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13/09/2026

Extrait de notre essai De l'Intuition - « Intuition et Intelligence du Cœur »

 

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© Francesca Woodman

 

Chapitre 5

 

Intuition et Intelligence du Cœur

à Audrey,

« J'ai oublié d'éteindre la lampe du jour avant de dormir. Le soleil brille. Il fait nuit. »

 

Spontanée. Innocente. Curieuse. Souriante. Naïve. L'intuition est enthousiaste. Toujours prête.

 

Enfance du génie qui joue avec les nombres et les lettres de Feu dans les jardins suspendus du souvenir et de l'oubli ; joyeuse mélancolie qui combat l'habitude et l'ennui aux côtés franc-battants de notre émerveillement pour tout réenchanter. Lumineuse régente du Royaume intérieur où grandit le petit prince.

 

Soleil intérieur ; occultement intérieur.

 

Troisième œil.

 

Seul œil qui perçoit et révèle la beauté de tout ce que l'instant présent vient de perdre.

 

La plus haute « intelligence du cœur » est l'aptitude à respecter et craindre l'intuition ; à l'aimer pour ce qu'elle est et non pour ce qu'on voudrait qu'elle soit.

 

Pour vivre heureuse, l'intuition vit cachée, recluse, abandonnée de tous. Loin des jouisseurs qui prétendent l'avoir vue, connue, reçue, touchée.

 

L'ingratitude envers les grâces qu'elle nous accorde est le plus grand péché des hommes. Commerce rentable de leurs doutes méticuleux contre les miracles de l'intuition. Ces faussaires bricolent et fabriquent des faux en intuition dans les sous-sols de la frustration. Labyrinthe de bonnes intentions et de mauvaise foi à perte de vue...

 

L'intention lorgne envieusement sur les beautés cachées de l'intuition ; lui prête l'intention de s'exposer ostensiblement aux regards indiscrets tandis que c'est elle qui viole son intimité et incite les badauds à l'épier ; inconsciente qu'on l'observe.

 

Exhiber son intuition c'est la mettre à nu à la vue de tous sans son consentement ; mais son « corps de gloire » ne plie ni ne se rompt. Alors nous exposons nos clichés volés et proposons nos contrefaçons aux enchères pour trois fois rien. Nous maquillons nos délires en chair négociable, marchandons nos faux sur les étals illuminés pour quelques piécettes. Nous déguisons nos intentions en intuition pour les prostituer, les vendre au plus offrant.

 

Il y a suffisamment de spectres à une jambe pour en faire des lampadaires et de chiens pour pisser dessus, de perversités à mettre au tapin sur les trottoirs de la quête spirituelle et de puceaux pour se vider dedans. Les faussaires et proxénètes de l'intuition sont les grands faiseurs d'illusions de notre monde. Si son corps reste incorruptible pour l'éternité, nous salissons à tout jamais son nom.

 

***

 

L'embrasement cardiaque qui couronne notre avancement ; nos avances fidèles et amoureuses, vers l'intuition, d'un succès enflammé dans la victoire comme dans la défaite, est le secret des plus intimes, des plus sacrés.

 

Un « secret » qui préexiste aux « origines du mal ». Trahir ce secret est un suicide de l'esprit.

 

Il peut exister une certaine beauté, lucide, une esthétique éclairée du suicide physique qui devient sacrifice spirituel... mais ne trahissez jamais le secret de votre relation intime et sacrée à l'intuition que dans la perspective de mener la plus grande guerre spirituelle ; sous l'ultime prétexte de l'unique et absolue « dernière preuve d'amour » avant la mort, sinon...

 

Partager son intuition pour faire valoir la légitimité spirituelle de nos « bonnes intentions » pour les élever au rang d'argument d'autorité, c'est offrir son épouse à l'impuissante partouze des peines-à-jouir de la postmodernité !

 

Ne trahissez pas le pacte amoureux qui vous lie à votre intuition à son corps défendant où elle s'envolera par la fenêtre ; disparaîtra de vos rêves et de vos songes qui ne seront plus que morne plaine habitée de monstres borgnes et fantômes amputés.

 

L'échec sera cuisant. Vous brûlerez dans cet enfer pavé de bonnes intentions.

Vous contemplez là une antique inspiration, une nature parfaite.

L'intuition est une muse capricieuse et ensorceleuse ; mélusinienne et morganienne.

 

Prenez garde de ne pas céder aux rumeurs et regarder ce qu'il se passe par le trou noir de la serrure...

 

Nous autres, coeurs sauvages et farouches de l'Empire de la Fin, n'inventons rien que l'intuition ne nous souffle à l'oreille ; nous autorise et nous ordonne à dire d'elle.

 

***

 

Puisque nous parlons d' « intelligence du cœur », nous sommes conviés à reparler d'amour et, forcément, de rencontre.

