque gigantesque, un survol rapide des mutations en cours sur la grande masse continentale eurasiatique aujourd’hui. Je ne vous apporterai ce jour qu’un squelette mais vous promets simultanément un texte bien plus étoffé, comme ce fut d’ailleurs le cas après les « journées eurasistes » d’octobre 2014 à Bruxelles. 

 

L’incontournable ouvrage du Professeur Beckwith

 

Lors de ces premières rencontres eurasistes de Bruxelles, tenues dans les locaux du vicariat à deux pas de la fameuse Place Flagey, je me suis concentré sur les grandes lignes à retenir de l’histoire des convergences eurasiatiques, en tablant principalement sur l’ouvrage incontournable, fouillé, du Professeur Christopher I. Beckwith de l’Université de Princeton. Pour le Prof. Beckwith, la marque originelle de toute pensée impériale eurasienne vient de la figure du Prince indo-européen, ou plutôt indo-iranien, qui émerge à la proto-histoire, un Prince qui a tout le charisme et l’exemplarité nécessaires, toutes les vertus voulues, pour entraîner derrière lui une « suite » de fidèles, un « comitatus », comme l’attestent d’ailleurs la figure mythologique du Rama védique et celle de Zarathoustra, fondant ainsi une période axiale, selon la terminologie philosophique forgée par Karl Jaspers et reprise par Karen Armstrong. Le Prince charismatique et son « comitatus » injectent les principes fondamentaux de toute organisation tribale (essentiellement, au départ, de peuples cavaliers) et, par suite, de tout organisation territoriale et impériale, ainsi que le montre le premier empire de facture indo-européenne sur le Grand Continent eurasiatique, l’Empire perse. Ce modèle est ensuite repris par les peuples turco-mongols. Cette translatio au profit des peuples turco-mongols ne doit pas nous faire oublier, ici en Europe, le « droit d’aînesse » des peuples proto-iraniens. 

 

J’espère pouvoir aborder la dimension religieuse des convergences eurasiatiques lors de futures rencontres eurasistes, en tablant sur des œuvres fondamentales mais largement ignorées dans nos contextes de « grand oubli », de « grand effacement », car nous savons, depuis les travaux de feue Elisabeth Noelle-Neumann que le système dominant procède par omission de thématiques dérangeantes pour n’imposer que du prêt-à-penser, pour ancrer l’oubli dans les masses déboussolées. Parmi ces œuvres à ré-explorer, il y a celle de l’explorateur et anthropologue italien Giuseppe Tucci, dont Payot avait jadis publié l’immense travail sur les religiosités d’Asie centrale, sur les syncrétismes du cœur de l’Asie. Ceux-ci ont émergé sur un socle shamaniste, dont toutes les variantes du bouddhisme, surtout au Tibet, en Mongolie, dans les confins bouriates, ont gardé des éléments clefs. Le « Baron fou », Fiodor von Ungern-Sternberg, commandeur de la division de cavalerie asiatique du dernier Tsar Nicolas II, était justement fasciné par cette synthèse, étudiée à fond par Tucci. Ensuite, comme le préconise Claudio Mutti, le directeur de la revue de géopolitique italienne Eurasia, une relecture des travaux de Henry Corbin s’avère impérative : elle porte sur les traditions avestiques, sur le culte iranien de la Lumière, sur la transposition de ce culte dans le chiisme duodécimain, sur l’œuvre du mystique perse Sohrawardî, etc. Mutti voit en Corbin le théoricien d’une sagesse eurasiatique qui émergera après l’effacement des religions et confessions actuelles, en phase de ressac et de déliquescence. Le culte de la Lumière, et de la Lumière intérieure, du Xvarnah, de l’auréole charismatique, également évoquée par Beckwith, est appelé à prendre la place de religiosités qui ont lamentablement basculé dans une méchante hystérie ou dans une moraline rédhibitoire. L’avenir ne peut appartenir qu’à un retour triomphal d’une religiosité archangélique et michaëlienne, au service de la transparence lumineuse et du Bien commun en tous points de la planète. 

 

Aujourd’hui, cependant, je me montrerai plus prosaïque, davantage géopolitologue, en n’abordant que les innombrables aspects pratiques que prennent aujourd’hui les convergences eurasiatiques. Les initiatives sont nombreuses, en effet. Il y a la diplomatie nouvelle induite par la Russie et son ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov ; il y a ensuite les initiatives chinoises, également diplomatiques avec la volonté d’injecter dans les relations internationales une manière d’agir qui ne soit pas interventionniste et respecte les institutions et les traditions des peuples autochtones, mais surtout la volonté de créer de multiples synergies en communications ferroviaires et maritimes pour relier l’Europe à la Chine. Ensuite, l’Inde, sans doute dans une moindre mesure, participe à ces synergies asiatiques. Le groupe des BRICS suggère un système bancaire international alternatif. L’ASEAN vise à annuler les inconvénients de la balkanisation de l’Asie du Sud-est, en cherchant des modes de relations acceptables et variés avec la Chine et, parfois, avec l’Inde ou la Russie. 

 

D’Alexandre II à Poutine

 

Pour le dire en quelques mots simples, la Russie actuelle cherche à retrouver la cohérence du règne d’Alexandre II, qui avait tiré les conclusions de la Guerre de Crimée lorsqu’il avait accédé au trône à 37 ans, en 1855, alors que cette guerre n’était pas encore terminée. La Russie de Poutine et de Lavrov rejette en fait les facteurs, toujours présents, toujours activables, des fragilités russes du temps de Nicolas II et de la présidence d’Eltsine, période de la fin du XXe siècle que les Russes assimilent à une nouvelle « Smuta », soit à une époque de déliquescence au début du XVIIe siècle. L’idée de « smuta », de déchéance politique totale, est une hantise des Russes et des Chinois (leur XIXe siècle, après les guerres de l’opium) : pour les Européens de l’Ouest, la « smuta » première, c’est l’époque des « rois fainéants », des mérovingiens tardifs et les historiens, dans un avenir proche, considèreront sans nul doute l’Europe des Hollande, Merkel, Juncker, etc., comme une Europe affligée d’une « smuta » dont les générations futures auront profondément honte. 

 

Aujourd’hui, les risques auxquels la Russie est confrontée restent les mêmes que du temps de la guerre de Crimée ou du règne de Nicolas II. Elle est en effet tenue en échec en Mer Noire malgré le retour de la Crimée à la mère-patrie : l’OTAN peut toujours faire jouer le verrou turc. Elle est menacée dans le Caucase, où elle avait soumis les peuples montagnards après des campagnes extrêmement dures, très coûteuses en hommes et en matériels. Sous Alexandre II, elle franchit la ligne Caspienne-Aral pour s’avancer en direction de l’Afghanistan : cette marche en avant vers l’Océan Indien s’avère pénible et Alexandre II prend parfaitement conscience des facteurs temps et espace qui freinent l’élan de ses troupes vers le Sud. Le temps des campagnes doit être réduit, les espaces doivent être franchis plus vite. La solution réside dans la construction de chemins de fer, d’infrastructures modernes. 

 

Des ONG qui jouent sur tous les registres de la russophobie

 

La réalisation de ces projets de grande ampleur postule une modernisation pratique et non idéologique de la société russe, avec, à la clef, une émancipation des larges strates populaires. Le nombre réduit de la classe noble ne permettant pas le recrutement optimal de cadres pour de tels projets. Dès 1873, dès l’avancée réelle des forces du Tsar vers l’Afghanistan donc potentiellement vers le sous-continent indien, clef de voûte de l’Empire britannique dans l’Océan Indien, dit l’« Océan du Milieu », commence le « Grand Jeu », soit la confrontation entre la thalassocratie britannique et la puissance continentale russe. De 1877 à 1879, la Russie prend indirectement pied dans les Balkans, en tablant sur les petites puissances orthodoxes qui viennent de s’émanciper du joug ottoman. Entre 1879 et 1881, la Russie d’Alexandre II est secouée par une vague d’attentats perpétrés par les sociaux-révolutionnaires qui finiront par assassiner le monarque. La Russie faisait face à des révolutionnaires fanatiques, sans nul doute téléguidés par la thalassocratie adverse, tout comme, aujourd’hui, la Russie de Poutine, parce qu’elle renoue en quelque sorte avec la pratique des grands projets infrastructurels inaugurée par Alexandre II, doit faire face à des ONG mal intentionnées ou à des terroristes tchétchènes ou daghestanais manipulés de l’extérieur. Alexandre III et Nicolas II prennent le relais du Tsar assassiné. Nicolas II sera également fustigé par les propagandes extérieures, campé comme un Tsar sanguinaire, modèle d’une « barbarie asiatique ». Cette propagande exploite toutes les ressources de la russophobie que l’essayiste suisse Guy Mettan vient de très bien mettre en exergue dans Russie-Occident – Une guerre de mille ans. Curieusement, la Russie de Nicolas II est décrite comme une « puissance asiatique », comme l’expression féroce et inacceptable d’une gigantomanie territoriale mongole et gengiskhanide, alors que toute la littérature russe de l’époque dépréciait toutes les formes d’asiatisme, se moquait des engouements pour le bouddhisme et posait la Chine et son mandarinat figé comme un modèle à ne pas imiter. L’eurasisme, ultérieur, postérieur à la révolution bolchevique de 1917, est partiellement une réaction à cette propagande occidentale qui tenait absolument à « asiatiser » la Russie : puisque vous nous décrivez comme des « Asiates », se sont dit quelques penseurs politiques russes, nous reprenons ce reproche à notre compte, nous le faisons nôtre, et nous élaborons une synthèse entre impérialité romano-byzantine et khanat gengiskhanide, que nous actualiserons, fusionnerons avec le système léniniste et stalinien, etc. 

