Avant-propos de notre "Petit traité néorévolutionnaire" (Premier Jet) (26/07/2026)

 

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The motherboard by takimunk

 

Spiritualiser la Machine

 

Petit traité néorévolutionnaire – Repenser le vitalisme

 

Avant-propos – Résurrection et Réincarnation

 

« Le vrai danger est de devenir obsolète. Pourquoi il faut être transhumaniste alors que cela pourrait potentiellement conduire à la fin de l’humanité ? Parce que c’est un devoir moral. Prométhée le veut. » NIMH, Lettre ouverte aux transhumanistes, Rage culture



« (…) la logique sous-jacente aux modèles de langage à grande échelle qui implique également qu'avec une base de données suffisante il soit conceptuellement possible, avec un degré raisonnable de plausibilité, d'émuler par exemple un dialogue platonicien avec un avatar du philosophe interagissant sur la base du corpus global des œuvres et des informations qui nous ont été transmises, ainsi que des positions qui y sont exprimées.



Les IA en question ne pourraient jamais bien sûr correspondre à une véritable résurrection de l'identité de la personne impliquée comme dans un véritable mind uploading, mais il échappe à ceux qui soulignent ce point que le produit final correspond exactement aux esprits qui habitent l'Hadès homérique ou virgilien comme « ombre » de ce que le personnage concerné a été de son vivant. » Stefano Vaj, Artificialités intelligentes – Qui a peur de la diffusion de l'Intelligence Artificielle et pourquoi ?, pp. 46-47, La Nouvelle Librairie éditions (Iliade)



« La prétention d'éradiquer, ou même de repousser indéfiniment la mort a suscité, on l'a vu, des réactions très vives, mais ce n'est là qu'une réponse à la partie la plus immédiatement compréhensible du projet transhumaniste. D'autres critiques visent une dimension à la fois plus profonde et plus générale de cette pensée, celle de la mise en question de toute limite.



C'est par exemple la grille de lecture du philosophe Jean-Michel Besnier, lequel, dès son premier ouvrage sur le sujet, Demain les posthumains, en 2009, donne son interprétation de l'idée de cyborgisation, voire du téléchargement de la pensée. Pour lui – il s'appuie sur plusieurs citations de transhumanistes anglo-saxons – ceux-ci en sont arrivés à détester la chair, qu'ils qualifient de « viande ». Pour comprendre leur démarche, Besnier propose de se rappeler des travaux de Günter Anders. Notre rapport à la technologie et à la machine provoquerait progressivement une « fatigue de soi », et une « honte prométhéenne ». La machine apparaissant supérieure à l'homme bientôt dans tous les domaines, certains transhumanistes proposent d'effacer l'homme à son profit. Par ailleurs, avec d'autres, il argumente pour dire que les transhumanistes dériveraient vers une forme moderne de gnose ou plutôt de gnosticisme. Faisant de la science une nouvelle religion, ils prôneraient là encore la détestation de la chair.



Je ne nierai pas qu'une telle tendance existe chez certains transhumanistes. Je l'ai rencontrée, et elle semble correspondre à des motivations très diverses, psychologiques ou idéologiques. Néanmoins, elle me paraît tout à fait minoritaire. La plupart des transhumanistes dont j'ai fait la connaissance m'ont donné au contraire le sentiment de désirer perdurer le plus longtemps possible dans un corps.



Mais la question est quel corps ? Car, au fond de la critique de Jean-Michel Besnier, comme de nombreux autres, se cache l'idée que l'humain ne saurait être autre que celui dont ils prétendent connaître le corps aujourd'hui. Ce corps définirait l'humain depuis toujours, et une bonne fois pour toutes. Un corps parfait, en quelque sorte. Un corps sacré. Ne voulant pas accepter, au fond, l'impact de la technologie et des outils sur l'évolution de la biologie humaine, ils refusent d'emblée l'idée d'une prise en main de cette évolution par l'humain lui-même et se réfugient dans un fixisme qui ne dit pas son nom. » Marc Roux (président de l'Association Française Transhumaniste), Pour un transhumanisme technoprogressiste, L’Être de finitude, pp. 49-50, Perspectives Libres N° 32 (août 2024 – octobre 2024) – Transhumanisme

 

...En cette période de crise existentielle et ontologique de la qualité humaine nous ouvrirons ce « petit traité » par le soulignement de son entre-ligne afin de révéler l'essentiel de notre propos et l'origine de cette « crise ».