 

Sachez qu'il n'existe aucune différence entre « amour spirituel » et « amour charnel ». La seule petite différence qui pourrait résister ne réside que dans la forme que cet « amour » prend dans le visible et l'invisible de la rencontre ; son endroit et son envers, mais, fondamentalement, c'est une seule et même « chose » : un seul et même amour.

 

L'analogie de l'un pour parler de l'autre ou de l'autre pour parler de l'un n'a rien de métaphorique ou de parabolique.

 

L'inconditionnalité de l'amour n'est précisément autre que l'alignement parfait de ces deux formes d'amour qui sont un seul, unique et absolu amour, qui sauve, s'offre à la rédemption par la voie du pardon.

 

L'intuition n'a de cesse de relier ces différentes formes d'amour pour n'en faire qu'un seul. Elle produit des efforts insensés pour accomplir ce miracle. C'est presque là sa fonction première.

 

L'intuition n'a de religion que l'Amour.

 

De l'amour grivoisement fidèle et fidèlement grivois aux grâces spirituelles et charnelles de Notre-Dame.

 

L' « intelligence du cœur » est Honneur et Fidélité à la Dame Céleste, Belle Endormie, Reine Blanche et Rouge, Vierge Noire, Fée Bleue et Verte... Terrible et Glaciale Beauté !... chaude comme la Lune ronde et pleine.

 

C'est à cause des puritains que les mystiques ont sagement opéré cette distinction : pour éviter de se faire trancher la tête. Non à cause d'une quelconque « confusion métaphysique ».

 

Il faudra, à ce propos, que nous vous parlions ailleurs des subtilités de la jalousie amoureuse – d'une « certaine jalousie amoureuse » – et des complices beautés de cette « jalousie sacrée ».

 

La « jalousie du Secret », ou « pour le Secret ». Un « secret » qui surgit, comme une étincelle, de notre coeur anthracite tel du charbon. Qui se faufile entre les lignes du grand livre de Feu comme une petite salamandre. 37,5° à minuit. De ce qui sépare les fidèles d'amour du « commun des mortels » – qui n'ont que haine pour le Secret et qu'amour pour la transparence. Du parcours initiatique, intime et intimidant, qui mène à certaines révélations poétiques et prophétiques de ce « connais-toi toi-même » anagogique et sotériologique. Initiation qui commence par la relation spirituelle et charnelle à l'autre, à l'alter ego, à l'âme sœur, à l'ange gardien, à l'androgyne primordial... jusqu'à revenir à l'Un.

 

La rupture de ce lien cosmique entre la créature et son créateur ; ses déclinaisons et sa répétition, ne s'expriment alors, ici-bas, que par le « chagrin d'amour » ; qui fait intégralement partie de cette « initiation ».

La séparation dévoile un niveau de lecture mortel dans les pages brûlées de notre parchemin intérieur que nous ne pourrions appréhender sans avoir perdu l'être aimé.

 

Méfiez-vous de ceux qui vous délivrent des techniques et pratiques magiques de « développement personnel » qu'ils vendent pour « développement spirituel », liées à cette drôle d'intention de « se connaître soi-même » par soi-même, sans jamais vous parler d'amour et d'altérité dans la quête spirituelle. Qui vivent séparément quête spirituelle et amoureuse.

Mais c'est une seule et même quête...

 

Je vais ici et maintenant vous confier quelque chose de la plus grande importance, c'est par ailleurs le seul conseil que je me permettrai de vous prodiguer :

 

il vaut mieux échouer sa quête spirituelle « individuelle » et « personnelle » d'illumination, la sacrifier à l' « amour charnel » et à l' « immortalité » par la procréation que de « se connaître soi-même » mal à moitié sans jamais donner la vie et, finalement, sans jamais atteindre les sommets de la méditation. Trop que pour être heureux, pas suffisamment que pour s'épanouir. Cet « entre-deux » est un enfer pour votre corps, votre âme et votre esprit.

 

L'expérience de votre existence vivante dans la matière est un miracle. Ce « miracle » que vous cherchez partout : c'est celui-ci. Et le destin c'est la rencontre. Alors, au moment de la mort, ce que vous avez sacrifié à la vie et à l'amour se fait graine et germe de sa putréfaction. Vous réalisez votre grande œuvre par ce sacrifice, ce renoncement. C'est ce que la Mort nous laisse entendre lorsqu'elle ne rôde pas loin de nous avec sa suite d'ombres et de ténèbres qui nous entoure... nous veulent-elles tant de mal que cela lorsqu'elles nous attirent vers les « pièges de la Nature » ?

 

Ce qu'ils appellent « se connaître soi-même » se résume à savoir ce qu'ils aiment ou n'aiment pas, à connaître vaguement leurs qualités et leurs défauts, tout ce qui est plus ou moins en rapport avec leurs préférences, leurs opinions, leurs croyances : ce qu'ils pensent savoir d'une manière générale. Au mieux un portrait chinois ou un questionnaire de Proust.

