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07/12/2014

Du sens des mots : Le principe de subsidiarité (Charles Horace)

 

Le principe de subsidiarité est le propre des modèles fédéralistes, supranationaux, ou impériaux. Il s’agit d’une théorie d’organisation politique dans laquelle « la dynamique politique part d’en bas (les communes, les régions et les nations) pour ne laisser remonter vers le haut que les compétences qui ne peuvent être mieux exercées à des niveaux plus bas »i (A. de Benoist). Ce principe propose donc une délégation verticale du pouvoir, dans le but d’optimiser la gestion des affaires publiques. Ainsi consiste-t-il « à réserver uniquement à l’échelon supérieur ce que l’échelon inférieur ne pourrait effectuer que de manière moins efficace »ii. Un temps ignoré par l’Occident moderne – à l’exception de la Suisse et de l’Allemagne-, du temps des Etats-nations, ce concept est depuis quelques années ré-exploré notamment à la faveur de la « construction européenne », de la chute de l’URSS, et de la crise de l’Etat providence. De nos jours, le principe de subsidiarité est censé régir les relations entre l’Union Européenne et les Etats membres. Il a d’ailleurs été introduit en droit Européen en 1992 dans le traité de Maastricht (et réaffirmé dans le traité de Lisbonne en 2007)iii. La question posée par ce concept est la suivante : comment concilier la nécessaire pérennité de l’autorité du politique avec l’autonomie, les libertés des communautés et le bien commun ? Nous allons donc explorer la trajectoire de cette notion dans l’histoire des idées européennes afin de réfléchir sur ses potentialités opératives concrètes.

 

Une notion antique et médiévale : Aristote et Thomas d’Aquin

 

Le concept de subsidiarité est ancien. En effet, on en trouve les prémices chez Aristote ou Saint Thomas d’Aquin. Toutefois, paradoxalement, comme le rappelle Chantal Million Delsol, « le « principe de subsidiarité » est une expression récente. Mais depuis des millénaires, les peuples européens se réfèrent à l'idée subsidiaire […] à leur insu »iv. Il est dans tous les cas frappant de voir à quel point, comme le souligne le même auteur, l’idée de subsidiarité répond à une philosophie, une anthropologie « européenne », faite de la rencontre entre une philosophie de l’action, aristotélicienne – l’Homme est un être en acte, maître et responsable de son destin, la pensée chrétienne - affirmant la dignité intrinsèque de la personne- et une certaine conception du bien commun, bien conçu comme objectif par la société, conçu comme communauté organique à laquelle sont liés les destins individuels.

 

Aristote concevait la société comme un conglomérat de groupes, emboités les uns dans les autres, occupant chacun une fonction précise et suffisant à leurs besoins propres. Ainsi la famille permet-elle de subvenir aux besoins simples, le village à des besoins élargis. Quant à la citév, elle est la seule structure capable d’atteindre l’autosuffisance dans tous les domaines. Les groupes plus petits (individus, familles, villages) incapables de parvenir seuls à l’autosuffisance, réclameraient l’appartenance à un groupe plus vaste pour l’accomplissement de certaines tâches. Par conséquent, chaque individu, chaque groupe restreint est considéré comme ambivalent : à la fois capables de subvenir à leurs besoins dans certains domaines, ils ne peuvent toutefois y parvenir dans tous les domaines. « C'est bien cette ambivalence que va gérer chaque autorité : le village regroupe les familles pour répondre à leur insuffisance, mais en leur laissant leur domaine de capacité. De même la cité par rapport aux villages. Le groupe familial, le plus restreint, s'occupe exclusivement des besoins quotidiens. Le village, « des besoins qui ne sont plus purement quotidiens ». La cité, elle, vise une autre finalité encore : non plus le vivre, mais le bien-vivre. Ainsi, les tâches des différents groupes ne se recoupent pas : elles se superposent. Chaque groupe travaille à répondre aux besoins insatisfaits de la sphère immédiatement inférieure en importance. »vi Dans la conception d’Aristote, l’autorité subsidiaire ne sert donc pas à combler un manque, mais à perfectionner, déployer les possibilités des structures plus petites. Elle respecte par conséquent leur autonomie, ne cherchant pas à administrer les aspects les plus quotidiens de leurs existences, mais se contentant de gouverner : « elle ne répond pas seulement aux incapacités, mais elle apporte un accroissement d'être. Elle n'est pas seulement un moyen en vue de l'aboutissement de chaque fin particulière : mais un milieu nouveau dans lequel chaque communauté plus petite, et chaque individu, peut perfectionner sa vie - c'est-à-dire, acquérir un plus grand bonheur»vii.

 

Cette notion se retrouve à quelques nuances près chez Saint Thomas d’Aquin. La « personne » remplace le « citoyen », mais l’organisation sociale idéale demeure. La personne, responsable de son destin, ne peut toutefois atteindre seule le bonheur. Le but du pouvoir politique est d’assurer, conserver « la perfection des êtres dont il a la charge »viii. En sommes, il doit « corriger, s'il se trouve quelque chose en désordre ; suppléer, si quelque chose manque ; parfaire, si quelque chose de meilleur peut être fait »ix. L’idée d’une suppléance positive permettant d’augmenter les potentialités individuelles et conservant les autonomies, survit donc à travers le Moyen Âge. Nous pourrions ainsi faire remarquer que le principe de l’autorité subsidiaire fut appliqué en France sans en avoir pour autant le nom. En effet, contrairement à une image répandue mais erronée, la monarchie médiévale n’était pas « jacobine », ou ultra-centralisatrice. Une large autonomie était laissée au pouvoir locaux (villes, provinces), l’Etat royal se contentant d’exercer dans la mesure du possible ce que l’on appelle de nos jours les droits « régaliens » -arrachés de haute lutte aux pouvoirs locaux il est vrai-. Ainsi, le principe de subsidiarité, se retrouve-t-il tout naturellement chez Charles Maurras : « Aujourd'hui, on rencontre la liberté et ses périls en haut, nous voulons dire dans les affaires capitales qui engagent l'avenir de la nation et la sûreté de l'État ; quant à l'autorité, dans ses plus extrêmes rigueurs, on l'a placée, bien inutilement, en bas, dans les sujets où, au contraire, la discussion, la diversité, l'initiative de chaque citoyen seraient, non seulement sans périls, mais avantageuses ; on a mis cette autorité souveraine et décisive dans le moindre détail des rapports des particuliers avec l'administration ! Intervertir cet ordre, placer les libertés en bas, l'autorité en haut, c'est proprement reconstituer l'ordre naturel et rationnel ; la constitution royaliste, c'est donc proprement la constitution naturelle et rationnelle du pays enfin retrouvée ; et le règne du Roi n'est que le retour à notre ordre »x.

