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Le recours à l'appui extérieur (Jean Parvulesco)

 

Jean Parvulesco, La Spirale Prophétique, Le recours à l'appui extérieur, pp.189 à 191, Guy Trédaniel Éditions

 

« L'engagement spirituel de celui qui se voit mystérieusement tenu de chercher en lui-même sa propre vérité vivante et la puissance cosmogonique de celle-ci n'implique en rien l'aboutissement final, la réussite, fut-elle partielle, de la recherche entreprise, ni ne saurait en tenir le résultat espéré pour donner d'avance. Au contraire, le chemin de la marche en avant se trouve presque toujours sournoisement dévié, interrompu ou obstrué de noir, suspendu sans fin devant la tragédie de l'obstacle imprévu et à jamais insurmontable qui représente l'épreuve propre, l'épreuve que l'on pourrait appeler fondamentale de tout passage à un stade irrévocablement supérieur de l'être. Il n'empêche que les ralentissements de la montée, les éboulements mystiques et les arrêts en chemin, les longs passages au noir, considérés dans le déploiement même de la spirale gnostique en marche, doivent être tenus pour autant d'épreuves, pour autant de stations initiatiques d'écartèlement sanglant et de passage par les fournaises intérieures de la croissance de l'éveil si l'on ne veut pas qu'il deviennent, ces ralentissements, ces éboulements, ces arrêts, ces passages au noir, autant d'arrêts de mort, le brusque effondrement dans ce puits du néant défini comme l'irrémédiable même par tous ceux qui en sont venus à savoir de quoi ils parlent.

 

Cependant, l'épreuve, et quelle qu'elle fût, n'est jamais suscitée pour que l'on avise de la contourner subversivement, mais pour qu'elle soit prise nuptialement, dramatiquement à bras le corps, assumée jusqu'à en faire une nourriture intérieure et un feu intérieur de ce contre quoi elle s'est trouvé appelée à agir là même où elle agit, en nous ou hors de nous. Toute grande épreuve est donc une chance de vive, tranchante, l'offre unique d'amorcer une montée autre, de se hausser plus et encore, aventureusement, dans le perpétuel retournement sur soi-même de la spirale cosmogonique porteuse ; toute épreuve est sommation de gloire pour celui qui sait se résoudre à lui faire face héroïquement. Tel fut aussi le pouvoir du mot à couvert de ce qu'il était convenu d’appeler, l'heure venue, les vertus d’héroïcité dans la conception active et eucharistiquement vivante de la sainteté qui s'avère celle de certains ordres catholiques militants durant le grand été ontologique du moyen-âge (et même par la suite ; tout près de nous, n'instruisit-on pas les vertus d'héroïsme d'une Sainte Bernadette Soubirous, d'un saint Pie X, d'une sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, répondant tous d'une mystique, d'une vision spirituelle totale fondée exclusivement sur l'héroïsme). Aussi, dans la montée spirituelle, il n'y a jamais de retour en arrière, ni d'arrêt, l'un et l'autre étant chaque fois, le signe du glissement fatal, de l'abdication forcée devant la mort - ou, comme ils disent, devant la seconde mort - que craignent tous les grands confesseurs des voies ascensionnelles avant choisi le danger de la marche au bord du ravin qui longe l'irrémédiable. Alors ceux-ci se font-ils soutenir et porter, inconsciemment, par les souffles transcendantaux de Vâyu, le vent tout-puissant des abîmes ultimes qui, dans la tradition hindoue, hante les cieux intérieurs du Soufle vital, les poumons embrasés de l'unique poitrine. Mais, longer ainsi le bord du ravin fatal est aussi la marche de concert avec la volonté occulte et immédiatement agissante de Dieu, ce que l'hindouisme traditionnelle appelle du nom de brahmachariya, la marche du brahamacharî avec Dieu, dont on devient alors le compagnon unique.

 

C'est là, pourtant, qu'apparaît le véritable vertige de l'interdit ultime : si nulle épreuve ne saurait être fatale en elle-même , parce que chaque fois qu'elle présente comme épreuve, elle se trouve située à peine un peu au-dessus de la ligne du plus extrême effort que l'on peut livrer de soi-même pour la dépasser, pour la réduire, le nombre de ceux qui parviennent à se hisser, exclusivement de par eux-mêmes, au-dessus précisément de ce léger surplus au-delà de leurs dernières forces n'appartient plus, dans les sombres temps du Kâli-yuga, les nôtres, qu'aux plus grands, aux fondateurs éveillées des mondes en recommencement et des cycles d'illumination compassionnelle ou amoureuse d'un passé déjà immémorial ou qui resteraient à venir.

 

Car, en fait, nulle grande épreuve ne saurait être résolue sans le secours, sans l'appui extérieur d'une puissance occultement requise et engagée à cette fin décisive. Aussi le problème des terribles obstacles que l'on n'en finit plus de rencontrer dans la spirale du salut et de la délivrance de notre cheminement le plus intime, sera, à chaque fois, le problème de l'obtention du plus juste appui extérieur à l'heure la plus vide, à l'heure la plus noire.

 

Appui extérieur nécessaire à l'effort d'au-delà de notre plus grand effort propre, appui extérieur qui seul peut tenter de renverser l'ordination négative constituée, au-dessus de nous-mêmes et jusqu'en nous-mêmes, par toute mise à l'épreuve qui se veut et qui parvient à se trouver posée comme tout à fait décisive. Plus ses faveurs augmentent, plus vous devez être vigilante écrivait la bien heureuse Marie d'Agréda, maîtresse de l'ascension spirituelle par excellence puisqu’elle construisit mystiquement le mystère même de l'Assomption de Marie d'Agréda peuvent très bien être traduis sur mode négatif, et avancer ainsi que plus les épreuves sont grandes, insoutenables, plus on doit comprendre que le dessein très caché que le très amoureux dessein à l'égard de l'être ainsi éprouvé est un dessein surélevé, celui-ci éprouvé par e qu'il y a de plus impitoyablement déchirant dans sa marche, et parfois même par l'inéprouvable même.

 

Car une terrible chose doit enfin être dite : sans le secret spirituel de l'appui extérieur, il n'y a pas de vrai combat dans l'être, ni sur les hauteurs, ni dans les gouffres innommables de la même épreuve qui souvent se présente avec un double visage, rouge et noir. Le secret du passage de la ligne, c'est le secret de l'appui extérieur. »

 

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12/04/2017 | Lien permanent

La Pierre du Néant (Jean Parvulesco)

 

Jean Parvulesco - La Spirale Prophétique - Le recours à l'appui extérieur - La Pierre du Néant - p.191 à 192

 

Vers quelle direction polaire ultime, quand et comment se dresser alors dans le brasier menacé de la foi, dans sa limpide et intraitable volonté de franchir l'interdit, pour demander, pour tenter d'arracher de force l'appui extérieur fondamental, l'appui extérieur à la fois salvateur et libérateur devant le mystère vivant et non-vivant de la Pierre du Néant ? La sombre vérité reste cependant la suivante : dans les temps du Kâli-yuga, il n'y a plus, en Occident ni en Orient, de congrégation gnostique majeure ni de représentant qualifié de celui-ci, auprès de qui on pourrait implorer, ou exiger l'appui extérieur de la fin.

 

Alors, dans la saison terminale du Kâli-yuga, il n'y a plus de salut, ni de délivrance, ni de libération dans la vie. Seuls obtiennent l'appui extérieur devant l'obstacle au noir de l'épreuve infranchissable, de l'épreuve décisive et plus que décisive, de l'épreuve constitutive, ceux qui servent, dans le visible et dans l'invisible, mais dans les deux cas très occultement, le seul dessein de la Divine Providence en action, les agents secrets de la marche en avant de l'histoire et qui agissent, déjà, non du point de vue de l'histoire, elle-même, mais directement à l'avant-garde de la transhistoire, depuis le lieu-même où s'exerce l'attraction en spirale de la volonté de celui qui est chargé de tout mener amoureusement à son terme ultime.