 

Pour affaiblir l’empire de Nicolas II, en dépit de l’appui français qu’il reçoit depuis la visite d’Alexandre III à Paris dans les années 1890, l’Angleterre cherche un allié de revers et table sur une puissance émergente d’Extrême-Orient, le Japon, qui, lui, tentait alors de contrôler les côtes du continent asiatique qui lui font immédiatement face : déjà maître de Taiwan et de la Corée après avoir vaincu la Chine déclinante en 1895, le Japon devient le puissant voisin tout proche de la portion pacifique de la Sibérie désormais russe. Londres attisera le conflit qui se terminera par la défaite russe de 1904, face à un Japon qui, suite à l’ère Meiji, avait réussi son passage à la modernité industrielle. Les navires russes en partance pour le Pacifique n’avaient pas pu s’approvisionner en charbon dans les relais britanniques, au nom d’une neutralité affichée, en toute hypocrisie, mais qui ne l’était évidemment pas... 

 

Le Transsibérien bouleverse la donne géostratégique

 

Les troupes russes au sol, elles, s’étaient déplacées beaucoup plus rapidement qu’auparavant grâce aux premiers tronçons du Transsibérien. L’état-major britannique est alarmé et se rappelle du coup de bélier des armées tsaristes contre la Chine, lorsqu’il s’était agi de dégager le quartier des légations à Pékin, lors du siège de 55 jours imposé aux étrangers, suite à la révolte des Boxers entre juin et août 1900. Le géographe Sir Halford John Mackinder énonce aussitôt les fameuses théories géopolitiques de la dialectique Terre/Mer et de la « Terre du Milieu », du « Heartland », inaccessible à la puissance de feu et à la capacité de contrôle des rimlands dont disposait à l’époque la puissance maritime anglaise. Le Transsibérien permettait à la Russie de Nicolas II de sortir des limites spatio-temporelles imposées par le gigantisme territorial, qui avait, au temps des guerres napoléoniennes, empêché Paul I de joindre ses forces à celles de Napoléon pour marcher vers les Indes. Henri Troyat explique avec grande clarté à ses lecteurs français tous ces projets dans la monographie qu’il consacre à Paul I. De même, la Russie avait perdu la Guerre de Crimée notamment parce que sa logistique lente, à cause des trop longues distances terrestres à franchir pour fantassins et cavaliers, ne lui avait pas permis d’acheminer rapidement des troupes vers le front, tandis que les navires de transport anglais et français pouvaient débarquer sans entraves des troupes venues de la métropole anglaise, de Marseille ou d’Algérie. L’élément thalassocratique avait été déterminant dans la victoire anglo-française en Crimée. 

 

La Russie de Nicolas II, bien présente en Asie centrale, va dès lors, dans un premier temps, payer la note que les Britanniques avaient déjà voulu faire payer à Alexandre II, le conquérant de l’Asie centrale, assassiné en 1881 par une bande de révolutionnaires radicaux, appartenant à Narodnaïa Voljia. La Russie d’Alexandre II pacifie le Caucase, le soustrayant définitivement à toute influence ottomane ou perse, donc à toute tentative anglaise d’utiliser les empires ottoman et perse pour contribuer à l’endiguement de cette Russie tsariste, conquiert l’Asie centrale et affirme sa présence en Extrême-Orient, notamment dans l’île de Sakhaline. Au même moment, les marines passent entièrement des voiles et de la vapeur (et donc du charbon) au pétrole. La Russie détient celui de Bakou en Azerbaïdjan. La possession de cette aire sud-caucasienne, la proximité entre les troupes russes et les zones pétrolifères iraniennes fait de la Russie l’ennemi potentiel le plus redoutable de l’Angleterre qui, pour conserver l’atout militaire majeur qu’est sa flotte, doit garder la mainmise absolue sur ces ressources énergétiques, en contrôler une quantité maximale sur la planète. 

 

L’assassinat de Stolypine

 

Comme le danger allemand devient aux yeux des Britannique plus préoccupant que le danger russe,  ­ -parce que la nouvelle puissance industrielle germanique risque de débouler dans l’Egée et en Egypte grâce à son alliance avec l’Empire ottoman moribond-  l’Empire de Nicolas II est attiré dans l’alliance franco-anglaise, dans l’Entente, à partir de 1904. Stolypine, partisan et artisan d’une modernisation de la société russe pour faire face aux nouveaux défis planétaires, aurait sans doute déconstruit progressivement et habilement le corset qu’impliquait cette alliance, au nom d’un pacifisme de bon aloi, mais il est assassiné par un fanatique social-révolutionnaire en 1911 (les spéculations sont ouvertes : qui a armé le bras de ce tueur fou ?). Stolypine, qui aurait pu, comme Jaurès, être un frein aux multiples bellicismes qui animaient la scène européenne avant la Grande Guerre, disparaît du monde politique sans avoir pu parachever son œuvre de redressement et de modernisation. La voie est libre pour les bellicistes russes qui joindront leurs efforts à ceux de France et d’Angleterre. Ce qui fait dire à quelques observateurs actuels que Poutine est en somme un Stolypine qui a réussi. 

 

Dès que la Russie s’ancre plus solidement dans l’Entente, la propagande hostile à Nicolas II, orchestrée depuis Londres, fait volte-face : le Tsar cesse d’un coup d’être un abominable monarque sanguinaire et devient, comme par miracle, un empereur bon, paternel, qui aime ses sujets. Staline connaîtra un destin similaire : horrible boucher sanguinaire pour ses purges des années 1930, « bon petit père des peuples » pendant la seconde guerre mondiale, tyran antidémocratique dès que s’amorce la guerre froide. Avant Orwell, Lord Ponsonby décortiquera les mécanismes de cette propagande bien huilée, capable de changer de cap, de désigner comme ennemi l’ami d’hier et vice-versa, exactement comme dans l’Oceania de Big Brother. La Russie entre dans la Grande Guerre aux côtés des autres puissances de l’Entente : ce sera sa perte. Dmitri Merejkovski l’avait prévu. Les analyses de Soljénitsyne abondent également dans ce sens. L’affaire désastreuse des Dardanelles, voulue par Churchill en 1915, avait pour objectif inavoué d’arriver à Constantinople avant les Russes et de verrouiller les détroits turcs comme en 1877-78 : la duplicité londonienne ne s’était pas effacée au nom de la fraternité d’armes de 1914. 

 

Au temps des deux « géants rouges »

 

La Russie actuelle, celle de Poutine, entend conserver la cohérence territoriale de l’Union Soviétique défunte mais sans la rigidité idéologique communiste. Le communisme était une « idéologie froide » (Papaioannou) et un « système réductionniste » (Koestler), dont les retombées pratiques s’avéraient désastreuses, notamment sur le plan de la nécessaire autarcie agricole que devrait détenir toute grande puissance de dimensions continentales. Toute puissance de cet ordre de grandeur a pour obligation pratique de maintenir une « cohérence territoriale », de colmater toutes les brèches qui pourraient survenir au fil du temps, que celles-ci soient le fait de dissidences intérieures ou d’une subversion organisée par l’ennemi. Sous d’autres oripeaux que ceux du communisme, Poutine cherche à rétablir les atouts dont disposait l’Union soviétique entre 1949 et 1972, quand elle formait, avec la Chine, un bloc communiste de très grande profondeur territoriale. La Chine maoïste et l’URSS, de Staline à Brejnev, étaient certes des puissances continentales dont l’idéologie officielle était posée comme « progressiste ». Elles ont toutefois été marquées par une régression industrielle et technologique permanente par rapport aux Etats-Unis, au Japon ou à l’Europe occidentale, corroborant la théorie américaine du technological gap. Les développements internes à l’ère communiste ont certes balayé quelques archaïsmes, il faut le reconnaître, mais à quel prix ? Aujourd’hui, la situation est différente. La Chine est à la pointe de nombreuses innovations techniques. Elle est capable de développer des réseaux de chemins de fer performants, de construire des infrastructures aéroportuaires ultra-modernes, de gérer les flux de trafic urbain par d’audacieuses innovations technologiques, de fabriquer des porte-avions à double piste, etc. 