 

         D’Althusius à Proudhon : les modernes et la subsidiarité

 

       L’idée subsidiaire se retrouve au cours de la période moderne chez Althusius, juriste, universitaire et personnage publique allemand du début du XVIIe siècle. Comme Aristote, Althusius considère que la société est constituée de manière organique, avec différents degrés de possibilités, donc de compétences : la famille, la corporation, la cité, la province, et le suzerain (le souverain). L’autonomie et l’existence des différents corps doivent être prolongées et garanties par pactes. L’autorité doit être dissuadée de ses possibles tendances d’ingérence par le droit, puisque la mise sous tutelle d’un corps reviendrait à nier son existence. Sa vision est faite d’une surveillance pointilleuse du respect des prérogatives de chaque corps, ces derniers ne s’assimilant pas les uns les autres. Chacun conserve ses pouvoirs au prix de la concession d’une partie de ses libertés (comprises comme liberté d’action et d’administration de ses affaires propres). L’idée n’est pas de dire que la société n’est rien sans l’Etat, mais qu’elle ne peut pas tout faire sans lui, qui est chargé de suppléer à ses incapacités.

 

         Le XIXe siècle est dans ce domaine marqué par les réflexions de Tocqueville et de Hegel sur la place de l’Etat. Véritable Léviathan annihilant l’action chez le français (tout comme chez Hobbes), et colonne vertébrale nécessaire pour une société minée par ses multiples particularismes chez l’allemand, les deux auteurs se rejoignent malgré tout dans l’idée qu’un Etat est souhaitable, mais aussi dans le rejet de l’Etat centralisateur. Le rejet de l’Etat « jacobin » ne signifie donc pas le rejet de l’idée d’Etat. C’est ainsi que se développe un ersatz parfois dénaturé du principe de subsidiarité : la suppléance libérale. L’idée de la philosophie de l’action se maintient mais la définition de la personne a changé. L’émergence de l’individualisme issu des Lumières modifie la conception de la société. La vision holiste, organiciste, nous pourrions même dire « traditionnelle » du corps social fait place à l’idée que la société n’est que la somme des individus qui la composent. Cette translation est notamment le fait de la philosophie de J. Locke, ayant inspiré les Lumières françaises. Selon cette philosophie, le pouvoir de l’Etat n’est que supplétif. L’Etat ne doit plus avoir pour fonction que garantir les fins individuelles. « Cette méfiance vis-à-vis des groupes intermédiaires renvoie l'Etat et l'individu face à face, et métamorphose l'idée de suppléance. L'Etat ne peut soutenir ou aider positivement que des instances organisées. Face à l'individu, il ne lui reste qu'une alternative : soit il le laisse entièrement libre et souverain, soit il le tutellise comme un enfant. La disproportion entre les deux interlocuteurs est trop grande pour permettre une quelconque collaboration. »xi Dans le même temps, l’idée du bien commun régresse vers celle d’intérêt général. L’Etat n’est qu’une étape historique en voie de dissolution, devant dès lors mettre ses derniers souffles au service des aspirations individuelles : « La philosophie de la finitude qui inspirait les successeurs d'Aristote, a disparu au profit d'une philosophie du progrès. A ce titre, la suppléance économique demeure un moyen, éminemment temporaire, d'attendre la réalisation d'une complète autonomie individuelle; tandis que la suppléance d'assistance, réduite à la portion congrue, s'exerce sans réelle justification, sauf à la comprendre comme un résidu moral dans un monde dominé par la rationalité. ». xii D’où le paradoxe de l’Etat contemporain, qu’il soit social-démocrate ou libéral-conservateurxiii : Un Etat qui s’est lui-même rendu aux forces d’argents, organisant son inexistence pour les questions marchandes et financières, mais dont la pression fiscale et les micro-réglementations visant à régenter le quotidien se sont multipliées.

 

         C’est face à cette suppléance libérale que Pierre-Joseph Proudhon, connu pour son utopie fédérale, va tenter de développer un modèle alternatif. Le modèle libéral vise à tuer le principe d’autorité au profit de la liberté, deux concepts qui selon Proudhon sont en conflit permanent. Cependant, Proudhon affirme que la solution de ce conflit ne réside pas dans la suppression de l’un des deux termes, l’autorité seule engendrant le despotisme, et la liberté seule l’anarchiexiv. Cette contradiction ne peut se résoudre que par le contrat, non celui de Rousseau, mais plutôt un type de contrat proche de celui d’Althusius. « Ses contractants en effet ne sont pas des êtres mythiques - l'homme souverain, abstrait et solitaire -, mais des entités organisées, possesseurs déjà d'une certaine autosuffisance : « chefs de famille, communes, cantons, provinces ou Etats». Dans la balance du contrat, ils apportent des actions réelles, et réussies. Ils réclament à l'instance supérieure d'intervenir là où ils n'ont pas pu réaliser leurs finalités. Mais à condition de conserver leurs libertés, que seule leur réalité concrète permet de désigner dans les termes mêmes du contrat. Manière de dire que l'on ne sauve la liberté qu'à travers une société structurée en groupes. » Cet équilibre des pouvoirs et des responsabilités jure avec la plupart des utopies socialistes, ce qui fait de Proudhon un penseur à part. Le pragmatisme et le réalisme de sa théorie est remarquable si l’on considère l’ineptie des nombreuses utopies produites par les penseurs dits « socialistes utopiques » auxquels il est couramment accolé (Fourrier par exemple). La limite entre l’intervention et la non-intervention repose sur la capacité concrète des différents acteurs politiques. L’Etat doit attendre la défaillance avérée pour intervenir, il en va de même avec les autorités intermédiaires.

 

           Une interprétation catholique

 

Face au capitalisme triomphant des XIXe et XXe siècles, l’Eglise a tenté, à travers la personne du pape, de réaffirmer la nécessité du principe de subsidiarité en l’incorporant dans sa doctrine sociale. La question est traitée par Léon XIII dans l’encyclique Rerum Novarum (1891) alors que les catholiques sociaux appellent à l’intervention étatique contre les méfaits de l’industrialisation rapide. Elle est systématisée par Pie XI dans Quadragesimo anno en 1931 : « Il n’en reste pas moins indiscutable qu’on ne saurait ni changer ni ébranler ce principe si grave de philosophie sociale : de même qu’on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s’acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler d’une manière très dommageable l’ordre social, que de retirer aux groupements d’ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d’un rang plus élevé, les fonctions qu’ils sont en mesure de remplir eux-mêmes. »xv

 

Nous achèverons ici notre historique dans la mesure où le lecteur averti saura deviner quelle version du principe de subsidiarité a triomphé en Europe. La suppléance libérale est d’ailleurs le véritable visage de ce que les textes européens osent appeler « principe de subsidiarité ». L’Europe –ou anti-Europe- de Bruxelles et son embryon d’Etat savent dévoyer ce principe : inapte à construire une politique étrangère indépendante et cohérente, mais redoutable quand il s’agit d’être intrusif dans le quotidien des européens.