 

Se « connaître soi-même » c'est d'abord se reconnaître dans le reflet de ce regard altier au moment de la rencontre. C'est vivre consciemment et consciencieusement son expérience « amoureuse » dans la matière, d'apercevoir la lumière cachée derrière l' « absence de Dieu ». Ce grand mystère qu'est le vivant ne se réalise que dans l'imprévu de la mort – qui donne la vie. L'illumination est éclipse totale, nuit noire, minuit cosmique... et nous pouvons l'atteindre par cette voie de la Simplicité.

 

L'intuition ne connaît pas les distinctions intellectuelles entre exotérisme et ésotérisme, monothéisme et polythéisme, christianisme et paganisme... toutes ces séparations d'un même Amour. De la même manière qu'elle ne connaît ni préférences, ni opinions, ni croyances. Elle ne pense, ne sait et ne connaît rien que sa vérité. Elle se connaît elle-même... elle qui se sacrifie et meurt à chaque fois qu'elle se fait connaître à notre conscience. Et elle ne le fait que pour renaître, perpétuer la vie par le recommencement de son existence par-delà le bien et le mal.

* * *

Nous percevons, l'espace d'un instant, par la grâce que l'intuition nous confère, lors de la rencontre, la part de rêve ; et celle des anges, dont nous partageons avec l'être aimé et aimant le divin effluve. Ce rêve d'infini et d'éternité de l'amour que la réalité piétinera sans pitié à la première trahison et au moindre doute envers l'intuition.

 

« Espace d'un instant » qui n'est, nous le rappelons, ni le présent ni la réalité mais une « projection idéelle et imaginale rétroactive et anticipative » de ce qu'ils sont simultanément et synchroniquement dans l'infiniment petit du rêve où les grandes aventures de l'existence s'organisent avant de ressurgir dans l'infiniment grand de la réalité ; où ils pourrissent dans ce feu noir et humide du scepticisme. Où elles se réalisent et réussissent ou échouent. Et ces « grandes aventures amoureuses de l'existence » échouent fatalement et mortellement à la moindre hésitation ; ne laissent aucune place au doute. L'hésitation est un début de trahison que l'intuition voit venir de loin...

 

Aimer c'est prévoir.

 

Que pouvons-nous donc faire d'autre que de contempler les splendeurs de l'intuition livrées à nos ferventes aspirations et pieuses inspirations !?

Quoi d'autre peut entretenir la foi, notre feu intérieur, que la chaleur d'un foyer et qu'un enfant aux grands yeux qui traîne dans les jupes de sa mère au regard de braise ?

 

Nous n'y pensons ni n'avons besoin d'y réfléchir que de vivre sa passion ; de mère en fille et de père en fils. De la vivre par l'expérience de la chair. De l'amour plein les yeux. L'aveuglante intensité dont l'intuition nous a chargés, jusqu'à « la fin de la Mort » qui vient éclairer le sens de la vie !

 

Nous ne pouvons vivre cette aventure risquée de l'existence qu'à travers la rencontre de deux êtres ayant partagé une même intuition à l'instant critique de la rencontre et un même rêve lors de leur première nuit pour « se connaître soi-même » ensemble et, ensemble, « devenir immortels » !

 

Nous ne devenons pas seul immortel.

 

Pour 99,9% d'entre nous, l' « immortalité » ne s'acquiert que dans l'intuition de la rencontre amoureuse et ensuite... d'un enfant qui saute sur nos genoux.

 

Rien d'autre.

* * *

L'intuition a ses entrées au Paradis comme aux enfers. Elle entre, elle sort, personne ne la remarque, n'en soupçonne la présence. Anges et démons zélés sont aveuglés par sa lumière dont nous ne percevons que l'ombre projetée sur la toile de nos rêves comme une énigme à résoudre...

 

Religieuse, elle n'a pas de religion. Spirituelle, elle ne supporte aucune spiritualité. Sage, elle n'enseigne aucune sagesse ni philosophie.

 

Qui est-elle ?

 

Aucune « spiritualité » ou « magie » ne peut contenir la violence de sa sagesse primordiale, sacrée, transgressive, amorale, qui ne demande aucune technique, aucune pratique, aucune initiation, aucune méditation : aucune forme particulière de maîtrise spirituelle pour être comprise. Même pas l'ombre d'une prière... à peine le début d'une confession.

 

Autant demander à « Dieu » quelle est sa religion ?!... et si vous saisissez l'incongruité de cette question vous entreverrez le complexe qui se cache derrière l'idée d'intention.

 

L'intuition est cruelle. C'est bien là sa seule vertu...

 

Et il a bien fallu lui donner un nom.

 

Mais ni le bien ni son absence ne peuvent qualifier et justifier la religion et la moralité, la philosophie et l'éthique, la spiritualité et la sagesse de l'Intuition.

Elle n'est que rêve, poésie et prophétie : sans foi, sans règle, sans loi.

 

Elle figure l'imagination et préfigure la création de « Dieu ».