 

Même si on ne peut pas dire que la Russie et la Chine n’ont plus aucun contentieux, le binôme sino-russe tient parce qu’à Moscou comme à Beijing les diplomates savent que le déclin de l’URSS a commencé en 1972 quand Nixon et Kissinger déploient une intense activité diplomatique en direction de la Chine et transforment celle-ci en un allié de revers contre Moscou. 1972, il faut s’en souvenir, a été une année charnière : l’URSS était encerclée, coincée entre l’OTAN et la Chine, son déclin s’est automatiquement amorcé, tandis que la Chine, attelée à cette alliance de facto avec les Etats-Unis, était contrainte d’opter pour un développement continental, soit de tourner le dos au Pacifique, de ne plus y contrarier les intérêts stratégiques américains. Kissinger faisait ainsi d’une pierre deux coups : il affaiblissait la Russie et détournait la Chine maoïste des eaux du Pacifique (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, comme l’attestent les incidents récurrents en Mer de Chine du Sud). 

 

De l’alliance sino-américaine au déclin de l’Union Soviétique

 

Washington consolidait ainsi son hégémonisme planétaire et unipolaire : De Gaulle était mort, l’Allemagne et l’Europe toujours divisées, les stratégistes américains planifiaient déjà la chute du Shah, coupable d’avoir soutenu les revendications des pays producteurs de pétrole et de développer une puissance régionale sérieuse, appuyée par des forces aériennes et navales efficaces, dans une zone hautement stratégique. Pour le monde musulman, 1979, année de la prise du pouvoir par Khomeiny, appuyé par les services américains, britanniques et israéliens dans un premier temps, sera l’année-charnière car, dès ce moment, il sera travaillé par des forces hostiles à l’ordre du monde de type « westphalien », ce qui nous conduira au chaos non maîtrisable que nous connaissons aujourd’hui. Avec ce désordre anti-westphalien sur son flanc sud, Poutine cherche tout simplement un pôle de stabilité alternative, permettant un développement normal de la Fédération de Russie dans un cadre impérial cohérent, combinant in fine les acquis d’Alexandre II ­ -qui avait déclenché le « Grand Jeu »-  et la sécurité stratégique obtenue par l’URSS après la seconde guerre mondiale et surtout à l’époque entre 1949 et 1972, quand la Chine ne dépendait en aucune façon des Etats-Unis et de leurs alliances sur les rimlands d’Eurasie. Cette sécurité, offrant la stabilité, doit aussi se refléter sur les plans religieux et idéologique : la pluralité des confessions ou des approches idéologiques ou, encore, des politiques économiques, ne doit pas nécessairement provoquer des dynamiques centrifuges. Au-delà de tous les clivages établis par l’histoire sur la masse continentale centre-asiatique, la politique générale doit être convergente et ne plus admettre les divergences qui conduisent inexorablement à une « smuta ». Cette volonté de convergence devrait valoir aussi pour l’Europe, au sens le plus strict du terme : cette idée était déjà présente chez le Tsar Alexandre I qui, après les troubles de l’ère révolutionnaire et napoléonienne, avait envisagé une convergence religieuse en Europe, une fusion de l’orthodoxie, du catholicisme et du protestantisme, pour consolider la première ébauche d’union eurasienne qu’était la Sainte-Alliance. 

 

Ukraine et « Corridor 5 »

 

Suite à la petite « smuta » de l’ère eltsinienne, la Russie n’a même pas pu conserver le projet d’une union entre les trois républiques slaves de l’ex-URSS, rêvée par Alexandre Soljénitsyne dès son exil américain. Les forces hostiles à toute union (formelle ou informelle) de l’Eurasie, à toute résurrection de la Sainte-Alliance, aux convergences générées par des communications optimales ont visé l’Ukraine, appelée à se détacher de la symbiose voulue par Soljénitsyne. Deux raisonnements historico-stratégiques ont conduit à cette politique : 

 

1)     l’Ukraine redessinée par Khrouchtchev dans les années 1950 contenait la Crimée, presqu’île dans l’espace maritime pontique sans laquelle la Russie n’a plus aucune projection vers la Méditerranée et ne peut plus être une grande puissance qui compte ;

 

2)     ensuite, l’Ukraine, dans la partie occidentale de la masse continentale eurasiatique, est un espace de transit, que les géopolitologues appellent, en anglais, a gateway region. Pour infliger une paralysie à l’adversaire, il convient en effet de bloquer tout transit en de telles régions, a fortiori si l’on veut bloquer les communications entre les puissances situées de part et d’autre de cet espace de transit. De Cadix à Kiev, l’Europe est traversée par ce qu’il est convenu d’appeler le « Corridor 5 ». A partir de Kiev, ce « corridor », poursuivi, mène en Inde, en Chine et sur les côtes du Pacifique : ce sont les tronçons de l’antique « route de la soie », empruntés par Marco Polo. 

 

Pour toute puissance hégémonique hostile à la fois à la Russie et à l’Europe (centrée autour du pôle industriel allemand), le « Corridor  5 » doit être bloqué en tout lieu où l’on peut réanimer un conflit ancien moyennant les stratégies habituelles de subversion. La subversion de l’Ukraine -au nom de conflits anciens et au bénéfice apparent de forces idéologiques autochtones, ultranationalistes, dont on combat pourtant les homologues partout ailleurs dans le monde-  est par conséquent, un modèle d’école. On a délibérément choisit l’Ukraine parce qu’elle est une zone de transit des gazoducs russes en direction de l’Europe. En transformant l’Ukraine en une zone de turbulences, on oblige Russes et Européens à investir inutilement dans des projets alternatifs, pour contourner un pays désormais hostile, non pas parce qu’il entend défendre ses propres intérêts légitimes, mais, au contraire, parce qu’il veut, en dépit du bon sens, faire triompher les intérêts d’une puissance hégémonique, étrangère aux espaces russe et européen. Le nouveau gouvernement ukrainien se détache de la sorte de l’espace civilisationnel européen dont il fait partie. 

 

Par ailleurs, la subversion, inspirée par certains préceptes de Sun Tzu, vise aussi à anéantir les ressorts traditionnels d’une puissance ennemie : à l’heure des grands médias, cette forme de subversion déploie des spectacles ou des provocations déliquescentes, à l’instar des « pussy riots » ou des « femens ». Ce type d’actions subversives sape les fondements éthiques d’une société, en tablant sur les bas instincts et les carences en discernement du grand nombre, et, partant, détruit la cohésion de la politie, en ruine les structures sociales, les assises religieuses. La Russie de Poutine a veillé à annuler les capacités de nuisance de ces entreprises, fautrices de déliquescence irrémédiable, au grand dam des officines, généralement américaines, qui les avaient activées dans la ferme intention de saper les assises de la société russe et d’ébranler l’édifice étatique de la Fédération de Russie. 

 

Le mythe occidental des « sociétés ouvertes »

 

La Russie de Poutine, comme toute autre Russie qui chercherait à se consolider sur le long terme, doit donc retrouver une stabilité territoriale et géopolitique englobant les atouts de la Russie d’Alexandre II et ceux de l’URSS entre 1949 et 1972, quand la longue frontière centre-asiatique avec la Chine était sécurisée : face à la Chine post-communiste, Poutine ne répétera pas l’hostilité sourde et sournoise de Staline et de ses successeurs à l’égard de la Chine maoïste, en dépit d’une unité idéologique de façade qui faisait parler des deux « géants rouges ». La cohérence qu’il vise, à la fois tsariste et communiste, doit se compléter par une ouverture à d’autres zones de grande importance géostratégique dans le monde, afin de pallier les désavantages énormes que les fermetures communistes avaient entrainés. Dans la dialectique Sociétés ouvertes / Sociétés fermées, imaginée par Karl Popper, les sociétés russe et chinoise d’aujourd’hui optent pour un équilibre entre ouverture et fermeture : elles refusent l’ouverture tous azimuts, préconisée par les tenants du globalisme néolibéral (Soros, etc.) ; elles refusent tout autant les fermetures rigides pratiquées par les communismes stalinien, brejnevien, albanais et maoïste. Ce double refus passe par un retour en Chine à la pensée pragmatique de Confucius (condamné par les nervis maoïstes de la « révolution culturelle » des années 1960) et en Russie à des étatistes pragmatiques et bâtisseurs tels qu’en a connus l’histoire russe de la fin du XIXe siècle à 1914. Cette synthèse nouvelle entre ouverture et fermeture, pour reprendre la terminologie inaugurée par Popper, postule un rejet de l’extrémisme néolibéral, un planisme souple de gaullienne mémoire, une volonté de provoquer la « dé-dollarisation » de l’économie planétaire et de créer une alternative solide au système anglo-saxon, manchestérien et néolibéral. Cette synthèse, que l’on vise mais qui n’a pas encore été réalisée, loin s’en faut, permet déjà de forger des économies hétérodoxes, chaque fois adaptées aux contextes historiques et sociaux dans lesquelles elles sont censées s’appliquer. Disparaît alors la volonté enragée et monomaniaque de vouloir imposer à toutes les économies du monde un seul et même modèle. 