 

Concilier verticalement les contraires

 

En somme, le principe de subsidiarité consiste à la conciliation des contraires, des antagonismes inhérents aux sociétés européennes, complexes, bigarrées. L’Europe, mosaïque de villes, terroirs, provinces, enclaves, régions, nations, religions, langues, nécessite un principe organisateur capable de fédérer sans dissoudre. Nous avons déjà traité de la notion d’imperium, pouvoir souverain fédérateur. Reste à savoir comment concilier une autorité suffisamment efficace, avec les aspirations des européens à l’autonomie, à la liberté, à la réalisation de leur potentiel créateur dont l’histoire a démontré la fécondité. En effet, la philosophie de l'action et la réalisation du bien commun sont deux principes contradictoires. Un trop grand espace laissé à l’action humaine engendre des conflits, alors que la nécessité d’accomplir le bien commun nécessite la restriction des libertés (redistribution des richesses, contrôle de certaines activités). D’où le besoin de canaliser les actions du corps social vers la réalisation du bien commun. Ici intervient le principe de subsidiarité :

 

- D’une part, l'autorité (l’Etat entre autre) ne doit pas empêcher les membres de la société civile de mettre en place l’expression de leur potentiel, de leur génie, de leur projet.

 

- D’autre part, cette même autorité doit inciter, soutenir, suppléer s'il le faut, les acteurs politiques. 

 

Certes, l'Etat, autorité suprême, est responsable, garant de la concrétisation du bien commun, mais, dans le même temps, il n’est pas l’unique artisan de cette concrétisation. A l’image du concept d’imperium, le principe de subsidiarité concerne le domaine politique, mais pas au sens institutionnel. Il ne détermine pas le régime politique. La question posée par le principe de subsidiarité est celle de la dévolution des compétences entre les différents acteurs politiques de la société. Un régime démocrate, républicain ou monarchique, peuvent tous accoucher du despotisme. Une démocratie, nos lecteurs ne le savent que trop bien, ne garantit pas nécessairement les libertés. La liberté de vote n’est pas exclusive. Elle devient dérisoire quand il n’est plus possible, par exemple, d’entreprendre facilement, ou encore de s’exprimer en pleine liberté sans soucis d’une répression pénale. Le principe de subsidiarité sert à définir les libertés d’action, au-delà de la participation politique, en délimitant les conditions de leur exercice.

 

Le problème réside dans le fait qu’un Etat subsidiaire suppose une « citoyenneté d'un autre ordre, dont nous avons perdu l'habitude »xvi. Les acteurs politiques d’une société subsidiaire sont par définition actifs, interagissant avec l’Etat, pour ainsi dire directement. Le citoyen d’une démocratie parlementaire n’est pas « actif » au sens propre du terme. L’acte de vote dans une république moderne n’est pas le signe d’une quelconque activité du citoyen. A ce compte-là, la plèbe romaine était active quand elle réclamait la mort ou la vie d’un gladiateur au cirque ! La liberté d’élire parmi une liste de candidats validés par le système celui qui gèrera de loin la province France de l’Empire financier cosmopolite, et ce sur des critères purement artificiels, est purement factice. En revanche, une société subsidiaire nécessite des groupes actifs, autonomes, conscients de leur identité, et de leur place dans un ensemble plus vaste. Rien à voir avec les sociétés d’individus atomisés des sociétés libérales-démocratiques ; une société où les différences sont nombreuses, et non en voie accélérée d’uniformisation, de nivellement par le bas. Dans une optique subsidiaire, les groupes seuls peuvent prétendre réellement à une certaine autonomie. Cela suppose la redécouverte des corps sociaux naturels : la commune, le village, le quartier, le métier, la région, la nation, le peuple, un certain ré-enracinement. Cela suppose de même une réflexion sur la notion de liberté. La notion moderne de liberté, c’est-à-dire le choix personnel des finalités dernières diffère radicalement de la définition traditionnelle de liberté, c’est-à-dire la liberté d'action et d'administration des affaires de proximité, dans le cadre d'une finalité dernière déjà donnée, et considérée comme objective. Ce qui signifie que le «corps social» tout entier doit tendre vers le même objectif. Ce qui suppose de troquer notre notion d’intérêt général (convergence forcée d’intérêts particuliers divergents) pour la redécouverte de celle de bien commun, de bazarder l’idée moderne et politicarde de programme pour la remplacer par la vision, le projet.

 

Autant dire que la notion de subsidiarité porte en elle un potentiel politique réel, concret, pour penser l’Europe puissance, l’Europe politique contre l’Europe marché. Utilisée en corrélation avec l’idée d’Empire elle rendrait possible la pérennité des identités et des libertés locales, nationales, tout en assurant une continuité politique. Elle permettrait dans le même temps d’alléger les structures étatiques de l’Etat-Providence centralisé en déléguant les responsabilités, tout en conservant la verticalité du pouvoir. Encore faudrait-il jouer la carte du ré-enracinement et du retour sur notre longue mémoire, se détourner de l’individualisme et réapprendre l’esprit de corps, et renouer avec la notion de verticalité du pouvoir. A l’heure qu’il est, si le principe de subsidiarité est affirmé dans les textes de l’UE, son application est inexistante. Bruxelles a fait le choix du marché et de la technocratie. A nous de faire les choix inverse dans les années à venir…si le choix nous est laissé.

 

i Alain de Benoist, « Envers et contre tout l’Europe ! »,dans Eléments pour la civilisation européenne, Avril-Juin 2014, numéro 151.

 

iii Le préambule du Traité sur l’union européenne affirme que la volonté de l’union de prendre les décisions " le plus près possible des citoyens, conformément au principe de subsidiarité ".

 

iv Chantal Million-Delsol, Le principe de subsidiarité, Que sais-je ?, Presse Universitaire de France, 1993.

 

v Comprenez l’ensemble des citoyens, et non une agglomération, une ville.

 

vi Chantal Million-Delsol, Le principe de subsidiarité, Que sais-je ?, Presse Universitaire de France, 1993.

 

vii Idem.

 

viii Thomas d’Aquin, Contra Gentiles, cité par Chantal Million-Delsol.

 

ix Thomas d’Aquin, De Regno, cité par Chantal Million-Delsol.

 

x Charles Maurras, Dictateur et Roi.

 

xi Chantal Million-Delsol, Le principe de subsidiarité, Que sais-je ?, Presse Universitaire de France, 1993.

 

xii Idem.

 

xiii Ou même « social-libéral », comme le gouvernement français actuel se plait à se définir, ce qui constitue un exploit de conciliation des contraires forçant le respect !

 

xiv Or selon Proudhon : « l'anarchie, d'après le témoignage constant de l'histoire, n'a pas plus d'emploi dans l'humanité que le désordre dans l'univers ».

 

xv Pour plus de précision sur le sujet, voir l’article du jésuite Bertrand Heriard Dubreuil, intitulé « Subsidiarité ».

 

xvi Chantal Million-Delsol, Le principe de subsidiarité, Que sais-je ?, Presse Universitaire de France, 1993.

 

 

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Du sens des Mots : Qu’est-ce que l’Imperium ? (Charles Horace)

 

Cela fait déjà quelques années que les milieux nationalistes et eurasiens, notamment au sein de la « Nouvelle Droite », se réapproprient la notion d’imperium comme moyen de la restauration/fondation et de la pérennité de l’Europe-Nation ou Europe-Puissance. Cette notion est souvent confondue avec celle d’ « Empire », pour la simple et bonne raison qu’elle en est étymologiquement la racine. Cependant, il conviendrait de clarifier ce qu’est l’imperium, afin d’en appréhender toutes les potentialités, qui dépassent la simple perspective d’un « empire » au sens commun du terme (c’est-à-dire au sens d’une structure politique supranationale).