 

Faut-il le répéter ? Au bout du cycle final entré dans sa phase la plus noire, il n'y a plus de salut, ni de délivrance sans mission spéciale. Heureux donc ceux qui ont déjà lavé leurs robes dans la bouilloire de leur propre sang, car c'est ainsi qu'il saura les reconnaître celui qui est le seul dispensateur de l'appui final dans les temps nocturnes du Kâli-yuga, lui même étant le Tout Dernier. 

 

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20/03/2018 | Lien permanent

La démocratie, sacrée ou laïque ? (6)

 

Alexandre Douguine, La Quatrième théorie politique : La Russie et les idées politiques du XXIième siècle, Chapitre III La démocratie, sacrée ou laïque ?, pp. 57-62, aux éditions Ars Magna

 

LA DÉMOCRATIE GLOBALE COMME ROYAUME DE L’ANTÉCHRIST

 

La démocratie du XXIème siècle apparaît de l'extérieur comme le système politique le plus contemporain et tente d’intégrer en elle tous les individus sans distinction de citoyenneté , d'orientation sexuelle, de niveau social, d'appartenance raciale ou ethnique. Elle s'appuie sur la théorie des "droits de l'homme". Mais dans ce cas également, il n'y a ni rationalité du choix, ni signification de l'individualité, ni égalité dans la prise de décision. Le bon sens d'un individu est annulé par la folie d'un autre et à travers toutes les tentatives de "moderniser" la démocratie on voit transparaître à nouveau sa nature antique ancestrale absolument archaïque et, en fin de compte irrationnelle. (Qu'y a-t-il de "rationnel" dans le fait de s'adresser à un "esprit" vague et extatique ?!). Seulement à présent, à travers les projets de société civile mondiale, s'exprime non pas l'esprit de la polis, de la tribu, du peuple mais une autre essence plus généralisée, commune à toute l'humanité, que la tradition chrétienne est encline à interpréter comme "le prince de ce monde". Les mêmes collèges de prêtres qui apparaissent aujourd'hui sous le masque des partisans de la "société ouverte" et de la "mondialisation" entreprennent d’interpréter le bougonnement indistinct des masses planétaires. Et on ne peut que deviner qui ils servent en réalité.   

 

 

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The Fourth Political Theory: beyond left and right but against the center

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07/12/2014 | Lien permanent

Trouver la faille salvatrice dans la stratégie de l'anaconda (Jean Parvulesco)

 

Jean Parvulesco, La confirmation boréale, La Stratégie contre-mondialiste de l'Axe Paris-Berlin-Moscou, Trouver la faille salvatrice dans la stratégie de l'anaconda, pp. 303-304, aux éditions Alexipharmaque

 

Autrement dit, il faut savoir reconnaitre que, à l'heure actuelle, la guerre politico-subversive totale est secrètement déclarée entre la conspiration mondialiste régie par la "Superpuissance Planétaire des États-Unis" et l'Europe - l'Europe de l'Ouest, et l'Europe de l'Est, déjà ensemble sur la ligne du front - qui cherche les voies propres de son auto-réalisation révolutionnaire. La faille salvatrice.

 

Du côté de l'encerclement, de l’enserrement ) la stratégie de l'anaconda, que Karl Haushofer avait identifié comme la stratégie naturelle, inconsciente, instinctive de l’Amérique - exercé actuellement par la conspiration mondialiste à l'égard de l'Europe plus ou moins déjà sur la défensive, il est définitivement certain que tout le travail politico-stratégique subversivement poursuivi par les services secrets de Washington, ces dix dernières années, en Europe et contre l'Europe, n'avait, comme on vient de le voir, qu'un seul but final, celui de l’implantation totalitaire des régimes social-démocrates à leur service, pour empêcher, ainsi, tout retour de l'Europe à son identité antérieure, à l'être de sa propre liberté historique totale. Cependant de leur côté, les forces vices, cachées, de la résistance européenne ayant choisi la clandestinité, n'ont plus devant elles, pour survivre à la tâche, que l'engagement en avant, inconditionnel, dans une contre-stratégie révolutionnaire de dimensions déjà continentales. A l'actuelle agression intérieure et extérieure dont elle fait objet de la conspiration mondialiste à l’œuvre, l'Europe ne peut plus supposer, le dos au mur, que seule sa volonté inspirée d'une intégration impériale de visée suprahistorique, transcendantale, eschatologique, l'intégration grand-continentale eurasiatique de la fin. Jouer le tout pour le tout, et d'un seul coup.

 

Or, dans l"état actuel des choses, l'intégration grand-continentale eurasiatique de l'Europe doit très impérativement prendre le passage obligé de la mise en piste préalable de l'axe Paris-Berlin-Moscou, qui représente, en effet, la faille salvatrice pour les nôtres.

 

suite : En finir avec la mainmise de la social-démocratie précédent : La superpuissance unique veut se perpétuer

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(Utagawa Kuniyoshi/1825)

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26/12/2014 | Lien permanent

”Orientaux” et ”Occidentaux” dans les rangs des juifs (Alexandre Douguine)

 

Alexandre Douguine, Le prophète de l'eurasisme,Partie II, JudaïcaSur la route de l'Eurasie, "Orientaux" et "Occidentaux" dans les rangs des juifs, pp. 82-85, Avatar éditions ; Collection Heartland

 

L'auteur eurasiste bien connu Yakov Bromberg a avancé à son époque une idée très similaire dans l'article sur l'orientalisme juif. Son argument était que dans le milieu des juifs russes, deux groupes antagonistes pouvaient clairement être distingués, représentant les archétypes des polarités psychologiques et culturelles. Un groupe a une attitude hassidique-traditionaliste. Ses caractéristiques son le mysticisme, le fanatisme religieux, l'idéalisme extrême, l'esprit de sacrifice, un profond mépris pour le côté matériel de la vie, pour l'avidité et le rationalisme. Dans certains cas extrêmes, un tel type de juif mystique est passé du particularisme ethnico-religieux à l'universalisme, répandant les idéaux du messianisme national dans d'autres peuples. Mais en dehors de son milieu religieux orthodoxe, le même type psychologique a donné naissance aux révolutionnaires sécularisés, fervents marxistes, communistes, populistes. Et l'une des branches du judaïsme mystique s'est distinguée non seulement par son marxisme abstrait, mais aussi par une profonde sympathie et une sincère solidarité avec le peuple russe, en particulier avec la paysannerie russe et les travailleurs russes, c'est-à-dire avec des éléments non pas de la Russie officielle, tsariste, mais de la Russie d'origine, celle du sol, de la terre, la Russie parallèle, la Russie des Vieux Croyants et des mystiques, des "pèlerins russes illuminés". D'où les types classiques des juifs - les socialistes-révolutionnaires, dont les traits ont toujours et partout une tendance ouvertement nationaliste russe, et un national-bolchevisme conséquent et profondément enraciné.

 

Bromberg réunit ce milieu hassidique-marxiste, mystique-socialiste, en une seule catégorie : l' "orientalisme Juif". C'est la "fraction eurasiste" du judaïsme. Un autre historien célèbre, le russe Mikhaïl Agursky, arrive à une conclusion similaire dans son ouvrage capital La Troisième Rome, dont il identifie les sources dans les milieux juifs révolutionnaires russophiles, qui étaient caractéristiques des nombreuses figures juives du national-bolchevisme - en particulier pour les grands idéologues de ce courant, Isaïah Lezhnev et Vladimir Tan-Borgoraz. De nombreux juifs virent dans le bolchevisme une possibilité de se fondre, pour en finir, dans un grand peuple, de quitter le ghetto et les limites de la "zone de résidence" pour unir eschatologiquement le messianisme russe au messianisme juif sous l'égide commune de la révolution eurasiste, pour détruire les lois aliénantes du Capital et de l'exploitation. Ainsi, les milieux extrêmes des Juifs d'Europe de l'Est à tendance mystique (des hassidiques aux sabbataïstes) représentaient un milieu nourricier pour les bolchéviks, les socialistes-révolutionnaires et les marxistes et, significativement, la majorité des dirigeants rouges venait de familles hassidiques et d'enclaves baignant dans un pathos messianique, mystique et eschatologique. En dépit de tout le paradoxe extérieur d'un tel rapprochement, il y avait un lien interne, typologique et psychologique, entre le type hassidique des fondamentalistes Juifs et les bâtisseurs d'une société bolchevique athée, car tous deux appartenaient à la fraction "eurasiste", "orientaliste", mystique-irrationelle du judaïsme.