 

Le monde est un « pluriversum »

 

Russes et Chinois espèrent trouver dans le BRICS des cohérences nouvelles dans une diversité bien équilibrée, dans un « pluriversum » apte à respecter la diversité du monde contre toutes les tentatives de l’homogénéiser. Le groupe BRICS constitue une alternative plurielle au système dominant et américano-centré, le monde des Etats n’étant pas un « univers » mais bien un « plurivers » comme le disait le philosophe allemand du politique Bernhard Willms, décédé en 1991, et comme l’affirme aujourd’hui l’analyste géopolitique russe Leonid Savin. La recherche d’une économie hétérodoxe, souple et contextualisée (selon le vocabulaire du MAUSS, « Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales »), correspond aussi à la volonté chinoise de déployer, à l’échelle planétaire, une diplomatie souple, hostile à toute pratique hystérique de l’immixtion, comme celles que préconisent les néo-conservateurs américains, les nouveaux philosophes regroupés peu ou prou derrière le pompon de Bernard-Henri Lévy ou les extrémistes salafistes stipendiés par l’Arabie Saoudite. 

 

La Chine préconise ainsi une diplomatie de la non-intervention dans les affaires intérieures des Etats tiers. La généralisation de ce principe, plus doux et plus pacifique que les modes de fonctionnement occidentaux actuels, devrait conduire à terme à supprimer ces facteurs d’ingérence et de conflits inutiles que sont bon nombre d’ONG américaines : en Chine, elles ne fonctionnent guère, sauf quand elles font appel à des fondamentalistes salafistes du Turkestan chinois, soutenus par les Turcs et les Saoudiens, ou à des sectes pseudo-religieuses farfelues ou quand elles instrumentalisent le Dalaï Lama. La Russie a commencé ce travail de neutralisation des organismes fauteurs de troubles et de guerres en jugulant le travail subversif des ONG d’Outre-Atlantique, considérées à juste titre comme des facteurs de « smuta », et en amorçant le contrôle des médias, de Google, etc. 

 

Le but premier d’un mouvement eurasien serait dès lors de participer à ces nouvelles forces à l’œuvre sur la planète, à favoriser les innovations qu’elles apportent pour nous sortir d’impasses mortifères. 

 

Empêcher le basculement de l’Europe vers la Russie, l’Eurasie, la Chine et l’Iran

 

Mais cette vaste panoplie d’innovations, qui cherchent à s’imposer partout dans le monde, va, bien entendu, provoquer une riposte de l’hegemon. Les conflits d’Ukraine et de Syrie ont été activés par des stratégistes mal intentionnés pour entraver la marche en avant de cet ensemble alternatif, englobant l’Europe. En effet, l’objectif premier des stratégistes de l’hegemon est d’empêcher à tout prix le glissement de l’Europe vers les puissances eurasiennes du groupe BRICS et vers l’Iran. C’est donc en premier lieu vers les zones possibles de connexion entre notre sous-continent et le reste de l’Eurasie que l’hegemon doit agir pour bloquer cette synergie grande-continentale. L’Ukraine avec, notamment, les ports de Crimée, était en quelque sorte l’interface entre la civilisation grecque, puis byzantine, et les voies terrestres vers le centre de l’Asie, l’Inde et la Chine ; elle a gardé cette fonction aux temps médiévaux des entreprises génoises qui demeuraient branchées sur les « routes de la soie » du nord, en dépit des tentatives de blocage perpétrées au Sud et au niveau du Bosphore par les Seldjouks puis par les Ottomans. La façade maritime méditerranéenne du Levant, soit du Liban et de la Syrie actuels, donnait accès aux routes de la soie menant, par la Mésopotamie et l’espace perse, aux Indes et à la Chine. Aujourd’hui, la Chine a développé les capacités de créer des réseaux ferroviaires trans-eurasiens, où les territoires de la Fédération de Russie, du Kazakhstan et de quelques autres anciennes républiques majoritairement musulmanes de l’ex-URSS, servent de jonction entre les deux espaces, l’européen et le chinois, que Leibniz jugeait déjà les « plus élevés en civilisation ». 

 

Les stratégistes mal intentionnés prévoient d’autres blocages dans la zone de connexion entre notre Europe et le reste de l’Eurasie. D’abord il y a la possibilité de créer une zone de turbulences durables, un abcès de fixation, en Transnistrie et en Moldavie, en bloquant tout transit entre l’Ukraine et l’Europe, tandis que le territoire du Donbass empêche déjà toute communication fluide entre l’Ukraine et la Russie du Don, de la Volga et de la Caspienne. Au sud, un général américain, Ben Hodges, commandant de l’OTAN jusqu’en 2014, envisage de soulever le Caucase du Nord en réactivant les conflits russo-tchétchène et russo-ingouche, de façon à troubler l’acheminement des hydrocarbures de la Caspienne et de créer une zone de turbulences sur le long terme entre les territoires russe et iranien. De même, ces stratégistes envisagent de réanimer le conflit russo-géorgien, placé au frigidaire depuis août 2008. Ou de déclencher un nouveau conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour la région du Nagorny-Karabach, ce qui aurait pour effet de bloquer toute liaison territoriale entre la Russie et l’Iran, surtout après le faux dégel entre l’Occident et Téhéran que l’on observe depuis les dernières semaines de l’année 2015. Plus à l’est, les mêmes stratégistes envisagent un projet de « chaotisation complète » de l’Asie centrale post-soviétique. Au départ de l’Afghanistan, ils envisagent de faire pénétrer au Turkménistan, au Tadjikistan, au Kirghizistan voire en Ouzbékistan des éléments fondamentalistes (talibans, partisans d’Al Qaeda, avatars de l’Etat islamique, etc., les golems ne manqueront pas…) qui feront subir à ces pays, s’ils se montrent récalcitrants, le sort de l’Irak ou de la Syrie. Le Turkménistan, riverain de la Caspienne et voisin de l’Afghanistan, pourrait être transformé en une zone de turbulences s’il ne cède pas aux pressions de l’OTAN qui lui fait miroiter une aide économique. Des terroristes afghans, que l’on posera comme « incontrôlables » en dépit de la présence américaine là-bas, passeront la frontière pour semer le chaos dans ce pays qui est un producteur d’hydrocarbures et un riverain de la Caspienne. 

 

Un chaos créé artificiellement

 

Ce chaos créé artificiellement est une application agressive de la stratégie ancienne de l’«endiguement». Non seulement il freinera l’acheminement de matières premières et d’hydrocarbures vers l’Europe mais troublera durablement les voies de communication entre la Russie, l’Inde et la Chine, où un pari possible sur des fondamentalistes pakistanais permettrait aussi de bloquer à nouveau les régions du Cachemire-Jammu et de l’Aksai Chin, ruinant toutes les tentatives d’apaisement entre Beijing et New Delhi, lesquelles avaient toujours été laborieuses. 

 

L’objectif impératif que doivent se fixer les cercles eurasistes, c’est d’œuvrer et de militer pour ne pas que nos contemporains s’embarquent dans de telles manœuvres bellicistes, pour qu’ils soient toujours rétifs aux sirènes des propagandes.  

 

Cependant, saper la cohésion européenne, œuvrer à disloquer les sociétés européennes et à affaiblir ses économies nationales et régionales ne passe pas seulement par l’organisation de conflits à ses frontières (Libye, Donbass, Syrie, Caucase) mais aussi, comme certains faits des années 1990 et 2000 semblent l’attester, de provoquer de mystérieux accidents dans le tunnel du Mont Blanc pour bloquer le « Corridor 5 » (toujours lui !), d’organiser des grèves sauvages pour paralyser les communications dans l’Hexagone et autour de lui, comme en 1995 pour mettre Chirac sous pression afin qu’il abandonne son programme nucléaire  –Jean Parvulesco se plaisait à le signaler et à rappeler les liens anciens entre certains syndicats socialistes français et l’OSS ou la CIA. Aujourd’hui, les clandestins bloquent parfois le tunnel sous la Manche à Calais, avec l’appui d’associations bizarres, se réclamant d’une xénophilie délirante ou d’une forme d’antifascisme fantasmagorique, dont l’objectif ne peut nullement être qualifié de « rationnel ». Est-ce pour rompre les liens entre la Grande-Bretagne et l’Europe ?