 

Elle fait rougir l'origine du Monde !

***

L'intuition comme « intelligence du cœur » et « troisième et seul œil » est, en dernière instance, à son niveau le plus haut et intense d'immédiateté, la grâce particulière de ressentir des ambiances et établir la topographie métaphysique d'un lieu – en tant qu'il est l'endroit d'un envers paradisiaque ou infernal –, à transpercer la psychologie humaine, d'un groupe ou d'un individu, à visiter l'intériorité d'un objet ou d'un être, à voyager au centre de la Terre tout en restant immobile, et, finalement, à « s'interdire une rencontre » – plutôt que de prédire d'une issue néfaste ou favorable de l'hypothétique relation à venir.

 

L'intuition : c'est ce qui ne pose pas la question de l'intuition.

 

Ce qui ne s'est pas dit ; et n'en a pas besoin.

 

Ce qui nous a fait éviter le doute ; tous les cortèges et bals masqués qu'organisent de grandes fêtes les hésitations et leurs visages effrayants.

 

Ce qui nous a sauvé sans que nous nous en rendions compte.

 

Tout ce qui se « devine » ou procède d'une intention – que celle-ci soit bonne ou mauvaise ; selon des critères qu'il resterait à définir – n'est pas de l'intuition ni ne peut provenir d'Elle !

 

Non, l'intuition ne joue pas aux devinettes, ni ne prêche le faux pour savoir le vrai.

 

L'intuition est un droit de regard, conscient, sur l'autre monde de la « seconde vie ». Avec le risque de se perdre dans ces mondes idéels et imaginaux de la rêverie ou du songe superposés à la réalité.

 

Certes la folie nous guette, elle accompagne l'intuition. Et si nous prétendons voir des signes partout, l'intuition l'autorise à nous donner un avant-goût de ce qui nous attend si nous insistons dans cette voie qui prétend que « Quand on veut une chose, tout l'Univers conspire à nous permettre de réaliser notre rêve » (cf. Coelho). Ce qui est une des phrases des plus stupides et dangereuses jamais écrites dans un Best Seller.

***

L'intuition, c'est pénétrer l'outre-monde, sans s'y attarder.

 

L'intuition est un lieu dans lequel on ne s'attarde pas. Où il ne vaut mieux pas trop s'attarder.

 

Faut-il être prêt à affronter nos propres erreurs et fautes pour obtenir la permission de la regarder droit dans les yeux et enfin regarder nos mensonges à nous-mêmes droit dans le Soleil ?

 

Car c'est ce que nous allons trouver en cherchant dans ce monde-là, à comprendre son absence et son silence, la violence du refus et rejet du plus grand Pardon, de sa vengeance et de la souffrance inutile qu'elle nous inflige : nous ne pourrons en revenir indemnes.

 

Cette compréhension ne règle pas le problème : elle l'aggrave.

 

L'intuition nous met en face de nous-mêmes et de nos mensonges, par rétroaction et anticipation.

 

Qui ne se connaît lui-même, n'a pas encore pris conscience de lui-même, l'intuition ne lui sert à rien qu'à s'enorgueillir d'ignorance et de se nourrir de ses propres mensonges.

 

L'intuition n'a pas d'intention positive ni négative. Elle n'a aucune intention. Elle ne fabrique pas de signes. Elle ne signe aucune conspiration en notre faveur. Elle est pure information.

 

Et, en matière de rencontre, il n'existe aucune « loi de l'attraction » régie par l'intuition. Elle ne remplit pas un job d'été dans un parc d'attraction pour que nous jouissions des montagnes russes sensationnelles et autres ascenseurs émotionnels dont nous aimons tant les descentes sans efforts.

 

Nous dirions même que l'intuition se méfie des législations actuelles de l'attirance et des termes de la synchronicité. Qu'elle les combat fermement.

 

La « méthode Coué » enseignée par tous les « développements personnels » de la Subversion – et l'incitation à la « programmation neurolinguistique » pour favoriser positivement et magiquement nos relations humaines et interactions sociales –, et particulièrement lorsqu'il s'agit des rapports homme/femme, est cette illusion new age de la « Synchronicité » qui tue toute espèce d'instinct et d'intuition, que nous vivons dans notre chair, bien supérieurs à toutes sagesses ou spiritualités où l'homme devient son propre centre, bourré de « bonnes intentions ». Alors il se regarde le nombril, mais ce n'est pas lui qu'il observe, qu'il scrute... c'est « autre chose » dont il serait effrayé d'en connaître la profondeur et l'obscurité.

 

Les supports auguraux qui devinent nos pseudo-intuitions dans les marcs de café de la postmodernité sont souvent de mauvais augures, de très mauvais augures.