 

Origine

 

La notion d’imperium prend corps dans l’Antiquité romaine, plus précisément à l’époque républicaine (schématiquement comprise entre 509 et 31 av. J.-C.). Etymologiquement, il vient d’« ordonner », « préparer pour ». Il s’agit d’un pouvoir souverain délégué aux consuls, préteurs et à certains gouverneurs de province, par les dieux dont la volonté était censée se manifester au travers du peuple dans le vote des assemblées (élisant les magistrats). L’imperium est donc un pouvoir souverain (c’est-à-dire ne reconnaissant pas de supérieur temporel) d’ordonner et de juger, symbolisé par les faisceaux (haches entourées de verges portées par les licteurs).

 

Le titulaire d’un imperium pouvait être désigné sous le terme d’imperator (chef militaire victorieux –souvent consul-, ayant droit à ce titre à un triomphe à Rome). Sous la République, l’imperium était néanmoins un pouvoir limité dans le temps et dans l’espace. De plus, il subissait la concurrence d’autres pouvoirs comme la puissance tribunicienne (tribunitia potestas rendant sacrosainte la personne des tribuns chargés de représenter et de défendre la Plèbe de Rome). Les guerres civiles de la fin de la République (de 88 à 31 av. J.-C.), voyant différents imperatores se disputer l’exclusivité de l’imperium (Marius, Sylla, César, Pompée, Octave-Auguste, Antoine)débouchent finalement sur l’avènement de l’Etat Impérial (à partir du règne d’Auguste de 27 av. J.-C. à 14 de notre ère) dans lequel tous les pouvoirs sont accolés à un imperium permanent entre les mains d’un seul homme : le césar auguste imperator. Imperator devient un surnom, un nom puis un prénom des empereurs, uniques détenteurs de l’imperium.

 

A ce stade, un certain nombre d’erreurs ne doivent plus être commises : L’imperium n’est pas l’ « Empire ». Si « Imperium » a bien donné « Empire », les romains n’ont pas eu de mots pour décrire précisément le système impérial en tant que système de gouvernement en soi, ou comme territoire. Rome et son Empire sont restés malgré la fin du système républicain la Res Publica. L’imperium est donc un type de pouvoir, et non un système politique ou un territoire, du moins à l’origine. De même, « imperator » ne désigne la fonction d’empereur que tardivement, l’imperator étant avant tout un chef de guerre victorieux.

 

L’empire romain : un imperium euro-méditerranéen permanent

 

A ce titre, ce concept est à l’image de la culture politique et de la pratique du pouvoir des Empereurs Romains : souple, pragmatique, concrète. Il en va de même de la nature du pouvoir impérial, difficile à appréhender et à définir, puisque construit par empirisme (sa nature monarchique n’est cependant pas contestable). En plus de quatre siècles, le pouvoir impérial a su s’adapter aux situations les plus périlleuses (telle la « crise » du IIIe siècle). Rien de commun en effet entre le principat augustéen, système dans lequel l’empereur est le princeps, le prince, primus inter pares, c’est-à-dire premier entre ses pairs de l’aristocratie sénatoriale ; la tétrarchie de Dioclétien (284-305), partage du pouvoir entre quatre empereurs hiérarchisés et l’empire chrétien de Constantin (306-337), dans lesquels l’empereur est le dominus, le maître.

 

Le système impérial s’accompagne d’une idéologie confortant la souveraineté suprême de l’Empereur. L’empereur est sacrosaint (il a accaparé la puissance tribunitienne). Il doit assurer la paix (la fameuse pax romana inaugurée par Auguste), assurer le retour à l’âge d’or, il bénéficie de la protection des dieux (ou de Dieu, dont il est le comes, le comte –ou compagnon- sur terre, à partir de Constantin) et d’un charisme divin (c’est là tout le sens du titre d’Augustus). Il doit posséder les vertus de justice, de clémence, de piété, de dévouement à l’Etat. Au-delà de cela, il doit corréler respect des traditions et nécessité de fédérer un empire constitué d’une myriade de cités au passé prestigieux et attachées à leur indépendance. En cela, les empereurs romains n’ont point failli, comme le souligne Lucien Jerphagnon dans sa biographie d’Augustin : « Sur 3 300 000 km2 autour de la Méditerranée […] soixante à soixante-dix millions de gens s’affairent ou se laissent vivre, tous différents, avec leurs langues régionales, leurs dieux bien à eux. S’ils avaient plus ou moins renâclé à passer sous domination romaine, ils se trouvaient dans l’ensemble plutôt bien de la Pax Romana. Bref s’était instauré un universalisme qui n’effaçait rien des identités locales. Depuis Caracalla (212), […] on était citoyen romain tout en restant Africain, Syrien… ».

 

Si la nature de la fonction impériale a évoluée, son fondement est resté inchangé : un pouvoir souverain, transcendant, à la fois civil, militaire et religieux, soutenu par un charisme divin, un pouvoir surhumain, nivelant par le haut, ayant pour horizon la pax aeterna, écartant les prétentions des forces centrifuges, donnant une orientation commune à toutes les composantes d’une même koiné (communauté culturelle et politique), tout en préservant leurs identités profondes.

 

Pérennité du concept

 

La notion d’imperium recèle donc des potentialités multiples, et représente un projet valable pour la France et l’Europe que nous appelons de nos vœux. Elle n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait penser, un pur objet historique limité à l’histoire romaine, et dont le champ d’action concret s’arrêterait en 476 avec la chute de l’Empire d’Occident. En effet, la notion de souveraineté héritée de l’imperium a survécu en Europe sous une infinité de forme : Byzance, survivance de l’Empire d’Orient, de culture chrétienne orthodoxe et gréco-romaine, dont l’Empire russe s’est toujours vécu comme un héritier (« tsar » est un titre dérivé de celui de « césar ») ; Le Saint-Empire, chrétien catholique, germanique, issu de l’Empire Carolingien dont la vision était de faire renaître l’Empire Romain d’Occident, témoigne de la prégnance de l’idée d’Empire, y compris chez les barbares installés sur son territoire dans les dernières années de l’empire d’Occident. Charlemagne (Carolus Magnus) ne s’était-il pas fait couronné par le pape dans la ville même de Rome selon le rituel d’intronisation des empereurs (ou du souvenir qu’il en restait), n’a-t-il pas repris la symbolique impériale, en sommeil depuis la chute de l’Empire (orbe impériale, sceptre, couronne –issu du diadème impérial des empereurs tardifs, lui-même repris des rois helléniques-) ? Enfin, les royaumes « barbares », en premier lieu le royaume franc, ont eux aussi recueilli l’héritage de l’imperium romain et de la culture classique à travers l’Eglise. Les mérovingiens (ainsi que les ostrogoths, les wisigoths ou les burgondes), fascinés par le prestige impérial, ont tenté d’imiter le faste des empereurs (imitatio imperii). C’est cependant la monarchie française issue de l’éclatement de l’empire carolingien (Capétiens, Valois, Bourbons) qui sera –à notre sens- parmi les nations européennes la plus belle héritière de la tradition politique romaine. Les rois de France, notamment à partir des derniers capétiens (deuxième moitié du XIIIe siècle), nourris de la redécouverte du droit romain, vont affirmer le principe de souveraineté contre les puissances cherchant à la subjuguer ou à la faire éclater. Le pouvoir royal français comprend de nombreuses similitudes et d’emprunts à l’imperium romain : son côté surnaturel, total –ou plutôt absolu-, divin, la coexistence d’aspects civils, militaires, et religieux, certaines des regalia (l’orbe, la couronne…).