 

Cet ensemble de pressions constantes, s’exerçant sur les communications entre l’Europe et le reste de la masse continentale eurasiatique, a pour but essentiel d’empêcher la constitution d’un réseau efficace, la réalisation du vœu de Leibniz : faire de la « Moscovie » le pont entre l’Europe et la Chine. Les actuels projets ferroviaires chinois sont en effet très impressionnants. Le nouveau poids de la Chine, certes relatif, pourrait, estiment les stratégistes américains, provoquer un basculement de l’Europe vers l’Asie. Une telle éventualité a été un jour explicitée par Dominique de Villepin : celui-ci estimait que la concrétisation finale des projets ferroviaires et des routes maritimes envisagées par la Chine offrait potentiellement à la France et aux autres pays européens d’innombrables occasions de forger des accords lucratifs avec la Russie, les pays d’Asie centrale et la Chine dans les domaines des transports et des services urbains. Dans un article des Echos, de Villepin écrivait : « C’est là une tâche qui devrait non seulement mobiliser l’Union Européenne et ses Etats membres mais aussi les autorités locales, les chambres de commerce et les hommes d’affaires pour ne même pas mentionner les universités et les boîtes-à-penser ». Grande sagesse. Et clairement exprimée ! En termes très diplomatiques, de Villepin poursuit : le projet de route de la soie « est une vision politique qui induit les pays européens à renouveler le dialogue avec des partenaires du continent asiatique, permettant de forger, par exemple, des projets souples avec la Russie, notamment pour trouver les fonds nécessaires pour re-stabiliser l’Ukraine. Le lien entre l’Est et l’Ouest doit se maintenir ». Mieux : « Nous avons là une vision économique qui adapte la planification chinoise à la coopération économique internationale. Dans un monde financièrement volatile et instable, il s’avère nécessaire d’opter pour la bonne approche dans les projets à long terme, utilisant des outils nouveaux, de type multilatéral ». 

 

Le grand projet OBOR des Chinois

 

La Chine envisage l’émergence de six corridors économiques, à replacer dans un projet plus vaste, baptisé OBOR (« One Belt, One Road » - soit « Une ceinture (maritime), Une route »). Cet OBOR entend consolider une route maritime de la Chine à l’Iran voire à la Mer Rouge et créer de solides liaisons ferroviaires entre l’Europe et la Chine. Il vise surtout à relier la Chine à soixante pays. Les six corridors majeurs sont : le CMREC ou Corridor économique Chine / Mongolie / Russie ; le NELB ou « Nouveau Pont Terrestre eurasien » (« New Eurasian Land Bridge ») ; le CCWAEC ou Corridor économique Chine / Asie centrale et occidentale ; le CICPEC ou Corridor économique Chine / Péninsule indochinoise ; le CPEC ou Corridor économique Chine / Pakistan ; et, enfin, le BCIMEC ou Corridor économique Bengladesh / Chine / Inde / Myanmar. A ces projets chinois, tous nécessaires d’un point de vue asiatique, s’ajoute celui du « Canal Eurasia », élaboré par les Russes et les Kazakhs. Ce canal doit relier la Caspienne à la Mer d’Azov (face à la Crimée !), permettant notamment d’acheminer du brut vers la Mer Noire donc vers les confins orientaux de l’Europe. L’enjeu ukrainien/criméen prend ici toute son ampleur. 

 

De Marx à List

 

Ces projets, dont on pourrait dresser une longue liste, démontrent que les puissances du BRICS, du moins la Chine et la Russie, ne sont plus guère affectées, comme jadis, par l’idéologie prêtée à Marx et à Engels mais tentent d’appliquer ou de ré-appliquer les principes pragmatiques de l’économiste Friedrich List (1789-1846). Ce dernier était considéré comme un « libéral » mais, à coup sûr, un libéral « hétérodoxe », soucieux de tenir compte des contextes historiques dans lesquels se déployait l’économie. List était un idéologue du développement. Pour qu’une économie puisse se développer à un rythme correct, l’Etat ne doit nullement jouer un rôle de « veilleur de nuit », à l’instar de ce que souhaitent les théoriciens libéraux anglo-saxons. Au contraire, List pose l’Etat comme une instance constructrice, investisseuse. L’Etat est là pour construire des lignes de chemin de fer et des canaux. C’est List qui planifiera le premier réseau ferroviaire allemand, au sein du Zollverein, de l’Union douanière, dont il fut aussi un père fondateur. En Belgique et aux Etats-Unis, il préconisera le creusement de canaux. En France, il inspirera les praticiens de la « colonisation intérieure ». L’idée du Transsibérien en Russie, les suggestions pratiques des économistes et ingénieurs du Kuo Min Tang chinois s’inspirent toutes d’idées dérivées de List, après sa mort. La politique des grands projets gaulliens est « listienne », de même que le sont les pratiques chinoises, après la parenthèse maoïste et le ressac dû à la tristement célèbre « révolution culturelle » des années 1960. A partir de Deng Xiaoping, la Chine redevient « listienne » et « confucéenne » : c’est à cette double mutation de référence qu’elle doit son succès actuel. Ce serait à un retour à Aristote et à List que l’Europe pourrait devoir son hypothétique renaissance, du moins si l’avenir permettra l’élimination impitoyable des pseudo-élites déchues et abjectes qui nous gouvernent actuellement, exactement comme la Chine maoïste a éliminé sa « bande des quatre », pour ne pas sombrer dans les délires manichéens et idéologiques, dans un remake de la calamiteuse « éthique de conviction » de la « révolution culturelle » et de ses avatars malsains. 

 

Le clivage dans le monde ne passe plus par la dichotomie capitalisme / communisme ni par la piètre distinction entre sociétés ouvertes et sociétés fermées mais par une dichotomie entre « listiens » et néolibéraux qui recoupe aussi la distinction qu’opérait Max Weber entre « éthique de la conviction » et « éthique de la responsabilité ». Les néolibéraux, et le cortège à la Jérôme Bosch que constituent leurs alliés festivistes, gauchistes ou féministes, adhèrent à des éthiques farfelues de la conviction. Leurs adversaires les plus sérieux à une éthique « listienne » de la responsabilité. 

 

L’Allemagne dans ce grand jeu eurasien

 

Les projets chinois séduisent les Allemands. Ce n’est ni nouveau ni étonnant. Le moteur économique de l’Europe participe aux synergies suggérées par Beijing, en tire de substantiels bénéfices que la délirante « juridification » de la sphère économique tente de réduire par l’artifice de procès farfelus comme celui intenté contre Volkswagen en 2015. Est-ce la raison pour laquelle on tente de faire basculer l’Allemagne de Merkel dans le chaos, en lui imposant des flots d’hères inassimilables, flanqués d’activistes formés au terrorisme et à d’autres formes de guerres de la « quatrième génération », qui n’y produisent que du désordre et de la violence ? 

 

Jusqu’ici, l’Allemagne avait réussi à desserrer la cangue américaine en se branchant sur les gazoducs russes, dont la gestion a été placée sous le patronage et l’impulsion des anciens chanceliers Helmut Schmidt et Gerhard Schröder. Leur socialisme, pragmatique et non idéologique, « listien » et wébérien, conjuguait ses efforts pour parfaire une diplomatie de l’apaisement, une Ostpolitik fructueuse. Ces efforts avaient abouti aux accords permettant, à terme, de construire le tracé des gazoducs « North Stream 1 & 2 », accentuant certes la dépendance allemande par rapport au gaz russe mais déconstruisant simultanément son extrême dépendance politique face au système atlantiste, tandis que le « South Stream » alimente l’Italie, l’Autriche et la Hongrie (où Orban refuse les sanctions contre la Russie, sur fond d’un revival marginal de l’idéologie eurasiste en pays magyar). 

 

Hans Kundnani, dans un article magistral de la revue américaine Foreign Affairs (janvier-février 2015), évoque une « Allemagne post-occidentale », c’est-à-dire une Allemagne qui se serait détachée de ses liens avec l’Occident anglo-saxon, de sa Westbindung, pour se mouvoir vers un espace essentiellement industriel, commercial et énergétique dont les pôles majeurs seraient la Russie et la Chine voire l’Inde. Pour la première fois dans l’histoire de la République Fédérale, une minorité de 45% seulement est encore en faveur du statu quo pro-occidental, impliquant l’adhésion à l’OTAN et/ou à l’UE comme seules possibilités diplomatiques. 49% des Allemands contemporains sont désormais en faveur d’une « position médiatrice », où l’Allemagne équilibrerait le jeu de ses relations entre l’Europe occidentale et la Russie. C’est le résultat tangible d’un anti-américanisme qui s’est sans cesse amplifié depuis la guerre du Golfe, déclenchée par Bush junior en 2003 et depuis les révélations d’Edward Snowden sur l’espionnage systématique pratiqué par la NSA. Les liens commerciaux avec la Russie et la Chine se sont considérablement accrus, accroissement qui permettait, jusqu’il y a peu de temps, le maintien de l’opulence allemande, assorti de l’espoir de voir celle-ci se consolider et se perpétuer. Ce lent glissement de l’Allemagne, cœur industriel et territorial du sous-continent européen, vers un Est eurasien très vaste, explique sans nul doute les attaques qu’elle subit depuis le printemps 2015. Par ailleurs, des stratégistes de l’ombre veillent à créer un espace pro-occidental, agité ou non de turbulences, entre l’Allemagne et la Russie que l’on baptisera pompeusement « Intermarium ». Cet « Intermarium », cet entre-deux-mers entre la Baltique et la Mer Noire, est la ré-activation d’un projet concocté à Londres pendant la seconde guerre mondiale par les gouvernements polonais et tchèque en exil, avec la bénédiction de Churchill, que l’alliance avec Staline avait rendu nul et non avenu : on a sacrifié, à Londres, les velléités d’indépendance polonaises et tchèques pour pouvoir exploiter à fond la chair à canon soviétique. Moscou ne voulait pas de ce bloc polono-tchèque, même à un moment où la guerre contre l’Allemagne hitlérienne atteignait un paroxysme inégalé. 