 

Intuition et involution sont forcément et « magnétiquement » liées par la vérité toute simple que l'on ne conjure pas le « mauvais sort » par un quelconque optimisme ou sentimentalisme à ras-des-pâquerettes, par un quelconque vouloir-guérir magique et individuel qui pourrait, éventuellement, sur un « mal entendu », s'opérer dans un temps plus ou moins long vers un progrès comme la maladie progresse. Surtout en notre temps qualifié, caractérisé par l'accélération du Temps vers la Fin, et la phase terminale de la solidification du Vivant vers la posthumanité atrophiée.

 

De quel ésotérisme, de quel hermétisme et de quel occultisme la pratique sociale et sportive de la spiritualité est-elle le nom ?

 

Au diable vos gymnastiques de l'esprit qui ne riment à rien et ne produisent aucune sorte, aucun genre, aucune forme de la Beauté !

 

Oui, parce que lorsque nous parlons d'ésotérisme : de quel « ésotérisme » parle-t-on ?

 

De cet « ésotérisme » fortuit, contingent, qui à peine laisse s'échapper un petit bout de beauté, par inadvertance, vient la reprendre, la remettre au cachot, d'abord par le comique et l'humour, vers toujours plus de dérision, et trouve cela marrant, à se taper le cul par terre ?

C'est donc ça votre expression la plus concrète de l'ésotérisme agité par moultes théories et spéculations aussi vides que le regard d'un poisson mort et qu'un rire de hyène ?

***

L'intuition est intimement liée aux idées d'imagination et de création – et « Dieu » sait l'importance de l'imagination et de la créativité pour se « renouveler en amour » et le recommencer après la plus grande tragédie de la Fin par le Pardon.

 

Vous pouvez vous rouler par terre et vous tordre dans tous les sens : elle ne sera jamais liée aux idées de « réflexion » et de « méditation » qui supposent davantage une forme impure d'intention qu'une forme parfaite d'intuition dans la prétention à l' « illumination ».

***

L'intuition est subtile, éthérée, volatile. Chaque fois que nous essayons d'en saisir l'essence, elle nous échappe.

 

Et, l'intuition, si elle rêve, imagine et crée des possibilités idéelles et potentialités idéales en leurs nuances et subtilités, ses caresses, les écorchures et morsures de l'aube qu'elle laisse sur votre peau, ses ongles félins profondément enfoncés dans votre âme, la violence de son désir, de votre désir qu'elle vous rend à coups de griffes, vous fait comprendre que, pour aimer l'intuition, il faut aimer sa violence créatrice et l'aimer violemment en retour.

L'intuition est douleur.

 

Une « douleur » intolérable. La sagesse est d'accepter cette douleur que nous inflige l'intuition. Et la sagesse n'est finalement et fatalement que cela : l'acceptation.

 

L'intuition est une créature sauvage, indomptable, vous ne pouvez pas l'apprivoiser ni maîtriser sa violence. Son secret est inviolable. Elle est vierge des espoirs et désespoirs des hommes, des magies humaines, les millénaires l'ont laissée intacte de toutes leurs pénétrations. Elle est la dernière frontière de l'âme contre les invasions de la maîtrise. De la « maîtrise technique » des émotions et des affections. Vierge en arme que la science profane et pseudo-magique ; et que leurs instruments les plus pointus ne peuvent percer. Que leurs rasoirs technico-pratiques ne peuvent couper ni faire saigner... ou qu'ils nous en fassent la démonstration... nous ne demandons qu'à voir mais leur déconseillons vivement de verser ne serait-ce qu'une seule goutte de sang de l'intuition pour l'analyser.

 

L'intuition, c'est Cassandre...

 

Vous êtes prévenus.

17/01/2026

Supprimer le problème du néant (Daria Douguine)

Daria « Platonova » Douguine, Optimisme eschatologique, Partie IV – Fragments philosophiques et l'involution de la modernité, L'univers voluptueux de Lucrèce, Supprimer le problème du néant, pp. 388-390, aux éditions Ars Magna (Les Ultras)

 

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Il est révélateur que le poème commence par un hymne à Vénus, la mère d’Énée et, par conséquent, de tous les Romains :

 

« Mère des Romains, joie des dieux et des hommes, Vénus, dispensatrice de vie, qui sous les planètes et les étoiles, visite la mer couverte de navires, la terre vêtue de blé, toujours, car c'est par toi que tout ce qui naît st obtenu, créé, mis au monde pour voir le Soleil. »

 

La déesse de la volupté, des joies corporelles et des plaisirs n'est pas choisie ici par hasard : ce sont ces qualités qui constituent la norme philosophique de l'éthique épicurienne, celle de l'homo voluptas. L'anthropologie de cet « homme voluptueux » constitue le monde dans lequel cet homme serait à l'aise. Ce monde repose sur les postulats suivants, décrits avec élégance tout au long du poème :

 

« [...par la nature et ses lois] Et c'est là son premier principe, à partir duquel nous prenons notre départ : rien n'a jamais été par miracle à partir de rien. »

 

Le problème du néant est ainsi éliminé une fois pour toutes. Le monde nous est donné immédiatement comme une infinité réelle qui se meut dynamiquement par et en elle-même. Le plaisir est ce qui est « en et de soi ». L'absence du néant est la garantie philosophique du bonheur épicurien.