 

Le groupe opposé comprenait des rationalistes d'un type juif complètement diffèrent, bourgeois, réticent envers la religion mais, inversement, passionnément plongé dans des préoccupations d'avidité, de bénéfice personnel, d’intérêt, de rationalisation des activités économiques. C'est, selon Bromberg, l' "occidentalisme juif". Et à nouveau, comme dans le cas de l'orientalisme juif, nous voyons ici une combinaison de polarités extérieurement opposées. D'une part, à cette catégorie appartenaient les milieux religieux des talmudistes extrêmes (les "rabbinistes"), héritiers de la ligne maïmodiniste orthodoxe, c'est-à-dire la ligne aristotélicienne-rationaliste de la religion judaïque. A son époque, ce camp talmudique combattait activement la propagation dans le judaïsme des tendances kabbalistiques, passionnément mystiques, contredisant l'esprit et la forme mythologique de l'aride théologie juive créationiste (pour plus de détails, voir la splendide analyse de ce thème dans Gershom Scholem, La Kabbale et son symbolisme, Les sources de la Kabbale, etc.) Plus tard, ses dirigeants agirent énergiquement contre le pseudo-messie Sabbataï Zevi, leader messianique de l'hétérodoxie mystique juive.

 

Aux XVIIIème et XIXème siècles, le parti des dénommés mitnagedov (littéralement "les opposants", en hébreu) se forma dans ce milieu, et lutta désespérément contre le hassidisme et contre la renaissance du mysticisme extrême parmi les Juifs d'Europe de l'Est. Cette fraction était basée sur le rationalisme religieux sur la tradition talmudique épurée de toutes les sédimentations mystico-mythologiques. Assez étrangement, c'est à la même catégorie de Juifs qu'appartenaient aussi les figures modernes des Khashkali, à "l'époque juive des Lumières", qui appelaient à la modernisation et à la sécularisation des Juifs, refusant les pratiques et les traditions religieuses au nom de l' "humanisme" et de l' "assimilation" avec les "peuples progressistes de l'Occident". En Russie ce type juif, bien qu'incliné à l'opposition extrême dans ses relations avec le régime conservateur nominalement monarchiste orthodoxe, défendait des positions occidentalistes et libérales. Au premier rang des aspirations de ce groupe, les aspirations bourgeoises, rationalistes et démocratiques de ce genre furent complètement satisfaites par la révolution de Février. Après la révolution bolchevique, l' "occidentalisme juif" dans son ensemble se plaça du côtés des Blancs, et, en dépit de ses affinités raciales avec les dirigeants bolcheviks, ne se reconnut pas dans les "orientalistes juifs" universalistes à tendance mystique.

 

De même que pendant la Révolution les Russes se divisèrent entre Blancs et Rouges - également sur la base de traits archétypaux profondément enracinés (mais cela requiert une discussion séparée) - le judaïsme se brisa aussi, au sens politique, sur une ligne profonde apparue beaucoup plus tôt, en deux camps juifs: les hassidiques-kabbalistes (bolcheviks) d'un côté, et les talmudistes-rationalistes (illuministes, bourgeois capitalistes) de l'autre. 

 

Ainsi, la typologie de Bromberg et Agursky, basée sur des exemples historiques, confirme cette conclusion à laquelle nous parvenons en suivant une voie purement logique : le judaïsme, représentant une unité ethnico-religieuse (qui n'est pas si évidente cependant !), est néanmoins essentiellement divisé en deux camps, deux "Ordres", deux "communautés", deux types, qui dans des situations critiques précises montrent non seulement une divergence, mais aussi une hostilité fondamentale. Chacun de ces pôles a simultanément une expression religieuse et une expression séculière, demeurant essentiellement uniforme. L' "orientalisme juif", l' "eurasisme juif" (d'après Bromberg) ou le "national-bolchevisme juif" (d'après Agursky) comprend un niveau religieux - le hassidisme, le sabbataïsme, le kabbalisme - et un niveau séculier - le marxisme, le socialisme révolutionnaire, le populisme, le bolchevisme.

 

L' "occidentalisme juif" est aussi duel ; en lui le plan religieux coïncide avec le talmudisme rationaliste maïmonidiste (plus tard les gaons de Vilnius, les centres des mitnagedov, les milieux anti-hassidiques), et la version séculière s'exprime dans l'humanisme libéral-démocrate des "Lumières". (précédent, Insuffisance de la théorie du complot et judéo-bolchevisme, à suivre, Deux exemples)

 

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01/02/2015 | Lien permanent

Le corps comme machine à rêver (Michel Clouscard)

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Michel Clouscard, Le capitalisme de la séduction – critique de la social-démocratie libertaire, Première partie : L'initiation mondaine à la civilisation capitaliste, Chapitre 5 : Quatrième niveau initiatique, subversive et institutionnelle. – Le hasch et un certain usage de la pilule, A. – LE CORPS AUTONOME DU MANNEQUIN, 1. Du sensualisme à l'intégration institutionnelle – Le corps comme machine à rêver, pp. 155 à 119, éditions Delga

 

La dynamique de groupe et l'animation sonore ont donné au corps un équipement machinal tel qu'il peut fonctionner de lui-même. La statue dispose, maintenant, rappelons-le, d'un savoir organique mais aussi psychologique et sociologique. L'automate est devenu autonome. Il devient adulte.

 

Il reste un automate : il ne sait que ce qu'il a appris par la bande et le machinal. Il ne peut que fonctionner selon la programmatique acquise. Il la répète machinalement. Mais à un certain moment de cette création « continuée », l'intervention constante des stimulateurs, ne sera même plus nécessaire.

 

Au début, le mannequin n'était que pulsions, gestes saccadés, rythme fébrile. Son intimité intérieure n'était que la projection de l'intimité extérieure inventée par le capitalisme. L'univers du stroboscope et du synthétiseur – l'animation machinale – est aussi l'univers mentale du robot humain parfaitement dressé. Les pulsions ne sont pas des conduites. Encore moins des actes. Mais quand il n'y a que pulsions, le psychisme n'est qu'un jeu de lumières et de bruits, de gestes qui ne peuvent se continuer, d'intentions aussi tôt oubliées. Et tout cela inlassablement, inexorablement répété.

 

Le premier sensualisme – de la statue – n'est que jeu de machine. L'être machinal, l'être des pulsions. Le bruit et la mièvre fureur de la gesticulation. La statue de Pompidou accède à une animation spécifique, propre au rythme du capitalisme. Inédite. La statue de Condillac disposait, elle, d'un sensualisme... des sens. Celle de Pompidou a le sensualisme du psy., que seul le capitalisme pouvait inventer et déverser dans la statue. Nouvelle innervation, qui écoule et inocule dans le plus intime du non-être organique les significations intimistes de l'animation machinale.

 

L'être psychologique est celui du sensualisme. Et celui-ci est l'être du psychédélique. Le mannequin a bien la dimension « psychologique » de sa nature. Celle qu'il mérite. Ce psy. Est le résidu d'une sensation. Et celle-ci le résidu d'une consommation. Le tout est un dressage. De l'être machinal.

 

A la fin de la culture par la bande – de groupe et sonore – le corps dépasse ce premier conditionnement. Maintenant, le robot dispose d'une mémoire. C'est un robot à la coule, qui sait vivre. Cette mémoire est très sophistiquée, très élaborée. Le mannequin mondain peut répondre aux stimuli mondains – et à eux seuls – selon un choix. Et il peut proposer ce qui ressemble à l'improvisation : de nouvelles combinaisons, plus stigmatisées. Il peut puiser dans un énorme arsenal de signes, de gestes, de formes et proposer même des conduites très complexes, quasi imprévisibles tant les matériaux acquis sont multiples et divers. Le robot devient un extraordinaire montage de séries gestuelles et sonores qui s'articulent pour proposer un discours machinal. Celui de la mondanité capitaliste.