 

Ainsi, à l’éclatement politique de l’Europe au Moyen Âge et à l’époque Moderne a correspondu un éclatement du pouvoir souverain, de l’imperium. L’idée d’un pouvoir souverain fédérateur n’en n’a pas pour autant été altérée. Il en va de même de l’idée d’une Europe unie, portée par l’Eglise, porteuse première de l’héritage romain. Le regain d’intérêt que connait la notion d’imperium n’est donc pas le fruit d’une passion romantique pour l’antiquité européenne, mais la preuve qu’en rupture avec la conception moderne positiviste de l’histoire, nous regardons les formes d’organisations politiques passées comme autant d’héritages vivants et qu’il nous appartient de nous les réapproprier (les derniers empires héritiers indirects de la vision impériale issue de Rome ont respectivement disparu en 1917 –Empire Russe- et 1918 –Empire Austro-Hongrois et Empire Allemand-). Si ce court panorama historique ne peut prétendre rendre compte de la complexité du phénomène, de sa profondeur, et des nuances nombreuses que comporte l’histoire de l’idée d’imperium ou même de l’idée d’Empire, nous espérons avant tout avoir pu clarifier son origine et son sens afin d’en tirer pour la réflexion le meilleur usage possible. L’imperium est une forme du pouvoir politique souple et forte à la fois, capable de redonner du sens à l’idée de souveraineté, et d’articuler autorité politique continentale et impériale de l’Eurasisme avec les aspirations à la conservation des autonomies et des identités nationales portées par le Nationalisme ou même le Monarchisme. A l’heure où le démocratisme, les droits de l’homme, et le libéralisme entrent dans leur phase de déclin, il nous revient d’opposer une alternative cohérente et fédératrice et à opposer l’imperium au mondialisme.

 

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Du sens des mots : Race et Racisme (Charles Horace)

"Lacunaires, réductrices, ou simplistes" (Pierre André Taguieff, à propos de la définition commune du racisme).

 

"Racisme", un terme clivant, usé jusqu'à l'os par des utilisations multiples, peu rigoureuses, souvent mal à propos, et systématiquement polémiques. Car aujourd'hui en France, et par extension en Occident, "raciste" est avant tout un anathème -donc un réflexe de non-pensée- dont l'objectif est de charger l'adversaire d'une faute morale supposée dans le but de ne pas avoir à l'affronter sur le terrain dialectique (c'est-à-dire à l'aide d'un argumentaire construit à partir d'idées logiquement agencées). Ainsi, peu importe ce qu'avance l'interlocuteur, une incantation, et le discours adverse est frappé d'interdit, ce n'est plus de la logique, c'est de la magie !

 

Ce terme pose un autre problème : sa résonance dans les subjectivités individuelles, donnant un contenu émotionnel à tout discours sur la question. Prendre la peine d'aborder le sujet en dehors d'un certain discours convenu -  du type "le racisme est condamnable"- revient à marcher en terrain miné. Mieux, dans la mesure où les races "n'existent pas" (les sexes non plus d'ailleurs), certains pourraient penser qu'il n'y a pas de débat : pas de races, pas de racisme (et là, l'affaire devient savoureuse, nous y reviendront).

 

Cependant, le sujet est trop récurrent pour être contourné, et que l'on veuille le voir ou non, dans une société multiculturelle projetée comme la notre, la question raciale se posera tôt ou tard, comme dans toutes les sociétés multiculturelles contemporaines.

 

Racisme: essai de définition

 

Pour commencer, essayons de définir ce qu'est le "racisme", ou plutôt ce que le commun des mortels entend sous ce terme. Cet essai de définition passe par la question de ce qu'est une race. Nous écartons bien sûr la définition généalogique du mot race (ensemble des membres d'une même lignée, ainsi la race capétienne). Une race est une subdivision d'un espèce donnée. Les races humaines seraient des subdivisions, des sous-groupes appartenant à l'espèce humaine, et, partant, partageraient une racine commune. "Race et "racine" appartiennent d'ailleurs à la même famille étymologique. Cette définition très biologique de la notion de race peut être contrebalancée par une acception plus large, culturelle (distinction race du corps / race de l'esprit de Julius Evola). Une race serait un ensemble de personnes présentant des caractères communs, à commencer par des caractéristiques physiques, génétiques.

 

Reste à définir le "racisme". Généralement, deux définitions sont proposées, ou du moins sous entendues :

  • Le racisme est une idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hiérarchie entre les groupes humains, entre les races. il s'accompagne en général d'un découpage schématique des races, simpliste et assez peu pertinent entre "blancs", "noirs", "jaunes" etc ...
  • Le racisme est une attitude d'hostilité systématique à l'égard de certaines catégories de personnes.

    

Ces deux définitions courantes, issues d'un dictionnaire lambda, posent problème. Avant tout, remarquons que le racisme ne désigne pas l'idée qu'il existe des races humaines différentes (la différence n'impliquant nullement une hiérarchie ou une discrimination nous y reviendrons). Il n'en demeure pas moins que ces définitions restent floues. La deuxième définition surtout, pose problème : qu'est-ce que l'on entend au juste par "catégorie de personne" ? Si l'on suit cette logique, les jeunes étant une catégorie de personnes -certes artificielle-, une expression aberrante comme le racisme "anti-jeune" devient imaginable. Ces remarques liminaires devraient à elles seules souligner l'écueil que présente le terme "racisme". Tout peut être racisme, autant dire que dans son usage courant, le "racisme" ne désigne souvent rien.

    

Il ne s'agit pas cependant de nier l'existence d'attitudes discriminatoires fondées sur l'appartenance raciales, mais de souligner que l'accusation et l'utilisation courantes du terme "racisme" n'est bien souvent pas valable car floue, dévoyée et il faut le dire, facile, et bien souvent à sens unique. En effet, si l'on s'en tient au discours dominant, ne peuvent être racistes et agir par racisme que les européens, ou les "blancs").

 

Une -rapide-histoire du Racisme

    

La définition du racisme ne peut se passer de l'analyse de sa place dans l'histoire des idées. Avant toutes choses, il convient de distinguer les théories racistes, relevant de cette histoire des idées, et les comportements racistes, relevant de la psychologie et de la sociologie.