 

« Et maintenant, ajoutez ceci : la nature décompose toutes choses en leurs atomes ; rien ne meurt dans le néant. Puisque rien n'est créé à partir de rien, rien ne disparaît. »

 

Cela inspire à Lucrèce un optimisme fondamental. Lucrèce défend l'absence de mort irréversible avec une fois dans la bonté de la nature :

 

« Car si une chose était mortelle dans toutes ses parties, elle serait emportée, disparaîtrait de la vue, car il ne serait pas nécessaire d'utiliser la force pour arracher une partie d'une autre, ou pour dissoudre leurs liens. Mais les choses sont faites d'atomes ; elles sont stables jusqu'à ce qu'une force vienne, les frappe fort et les divise, ou s'infiltre dans leurs parties intérieures et les fasse éclater, la nature n'effectue aucune destruction à nos yeux. »

 

Vient ensuite une autre référence intéressante à Vénus, la mère de la volupté identifiée à la « nature » :

 

« D'ailleurs, prenez les choses que le temps efface par le vieillissement : si, à leur mort, leur matière était entièrement consommée, d'où Vénus tirerait-elle les animaux pour leur donner la vie selon leur espèce, et la Terre, la magicienne, les multiplie-t-elle et les nourrit-elle selon leur espèce ? D'où les sources natales et les fleuves lointains pourraient-ils alimenter la mer ? D'où l'éther nourrit-il les étoiles ? Car tout ce qui a une masse mortelle a depuis longtemps été épuisé au fil du temps infini qui s'écoule. Mais si la matière dont cette somme de choses est constituée a traversé les âges vides, elle est certainement dotée d'une nature immortelle. Rien, par conséquent, ne peut être réduit à néant. »

25/01/2024

De l'Empire d'Arthur à l'Empire du Graal (Pierre Ponsoye)

 

Pierre Ponsoye, L'Islam et le Graal – Étude sur l 'ésotérisme du Parzival de Wolfram von Eschenbach, IX De l'Empire d'Arthur à l'Empire du Graal, pp. 171-180, aux éditions Arché Milano (1976)

 

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Arthur, l'illustre roi des Bretons du VIe siècle, est passé très vite de l'histoire à la légende, si même, pour lui, elles se sont jamais distinguées. Bientôt après sa disparition, dit Henri Martin, il « n'est plus seulement un héros nationale ; c'est le « fils de la nuée », d'Uter à tête de Dragon, « roi des ténèbres », être mystérieux et voilé, ordonnateur des batailles, supérieur à Hu lui-même, d'Uter qui a pour bouclier l'arc-en-ciel, et qui a pris la forme de la nuée pour engendrer son fils. Arthur a reçu de son père la grande épée : il parcourt l'univers en vainqueur ; il est proclamé empereur du monde. Enlevé au ciel après qu'il a été mortellement blessé à la bataille de Camlan, il réside dans la constellation qui porte son nom (le Chariot d'Arthur, la Grande Ourse) : il en redescendra un jour sur la terre. Il est devenu le type même du génie héroïque des Celtes, type élevé jusqu'à la substitution d'Arthur à l'ancien Bel comme Taureau du Tumulte, génie du Soleil et de la guerre ». Plus tard, ce type évolue. Arthur est toujours « le chef du monde héroïque, mais il n'est plus le fils d'un dieu : il n'est que le fruit des amours illégitimes d'un héros. Il n'est plus enlevé entre les constellations. Toutefois sa disparition reste voilée de surnaturel : il n'est pas mort, il ne mourra pas ; neuf fées le gardent dans l’Île sainte d'Avallon, d'où il viendra venger son peuple, ses deux Bretagnes ». Disparu, il n'est pas réellement absent ; on entend ses cors dans la forêt bretonne. Les Bretons n'ont pas voulu d'autre roi après lui, à cause de cette invisible présence et de l'attente de son retour béni.

 

Héros polaire (son nom vient de l'Art, l'Ours qui présente un étroit rapport avec le symbolisme celtique du Pôle), ses traits de prototype impérial se précisent : s'il n'est plus le fils d'un dieu, c'est Dieu lui-même qui lui donne l'Empire du Monde, symbolisé par l'épée Excalibur, et dont les limites, qu'il était alors interdit de dépasser, portent son nom (les bornes Artus, qui sont, d'une part à l’extrémité orientale de l'Inde, d'après le Roman d'Alexandre, c'est-à-dire aux confins du Paradis, d'autre part à l'extrême Occident, identifiées avec les colonnes d'Hercule, auquel Arthur était d'ailleurs souvent assimilé). Lui aussi est « ordonnateur des batailles » (ipse dux crat bellorum, dit Nennius), car c'est à la pointe de l'épée qu'il doit conquérir son empire contre les ennemis des Bretons et de Dieu. Cet empire n'est pas seulement le monde terrestre, mais aussi le monde intermédiaire ou subtil, c'est-à-dire tout le monde sublunaire, domaine des Petits Mystères. A ce titre, il est souverain de droit de tous les lieux « enchantés » : « Et tous ces lieux faés sont Artus de Bretagne », dit le Brun de la Montagne.

