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04/06/2015

Hail Mary ! (Léon Bloy)

 

 

Léon Bloy, Le symbolisme de l'apparition, Troisième partie : Les larmes de Marie, pp. 191-193, aux éditions Rivages poche/Petite Bibliothèque

 

Je reviens à ces larmes de Marie, dont j'ai déjà dit quelque chose, et par lesquelles je dois finir.

 

Ces larmes précèdent, accompagnent et suivent le Discours. Elles en sont le plus éloquent commentaires et la plus vivante poésie. Les Larmes de la Mère des Douleurs remplissent l’Écriture et débordent sur tous les siècles. Toutes les mères, toutes les veuves, toutes les vierges, qui pleurent n'ajoutent rien à cette effusion surabondante qui suffirait pour laver les cœurs de dix mille mondes désespérés. Tous les blessés, tous les dénués et tous les opprimés, toute cette procession douloureuse qui encombre les atroces chemins de la vie, tiennent à l'aise dans les plis traînants du manteau d'azur de Notre-Dame des Sept Douleurs . Toutes les fois que quelqu'un éclate en pleurs, dans le milieu de la foule ou dans la solitude, c'est elle-même qui pleure, parce que toutes les larmes lui appartiennent en sa qualité d'Impératrice de la Béatitude et de l'Amour. Les Larmes de Marie sont le Sang même de Jésus-Christ, répandu d'une autre manière, comme sa Compassion fut une sorte de crucifiement intérieur pour l'Humanité sainte de Son Fils. Les Larmes de Marie et le Sang de Jésus sont la double effusion d'un même cœur et l'on peut dire que la Compassion de la Sainte Vierge était la Passion sous sa forme la plus terrible. C'est ce qu'expriment ces paroles adressées à Sainte Brigitte : «  L'affliction du Christ était mon affliction parce que son cœur était mon cœur ; car comme Adam et Eve ont vendu le monde pour une seule pomme, mon Fils et moi, nous avons racheté le monde avec un seul Cœur. »

 

(...) Les Larmes de la Sainte Vierge ne sont mentionnées dans l’Évangile qu'une seule fois, lorsqu'elle prononce sa quatrième Parole, après avoir retrouvé Son Fils.

 

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28/05/2015

Les abeilles (Léon Bloy)

 

Léon Bloy, L’Âme de Napoléon, VI Les abeilles, pp. 73-75 , aux éditions tel Gallimard

 

« Le 27 mai 1653, près de Tournai, dans cette partie des Pays-bas que la France, depuis si longtemps, enviait à l'Espagne, on découvrit le tombeau authentique de Childéric Ier. Les magistrats eurent grand-peine à prendre possession des objets dont les assistants avaient rapidement enlevé une partie déjà. De deux cents bijoux singuliers qui avaient été vus lors des fouilles, restait une trentaine environ. C'étaient des abeilles d'or, aux ailes garnies d'un verre rouge montée en cloisonné. Le petit a anneau de métal que quelques-unes avaient conservé indiquait qu'elle avait dû être attachées à une étoffe. Un savant déclara qu'elles avaient orné le manteau du roi, soutenant que les fleurs de Lys du blason de la France n'auraient été qu'une déformation de ces abeilles. Or, Napoléon Ier qui aimait à parler de ses plus lointains prédécesseurs et qui voulut, le jour de la distribution des aigles à Boulogne, s’asseoir sur le trône de Dagobert, s'était intéressé aux reliques de Childéric Par ses ordres les abeilles du tombeau de Tournai furent imitées pour remplacer sur le Manteau du Sacre impérial le semis de fleurs de lys qui avait décoré le manteau des rois capétiens. Singulière fortune de cet ornement mérovingien.

 

Après quatorze siècles, il n'y a pas grand-chose à dire de ce père de Clovis que fut Childéric Ier. Tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il scandalisa les Francs «  par sa luxure », ce qui ne devait pas être facile, et que ces chastes barbares l'ayant expulsé pour quelque temps, le remplacèrent par le général romain Aegidius. On sait aussi, d'après le bon saint Grégoire de Tours, que la reine Basine l'épousa «  pour son mérite et son grand courage ».

 

Dagobert est sans doute plus intéressant et on arrive à comprendre que Napoléon ait eu le désir de s’asseoir sur le trône millénaire et inconfortable de ce grand Mérovingien. Mais Childéric avait pour lui, à ses yeux, d'avoir été retrouvé dans son tombeau avec des abeilles d'or mêlées à sa très ancienne poussière. Il y avait encore ceci, très certainement, que les abeilles devait convenir à son âme de latin, beaucoup plus virgilienne au fond que cornelienne, malgré son goût décidé pour la draperie tragique.

 

Saint Bernard, je crois, comparait, avec plus d'agrément que de profondeur, Jésus-Christ, en tant que roi, à une abeille « ayant le miel de la miséricorde et le dard de la justice ». Mais saint Bernard ne prévoyait pas Napoléon et Napoléon, assurément, ne lut jamais saint Bernard. La célèbre parabole du lion de Samson, faiblement répercutée dans la gable des taureaux d'Aristée, lui allait mieux et lui était, je pense, moins inconnue.

 

Quoiqu'il en soit, les abeilles du fils de Mérovée lui plurent et il les porta sur ses épaules, à travers le monde en feu, jusqu'au jour où ces mouches irritées enfin contre leur maître et traîtresses autant que les hommes, le transpercèrent. Elles moururent, il est vrai, en même temps que lui, et la même expérience tentée par son neveu, six lustres plus tard, ne parut pas moins funeste.

 

Car c'est un danger terrible que de toucher aux symboles. « Devine ou je te dévore », semblent-ils dire comme le Sphynx aux voyageurs assez audacieux pour s'aventurer sur la route de Thèbes, capitale énigmatique de la Boétie. C'est un chemin qu'il faut éviter quand on n'y est pas, ainsi que le premier Napoléon, poussé invinciblement.

 

Dieu me préserve de tenter une explication quelconque. Les abeilles du manteau impérial sont aussi mystérieuse pour moi qu'elles durent l'être pour le poussiéreux Childéric et pour Napoléon lui-même, aussi parfaitement indevinables que les énigmes de Salomon ou les paraboles de L’Évangile. Il suffit d’espérer avec certitude que nous saurons un jour ce qu'elles furent dans la destinée du grand Empereur et dans celle de notre vieux monde qui ne s'arrête pas de descendre dans les ténèbres depuis qu'il a disparu.

 

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05/05/2015

Léon Bloy vs Licra (Brigade Léon Bloy)

 

Source : Brigade Léon Bloy


 

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