    

Le racisme a bel et bien une histoire. Ce n'est pas une maladie, au mieux, il s'agit d'une doctrine historiquement datée, ou un réflexe hérité de l'histoire, comme nous le verrons. En cela, le racisme est éternel, on pourrait même dire naturel dans la mesure où sur tous les continents à toutes les époques, les peuples ont eu des réflexes que l'on qualifierait de nos jours de "racistes".

 

Les doctrines racistes puisent leurs racines dans le positivisme scientiste des XVIIIe-XIXe siècle (donc à la même source que toutes les autres sciences de l'époque), issu des Lumières (est-il besoin de rappeler ce que ces derniers pensaient des africains ? ). Cette philosophie scientifique et politique postulait qu'il est possible de tout mesurer scientifiquement y compris la valeur des sociétés humaines. Cet évolutionnisme et son corolaire le darwinisme social affirment que l'histoire humaine est une évolution vers le Progrès, divisée en "stades", en étapes menant vers celui-ci. Il est donc possible de mesurer le degré de "civilisation" des races, donc de les hiérarchiser. Les théories racistes affirment d'une part qu'il existe des inégalités entre les races (disons plutôt des différences qualitatives légitimant une distinction entre le supérieur et l'inférieur), et d'autre part, que le fait racial constitue le facteur explicatif de l'Histoire. Ces thèses n'ont pas donné naissance à des mouvements politiques et sociaux significatifs en France, même dans les partis et les mouvements nationalistes qui n'étaient pourtant pas les derniers à défendre la race - à raison-. Les postulats de ce racisme "scientifique" sont erronés : s'il existe des races humaines différentes, c'est une évidence, qu'elles divergent par rapport à des critères statistiques, si elles n'ont pas produit historiquement des civilisation comparables, il n'y a pas de différences qualitatives absolues et intrinsèques entre elles. Les différences civilisationnelles entre les races sont historiques avant d'être génétiques. Elles existent malgré tout et participent qu'on le veuille ou non du temps long.

 

Nous pourrions ajouter une autre forme de racisme : déclarer les différences des groupes humains inexistantes ou superficielles, en d'autres termes : nier l'existence de l'Autre et privilégier le Même (c'est là l'apanager de l'"antiracisme" nous allons y revenir). Nier à l'Autre sa spécificité, n'est-ce pas la forme suprême de Haine ?

 

Cette mise en perspective historique très rapide montre qu'il y a deux erreurs à éviter :

  • L'anachronisme (le "pire péché entre tous" selon L. Febvre) : le sens de "race" a évolué. Jusqu'à peu, l'inégalité des races était tenue pour une évidence (Ferry, Blum, ont tous les deux parlé de races inférieures malgré le fait qu''ils étaient républicaines et "de gauche"). Transporter notre rapport au racisme dans le passé n'a pas de sens.
  • Considérer comme "raciste" le simple fait de penser qu'il existe des groupes humains génétiquement différenciés, que l'on choisit ou non -selon que l'on décide de se voiler la face ou non- de races. Il est en effet indiscutable que l'espèce humaine s'est diversifiée en populations différentes ayant chacune leurs traits génétiques distincts. Cette simple constatation n'implique en aucun cas de jugement de valeur. Il est aussi absurde d'affirmer le contraire qu'il ne l'est de dire sexiste le fait d'affirmer que les sexes existent ! Sexisme et Racisme sont pourtant des termes cousins : ils appartiennent à la famille des termes vagues et ne voulant plus rien dire.
  • Une autre erreur consiste à nier l'existence des races en s'appuyant sur la science. C'est oublier ce que nous venons de voir, à savoir que les résultats de la science sont systématiquement provisoire, et motivés par des considérations idéologiques. Cela reviendrait à dire dans le même temps que le racisme serait justifié si la science l'affirmait (ce qu'elle a fait par le passé).
  • Le véritable problème réside dans le fait suivant : "la désignation des différences (races, sexes, catégories sociales...) repose sur un raisonnement implicite : toute différence impliquerai une discrimination" (Nathalie Heinich).

 

Cette dernière remarque constitue une parfaite transition vers le cas de l'antiracisme institutionnel, tournant de l'histoire du racisme, à partir de 1945, et surtout à partir des années 1970.

 

Soyons sérieux deux minutes -plus si possible-. Une société sans préjugés raciaux est utopique. les comportements xénophobes (méfiances ou hostilité envers un étranger peu importe la race), sont des réflexes de survie, on n'y peut rien, c'est universel. Le racisme comportemental est une attitude de méfiance irraisonnée, instinctive, spontanée, envers des membres d'une autre race, s'enracinent dans des réflexes acquis (prudence envers l'inconnu, ou ce qui ne nous est pas familier). Ce sentiment est indépendant de l'appartenance sociale ou du niveau d'éducation. Une société sans xénophobie n'est même pas imaginable dans l'hypothèse d'une société sans races, puisqu'elle existe entre individus de même race.

 

L'arnaque de l'antiracisme

 

Au passage, évacuons la tartufferie de l'Antiracisme, qui n'est qu'un racisme à deux vitesses. "Antiracist is a code vord for anti white" ("Antiraciste es un nom de code pour anti-blanc") dit - on dans les milieux nationalistes et identitaires européens et surtout anglo-saxons. Cela est difficile à lire, à entendre mais réfléchissez : pourquoi SOS racisme et la LICRA -entre autres associations du même type- ne semblent s'intéresser qu'aux cas où ce sont des juifs, africains ou autres non européens qui sont victimes de "racisme"? (voir l'interview d'Omar Djellil, ancien militant de SOS Racisme sur le sujet). Pourquoi les médias ont-ils célébré la mort de Nelson Mandela comme celle d'un héros de l'antiracisme en dépit du fait que ses partisans brandissaient des pancartes où il était écrit "kill the farmer, kill the boers" (tuons le fermier, tuons le boers -la blanc) ? Quoi ? les blancs sont moins victimes de racisme que les autres ? Imaginez-vous que ces blancs dont je parle -français de souche- sont aujourd'hui ethnicisés -c'est à dire désignés comme une ethnie parmi d'autres dans le pays dont ils sont issu, et dans le pays qui est issu d'eux ! En d'autres termes, ayant perdu le contrôle de sa propre narration, le français de souche n'est plus qu'un type de population parmi d'autres sur son propre sol. A ce sujet je ne peux que vous diriger vers Gérald Pichon "Sale blanc ! chronique d'une haine qui n'existe pas" ou encore l'excellent Laurent Ozon, ou que sais-je, votre propre vécu, votre bon sens ou votre empathie ! Des exemples de 2 poids 2 mesures son légions. Passons sur l'ethnomasochisme (vous verrez rien qu'en lisant le mot de quoi il en retourne). Passons aussi sur l'argument fallacieux, malhonnête et usé consistant à justifier le racisme anti-blanc par le passé colonial de la France, cet article s'éternisant déjà suffisamment.

 

Revenons à l'antiracisme. On peut distinguer 2 formes de discours antiracistes :

- Celui qui consiste à dire : "les races n'existent pas", donc, prônant la négation des différences ethniques (donc des identités).