 

Du « Cordon sanitaire » de Lord Curzon à l’Intermarium

 

Même si l’on peut considérer que ce projet d’un Intermarium n’est pas, a priori, une mauvaise idée en soi, qu’il est une application actuelle de projets géopolitiques très anciens, visant toujours à relier les mers du nord à celles du sud parce l’Europe, petite presqu’île à l’ouest de la très grande Eurasie, est géographiquement constituée de trois axes nord/sud : celui qui va de la Mer du Nord au bassin occidental de la Méditerranée (l’espace lotharingien du partage de Verdun en 843), celui envisagé mais non réalisé au moyen-âge par le roi de Bohème Ottokar II Premysl qui va de la Baltique à l’Adriatique (de Stettin à Venise ou Trieste, cités aujourd’hui reliées par une voie de chemin de fer directe et rapide) et, enfin, l’axe dit « gothique », reliant depuis les Goths, bousculés par les Huns, la Baltique à la Mer Noire et à l’Egée, au bassin oriental de la Méditerranée. Aujourd’hui, les stratégistes ennemis de toute vigueur européenne et de toute synergie euro-russe, veulent constituer un Intermarium, sur l’ancien axe gothique, qui serait une résurrection du « cordon sanitaire » de Lord Curzon, destiné à empêcher toute influence de l’Allemagne et de ses dynamismes sur la Russie, posée depuis le géopolitologue Halford John Mackinder comme le « cœur du monde » mais un « cœur de monde » qui ne peut être optimalement activé que par une forte injection d’énergie allemande. Toute alliance germano-russe étant, dans cette optique, considérée comme irrémédiablement invincible, invincibilité qu’il faut toujours combattre et réduire à néant, avant même qu’elle n’émerge sur la scène internationale. 

 

La submersion démographique que subit l’Allemagne depuis les derniers mois de l’année 2015, qui provoquera des troubles civils et ruinera le système social exemplaire de la République Fédérale, qui compte déjà plus de 12 millions de pauvres, a été plus que probablement téléguidée depuis certaines officines de subversion : plusieurs observateurs ont ainsi constaté que les nouvelles alarmantes sur la présence de migrants délinquants en Allemagne viennent de serveurs basés aux Etats-Unis ou en Angleterre, de même que les tweets ou autres messages sur Facebook incitant les migrants à commettre des déprédations ou des viols ou, inversement, incitant les Allemands à manifester contre la submersion démographique ou contre la Chancelière Merkel. Le conflit civil semble être fabriqué de toutes pièces, avec, au milieu du flot des réfugiés, l’armée de réserve du système, composée de djihadistes qui combattent le régime baathiste syrien ou le pouvoir chiite irakien ou l’armée russe en Tchétchénie mais se recyclent en Europe pour déborder les polices des Etats de l’UE en menant la guerre planétaire selon d’autres méthodes.

 

Spykman, les « rimlands » et l’endiguement

 

Si la submersion de l’Allemagne a pour but essentiel de briser les potentialités immenses d’un tandem germano-russe, elle vise aussi, bien sûr, à ruiner les bonnes relations économiques entre l’Allemagne et la Chine, d’autant plus que les chemins de fer allemands, la Deutsche Bundesbahn, sont partie prenante dans la construction des voies de trains à grande vitesse entre Hambourg et Shanghai. L’Allemagne et, partant, les pays du Benelux, sont fortement dépendants du commerce avec la Chine. Le but de l’hegemon est donc de briser à tout prix ces synergies et ces convergences. Affirmer cela n’est pas l’expression d’un complotisme découlant d’une mentalité obsidionale mais bel et bien un constat, tiré d’une analyse de l’histoire contemporaine : la réalisation du Transsibérien russe sous l’impulsion du ministre Witte a entraîné la théorisation et la mise en pratique de la stratégie de l’endiguement par Halford John Mackinder d’abord, par son disciple hollando-américain Nicholas Spykman ensuite. Sans Mackinder et Spykman, les Etats-Unis n’auraient sans doute jamais élaboré leur géostratégie planétaire visant à rassembler des alliances hétéroclites, parfois composées d’ennemis héréditaires, sur les franges du grand continent eurasien, avec l’OTAN de l’Islande à la frontière perse, le CENTO du Bosphore à l’Indus et l’OTASE en Asie du Sud-Est. 

 

Finalement, ces stratégies de l’endiguement sont une application de la fameuse « Doctrine de Monroe », dite de « l’Amérique aux Américains ». Derrière cette apparente revendication d’indépendance se camouflait une volonté de soumettre totalement l’Amérique ibérique au bon vouloir des Etats-Unis. Mais elle s’opposait aussi à la terrible menace qu’aurait pu faire peser sur le continent américain une Sainte-Alliance européenne inébranlable qui s’étendait de l’Atlantique Nord au Pacifique, puisque l’empire du Tsar Alexandre Ier en faisait partie. Cette Sainte-Alliance aurait parfaitement pu défendre les intérêts espagnols dans les Amériques ou les européaniser. A l’époque, la Russie avait une frontière commune avec l’Espagne en… Californie, à hauteur du poste russe de Fort Ross, abandonné seulement en 1842. Le Vieux Monde européen était uni –mais cette union n’allait durer qu’une petite quinzaine d’années- tandis que le Nouveau Monde américain était fragmenté. La Sainte-Alliance, pour le Nouveau Monde et pour les Etats-Unis, encore en gestation mais sûrs de pouvoir mener à terme une mission civilisatrice déduite de leur idéologie religieuse puritaine, constituait par voie de conséquence un double danger : celui de perpétuer le morcellement politique du Nouveau Monde au bénéfice de l’Euro-Russie et celui de se maintenir comme une unité indissoluble et de contrôler le monde pour le très long terme. 

 

« Doctrine de Monroe » et pratique de la table rase

 

La « Doctrine de Monroe » est donc un rejet de l’Europe et des vieilles civilisations qu’elle représentait, de même qu’un rejet malsain et pervers de toute civilisation ancienne, quelle qu’elle soit, et, surtout, de toute grande profondeur temporelle : là, les délires puritains des sectes protestantes farfelues hostiles à la culture classique gréco-latine de l’Europe catholique ou même anglicane-élisabéthaine, rejoignait les folies de certains avatars incontrôlés de l’idéologie des Lumières. La conjonction de ces deux formes de folie et de nuisance idéologique, qui sévit toujours aujourd’hui, génère un fantasme criminel de destruction systématique d’acquis positifs et de legs historiques. 

 

La « Doctrine de Monroe », bien davantage que les socialismes messianiques qui pointaient à l’horizon avec la maturation des idées de Karl Marx, est donc une pratique perverse et sournoise de la table rase que tente de parachever de nos jours le néolibéralisme, né aux Etats-Unis à partir de la fin des années 1960 : toute démarche eurasiste constitue donc une révolte contre ce projet d’arasement total, représente une défense des vieilles civilisations, des traditions primordiales, et une revendication du primat de toute profondeur temporelle par rapport à des innovations-élucubrations inventées par des iconoclastes avides de pouvoir absolu, un pouvoir total qui ne peut s’exercer que sur des masses amorphes et amnésiques. 

 

Face aux avatars actualisés de la « Doctrine de Monroe », qui est passée d’une défense affichée de l’autonomie des Etats américains et des Etats créoles de l’Amérique ibérique à la volonté de contrôler les rives atlantiques et pacifiques qui font face à la bi-océanité étatsunienne, l’eurasisme bien compris vise, au contraire, à éradiquer les blocages et fermetures que génèrent les pratiques géopolitiques et la pactomanie américaines sur le continent eurasien, d’abord en Europe et en Asie. Ce rejet des verrouillages incapacitants induit tout naturellement la promotion volontaire d’une politique grande-continentale d’ouvertures rationnelles aux flux qui vivifient et ont jadis vivifié les territoires eurasiatiques. 