 

En tout cela, il est l'agent fidèle de Myrrdhin ou Merlin, dont il ne se distingue pas essentiellement, le prophète insaisissable, omniprésent et multiforme, fils d'une vierge et d'un esprit de l'air, maître des éléments, détenteur des « divins secrets », chef spirituel et unificateur des peuples celtiques, qui sort de sa « maison de verre », au fond de la forêt par excellence (Kalydon, ou Brocéliande) pour l'assister dans les moments critiques. C'est sur les directives de Merlin qu'il institue la

 

Table ronde

Qui tournoie comme le monde,

 

ce qui fait d'elle le « moyeu du Monde » et achève de caractériser Arthur comme Monarque universel, semblable au Chakravarti hindou. Un signe de régularité de ce Centre initiatique, auquel tout le Moyen-Age s'est référé comme à la plus haute autorité chevaleresque, est fourni par la constitution duodénaire de son collège principal, image des douze soleils zodiacaux ou des douze manifestations cycliques de l'unique et éternelle Essence. Arthur lui-même représente cette Essence dans sa constance et sa fixité non agissante. C'est par ce non-agir même qu'il ordonne et « autorise » l'action. Il réalise ainsi le pouvoir temporel dans son statut normal de résorption spirituelle qui permet au Principe divin d'agir à travers lui sans obstacle ni altération. Son union avec Merlin en est un autre signe, car elle exprime l'intégration normale des deux pouvoirs dans leur Source commune.

 

Par ces rapides indications, on voit que le thème arthurien offre par lui-même, indépendamment de celui du Graal, un véritable Doctrinal de l'Empire. Pour en saisir toute la portée, il faut se souvenir que l'idée impériale a été l'une des dominantes majeures de la pensée et de la foi médiévales, participant immédiatement de la finalité du Royaume de Dieu. L'Empire était, avec le Sacerdoce, l'un des deux aspects normaux et nécessaires de la Lieutenance conférée naturellement et surnaturellement à l'Homme par le « Roi du Ciel ». Il ne s'agit donc pas là d'une formule politique, même teintée de mysticité, mais de a communication au monde chrétien de l'autorité et de la réalité du Christ sous son aspect royal. On peut donc parler d'un Mystère impérial, qui n'est autre que le Mystère christique dans son extension temporelle, et aussi dans sa perspective eschatologique, car l'aspect royal se rapporte plutôt à la Seconde Venue, comme l'Empire, dans sa manifestation ultime, à la Jérusalem céleste. Dans l'attente de cette Heure où les deux autorités sacerdotale et royale seront réunies sur une seule auguste tête, l'Empire demeure, comme l’Église, réalité transcendantale, archétypique, vers laquelle doit tendre l'histoire, puisqu'il doit la consommer.

 

Si étrangère que puisse être une telle conception à la mentalité moderne, elle a été authentiquement celle du Moyen-Age, pour lequel le spirituel et le temporel n'étaient que des « catégories » du sacré. C'est ce qui permet à l'historien de faire des constatations telles que celles-ci de Joseph Calmette, à propos du renouveau impérial carolingien : « La notion de l'Empire, écroulé dans les faits (après 476)), subsiste intacte sur le plan de l'idée pure... Les traces en sont innombrables dans la littérature, surtout ecclésiastique. L'Empire n'a pas cessé d'être. Il doit, de virtuel, redevenir réel. Toute âme éclairée aspire à le revoir et a comme la nostalgie de cette patrie d'élection. Or, le rêve des lettrés et des penseurs va prendre corps ; ce que n'a pu Justinien, une dynastie franque le réalisera. L'histoire, sous son impulsion, paraîtra refluer vers sa source. Désormais, en Occident, l'idée impériale, fût-elle interprétée ou réalisée diversement, occupera toujours une place de premier plan dans les préoccupations des souverains et des peuples. »

 