- Celui qui consiste à faire des différences des valeurs transcendantes intouchables ("la différence/diversité est une richesse/force").

 

Outre le fait que ces deux discours se contredisent spectaculairement, ils reprennent tous les deux un thème "raciste", le mythe du sang : l'exaltation du Métis, du "sang mêlé" suppose la même vision raciale de l'Homme que le racisme scientifique. Alors, antiracisme ou foutage de gueule ? Vous commencez dès lors à comprendre pourquoi l'antiracisme institutionnel n'a pas arrêté le racisme bien au contraire. Non. L'antiracisme terroriste est un arsenal d'accusations empêchant toute critique sérieuse dans certains domaines. Racisme inversé, imputant à une partie de la population -les "de souche", les européens- des opinions infâmes, héritées d'un atavisme colonial et suprématiste. Pourquoi? Parce que sans racisme pas d'antiracisme, donc, plus de subventions pour faire vivre ses structures improductives, mais qui entretiennent leurs cadres.

 

L'antiracisme n'a que deux fonctions objectives :

  • Empêcher toute critique de l'immigration. C'est bien connu, critiquer l'immigration relève du racisme pur. Or, c'est l'inverse. Le racisme ne pousse pas à être anti-immigration, mais l'immigration provoque du racisme. L'habitude, le patriotisme ou le nationalisme, le fait de se sentir petit à petit étranger dans son propre paysage social (fait devenu une réalité dans de plus en plus d'endroits), le désir d'homofiliation physique (désir d'avoir une descendance semblable à son ascendance), désir que les cultures ne deviennent pas identiques, l'idée que les humains ne sont pas interchangeables.... tout cela n'a rien à voir avec du racisme au sens où on l'entend couramment. Pourtant, tout cela est considéré comme tel, après des décennies de sape intellectuelle.
  • Dissimuler le ralliement de la gauche traditionnelle au système capitaliste. L'antiracisme et l'antifascisme ont remplacé la lutte des classes et la lutte contre le capital par la lutte contre les discriminations. Bref l'antiracisme donne aux naïfs un combat politique de substitution. L'immigré a remplacé le prolétaire comme figure angélique de ralliement. L'antiracisme aujourd'hui est d'autant plus populaire qu'il est sans risques. Son discours est relayé dans tous les médias, dans les établissements scolaires, par des "intellectuels", le show-business...
  • On pourrait en ajouter une troisième qui englobe les deux autres : promouvoir le métissage et la société multiculturelle.

Petit aparté. Avez-vous remarqué l'importance numérique de juifs, sionistes, dans ces structures antiracistes ? Le président de la LICRA? Alain Jacubovitz (juif askénaze). Celle de SOS Racisme ? Cyndi Léonie (qui se dit "juive sénégalaise"). Je vous laisse vérifier par vous même le pourcentage de juifs dans les cadres de ces structures (ainsi que dans l'histoire de leur fondation). Dès lors, comment expliquer ce soutien à l'antiracisme de la part d'individus qui soutiennent un pays stérilisant les immigrées éthiopiennes ? Quelle leçon d'antiracisme avons-nous à recevoir d'individus dont la philosophie religieuse est elle même racialiste, accordant une importance primordiale à la pureté de sang ? Certains juifs n'en sont pas à un paradoxe près. Faut-il lier cette attitude à un projet messianique présent dans leurs livres fondateurs (torah et talmud) ? A lire sur le sujet : les "espérances planétariennes" d'Hervé Ryssen.

 

Mixomanie, société multiculturelle et mondialisme : les races n'existent pas, vive le Métis !

 

On l'aura compris, le racisme n'a jamais davantage été une question épineuse que depuis qu'il n'y a plus de races... Les races n'existent pas, mais l'imagerie antiraciste est omniprésente, toute critique de l'immigration est raciste et la figure du métis est valorisée. Notre société n'est pas avare en paradoxes.

 

La question de la définition du racisme étant esquissée, les différents écueils marqués afin d'être évités, vient l'heure de la question fatidique : pourquoi cet état de fait ? D'où vient cet insolent déni ? Comme toutes les questions contemporaines, celle du dévoiement du terme "racisme" a plusieurs racines. Elles ont cependant un tronc commun : l'idéologie mondialiste.

 

Le mondialisme n'a pas qu'un volet politique ou économique. L’État mondial et le libéralisme économique généralisé ne peuvent exister qu'en s'accompagnant d'une ingénierie sociale aboutissant à une humanité malléable, déracinée, interchangeable, bref, servile. Travailler à produire une humanité composée d'individus interchangeables revient à vouloir supprimer tout ce qui participe de la différenciation des individus, de leur identité : nationale, culturelle, sexuelle et raciale ! Alain de Benoist désigne ce désir comme l'"idéologie du Même". Alors que d'un côté on valorise les différences pour les uns, on cherche à uniformiser l'Humain. Cette uniformisation passe par la généralisation de comportements standardisés de modèles calibrés pour faciliter la naissance de l'open society  où l'idée, les biens, les services et les hommes pourraient circuler sans entraves. Les traditions, les habitudes, les sensibilités, les goûts, les visions du monde doivent s'aligner sur ce modèle unificateur, niveleur. L'Homme de demain doit se débarrasser de ses déterminismes (comme l'a dit un certain Vincent Peillon), de ses "préjugés", de ses attaches séculaires - donc forcément obscurantistes- pour rentrer dans le moule progressiste. Les races ne doivent pas échapper à cette centrifugeuse. En résulte une "mixomanie", une obsession du mélange, une valorisation de la figure du Métis, intrinsèquement progressiste. Ne symbolise-t-il pas l'union des races, n'est - il pas antiraciste dans sa propre chaire ? après tant de guerres et de barbaries dues aux questions raciales - et au complexe de supériorité de l'homme blanc- le salut du monde ne réside - t - il pas dans ce Métis désamorçant tout conflit ? Un paradoxe -encore un - : ce raisonnement pro-métissage relève techniquement d'une vision racialiste du monde. Le Méits, c'est l'aryen du monde moderne.