 

Le mannequin « s'humanise ». Sa machination ressemble de plus en plus au gestuel humain. Comme ces robots qui, au dernier moment de leur récitation, proposent un geste inédit, surprenant tant il imite la vie. Geste qui paraît même plus vivant que le vécu organique. La statue, alors, semble vraiment s'animer. Comme si elle échappait à son mécanisme. Pour vivre d'elle-même. Libre. D'une vie née de la perfection du geste. Hoffman a pu s'y laisser prendre. Mais cet humain est un top humain inexorablement dénoncé par on ne sait quelle imperceptible fébrilité.

 

Ce corps parfait du machinal va pouvoir s'élancer vers des conduites mondaines encore plus perfectionnées. Vers une définitive intégration corporelle au système. Le mannequin mondain va accéder à des conduites adultes. Celles de l'initiation mondaine mixte, subversive et institutionnelle.

 

Mais alors son passé devient son inconscient. Comme pour l'humain. La statue aura un inconscient : le psychédélique, l'univers pulsionnel de la première animation machinale. Le rêve capitaliste peuplera le rêve de l'animal-machine. D'elle-même, maintenant, la statue devient ce que le capitalisme l'a faite. Ce qu'elle rêve, c'est ce qu'il y a de plus machinal, de plus extérieur. Ce sera son intimité, son moi profond. Son « ça ». Ce qui est au fond de la profondeur mondaine : le machinal. Profondeur du superficiel : la machination capitaliste.

 

Ce rêve est bien ce qu'il y a de plus superficiel. Cette vie des sens est le non-sens de la vie : l'élan pulsionnel qui retombe en même temps qu'il s'élance, la répétition fébrile, les discontinuités sans fin, dissonances et discordances. Le rêve est mécanique car il n'est que jeu de machine. Le corps sans l'autre. Mais hanté par l'autre. Il est l'organique en son impuissance d'être sans l'autre. Il est l'organique en son impuissance d'être sans l'autre. Et c'est son seul message. L'interprétation du rêve doit être l’interprétation de la matière : un non-sens hanté par le sens que la culture et la raison imposent.

 

Cet inconscient fait du corps une machine à rêver. Rêver de machine. De la machination capitaliste. Rêve, psychédélique, hallucinogène sont les trois aspects de cette animation machinale. Le dressage du corps est celui de l'intimité, de l'inconscient, de l'âme du mannequin mondain.

 

Deux automatismes vont se confondre : celui de l'animation capitaliste et celui du corps. Les programmations de ces deux machines à rêver vont s'identifier pour proposer le même scénario du même rêve.

 

L'univers du synthétiseur et du stroboscope sont mélangés, confondus en une totale fête des sens du machinal. Plus haut moment du rêve – par le syncrétisme de tous ses constituants – et plus haut moment de l'animation machinale – par l'extrême sophistication de l'appareillage. Le psychédélique est alors la projection spatiale, colorée, de la temporalité brisée d'un rythme sans swing. La fébrilité hachée de ce rythme reprend et répète la décomposition spectrale de la lumière. Imaginaire de pacotille, richesse de l'animation capitaliste. Le corps comme machine à rêver est le prêt-à-porter du rêve bourgeois.

 

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27/02/2019 | Lien permanent

Le Projet ”Empire” V (Alexandre Douguine)

 

Alexandre Douguine, La Quatrième théorie politique - La Russie et les idées politiques du XXIème siècle, Chapitre X Le projet "Empire", Les Alternatives à l'Empire global : La prolongation du statu quo de Yalta, pp. 214-216, aux éditions Ars Magna

 

Si l'on considère sérieusement le projet d'empire américain mondial, une question surgit immédiatement : que peut-on proposer en qualité d'alternatives ? Nous avons déjà pris connaissance de l'une d'elles mais cette alternative apparaît attirante pour un nombre limité de partisans de la gauche extrême, les trotskystes, les anarchistes, les postmodernistes, etc. Considérons d'autres projets.

 

Le désir de conserver le statu quo constitue une réponse simple au projet impérial. Il s'agit du désir instinctif de conserver inchangé l'ordre international qui s'était établi au XXème siècle lorsque la souveraineté était liée à l’État-nation et lorsque l'Organisation des nations unies servait d'espace commun au règlement des questions internationales litigieuses. Une telle approche est vouée à l'échec, dans la mesure où l'ordre mondial du vingtième siècle, après 1945, avait été établi sur les fondements de la deuxième guerre mondial et alors que la souveraineté nominale des États-nations se voyait garantie par la parité des armements stratégiques des deux superpuissances, (le camp socialiste) se voyaient équilibrées par les ambitions impériales de l'autre (le camp capitaliste). Les autres États-nations se voyaient invités à s'inscrire dans cet équilibre avec une large marge de manœuvre  au sein du mouvement des non-alignés. L'Organisation des nations unies n'a fait que confirmer cet équilibre dans la structure du Conseil de sécurité.

 

Après l'effondrement du camp socialiste et la dissolution de l'URSS, tout le système de la paix de Yalta s'est effondré, la parité stratégique a été rompue et presque tous les États-nations ont été contraints de faire dépendre leur souveraineté de la puissance de l'empire américain qui avait cru de façon disproportionnée. L'ONU a cessé de signifier quoi que ce soit et l'ordre mondial de Yalta a été renvoyé dans le passé.

 

Nombre de pays tenté de s'élever contre ce tableau unipolaire, l'Irak, la Yougoslavie, l'Afghanistan, ont ressenti dans leur chair ce qu'est le monde post-Yalta et quel est le prix de la souveraineté dans ce monde. Le fait est que dans les conditions du XXIème siècle, aucun État-nation n'apparaît capable d'affirmer sa souveraineté dans le cadre d'une confrontation frontale avec l'empire américain. D'autant plus que d'autres pays dirigeants dans le monde se rangent aux côtés des États-Unis. Les difficultés techniques que rencontrent les Américains dans leur entreprise de construction impériale planétaire (il s'agit bien ici de la mondialisation à ces différents niveaux) ne doivent pas nous induire en erreur : s'ils ne parviennent pas à réaliser quelque chose actuellement, cela ne signifie pas qu'ils n'y parviendront pas.

 

Le projet de construction d'un empire global libéral-démocrate constitue le principal et unique agenda de la politique extérieur américaine au XXIème siècle et, après, l'effondrement de monde bipolaire, formellement rien n'est en mesure de lancer un défi à ce modèle. Les optimistes et les pessimistes à l'intérieur des États-Unis mêmes discutent de la date à laquelle l'empire sera achevé, demain ou après-demain, mais non pas de la question de savoir s'il convient de le construire. Il s'agit là de discussions d'importance. Le fait que nombre d’États-nations ne souhaitent pas renoncer à leur souveraineté constitue un problème purement psychologique : cela rappelle les douleurs fantômes dont souffre un corps dont les membres sont déjà absents.

 

Aucun États-nations dans le monde contemporain n'est réellement capable d'affirmer sa souveraineté face à l'empire global à moyen comme à court terme. Le maximum de ce qu'il est réaliste de faire se limite à gagner du temps. Mais le retard ne constitue pas une alternative.

 

Ainsi, les États-nations apparaissent désormais souverains de façon purement nominale et ne constituent pas une alternative au modèle unipolaire. Dans cette situation, l'ONU se voit condamné à dépérir, ce que Washington ne cesse de rappeler. 

