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17/01/2026

Supprimer le problème du néant (Daria Douguine)

Daria « Platonova » Douguine, Optimisme eschatologique, Partie IV – Fragments philosophiques et l'involution de la modernité, L'univers voluptueux de Lucrèce, Supprimer le problème du néant, pp. 388-390, aux éditions Ars Magna (Les Ultras)

 

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Il est révélateur que le poème commence par un hymne à Vénus, la mère d’Énée et, par conséquent, de tous les Romains :

 

« Mère des Romains, joie des dieux et des hommes, Vénus, dispensatrice de vie, qui sous les planètes et les étoiles, visite la mer couverte de navires, la terre vêtue de blé, toujours, car c'est par toi que tout ce qui naît st obtenu, créé, mis au monde pour voir le Soleil. »

 

La déesse de la volupté, des joies corporelles et des plaisirs n'est pas choisie ici par hasard : ce sont ces qualités qui constituent la norme philosophique de l'éthique épicurienne, celle de l'homo voluptas. L'anthropologie de cet « homme voluptueux » constitue le monde dans lequel cet homme serait à l'aise. Ce monde repose sur les postulats suivants, décrits avec élégance tout au long du poème :

 

« [...par la nature et ses lois] Et c'est là son premier principe, à partir duquel nous prenons notre départ : rien n'a jamais été par miracle à partir de rien. »

 

Le problème du néant est ainsi éliminé une fois pour toutes. Le monde nous est donné immédiatement comme une infinité réelle qui se meut dynamiquement par et en elle-même. Le plaisir est ce qui est « en et de soi ». L'absence du néant est la garantie philosophique du bonheur épicurien.

 

« Et maintenant, ajoutez ceci : la nature décompose toutes choses en leurs atomes ; rien ne meurt dans le néant. Puisque rien n'est créé à partir de rien, rien ne disparaît. »

 

Cela inspire à Lucrèce un optimisme fondamental. Lucrèce défend l'absence de mort irréversible avec une fois dans la bonté de la nature :

 

« Car si une chose était mortelle dans toutes ses parties, elle serait emportée, disparaîtrait de la vue, car il ne serait pas nécessaire d'utiliser la force pour arracher une partie d'une autre, ou pour dissoudre leurs liens. Mais les choses sont faites d'atomes ; elles sont stables jusqu'à ce qu'une force vienne, les frappe fort et les divise, ou s'infiltre dans leurs parties intérieures et les fasse éclater, la nature n'effectue aucune destruction à nos yeux. »

 

Vient ensuite une autre référence intéressante à Vénus, la mère de la volupté identifiée à la « nature » :

 

« D'ailleurs, prenez les choses que le temps efface par le vieillissement : si, à leur mort, leur matière était entièrement consommée, d'où Vénus tirerait-elle les animaux pour leur donner la vie selon leur espèce, et la Terre, la magicienne, les multiplie-t-elle et les nourrit-elle selon leur espèce ? D'où les sources natales et les fleuves lointains pourraient-ils alimenter la mer ? D'où l'éther nourrit-il les étoiles ? Car tout ce qui a une masse mortelle a depuis longtemps été épuisé au fil du temps infini qui s'écoule. Mais si la matière dont cette somme de choses est constituée a traversé les âges vides, elle est certainement dotée d'une nature immortelle. Rien, par conséquent, ne peut être réduit à néant. »