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13/08/2020

Des Druides en congrès – Une triade païenne et trois saints

Alexis Charniguet/Anne Lombard-Jourdan, Cernunos, dieu Cerf des Gaulois, Chapitre IV Des Druides en congrès, Une triade païenne et trois saints, pp. 108/110, aux éditions Larousse Dieux, mythe & Héros

 

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Au cœur de la Plaine Saint-Denis, au lieu-dit du Lendit, se dressait donc un tumulus. Son occupant aurait été l'ancêtre protecteur du pays. Ce lieu sanctuaire se situait sur le passage de l'une des plus grandes voies commerciales protohistoriques. Nous en déduisons l'existence à l'aide de sources rares qui, souvent, furent déformées, soit par l'oubli, soit par le désir monastique d'adapter les croyances anciennes aux interprétations religieuses et politiques nouvelles. Malgré tout, des informations complémentaires nous sont données par plusieurs documents.

 

Vient en premier lieu un texte latin, bien connu dés lors qu'il s'agit d'approcher la religion gauloise. Il s'agit de quelques passages dans la Pharsale de Lucain, auxquels nous avons déjà fait allusion. Lucain cite nommément les trois principales divinités de la Celtique et de la Belgique : Teutatès le Tribal, Ésus le Bon et Taranis le Tonnerre. Teutatès domine cette triade où la « bonté » d’Ésus ne doit pas nous tromper : il est « bon » par antiphrase, car son pouvoir s'exerce lui aussi dans les inquiétantes profondeurs souterraines. De même les Grecs nomment-ils « Bienveillantes » les furies qui président à la vengeance. Au moins reconnaissons-nous chez lui, comme chez Teutatès, des homologies avec Cernunnos.

 

C'est là qu'il faut reparler de saint Denis. Selon Grégoire de Tours, qui écrit trois siècles plus tard, l'évangélisateur – premier évêque de Paris – avait été envoyé non seulement convertir les Gaulois de la Seine et de la Marne, mais surtout christianiser le haut lieu, comme plus tard Patrick ira affronter le pouvoir druidique à Tara, au cœur de leur territoire symbolique.

 

Contrairement à Patrick, historiquement attesté, nous ne disposons d'aucun renseignement dur Denis. La tradition dit seulement qu'il arrive en Gaule au milieu du IIIe siècle. Rien d'autre. Il aurait été victime soit de la persécution de Dèce (250), soit de celle de Valérien (258), en compagnie du prêtre Éleuthère et du diacre Rustique, dont on ne sait, là encore, que leurs noms et leurs fonctions. L'évêque, selon la tradition, est décapité sur le « mont de Mercure » (mons Mercurii) qui devient alors « mont des Martyrs » (mons Martyrum), notre Montmartre. Ensuite, tenant sa tête coupée entre ses mains il chemine jusqu'au lieu de sa sépulture. Le tumulus tant disputé de Protège-pays est désormais chrétien.

 

Peu de choses, donc, mais chaque détail compte. Auquel s'en ajoute un dernier, qui a son importance. Tout cela nous serait en effet inconnu sans l'intervention de sainte Geneviève (v. 422-v. 502), la noble et pieuse femme dont les prières ont détourné de Lutèce le redoutable Attila.

 

Nanterroise, Geneviève avait une telle vénération pour le saint du Lendit qu'elle aurait obtenu du clergé parisien la constrcution d'une église sur le domaine de Catullius, le vicus Catulliacus (le futur Saint-Denis) déjà cité. La sainte avait bien perçu la dangerosité « païenne » du Lendit et la nécessité d'y élever un « contre-feu » chrétien car, disait-elle, « il n'est douteux pour personne que le lieu même où il se trouve est redoutable ».

 

Ainsi serait née la première église Saint-Denis. Et les premiers récits. Où l'on voit l'importance économique et politique de l'espace reliant Nanterre à la plaine du Lendit, alors que Lutèce n'est encore qu'une ville administrative en voie d'affermissement, élevée sur l'imperturbable plan en rectangles et carrés cher aux Romains : un camp de légionnaires construit en dur.

 

La première Vie de saint Denis (écrite vers 500) évoque elle aussi une triade au Lendit, à savoir les trois saints martyrs, Denis, Rustique et Éleuthère. Les retouches successives apportées au texte ne suffisent pas à masquer l'héritage païen du lieu. Souvenons-nous du triple visage de «  stèle aux trois divinités », trouvée aux Bolards, et de la triade évoquée par Lucain. Cette permanence suggère que le martyre de Denis, Rustique et Éleuthère ne serait pas sans relation avec un « vénérable lieu triple », expression qui désignerait le sanctuaire autrefois dédié à la triade gauloise décrite par Lucain.

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