Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/12/2014

Le Projet "Empire" IV (Alexandre Douguine)

 

Alexandre Douguine, La Quatrième théorie politique - La Russie et les idées politiques du XXIème siècle, Chapitre X Le projet "Empire", La critique de l'empire chez Negri et Hardt, pp. 213-214, aux éditions Ars Magna

 

La critique de l'empire chez Negri et Hardt

 

Le terme "d'empire" est devenu populaire à présent et pas seulement au sein de l'establishment américain. Les ennemis acharnés du capitalisme, de la démocratie libérale et des États-Unis, les philosophes d'extrême gauche ainsi que les hommes politiques anti-globalistes, l'emploient également couramment et en font même le synonyme de leur projet. Le théoricien des Brigades rouges Toni Negri, ainsi que le philosophe américain anti-globaliste Michael Hardt ont rédigé leur ouvrage programmatique, Empire, qui, selon eux, doit devenir au XXIème siècle l'analogue du Capital de Marx pour le mouvement de gauche au niveau mondial. Il s'agit en quelque sorte de la "bible" de l'anti-globalisme.

 

Negri et Hardt décrivent l'histoire des États-Unis, dés les origines, comme comprenant en elle les principes d'une organisation en réseau ainsi qu'un messianisme impérial, ce qui a fait, selon eux, des États-Unis, la première puissance mondiale, établissant un pouvoir planétaire sous la forme d'un ordre économique, sociopolitique, ainsi qu'en termes de valeurs, qui s'impose à tous. Par le terme empire, Negri et Hardt comprennent l'apparition d'un État global fondé sur l'exploitation capitaliste par le pouvoir du potentiel créateur de la "multitude", le tout alors que les États-Unis occupent le rôle central qui se transforme progressivement en "gouvernement mondial". Pour Negri et Hardt, un tel empire mondial constitue l'apothéose des stades précédents de développement du capitalisme, ainsi que le sommet de l'injustice et de l'exploitation. Il s'agit là d'une "société du spectacle" à l'échelle mondiale (Guy Debord). Cet empire mondial est pensé comme un empire du postmodernes, dans lequel le pouvoir et la violence acquièrent un caractère non pas ouvert, mais voilé et organisé en réseaux.

 

Les auteurs eux-mêmes proposent de considérer cette situation comme une chance historique pour les "multitudes" de mener à bien la révolution mondiale. L'empire mêle dans le chaudron cosmopolite les classes et les peuples, les pays et les systèmes politiques. Au final, il ne restera que les exploiteurs (le "gouvernement mondial", les "opérateurs" de l'empire en réseaux) et les "multitudes" privées de toute qualité et, par conséquent, constituant le prolétariat idéal du XXIème siècle. Selon Negri et Hardt, les "multitudes" doivent trouver une manière, par le biais des stupéfiants, de toutes les perversions possibles, l'ingénierie génétique, le clonage et d'autres formes de mutations bio-intellectuelles, d'échapper au pouvoir de l'empire, de le faire imploser de l'intérieur, en utilisant dans cette activité anarcho- destructrice les possibilités ouvertes par l'empire lui-même.

 

Ainsi, la catégorie "empire" devient le centre de gravité des constructions idéologiques du mouvement de gauche mondial, de l'anti-globalisme et de l'altermondialisation. A proprement parler, l'altermondialisation constitue une conséquence directe des idées de Negri et Hardt : il ne s'agit pas de lutter contre la mondialisation, mais de l'utiliser ses formes capitalistes et impérialistes (existant aujourd'hui) au bénéfice de la lutte révolutionnaire anticapitaliste.

 

multitude.jpg

 

The Fourth Political Theory: beyond left and right but against the center

Écrire un commentaire