 

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The Fourth Political Theory: beyond left and right but against the center

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07/12/2014 | Lien permanent

Le manifeste du médecin légiste (Julius Varuna)

Prélude à l’autopsie d’une société démocratique

 

Nous n’avons pas la prétention d’établir une étude sérieuse sur le monde (post)moderne. Nous n’avons aucune prétention –quelle horreur ! s’écrirait l’idiot. Il ne manquerait plus que nous ayons de l’ambition, un projet, une vision. Ce serait insupportable. Le pire serait évidemment que nous osions nous affirmer comme un tenant d’une vision aristocratique de l’existence. Quel orgueil ! Comment ne pas être démocrate au XXIe siècle ? Comment ne pas être égalitariste ? Nous avons répondu dans un précédent texte : la démocratie, dans son application et sa définition moderne, fabrique des idiots en quantité industrielle, offre aux raclures de toutes obédiences une infinité de leviers pour pourrir l’existence de leurs contemporains et entretient les malades dans leurs pathologies. Bref, nous ne sommes pas essayistes, analystes, politologues, sociologues, et toute autre étiquette en « iste » et en « ogue » ne nous siérait aucunement. Nos desseins sont plus sombres et bachiques. Julius Evola fut l’un des diagnosticiens du mal moderne, Julius Varuna en sera un médecin légiste. Nous voulons procéder à l’autopsie de l’Occident, disséquer la Gueuse, ranger les restes du Kali Yuga dans un tiroir de la morgue de l’histoire. Nous n’en critiquerons pas une énième fois les aspects sociaux, politiques, économiques, spirituels, philosophiques. Nous allons observer, découper et mettre sous la lentille implacable du microscope ce que la modernité a produit : ganglions, métastases, cancers, tumeurs, et autres infections sans oublier les névroses, les hystéries, les paranoïas, schizophrénies et autres Alzheimer dont elle a frappé les corps et les esprits de peuples fondamentalement sains. Une nécrologie des gestes, des attitudes, des comportements, des non-pensées, des contre-idées et des non-évènements. Car la modernité est morte ! Elle a déjà perdu ! Et l’avenir appartient aux révolutionnaires véritables : ceux du retour à l’être, de la Tradition. Certes, le paroxysme précédant toujours la chute, il semble que, de prime abord, le monde moderne soit plus puissant que jamais (et il l’est). C’est cependant ignorer la lame de fond silencieuse et profonde qui se prépare à l’emporter dans les égouts de cette fin de cycle.

 

Ainsi, qu’importe l’absence de typologie liminaire, de méthodologie préalable, ou d’axiome primordial, nous aurons tout le loisir de produire mille catégories, de dégager autant de nuances, ou de tracer un fil conducteur. Il est temps d’effectuer une première incision…

 

Et alors que nous nous apprêtons à lacérer au hasard le cadavre, une évidence nous pousse à nous raviser promptement. Comment, en effet, ne pas être découragé par l’aspect même de la carcasse ? Et je ne vous parle pas de l’odeur ! A vous faire rendre votre café par les yeux. Il faut un brin de perversion pour se résoudre à passer du temps sur quelque chose de si laid. Un goût du sale et du rebutant parfaitement…moderne ! Les restes de la modernité suintent une glue infâme constellée de grumeaux poisseux. Des lambeaux de chair morte s’en détachent laissant apparaître çà et là les reliquats d’une structure osseuse en pleine érosion. Passons. N’est-ce pas finalement la première étape d’une autopsie que de s’intéresser à l’aspect extérieur du corps ?

 

La première violence que le monde moderne inflige à l’individu est bel et bien visuelle. La laideur est dans tous les domaines sa marque de fabrique. Cette laideur échappe malgré tout au plus grand nombre (l’habitude y est pour beaucoup). Car le cadavre brille, d’une lumière certes artificielle mais aveuglante capable de faire passer du ready made pour de l’Art, un mannequin botoxé pour la Vénus de Milo et Nicolas Sarkozy pour un homme de droite nationale. Parcourons des yeux les vaisseaux capillaires de la ville moderne. Quel émerveillement ! Des rues sales servant de chemin de transhumance au troupeau bêlant des gens occupés. Meutes de touristes béats, harde matriarcales de putes sur-maquillées et sous-habillées dont le gloussement caractéristique n’a rien à envier à celui de la poule commune, essaims d’androgynes mâles et/ou femelles, aux coupes de cheveux improbables, au goût vestimentaire introuvable, armés de smartphones à l’aide desquels ils immortalisent le moindre instant éphémère de leurs existences inutiles, hordes ethniques américanisées n’attendant que de croiser l’une des bandes susnommées afin de procéder à une saine auto-redistribution des richesses. Tout ce petit monde, auquel il faut rajouter les increvables punks à chien, crasseux irresponsables sans aucune dignité –contrairement au simple SDF-, au point qu’ils pourraient ressembler à des ministres de la République, mais passent moins biens à l’écran, en dehors des manifestations de rigueurs quand l’un d’entre eux ou de leurs affiliés est victime de son irresponsabilité.

 

D’ailleurs parlons-en des écrans, omniprésents, omniscients, omnipotents, dans les bétaillères que nous appelons transports en commun, dans la rue, dans les magasins, les restaurants, dans les sacs et dans nos poches (bientôt, on l’aura littéralement dans le cul). Même les bars, refuges par excellence de celui qui cherche à fuir le monde et ses frasques sont peu à peu colonisés par l’écran. Vomitoria à conneries insipides, vitrines de tout ce qui se fait de plus bas, mur opaque entre les hommes, miroir déformant à travers lequel la première catin refaite cathodico-compatible et portant en sein ce qui lui manque en âme, peut passer unanimement pour un modèle à suivre. Filtre à particules de respectabilité et de crédibilité, il est l’expression fonctionnelle même de la démocrature, par laquelle le temps de parole – ou d’exposition- détermine le succès d’un candidat à quelque élection, et la quantité de pouces verts sur une interface youtube ou daylimotion fait des multitudes connectées les seules garantes de l’audibilité d’une idée (Pendragon a raison, le néo-souverainisme nous prend pour des cons). L’écran est l’arme la plus efficace de la domination de Satan. Aucun tyran n’aurait osé rêver mieux. Heureusement, les publicitaires sont là !

 

L’observateur téméraire, une fois dépassés les premiers dégouts et les yeux acclimatés à l’obscurité aveuglante du spectacle de la marchandise, en vient tout naturellement à observer les corps. Et ainsi reprend son calvaire ! Contemplant l’abîme il prend pleinement conscience qu’il a le privilège de vivre une fin de cycle ! L’obèse le dispute à l’anorexique, le dépressif au béat inconséquent, le rachitique au bodybuildé, le manque de gout au vulgaire. Le tout baignant dans le narcissisme et l’autocongratulation, enfants de l’individualisme. Alors qu’il s’imagine prendre la pleine mesure de l’ampleur du désastre, le sociologue de trottoir se rappelle qu’il n’a pas encore ne serait-ce qu’effleuré la réalité moderne (il n’a pas encore essayé de communiquer, d’échanger avec l’un de ses semblables). Au moins cette première approche de la modernité agissante lui aura-t-elle permis de s’habituer au bruit, à la vue et à l’odeur. En général, c’est ici que 88% des observateurs abandonnent, se suffisant de l’aspect extérieur des choses. Seulement, nous ne nous sommes pas encore approchés du cœur du sujet. Car les dégâts sont bien plus profonds que ce que ne le laisse suggérer le spectacle marchand. Ce qui est terrible ce n’est pas qu’une blondasse inculte chroniqueuse dans une émission vaine et vulgaire affirme qu’il soit possible de comparer les textes de Céline aux meuglements simiesques de Booba, mais qu’elle puisse le penser d’une part, et qu’elle puisse l’affirmer sans risquer le lynchage sain et spontané d’une foule en colère vindicative d’autre part. Le problème est psychologique, mental, cognitif. Et pour s’en rendre compte, il nous suffit d’inciser ! A suivre…

 

Julius Varuna

 

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19/12/2014 | Lien permanent

Les prétoriens politiques ou le prix humain de la puissance militante (Jean Thiriart)

 

Source : Voxnr

 

La société ploutodémocratique axée sur les vertus de loisir (facilité) et non sur celles de combat (effort, risque, engagement) fait étalage de toute une série de qualités qu’elle ne possède pas en réalité. La plupart des résistants sont faux, les anciens combattants également, et de l’autre côté il en est de même avec les « héros du Front de l’Est ». Tout cela est en contreplaqué, c’est en fait un demi-millimètre de chêne sur trente millimètres de sapin bon marché.