Entre autres témoins du caractère sacré du symbole arthurien et de la fonction impériale, citons le portail de la cathédrale de Modène, dédié à Arthur (environ de 1160), et la fameuse mosaïque de Latran, sur laquelle nous nous arrêterons un instant. On y voit le pape Léon et l'empereur Charles, agenouillés aux pieds de saint Pierre, et se faisant face sur le même plan horizontal. Les trois personnages forment un ternaire où saint Pierre figure en majesté, c'est-à-dire comme personnification d'un principe. Il donne simultanément à Léon et à Charles deux investitures distinctes : l'une, par le pallium, purement sacerdotale, et l'autre, par le vexillum, impériale, que Charles reçoit ainsi directement. On remarque en outre qu'il garde dans son sein la clef d'or de l'autorité spirituelle et la clef d'argent du pouvoir temporel. Le Prince des Apôtres n'agit donc pas ici comme Chef de l’Église, mais dans la Fonction spirituelle suprême, permanente parce qu'universelle, de Vicarius Christi, Source des deux pouvoirs. On verra mieux plus loin à quoi pouvait répondre une telle figuration. Rappelons ici que, dans le vexillum, concurrent trois symboles : celui de la Croix, celui de la Lance, et celui de l’Étendard. C'est pourquoi il figure dans l'iconographie médiévale comme attribut du Christ guerrier. La Croix de la Résurrection elle-même, avec sa banderole, n'est autre qu'un vexillum, comme l'a justement fait remarquer Emile Mâle, ce qui achève de montrer l'association étroite dans la pensée médiévale, entre l' « idée » impériale et la réalité spirituelle et parousiaque exprimée dans la notion traditionnelle du Christ-Roi.

 

C'est à cette immanence, et nous dirions volontiers à cette imminence du Mystère impérial que sont dus la transposition légendaire presque immédiate de ses principales manifestations historiques, et le caractère messianique et eschatologique qui les a si fortement marquées. Dans ses Notes sur le Messianisme médiéval latin, P. Alphandéry a bien dégagé les traits messianiques de l'Empereur archétype, tels qu'ils ressortent des légendes de Charlemagne, de Frédéric Barberousse, de Frédéric II, ou de personnages de moindre envergure mais de fonction analogue. Le thème de leur carrière est toujours le même : élection divine, épreuve, retraite, retour glorieux. Il s'y ajoute souvent un thème eucharistique ou baptismal (par passage des eaux, changement de nom) ; plus généralement encore, l'Empereur élu est entouré d'un collège de douze membres. Le temps de son absconditio se passe dans une Montagne (Wunderberg, Kyffhaüser) ou dans une Terre inconnue au delà de la mer, symbole évident du Centre du Monde. De là il sortira un jour pour combattre l'Antéchrist : la renovatio imperii annonce ainsi la reparatio temporum. P. Alphandry fait justement remarquer que chacun des héros légendaires assumant les traits de l’Empereur, initialement chef d'un peuple, reviendra à la tête du peuple universel des saints. Il s'agit donc dans tous les cas d'une seule fonction ; de sorte que l'apocalypse impériale rejoint celle de Jean, celles de Baruch, d'Esdras et des traditions rabbiniques, et celles reçues en Islam au sujet du Madhî et du retour de Seyidnâ Aïssa. Cette conjonction n'a rien qui doive surprendre, car si la tradition impériale se référait historiquement à l'héritage romain et théologiquement à la personne du Christ-Roi, elle plongeait de profondes racines dans un fonds traditionnel universel, particulièrement invariable sur ce point, et plus spécialement dans le fonds d'origine abrahamique, à la source duquel on retrouve le Prêtre-Roi par excellence, Melki-Tsedeq.

 

On voit sur quel contexte, à la fois historique et « trans-historique », Arthur, chef perpétuel de toute Chevalerie terrestre, venait projeter l'exemplaire d'un Art royal conscient de ses moyens et de son but. Mais, s'il indiquait la fin de la Chevalerie qui est de devenir céleste, il définissait aussi les bornes de son propre domaine – que marque, en particulier, la discontinuité entre son royaume et Montsalvage –, et, entre le terrestre et le céleste, ce passage à la limite qui est une transfiguration. La théophanie du Graal achève la réalité arthurienne, mais comme le Ciel achève la Terre. C'est pourquoi, si la sphère d'Arthur est la voie d'accès normale à celle du Graal, elle ne lui est, pourrait-on dire, que tangente, et, si les deux chevaleries peuvent coexister, elles ne se compénètrent pas, la seconde ajoutant à la qualité royale de la première, qu'elle possède éminemment, la qualité sacerdotale qu'elle tient d'élection, réalisant le double aspect de cette Lieutenance, hypostase du Sacerdoce éternel.

 

On discerne dés lors comment l'Empire d'Arthur pouvait, sur un certain pan, être valablement tenu pour une fin en soi, pour n'être plus, dés l'annonce du Graal, que son étape et sa virtualité. L'Empire du Graal, auquel celui d'Arthur s'ordonne naturellement, est en acte ce sacrum imperium attendu à la fin du cycle de l'histoire, et dont le Saint Empire historique ne fut qu'une figure lointaine et une espéance finalement déçue. S'il est futur pour le monde, bien qu'il soit proche, et tout en étant à sa fin, et il y a, entre eux aussi, ce dont nous avons parlé et qu'évoque, dans le Parzival, l'épisode de Lohengrin et de la Question interdite. Mais il demeure, car la fin d'une chose ne peut pas ne pas être dans l'actualité permanente de son Principe, et sa Chevalerie elle-même n'est pas assez enchaînée à l'histoire pour mourir avec ses « saisons ».