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30/05/2015

Far West Anthracite

 

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29/05/2015

Philippe le Bel, le pape et les Templiers (Dominique Venner)

 

Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens – 30 000 ans d'identité, 7 Héritages romains, Philippe le Bel, le pape et les Templiers, p. 156, aux éditions du Rocher

 

La querelle entre guelfes et gibelins, le pape et l'empereur, sera tranchée au profit d'un nouveau pouvoir temporel, celui des royaumes « nationaux », Angleterre, France et Castille. Rejetant l'autorité du pape comme celle de l'empereur, ils attribueront à la « souveraineté nationale » le caractère sacré détenu jusque-là par la papauté dans l'ordre spirituel, et par l'Empire dans le temporel.

 

Alliés souvent au pape contre l'empereur, les Capétiens vont se montrer parfois de redoutables adversaires de la papauté. Philippe IV le Bel abaissera le pouvoir pontifical comme aucun empereur n'aurait jamais imaginé le faire. Le petit-fils de Saint Louis recueillera dans cette querelle l'assentiment unanime de sa nation. On le verra bien lorsque, pour appuyer sa cause, il convoque en 1302 les premiers États généraux de l'histoire du royaume. A cette occasion, ni les barons, ni les bourgeois, ni même le clergé de France ne lui ménagent leur soutien. Ce sera la première manifestation du gallicisme que formalisera plus tard Bossuet.

 

Le conflit commence lorsqu'en 1297 le pape Boniface VIII veut s'interposer entre les communes flamandes et Philippe le Bel. Celui-ci refuse toute immixtion romaine, faisant répondre par ses légistes que « le roi est empereur en son royaume ». Le diffèrent ayant rebondi un peu plus tard, Guillaume de Nogaret est envoyé en Italie pour déposer le pape. Il fait si bien, lors de l' « attentat » d'Anagni en 1303, que Boniface VIII n'y survivra pas. Le roi fait alors élire un pape français à sa dévotion, l’archevêque de Bordeaux, Bertrand de Got, qui devient pontife sous le nom de Clément V. Pour mieux le contrôler, le roi l'établit en Avignon. Si l'on en croit Michelet, ce pape fut l'une des plus grandes canailles de la chrétienté, couvrant de bijoux sa maîtresse, la belle Brunissende de Talleyrand-Périgord, grâce aux fonds quémandés pour la croisade. Cette corruption au sommet sert les desseins du roi. L'abaissement de la papauté lui permet de détruire en un seul jour de 1307 la puissance de l'Ordre du Temple, à la fois grande banque internationale et force maritime de premier plan en Méditerranée. Comme précédemment avec les Juifs, son but est de s'emparer des biens du Temple pour renflouer un trésor perpétuellement vide. Ce en quoi il échoue semble-t-il, le pape ayant désigné les chevaliers de Rhodes comme héritiers légataires des Templiers.

 

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28/05/2015

Les abeilles (Léon Bloy)

 

Léon Bloy, L’Âme de Napoléon, VI Les abeilles, pp. 73-75 , aux éditions tel Gallimard

 

« Le 27 mai 1653, près de Tournai, dans cette partie des Pays-bas que la France, depuis si longtemps, enviait à l'Espagne, on découvrit le tombeau authentique de Childéric Ier. Les magistrats eurent grand-peine à prendre possession des objets dont les assistants avaient rapidement enlevé une partie déjà. De deux cents bijoux singuliers qui avaient été vus lors des fouilles, restait une trentaine environ. C'étaient des abeilles d'or, aux ailes garnies d'un verre rouge montée en cloisonné. Le petit a anneau de métal que quelques-unes avaient conservé indiquait qu'elle avait dû être attachées à une étoffe. Un savant déclara qu'elles avaient orné le manteau du roi, soutenant que les fleurs de Lys du blason de la France n'auraient été qu'une déformation de ces abeilles. Or, Napoléon Ier qui aimait à parler de ses plus lointains prédécesseurs et qui voulut, le jour de la distribution des aigles à Boulogne, s’asseoir sur le trône de Dagobert, s'était intéressé aux reliques de Childéric Par ses ordres les abeilles du tombeau de Tournai furent imitées pour remplacer sur le Manteau du Sacre impérial le semis de fleurs de lys qui avait décoré le manteau des rois capétiens. Singulière fortune de cet ornement mérovingien.

 

Après quatorze siècles, il n'y a pas grand-chose à dire de ce père de Clovis que fut Childéric Ier. Tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il scandalisa les Francs «  par sa luxure », ce qui ne devait pas être facile, et que ces chastes barbares l'ayant expulsé pour quelque temps, le remplacèrent par le général romain Aegidius. On sait aussi, d'après le bon saint Grégoire de Tours, que la reine Basine l'épousa «  pour son mérite et son grand courage ».

 

Dagobert est sans doute plus intéressant et on arrive à comprendre que Napoléon ait eu le désir de s’asseoir sur le trône millénaire et inconfortable de ce grand Mérovingien. Mais Childéric avait pour lui, à ses yeux, d'avoir été retrouvé dans son tombeau avec des abeilles d'or mêlées à sa très ancienne poussière. Il y avait encore ceci, très certainement, que les abeilles devait convenir à son âme de latin, beaucoup plus virgilienne au fond que cornelienne, malgré son goût décidé pour la draperie tragique.

 

Saint Bernard, je crois, comparait, avec plus d'agrément que de profondeur, Jésus-Christ, en tant que roi, à une abeille « ayant le miel de la miséricorde et le dard de la justice ». Mais saint Bernard ne prévoyait pas Napoléon et Napoléon, assurément, ne lut jamais saint Bernard. La célèbre parabole du lion de Samson, faiblement répercutée dans la gable des taureaux d'Aristée, lui allait mieux et lui était, je pense, moins inconnue.

 

Quoiqu'il en soit, les abeilles du fils de Mérovée lui plurent et il les porta sur ses épaules, à travers le monde en feu, jusqu'au jour où ces mouches irritées enfin contre leur maître et traîtresses autant que les hommes, le transpercèrent. Elles moururent, il est vrai, en même temps que lui, et la même expérience tentée par son neveu, six lustres plus tard, ne parut pas moins funeste.

 

Car c'est un danger terrible que de toucher aux symboles. « Devine ou je te dévore », semblent-ils dire comme le Sphynx aux voyageurs assez audacieux pour s'aventurer sur la route de Thèbes, capitale énigmatique de la Boétie. C'est un chemin qu'il faut éviter quand on n'y est pas, ainsi que le premier Napoléon, poussé invinciblement.

 

Dieu me préserve de tenter une explication quelconque. Les abeilles du manteau impérial sont aussi mystérieuse pour moi qu'elles durent l'être pour le poussiéreux Childéric et pour Napoléon lui-même, aussi parfaitement indevinables que les énigmes de Salomon ou les paraboles de L’Évangile. Il suffit d’espérer avec certitude que nous saurons un jour ce qu'elles furent dans la destinée du grand Empereur et dans celle de notre vieux monde qui ne s'arrête pas de descendre dans les ténèbres depuis qu'il a disparu.

 

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