La puissance de corruption d’une société de loisir est extrême, elle atteint même la vie militante des partis révolutionnaires qui, par définition, se disent en dehors de la collectivité abatardie.



Beaucoup de révolutionnaires sont en contreplaqué. Il existe donc des faux militants comme il existe des faux résistants. Dans la vie civile, il existe tout un rituel de la virilité fausse : les bandes « rallye » dessinées sur les voitures, les tuyaux d’échappement bruyants, les blousons de cuir, les moustaches style « affreux du Katanga ». Enlevez ces ornements et il ne reste que des employés médiocres, des hommes fort incolores, des héros de bistrot.



Dans la vie politique, du moins dans les partis réputés « durs » il en va de même. Les militants en contreplaqué de l’extrême-gauche portent ostensiblement des tenues maoïstes, se taillent des barbes à la Castro, sont crasseux intentionnellement.



Les pseudos militants de l’extrème-droite ont aussi un rituel, les soirées de brasserie, les disques allemands, les Croix de fer achetées au marché aux puces, les casquettes Bigeard. Ceci pour les simples. Pour les intellectuels, la virilité consiste à se ballader avec les poèmes écrits à Fresnes par Brasillach. Je tiens à vous signaler en passant que ma sympathie humaien va à Brasillach et pas à ses bourreaux. Mais les gamins qui quarante ans plus tard jouent aux durs en bouquinant les auteurs fusillés sont, sur le plan révolutionnaire, des imposteurs.



Ainsi donc la technique du contreplaqué atteint même les milieux révolutionnaires para-professionnels.



Secte politique et secte juvénile



Plus loin, je ferai une description de la secte politique et des sources de sa puissance. Ici nous traiterons de la secte juvénile.



L’adolescent doit passer un cap psychologique au cours duquel il est obligé de s’affirmer pour entrer dans le monde des adultes. Dans les société primitives (Afrique et Amazonie par exemple) ce passage est l’objet d’un rituel précis, immuable, formel, indiscutable. Après avoir subi les épreuves (généralement épreuves de courage et/ou mutilations légères), l’adolescent est fait homme. Une fois cela exécuté, son caractère d’adulte n’est plus contesté. Les sociétés primitives sont mieux organisées que les nôtres, sur ce plan précis. Plus tard, dans l’antiquité grecque, par exemple, les rites d’adolescence étaient également bien précisés, bien ritualisés de la façon la plus officielle.



Aujourd’hui, tout cela est laissé à l’initiative personnelle. Les société ploutodémocratiques ne se préoccupent pas de ces importants problèmes. Aussi les adolescents créent eux-mêmes les rites : le baptême étudiant, la pornographie verbale, l’alcoolisme des jeunes, et - c’est ici que notre intérêt s’éveille - l’appartenance à une secte « dure ».



Les phénomènes néo-nazis de l’après-guerre sont étonnament fréquents chez les très jeunes. Il ne s’agit pas ici d’une option philosophique, mais de la captation d’un rituel magique. Tout un merveilleux effrayant s’attache aux souvenirs de la SS et du NSDAP. Ainsi certains jeunes qui traversent l’obligatoire crise d’affirmation vers leur statut d’adulte, créent-ils fréquemment des sectes juvéniles.



La machine de la propagande scientifique américano-sioniste présente ces sectes juvéniles comme des sectes politiques. Cette exploitation est très payante pour les sionistes, pour les milieux fanatiques juifs d’extrème-gauche. C’est la perpétuation du « danger fasciste » mythe justificatif de leur propre action. C’est le prétexte à réclamer quelques centaines de millions de marks de plus à l’Allemagne fédérale. Tous les petits cercles dits d’étudiants « nationalistes » relèvent également de ces sectes juvéniles. C’est pour cela que la population de ces groupes est extrêmement renouvelée. Le jeune y reste en général au maximum un ou deux ans, le temps de faire sa crise. Une fois qu’il a passé le cap, qu’il s’estime adulte, il quitte la secte juvénile et s’intègre très bien dans la société adulte et bourgeoise.



Il arrive qu’on rencontre à la tête de ces sectes quelques rares hommes âgés qui ne les manipulant pas dans le but politique de les utiliser. Mais pour soigner leurs propres problèmes psychiques. L’impuissance sexuelle due à l’âge ou au vice est chez certains quadragénaires ou quinquagénaires surcompensée par des campagnes de presse racistes à caractère sexuel (l’obsession du noir qui a des relations avec une blanche). Ici encore on prend pour action politique, ce qui est un cas qui relève du sexologue ou du psychanalyste.


Il faut donc se garder de confondre la secte juvénile avec une secte politique. La première se caractérise par son indiscipline interne - l’adolescent doit s’affirmer et il estime naïvement que l’indiscipline est une marque de maturité, - et par l’absence d’idéologie politique nouvelle et originale.



La secte juvénile est chahuteuse, sans hiérarchie fonctionnelle et cherche ses éléments magiques dans un passé réputé prestigieux. Elle se fait et de défait constamment, ses membres sont des passagers éphémères.



Source de puissance des sectes politiques



La société au sein de laquelle nous vivons, est politiquement toute relâchée, toute débile du fait de ses préoccupations économistes.



C’est une société sans tension politique. L’énergie étant consacrée à la course aux moyens qui procurent les plaisirs. L’énergie est canalisée vers le make monney. C’est une société de jouissance. Aussi les jeunes préfèrent la voiture de sport au service militaire et les adultes le prestige de « l’avoir plus » à celui de « l’être plus ». C’est la société ploutodémocratique. L’histoire nous a fait connaître autrefois d’autres formes de société militaires ou théocratiques entre autres. Cette société ploutodémocratique est extrêmement vulnérable à l’action de minorités politiques déterminées et organisées.



Elle ne croit pas au pouvoir pur ; elle croit tout pouvoir résoudre par l’argent et tout corriger par la technocratie perfectionnée. Elle se trompe, et si en temps de paix, de telles sociétés sont stabilisées par une sorte d’enlisement général dans les plaisirs, il n’en ira plus de même à l’occasion d’une guerre ou d’une crise grave.



La société bourgeoise ploutodémocratique est donc disponible, passive à l’action politique extérieure faisant irruption avec un groupe organisé de réformateurs déterminés. Ne pas confondre réformateurs et réformistes.



C’est le rapport du couteau de boucher et de la baleine. Avec un petit couteau bien aiguisé, et bien manié par l’écarisseur, un homme peut dépecer une baleine de cinq tonnes.



La source de puissance « du couteau », c’est-à-dire de la secte politique réside dans l’accumulation et l’intensité des vertus qui font précisément défaut à la société bourgeoise débile.


Une de ces vertus est la loyauté. C’est la première condition à la puissance de la secte. Les sectes politiques puisent leurs forces dans la pratique de l’honnêteté interne absolue. Le mensonge, le calcul personnel, la restriction mentale qui affaiblissent tant la société ordinaire ou les vulgaires partis parlementaires ne sont pas de mise dans la secte. La secte tire sa force d’une vertu réelle, d’une vertu pratiquée. Elle a deux morales : une pour la vie intérieure, une autre vis-à-vis du monde extérieur. Ainsi donc les vertus de pureté, de droiture, de loyauté, qui font tant sourire les bourgeois au point qu’ils les nomment « morale de boy-scout » sont précisément la source de la puissance de la secte politique.



Où la société est divisée, la secte est intégrée ; où la société refuse la force, la secte la glorifie ; où la société prône le plaisir, la secte glorifie le sacrifice.



La société ploutodémocratique n’a pas l’usage des cadets ambitieux, des cadets impatients, des énergies trop vives, des dévouements trop grands.