 

Cette valorisation n'est pas nouvelle. Un pays l'a déjà pratiqué : le Brésil, dès la première moitié du XXe siècle. La jeune république brésilienne émergeant à partir de 1889, un an après l'abolition de l'esclavage, est dirigée par une oligarchie blanche qui a en charge un pays où les noirs, du fait de l'esclavage, étaient majoritaires. Cette situation était quelque peu inconfortable, en effet, la jeune république brésilienne avait une nation à construire et elle voulait le faire sur le modèle civilisationnel dont elle était en partie issue : le modèle européen. Or, comment créer une nation sur le modèle européen avec une population blanche minoritaire ? Pire, cette masse d'esclaves noirs déracinés, pourraient s'avérer dangereuse pour le pouvoir et la stabilité de l’État. Que faire ? Facile ! L'industrie et l'agriculture brésilienne a besoin de bras, et de bras qualifiés ! Or, l’Allemagne, l’Italie, l'Espagne, le Portugal et d'autres pays européens sont en trop plein démographiques, mieux, ce sont des pays industrialisés où la main d’œuvre est expérimentée ! Mieux encore, leur installation permettrait de "blanchir" la population noire (le terme est historique) par le métissage. Et dans le pire des cas, si un métis ne parvient pas à s'intégrer, à devenir blanc, il ne sera pas non plus un noir ! La contradiction interne du métis lui interdisant ou lui rendant difficile toute revendication identitaire, les élites intellectuelles brésiliennes ont donc mis en avant la figure du métis : tout cela se retrouve dans les textes mêmes de ces penseurs. La "démocratie raciale" brésilienne a été un mirage pour beaucoup d'afro-américains, notamment étasuniens, dont un certain nombre immigra vers le Brésil dans l'espoir d'une vie meilleure. Autant dire que la différence entre la ségrégation légale (USA) et la ségrégation de fait (Brésil) est mince et que beaucoup ont déchanté. Fait intéressant, la politique de blanchiment a provoqué l'émergence d'un Front Noir Brésilien (FNB) dans les années 1930, inspiré de l’Hitlérisme, dont le but était de rejeter cette politique, de rassembler les communautés noires brésiliennes autour d'une identité communautaire basée sur la race (malgré une acceptation des métis). Le mouvement disposait même de son propre journal : " la voix de la race" (A voz da raca) et de ses jeunesses organisées sur le modèle des jeunesses hitlériennes. Il dura de 1931 à 1937 (année de son interdiction) mais éclatât en plusieurs autres groupements.

 

Cette page méconnue de l'histoire nous enseigne plusieurs choses :

  • Les blancs n'ont pas le monopole de la lutte politique pour la préservation de leur intégrité raciale.
  • Un État, une oligarchie, peuvent choisir l'immigration comme arme contre son peuple ou une partie de son peuple, ou plus généralement, l'immigration peut être une arme politique d’ingénierie sociale. (L'immigration est positive en France pour la gauche qui y voit un électorat de substitution au vote ouvrier par exemple). De même, la démarche des élites brésiliennes est comparable à celle des élites israéliennes dans les années suivant la chute de l'URSS (politique de rapatriement forcenée des juifs ashkénazes russes pour contrebalancer l'importance numérique des séfarades (juifs arabes) en Israël, voir sur le sujet le témoignage de Marion Sigaut dans "Juifs errants sans terre promise").
  • Le métissage peut constituer une arme oligarchique. Comprenez moi bien, le métissage en lui même n'est rien d'autre qu'une aventure humaine individuelle comme il y en a eu des centaines de milliers dans l'histoire, il n'est pas intrinsèquement critiquable (il n'est ni "bon" ni "mauvais" en soi, il est, point à la ligne). Seulement, le métissage de masse constitue comme l'affirment la plupart des ethnologues comme notamment Claude Lévi-Strauss, un génocide (ou plutôt un ethnocide). Certes, il y a eu des métissages par le passé, mais les conditions actuelles rendent la situation inédite (les possibilités offertes par les moyens de transports et de communications modernes et les logiques du Capital permettent le déplacement de populations en nombre beaucoup trop important pour qu'une assimilation effective soit possible (du point de vue numérique, mais aussi civilisationnelle). Le métis est l'archétype de ce que cherche l'oligarchie mondialiste : un individu déraciné, dont l'hésitation, la contradiction interne désamorce la réflexion identitaire et compromet son enracinement. Bref, un individu malléable, l'idéal du mondialiste. Pire, le métissage promu par les tenants de la diversité à tout prix aboutit en dernière instance à l'annulation des la diversité, à l'uniformisation. En sommes, un seul exemple historique parvient à casser 3 idoles du discours moderne sur les races. Quand le métissage n'est plus un choix individuel mais un programme politique, collectif, il est clairement mortifère.

 

Conclusion

 

Cet exemple démontre une dernière chose, la volonté refoulée par nombre de nos contemporains de préserver l'intégrité de sa race n'est pas mue par le racisme au sens où la masse l'entend habituellement. Cette volonté de préserver sa race dans son corps et son esprit, est mue non pas par une haine, une pulsion de mort nihiliste, mais au contraire par une pulsion positive, créatrice, vitale. S'il prend parfois des formes exacerbées et caricaturales (c'est un signe des temps), cela est du à un manque de formation politique, à la baisse des capacités de verbalisation, mais aussi et surtout au tabou jeté depuis 1945 sur cette question. Une question que l'on aborde pas de front et la tête froide et une question sur laquelle on se passionne, et la passion mène aux excès de tous les types. Des années que l'on refuse à tous les "identitaires" (ou nationalistes) la parole, ou le droit à la respectabilité quand ils s'expriment sur la question, comment garder la tête froide dans ces conditions ? Comment aborder sans donner dans la caricature un sujet dont on a pas le droit de parler ? Défendre ses semblables, les siens à travers sa famille, son métier, sa nation, sa race est une démarche non point haineuse, mais relevant fondamentalement de ce que l'on appelle l' "Amour". Seulement il s'agit d'un amour moins abstrait que l'"amour" républicain, universaliste, tiers-mondiste, qui se tourne volontiers vers le lointain en ignorant le Sdf de chez lui. Il s'agit aussi d'un "amour" enraciné, et il faut le dire, sélectif, discriminant. Cependant, il n'implique nullement de haine de ce qui est "différent". Au contraire, la condition de l'amour véritable de l'Autre (au sens de l'altérité), prend ces racines dans l'amour que nous accordons à nos semblables. Un Homme conscient de ses racines, aimant ses racines, les prenant comme référent ultime au détriment des autres logiciels, est plus à même d'être capable de s'ouvrir à l'Autre.

 

Nous appartenons à une race, un peuple, une culture donnée avant d'appartenir au "genre humain", l'appartenance raciale, culturelle, nationale, conditionne notre rapport au reste de l'humanité, et non l'inverse. Il n'y a rien de haineux à défendre son mode d'appartenance au genre humain. Comment dès lors penser notre rapport au reste du monde sans tomber dans le pur tribalisme, et en échappant à l'universalisme mixophile abstrait ? Comme pour tout, il existe une troisième voie, l'approche différentialiste (illustrée par Alain de benoist, Lévi-Strauss, Henri Lefebvre), selon laquelle l'unité n'est pensable qu'à partir de la diversité. Toutes les différences doivent être préservées, y compris la particularité européenne, au risque de défigurer à jamais notre monde...

 

"Quel est l'objectif ? L'objectif est de relever le défi du métissage. L'objectif du métissage que nous adresse le XXIe. Ce n'est pas un choix, c'est une obligation, c'est un impératif on ne peut pas faire autrement au risque de nous trouver confrontés à des problèmes considérables. Nous devons changer, alors nous allons changer. On va changer partout en même temps dans l'entreprise, dans les administrations, dans l'éducation, et dans les partis politiques. Et on va se mettre des obligations de résultats. [...] Si ce volontarisme républicain ne fonctionnait pas, il faudra que la république passe à des méthodes plus contraignantes encore." N. Sarkozy.

 

EST-CE ASSEZ CLAIR ? ?

 

Charles Horace

 

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