 

Ce volontarisme eurasiste réduit à néant le discours stratégique né de la distinction opérée par Karl Popper entre sociétés ouvertes et sociétés fermées, où les Etats-Unis se posent comme les promoteurs et les garants des « sociétés ouvertes », tout en pratiquant des fermetures calamiteuses dues à la pactomanie qu’ils pratiquent sur les rimlands eurasiens de l’Europe à l’Indochine. A l’Eurasie des fermetures, produit de la Guerre Froide, doit succéder une Eurasie des communications sans entraves entre l’Europe et la Chine : le monde réellement fermé est donc celui qu’ont établi les tenants de la « société ouverte » (de Popper et de Soros), tandis que l’Eurasie des communications ouvertes est le fait en gestation de ceux qui sont accusés, dans les médias dominants, d’être les adeptes des « sociétés fermées », d’hégélienne ou de marxienne mémoires. Sur cette contradiction flagrante, mais ignorée délibérément dans les discours médiatiques occidentaux, reposent toutes les ambigüités de la propagande, tout le flou incapacitant dans lequel marinent nos décideurs et nos concitoyens. 

 

Trois ouvertures historiques

 

Trois ouvertures historiques en Eurasie doivent nous servir de modèles : l’Empire de Kubilaï Khan, visité par Marco Polo, qui ne s’opposait pas à la libre circulation des biens, des caravanes et des idées, contrairement aux verrouillages seldjouk et ottoman ; les rapports espérés entre la Chine et l’Europe quand le jésuite Ferdinand Verbist exerçait son haut mandarinat en Chine au XVIIe siècle ; l’alliance informelle sous Louis XVI entre la France, l’Autriche et la Russie, où la première veillait à contrôler l’Atlantique Nord, les seconde et troisième à faire sauter le verrou ottoman. A ces trois modèles, il convient d’ajouter la notion de syncrétisme religieux, porté par une volonté de ne rien éradiquer, d’opérer des fusions fécondes et de générer de l’harmonie : c’était la préoccupation principale d’Alexandre Ier après les tumultes révolutionnaires et napoléoniens ; c’est la notion de « djadidisme » qui prévaut aujourd’hui dans l’islam de la Fédération de Russie, notamment au Tatarstan où se situe le grand centre spirituel de Kazan ; le djadidisme s’interdit de chercher querelle avec les autres confessions, contrairement aux formes diverses et pernicieuses qu’un certain islam a prises ailleurs dans le monde, soit le salafisme, le wahhabisme ou le mouvement des Frères musulmans, formes virulentes aujourd’hui en Occident et génératrices à court terme de graves conflits civils ; ces formes inacceptables ont cherché à s’implanter en Russie, à partir de la période de « smuta » que fut le premier gouvernement d’Eltsine : elles ont échoué ; ce n’est qu’à Kazan et au Tatarstan qu’un véritable « euro-islam » s’est constitué ; il n’y en a pas d’autres possibles et les constructions boiteuses d’un Tarik Ramadan, dont les prédécesseurs et collatéraux ont été financés et soutenus par les services américains, ne sont que des déguisements maladroits pour gruger les Occidentaux écervelés. Outre la volonté de convergence religieuse du Tsar Alexandre Ier, outre le syncrétisme centre-asiatique promu en Asie centrale au temps de la domination mongole, outre le djadidisme actuel de la Fédération de Russie, nous ne voyons guère d’autres filons religieux traditionnels qui tiennent vraiment compte de la profondeur temporelle voire immémoriale, nécessaire à l’établissement de véritables ferveurs structurantes, indispensables pour contrer les déliquescences du monde moderne. L’ouverture des communications, le rejet des véritables sociétés fermées par les intransigeances occidentales ou wahhabites/salafistes implique l’émergence d’un syncrétisme harmonisateur qui ne raisonne pas par exclusion (« ou bien… ou bien… ») mais par inclusion (« et… et… »). 

 

Quelques mots sur l’Inde

 

Ma démonstration, ici, que j’annonçais d’emblée « succincte » et incomplète, ne peut donc prétendre à l’exhaustivité. Mais elle ne saurait omettre d’évoquer l’Inde dans ce survol des convergences eurasiatiques. Depuis son indépendance en 1947, l’Inde est traditionnellement alliée à la Russie, hostile à la Chine, contre laquelle elle a mené une guerre sur les hauteurs de l’Himalaya. La volonté de convergence eurasiatique s’occupe de gommer ce conflit. Les régions himalayennes contestées permettraient, une fois pacifiées, un passage entre l’Inde et les territoires anciennement soviétiques et entre l’Inde et la Chine. L’affaire se corse parce que la Chine, du temps de son conflit avec l’Inde, avait soutenu le Pakistan pour obtenir un port sur l’Océan Indien et des voies de communications entre ces installations portuaires avec la région chinoise de Kachgar, via le tracé en montagne dit de « Karakoroum », partant d’Islamabad pour rejoindre le poste-frontière d’Aliabad au Cachemire. Le gros problème est que l’Inde revendique cette partie du Cachemire pour avoir un lien avec le Tadjikistan ex-soviétique. Par ailleurs, comme le soulignent deux historiens insignes des faits indiens, le Britannique Ian Morris et l’Indien Pankaj Mishra, l’Inde souhaite consolider la cohésion du commerce entre le Golfe et la Mer Rouge d’une part, le Golfe du Bengale et les eaux de l’Asie du Sud-Est, d’autre part. L’objectif géopolitique de l’Inde est d’affirmer sa présence dans l’Océan Indien, surtout dans l’archipel d’Andaman et dans les Iles Nicobar, face aux côtes thaïlandaises. Cette volonté entend créer un chapelet de relais entre la Mer Rouge et l’Insulinde, le même que celui voulu par la Chine, qui le prolongerait jusqu’à ses propres ports du Pacifique, ce qui explique le conflit actuel pour les îles et îlots, naturels ou artificiels, dans la Mer de Chine du Sud.  La consolidation de ce chapelet de relais maritimes, sans possibilité de le couper ou de le fragmenter, rendrait à l’ensemble des Etats d’Eurasie une autonomie commerciale et navale sur son flanc sud, tandis que la Russie rétablirait les communications par l’Arctique, de Hambourg au Japon. Une Egypte militaire, débarrassée du danger que représentent les Frères musulmans et les autres adversaires des syncrétismes féconds, ouvrirait, par Suez, l’espace méditerranéen au commerce eurasien, réalisant du même coup le vœu des Génois et des Vénitiens de notre moyen-âge, tout en isolant la Turquie, du moins si cette dernière entend encore jouer le rôle d’un verrou et non pas d’un pont, comme le souhaitent les Chinois qui leur proposent la construction, entre l’Iran et l’Egée, d’un chemin de fer les liant tout à la fois à l’Asie et à l’Europe. Erdogan se trouve devant un choix : abandonner les « otâneries » et les sottises fondamentalistes ou renouer avec un laïcisme et un syncrétisme turcs qui n’apporteraient que des bienfaits. 

 

La Chine, le chapelet de relais et l’Océan Pacifique

 

La consolidation du chapelet de relais maritimes de Cadix à Shanghai permettrait à l’Europe, à son centre germanique et à la Russie de se projeter vers le Pacifique, impératif géopolitique qu’avaient compris des hommes aussi différents que Louis XVI, La Pérouse, Lord Kitchener et Karl Haushofer. Kitchener prévoyait, dans une conversation avec Haushofer, que les puissances européennes (Royaume-Uni compris !) qui n’auraient pas de bases solides dans le Pacifique, seraient irrémédiablement condamnées au déclin. Haushofer avait tiré la conclusion suivante : l’Allemagne, présente dans les Mariannes, suite au retrait espagnol, avait des chances ce consolider ses positions mais, dans la foulée, rencontrait automatiquement l’hostilité des Etats-Unis qui cherchaient  -depuis 1848, date à laquelle ils acquièrent l’atout géostratégique majeur de la bi-océanité-  à dominer le marché chinois, quantitativement le plus important à l’époque, comme de nos jours. Le destin a décidé qu’après la rétrocession des Mariannes à Tokyo par l’Allemagne au Traité de Versailles de 1919, la lutte pour le Pacifique se déroulerait entre un Japon, agrandi de cette immense Micronésie, et les Etats-Unis, maîtres des Philippines depuis leur victoire sur l’Espagne en 1898. La seconde guerre mondiale donnera aux Etats-Unis la maîtrise absolue du Pacifique, atout qui scelle leur hégémonisme planétaire. Aujourd’hui, le télescopage géopolitique ne s’effectue pas entre une puissance européenne présente au centre du Pacifique (comme le furent successivement l’Espagne puis l’Allemagne de Guillaume II) ou le Japon shintoïste et les Etats-Unis, mais entre les Etats-Unis et la Chine, où cette dernière est endiguée par une chaîne de petites puissances (Japon vaincu en 1945 compris) entièrement contrôlées par le système des alliances américaines. Cette chaîne vise à empêcher la Chine de s’élancer vers le large et à doter les Etats-Unis des bases insulaires nécessaires pour harceler, le cas échéant, les convois et l’acheminement d’hydrocarbures vers les ports du littoral pacifique chinois, pour rendre précaire cette ligne vitale de communications maritimes. 