Il existe dans chaque génération une proportion infime mais régulière d’homme qui ont besoin d’une conduite héroïque devant la vie. Il fournissent les soldats qui firent l’Empire des Indes, ils fournissent les père Damien, ils fournissent les Schweitzer. C’est la race des hommes exigeants qui ne peuvent être satisfaits du style veule, hypocrite, débile de la société bourgeoise. Ces hommes deviennent soit des mystiques, soit des révolutionnaires. Le communisme, grâce à sa mythologie de justice et de libération en recueillait un gros contingent. Le communisme a pu le faire car il était seul depuis 1945 à proposer des règles de vie et des buts héroïques (héroïques avec ou sans guillemets). Par opposition à la société bourgeoise libérale, le communisme faisait figure de dame de grande vertu. Aujourd’hui, les PC occidentaux se sont intégrés au système.



Notre irruption sur la scène politique européenne est faite pour inquiéter. Car nous possédons quant à nous un mythe (dans sa sémantique politique j’entends par mythe un but noble, lointain, difficile) puissant : l’Europe puissante, unitaire et communautaire.



Cette génération d’hommes disponibles pour l’héroïsme est, comme je l’écrivais plus haut, abandonnée par le Régime, inutilisée. Le régime s’en méfie. La source de puissance des sectes politiques réside dans l’encadrement de ces hommes disponibles possédant des qualités combatives, des qualités de sacrifice.



Pour éviter d’être contaminée par les faiblesses de la société bourgeoise, la secte doit s’isoler totalement d’elle. La secte doit avoir ses morales propres, dont une très stricte pour l’image intérieur, et d’autres très opportunistes pour miner la grande société. Elle doit avoir son organisation interne vivant en circuit fermé, complet. En style imagé, je dirai que tel l’œuf pondu par certains insectes dans le corps d’un animal d’une autre espèce, œuf qui donnera naissance à une larve qui rongera l’animal-support inexorablement, la secte politique déterminée doit elle aussi être un organisme complet inséré dans un autre organisme. La secte sera intransigeante et évitera les compromissions avec la société, faute de quoi elle s’y dissoudrait et paradoxalement irait renforcer, raviver, l’organisme qu’elle voulait tuer.



Enfin, la secte sera extrêmement complicitée, j’entends par là que sa solidarité interne totale dominera toutes autres préoccupations. C’est la solidarité poussée jusqu'à la complicité. En définitive la densité des comportements héroïques multipliée par une totale complicité crée la secte capable de s’emparer d’une société détendue, veule, apathique. C’est le parti révolutionnaire.



D’une part, il y a une immense société en pleine digestion de plaisirs, prête à toutes les concessions de nature à prolonger cette digestion, et de l’autre la secte déterminée, exigeante.



D’une part des hommes qui ne veulent surtout pas renoncer au moindre de leurs plaisirs, et qui à fortiori ne sont pas disposés à mourir le cas échéant pour défendre ceux-ci, d’autre part des hommes décidés à chercher leur puissance dans le renoncement à toute une série de plaisirs communs, et qui le cas échéant, jetteraient le poids de leur vie dans la balance de l’affrontement.



Il arrive inévitablement que des hommes insuffisamment intégré tentent de dominer la secte, ne se contentant pas de s’y fondre. Bientôt rejetés, ils partent dans ce que la politique désigne du nom de dissidence et l’Eglise du nom d’hérésie. Plus ou moins rapidement ces branches coupées du tronc dépérissent puis disparaissent.


L’explication du phénomène est simple. La secte possède une sorte d’aura qui lui donne des pouvoirs particuliers sur le plan psychologique. Cette aura est insécable. Celui qui quitte la secte emmène parfois avec lui telle ou telle fraction de l’effectif matériel de celle-ci, jamais il ne peut emporter une parcelle de cette aura. Ainsi le dissident, l’exclu, l’ostracisé, le banni, ne disposent jamais de l’élément para-magique qui fait la force de la secte. Que ce soit Trotzky ou Doriot, ils sont malgré leur brillant, restés des exclus et ils ont été enterrés loin de la Terre sainte.



Le prix humain de la puissance militante



Certains hommes peuvent disposer d’un pouvoir, non pas surnaturel car un tel propos nous ferait sourire à juste titres, mais d’un pouvoir supra-naturel, j’entends pas là au-dessus de la moyenne.



L’homme peut dépenser, orienter son énergie vers telle ou telle activité physique ou intellectuelle. C’est le phénomène bien connu du fakirisme élémentaire : on peut dominer la douleur physique à la suite d’un entraînement approprié. Sur le plan intellectuel, on peut également obtenir des résultats supra-naturels. La polarisation de l’énergie vitale, de la volonté, peut donner des pouvoirs, des résistances. Dans la vie courante, à un niveau plus trivial, l’athlète peut obtenir des résultats inaccessibles au commun des bourgeois. Mais au prix d’une discipline spéciale : aliments interdits, distractions interdites, entraînement quotidien. Dans chaque cas précis où il y a accroissement de capacité, il y a eu un prix à payer.



Le surcroît de puissance dans un domaine a été payé par des renoncements dans d’autres.



En aucun cas le surcroît de puissance physique, psychique, intellectuelle n’est venu s’ajouter à la vie ordinaire, banale, trivial

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05/05/2015 | Lien permanent

Du sens des mots : Autorité (Charles Horace)

 Ou « éloge de l’autorité »

 

"On ne saurait souhaiter d'affirmations plus nettes, et cette philosophie politique a, du moins, le mérite d'être claire. Elle érige l'objection de conscience en devoir. Elle impose le refus d'obéissance. Sa haine des Etats militaires est telle qu'elle détruit l'Etat tout entier. Ce qui était l'honneur et le drame du soldat est nié par elle en une seule phrase. Cette grandeur de la discipline est rayée d'un trait de plume. L'honneur des hommes, qui est un honneur de serviteur et de fidélité, l'honneur tel qu'il est écrit dans nos consciences depuis le premier serment prêté à un souverain, cet honneur-là n'existe plus, il n'est pas inscrit dans le manuel d'instruction civique. Seulement nos savants juges n'ont pas vu qu'en détruisant la forme monarchique de la fidélité, ils détruisaient toutes les patries : car il n'est pas de régime qui ne repose sur le contrat de service, il n'est pas de souveraineté autre que monarchique, et les républiques elles-mêmes ont imaginé l'expression de peuple-souverain.

Désormais, cette conscience claire du devoir, l'ordre du souverain est déchue de sa toute-puissance. L'indiscutable, le certain est aboli partout. L'édit placé sur le mur n'a plus d'autorité, l'obéissance au magistrat est affaire de circonstance. Il n'est plus permis à personne de dire : la loi est la loi, le roi est le roi. Tout ce qui était clair, tout ce qui nous permettait de mourir tranquilles est atteint par ces phrases absurdes. L'Etat n'a plus de forme. La cité n'a plus de murs. Un souverain nouveau, sans capitale et sans visage, règne à leur place désormais. Son tabernacle est un poste de radio. C'est là qu'on entend chaque soir la voix à laquelle nous devons obéissance, celle du super-Etat qui a la primauté sur la patrie. Car la phrase écrite par les juges en leur Jugement est claire, elle ne laisse point place à l’équivoque : si la conscience de l'humanité a condamné une nation, les citoyens de cette nation sont déliés de leur devoir d'obéissance, et non seulement ils en sont déliés, mais ils doivent agir contre leur propre pays (…).

Ainsi, en cet endroit de l'analyse, on découvre que tout s'épaule et se tient. Nous ne sommes plus les soldats d'une patrie, nous sommes les soldats de la loi morale. Nous ne sommes plus les citoyens d'une nation, nous sommes des consciences au service de l'humanité. Tout s'explique alors. » Maurice Bardèche, Nuremberg ou la terre promise, 1948.

 

Pour long qu’il soit, cet extrait du Nuremberg ou la terre promise de Maurice Bardèche est fondamental. Il explique la défiance contemporaine pour la notion d’autorité confondue spécieusement avec celle d’autoritarisme. La repentance obligatoire consécutive au procès de Nuremberg participe de cet opprobre jeté sur l’idée d’autorité. Les régimes vaincus en 1945 furent des régimes autoritaires : mort à l’autorité ! Cet interdit ne touche pas que l’autorité politique. Ce qui toucha l’Etat ne pouvait pas ne pas toucher le Père, le Prêtre, ou le Professeur entre autres supports traditionnels de l’autorité. Et que dire de l’armée, réduite un peu plus chaque année à la portion congrue ? L’évolution de nos sociétés libérales-libertaires a fait le reste. Si bien que l’on retrouve une allergie à la verticalité y compris chez certains « opposants au système ». Le pouvoir de l’oligarchie est facilement assimilé au « Pouvoir », avec une grand « P ». L’opposition à l’oligarchie devient alors le rejet de toute autorité, de tout pouvoir. Paradoxe grave ! Car l’abolition de tout interdit, de toute autorité exceptée celle du marché, de tout pouvoir en dehors de celui de l’argent est exactement le projet libéral porté par le système oligarchique. L’ « horizontalisation » des relations en dehors des domaines réservés de la finance est une arme de la subversion. Il est en effet plus aisé de manipuler et d’imposer ses vues à une Plèbe (de Plethor, la masse) qu’à des Gentes (des groupes ou lignages aristocratiques hiérarchisés).

 

Selon le dictionnaire Larousse, le terme « autorité » désigne le « pouvoir de décider ou de commander, d'imposer ses volontés à autrui. Ensemble de qualités par lesquelles quelqu'un impose à autrui sa personnalité, ascendant grâce auquel quelqu'un se fait respecter, obéir, écouter. Crédit, influence, pouvoir dont jouit quelqu'un ou un groupe dans le domaine de la connaissance ou d'une activité quelconque, du fait de sa valeur, de son expérience, de sa position dans la société… ». Elle est, en somme, la capacité de se faire obéir avec le consentement de celui qui obéit. Il existe donc une parenté évidente avec le concept d’Imperium que nous avions traité dans un précédent article. Toutefois, l’autorité comme principe n’est pas une fin mais un moyen, le moyen du bon exercice du pouvoir, de l’Imperium et du bon fonctionnement de la Res Publica. « Le pouvoir ne peut se satisfaire de son exercice brut, il lui faut le renfort de l’autorité. Ce renfort est spirituel, comme le montre l’usage du mot qui s’applique aussi à des textes – ceux qui font autorité », pour Dominique Lecourt (philosophe, dans Cahiers Croire n°277, 2012).

 

La problématique de l’autorité dépasse cependant le domaine purement politique. Quand nous réfléchissons à ce que l’on appelle pudiquement les « problèmes de sociétés » mais qui sont autant de symptôme du déclin de l’Europe, nous nous retrouvons presque automatiquement devant le problème suivant : à supposer que l’on trouve des remèdes aux maux de nos sociétés, il manquerait toujours une force pour les mettre en place. Sans restauration d’une verticalité difficile à remettre en cause –car remises en causes toujours il y aura- impossible de penser une refondation. De l’insécurité au harcèlement scolaire, de la mise en place d’une politique localiste, corporatiste, protectionniste, à la reprise en main des banques, en passant par la récidive, rien ne se fera sans recours à l’autorité, sans que l’action refondatrice ne puisse s’appuyer sur un principe vertical qui la justifie.

 

Par conséquent, poser la question de l’autorité revient à poser celle de la légitimité. Selon le sociologue allemand Max Weber la légitimité d’une autorité repose sur trois piliers. Le premier pilier est la tradition, issue de l’héritage historique des peuples (l’autorité du Père, du Prêtre, du Maître et du Roi dans les sociétés traditionnelles). Elle pérennise les édifices politiques. Le deuxième pilier est le charisme, qui assure également l’autorité à travers les qualités reconnues d’une personne. La source du pouvoir est ici la fama facti, l’autorité reconnue à une personne du fait de ce qu’il a accompli.Reste, enfin, la compétence, elle aussi reconnue par le groupe. Un pouvoir n’est donc juste que quand sa légitimité est reconnue. Il n’est légitime que quand il œuvre pour le bien commun, autrement dit, quand il permet à la communauté de croître en différents domaines. Ainsi : « Celui qui a autorité sur moi doit augmenter mes connaissances, mon bonheur, mon travail, ma sécurité, il a une fonction de croissance. La véritable autorité est celle qui grandit l’autre » (Michel Serres, philosophe). L’autorité n’est donc souhaitable et acceptable que dans le seul cas où elle permet d’apporter quelque chose de plus à la personne ainsi qu’au groupe. Autoritas est en effet dérivée du verbe augere, qui signifie augmenter. Cette conception de l’autorité, participe de ce que Charles Maurras appelait l’ « inégalité protectrice » dans sa politique naturelle. L’être humain étant par nature vulnérable, et ne disposant pas de toutes les compétences requises pour sa survie, en tant qu’animal politique, a besoin de vivre en communauté. Cette vie en communauté qui de par sa complexité nécessite un principe organisateur, structurant. Ce principe organisateur prend la forme de l’Etat qui exerce son pouvoir en vertu de son autorité. Nous citerons Julius Evola (L’arc et la massue) : « Dès les temps antiques on a reconnu qu'il existait une analogie entre l'être humain et cet organisme plus grand qu'est l'État. La conception traditionnelle de l'État - conception organique et articulée - a toujours reflété la hiérarchie naturelle des facultés propres à un être humain au plein sens du terme, chez lequel la partie purement physique et somatique est dominée par les forces vitales, celles-ci obéissant à la vie de l'âme et au caractère, tandis qu'on trouve au sommet de tout l'être le principe spirituel et intellectuel, ce que les stoïciens appelaient le souverain intérieur, l'egemonikon. En fonction de ces idées, il est évident que toute forme de démocratie se présente comme un phénomène régressif, comme un système dans lequel tout rapport normal est renversé. L'egemonikon est inexistant. La détermination vient du bas. II y a carence de tout centre véritable. Une pseudo-autorité révocable et au service de ce qui est en bas - à savoir l'aspect purement matériel, « social », économique et quantitatif d'un peuple - correspond, selon l'analogie signalée plus haut, à la situation suivante dans le cas d'un être individuel : un esprit et un principe spirituel qui n'auraient d'autre raison d'être que de représenter les besoins du corps, qui seraient en somme au service de celui-ci. »

 

En guise de conclusion, nous souhaiterions soumettre à la réflexion du lecteur à une dernière réflexion d’Evola : « On sait que Platon disait qu'il était bon que les individus ne possédant pas de maître intérieur en trouvassent au moins un en dehors d'eux-mêmes. Or, à tout ce qui a été présenté comme la « libération » de tel ou tel peuple, mis au pas en réalité, parfois même en recourant à la violence (comme après la Deuxième Guerre mondiale), pour jouir du « progrès démocratique » qui a éliminé tout principe de souveraineté, d'autorité véritable et d'ordre venant d'en haut, correspond aujourd'hui, chez un grand nombre d'individus, une « libération » qui est élimination de toute « forme » intérieure, de tout caractère, de toute droiture ; en un mot, le déclin ou l'absence, chez l'individu, de ce pouvoir central que les Anciens appelaient egemonikon. Et ce, non seulement sur le plan éthique, mais aussi dans le domaine des comportements les plus quotidiens, sur le plan de la psychologie individuelle et de la structure existentielle. Le résultat, c'est un nombre toujours croissant d'individus instables et informes, c'est l'invasion de ce qu'on peut appeler la race de l'homme fuyant. (…) La place où devrait trôner le « souverain intérieur », éventuellement pour opposer la pure loi de son être à toute loi extérieure, à toute hypocrisie et à tout mensonge (Stirner, Nietzsche, Ibsen), cette place est vide. On vit au jour le jour, de manière stupide somme toute. D'où, dans les rares moments de prise de conscience, le dégoût et l'ennui. Absence d'autorité, de vrais chefs, à l'extérieur, dans le domaine de l'État - et absence de forme intérieure chez les individus : les deux choses sont solidaires, l'une corrobore l'autre, au point de faire penser qu'il s'agit peut-être de deux aspects différents d'un phénomène unique de nos temps évolués et démocratiques.» (Julius Evola, L’arc et la massue).

 

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15/02/2015 | Lien permanent

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