 

Chine : double stratégie maritime et continentale

 

L’application de cette stratégie de harcèlement en Mer de Chine du Sud pourra soit étouffer la Chine soit épuiser les Etats-Unis (où le taux de pauvreté augmente dangereusement). La Chine avait jadis deux stratégies possibles : une stratégie continentale, d’expansion vers le Tibet et le Turkestan/Sinkiang, qui ne dérangeait pas les Américains puisqu’elle inquiétait les Soviétiques. Ou une stratégie maritime, à laquelle le maoïsme avait renoncé, permettant, à partir de 1972, de nouer une alliance informelle avec les Etats-Unis. Aujourd’hui, la Chine cherche à échapper à son endiguement par une double stratégie : à la fois continentale, vers le Kazakhstan et au-delà, par le truchement de chemins de fer trans-asiatiques, et maritime, par la consolidation d’un chapelet de relais dans le Pacifique et l’Océan Indien, dans la mesure du possible en harmonie avec son concurrent potentiel, l’Inde. L’Europe, centrée sur l’Allemagne, et, partant, le tandem euro-russe ont donc intérêt à assurer des projections sans obstacles vers l’Inde et la Chine, tout en évitant qu’une puissance comme le Japon continue à faire partie de la barrière maritime américaine. Or le Japon se débat de nos jours, coincé qu’il est dans le dilemme suivant : éviter l’absorption par la Chine, ce qui serait humiliant, eu égard aux conflits sino-japonais depuis 1895 et éviter l’inféodation perpétuelle à une puissance étrangère à l’espace asiatique comme les Etats-Unis. Attiser les contentieux sino-japonais va dans le sens des intérêts de l’hegemon. Harmoniser les rapports futurs entre le Céleste Empire et l’Empire du Soleil Levant est une tâche des cénacles eurasistes partout dans le monde.

 

La pacification des rapports entre toutes les composantes de la masse continentale eurasiste (flanquée du Japon) permettra l’avènement de ce que Jean Parvulesco appelait l’ « Empire eurasiatique de la Fin », dans toute son acception eschatologique. Cela signifie-t-il une « fin de l’histoire », un peu comme celle qu’avait envisagée Francis Fukuyama au moment de l’effondrement du système soviétique et de la plongée de la Russie dans la « smuta » eltsinienne ? Non, Fukuyama a déjà été réfuté par les faits : l’histoire ne s’est pas arrêtée, bien au contraire, elle s’est accélérée. Cet « Empire eurasiatique de la Fin » signifierait essentiellement la fin des divisions rédhibitoires, des interventions belligènes potentielles, inutiles et néfastes que déploraient Carl Schmitt ou Otto Hoetzsch. Ce serait le retour définitif de l’alliance informelle du XVIIIe siècle ou, enfin, un retour de la Sainte-Alliance, de l’Atlantique au Pacifique. 

 

Douze pistes pour une « pax eurasiatica »

 

J’emprunte ma conclusion au géopolitologue italien Alfonso Piscitelli qui suggère une douzaine de pistes pour aboutir à cette pax eurasiatica :

 

  1. Ne jamais renoncer à la coopération énergétique, ce qui signifie poursuivre envers et contre tout la politique des gazoducs North et South Stream, selon les modalités fixées par l’ancien Chancelier allemand Gerhard Schröder.

 

  1. Re-nationaliser les sources énergétiques pour les soustraire aux fluctuations erratiques d’un libéralisme mal conçu.

 

  1. Parier sur les BRICS et s’acheminer progressivement vers un « Euro-BRICS ».

 

  1. Viser des continuités politiques sur un plus long terme en généralisant les régimes présidentiels, façon gaullienne, avec élection directe du Président comme en France et en Russie, assorti d’un re-dimensionnement des pouvoirs non élus (des potestates indirectae, des pouvoirs indirects, dont la nuisance a été soulignée par Carl Schmitt). Le but final est un retour à une sorte de « monarchie populaire ».

 

  1. Proposer un islam modéré, calqué sur le djadidisme soviétique, russe et tatar, compatible, dans le monde arabe, avec des régimes militaires et civils détachés des extrémismes religieux, comme ce fut le cas dans l’Egypte nassérienne, dans l’Iran du Shah, dans la Libye de Khadafi et dans les régimes baathistes de Syrie et d’Irak. Toute pensée politique exprimée par les musulmans des diasporas doit s’inspirer de ces formes de panarabisme, de personnalisme baathiste, de kémalisme ou de valorisation de la chose militaire et non plus de délires salafistes ou wahhabites qui n’ont apporté que le chaos et la misère dans le monde arabo-musulman. 

 

  1. Favoriser l’intégration militaire de l’Europe, puis de l’Europe et de la Russie et, enfin de l’Euro-Russie et des BRICS, le tout évidemment hors de cette structure vermoulue qu’est l’OTAN qui ne peut conduire qu’au ressac européen, comme on l’observe très nettement aujourd’hui. 

 

  1. Plaider pour un monde multipolaire contre l’unipolarité voulue par Washington, selon les axes conceptuels mis au point par les équipes eurasistes russe autour d’Alexandre Douguine, Natella Speranskaya et Leonid Savin. 

 

  1. Travailler à une réglementation positive des migrations, comme l’ont préconisé le Président Poutine dans son discours à la Douma, le 4 février 2013, et Philippe Migault, quand il a plaidé pour une entente euro-russe en Méditerranée, sur fond du triple enjeu grec, syrien et cypriote.

 

  1. Favoriser une politique familiale traditionnelle comme en Russie pour pallier le ressac démographique européen.

 

  1. Entamer un dialogue culturel inter-européen qui inclut les linéaments de la pensée organique russe, comme l’avaient souhaité des figures allemandes comme l’éditeur Eugen Diederichs dès la fin du XIXe siècle ou le Prof. Otto Hoetzsch, grand artisan d’un réel dialogue germano-russe ou euro-russe de l’ère wilhelminienne à Weimar et de Weimar à l’ère nationale-socialiste, malgré l’hostilité du régime en place.

 

  1. Entamer un dialogue entre civilisations et grandes traditions religieuses, comme le voulait le Tsar Alexandre Ier et selon certains axes préconisés par les leaders religieux iraniens, comme le Président Rohani.

 

  1. Revenir à l’idée universelle romaine. L’eurasisme est un projet impérial, pan-impérial, qui est une actualisation des pouvoirs impériaux romain (et donc byzantin, allemand et russe), perse et chinois. 

 

J’ajouterai à cette douzaine de pistes une treizième, celle qui doit déboucher sur une dé-dollarisation définitive de l’économie mondiale. Quelques initiatives, surtout au départ des BRICS, ont déjà marqué des points dans ce sens.

 

Pour réaliser ce programme suggéré par Alfonso Piscitelli, il convient évidemment d’éviter deux écueils :

 

  1. Présenter ces pistes sous la forme d’un discours d’excité, truffé de rêveries ridicules, risquant de faire interpréter toute démarche eurasiste comme un irréalisme extrémiste, lequel serait automatiquement discrédité dans les médias.

 

  1. Eviter les polémiques gratuites contre les autres sujets de l’histoire européenne : pas de russophobie ou de germanophobie anachroniques, pas de sinophobie rappelant les discours sur le « péril jaune », etc. Et pas davantage de discours anti-grecs, sous prétexte que la Grèce aurait mal gérée ses finances, ou de discours hispanophobes, prenant le relais des « légendes noires » colportées contre l’Espagne impériale par les protestants dès la XVIe siècle.

 

Vous constaterez qu’il y a un immense chantier devant nous. Au travail !

Robert Steuckers,

Forest-Flotzenberg, septembre 2015, février 2016.

 

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02/07/2015

RENCONTRES EURASISTES II

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« Si tu n'existes pas, comment veux-tu mener quelque guerre que ce soit ? Il n'est qu'une seule guerre. Depuis la Défaite, jamais le soleil ne s'est plus levé. Plus une seule fois. Ne crois pas qu'il soit simple de faire la guerre. Ni la guerre, ni l'ennemi, ni le faux ami ne suffisent à mener, à déclarer, à combattre une guerre. Ne crois pas non plus qu'il soit si simple que le soleil se lève. Fais que le soleil se lève. Alors seulement, la guerre reprendra. Alors seulement, tu seras invité à danser la danse de la guerre. » Olivier Mathieu, Châteaux de sable, p. 250, aux Éditions des Aprems