 

Apocalypse.

 

De quelle subversion métaphysique la « pensée transhumaniste » est-elle le nom ?

 

Le logos est mort de sa masse, sa quantité, sa lourdeur.

 

La puissance est devenue quantité.

 

Surplus idéologique. Spéculation philosophique sans fin. Superposition de constats de faillite. Supputation théologique à propos de la décadence ou de la dégénérescence. Stratification des différentes morts-vivantes. Satisfactions préfacières par préférences aléatoires et arbitraires...

 

I can't get no...

 

Plus d'écriture, de la préface. De la préface de la préface.

 

La métapolitique veut de la masse et de la quantité. Elle n'est plus révolution ni réaction. Elle a perdu le sens avant-gardiste de sa fonction. Le nombre, le nombre et le nombre !

 

Tout le monde veut sa massuscule !

 

Sa minuscule masse, sa multitude anonyme, son impuissante quantité.

 

La masse et son flux indécent.

 

Son intime visibilité, sa petite influence, ses petites habitudes éditoriales. Sa communauté virtuelle compensatrice. Validation par un succès d'estime petitement massif ou grandement petit. On fait donc appel à une quantité relative et mesure son influence à hauteur, ou à l'échelle, d'une estimation arbitraire de la portée métapolitique de nos créations et contentions de contenus à l'intérieur d'un immense microcosme. Entraves. Sangles, ceintures. Sédatifs, tranquillisants. On ne sait plus s'il s'agit d'hospitalisation ou d'un divertissement sadomasochiste. Il n'existe plus d'avant-garde puisqu'il n'existe plus de polémique.

 

Se réalisent alors deux phénomènes : L'entre-soi remplace l'avant-garde dans l'auto-satisfaction et l'amical dépannage. Le « narcissisme des petites différences » (cf. Freud) détruit l'idée de Hiérarchie et l'entre-suçage finit par dégouliner sur la méritocratie et ses subsidiarités. Faible densité, épaisseur liquide. Il faut que ça sorte. L'été, la plage... à force de se frotter le cul sur le sable, l'écume sent la vase.

 

Et puis, à l'horizon, sont apparues les « Lumières sombres ». Depuis l'Eurasisme, le Soleil ne s'était plus levé...

 

Les avant-gardes métapolitiques, en leurs qualités et opérativités respectives – ce qui n'est pas « opératif » n'est pas « métapolitique » –, ne trouvaient plus d'application de leurs idées dans leurs anticipations et projections politiques dans le réel. Eurasistes et Occidentalistes abusaient de la « pensée magique ».

 

 

Nous avons, il y a quelques années maintenant, écrit sur le sujet, notre conclusion était qu'en dehors de l'Eurasisme et de l'Occidentalisme il n'existait rien d’intéressant en matière de « nonconformisme » .

 

Les idées ne font pas que réfléchir et penser, elles agissent, elles entrent en conflit avec le réel, autrement dit, elles comprennent leur époque, sentent l'ère du temps. Ou elles ne sont pas « idées ». Certes, elles ne font pas directement l'Histoire mais elles animent l'Imprévu, domptent les bêtes de l’Événement.

 

Les « idées », au sens platonicien, ne sont pas « abstraites ». Pas autant qu'on ne le dit. Pour nous autres, cœurs sauvages et farouches de l'Empire eurasiatique de la Fin, il n'y a rien de plus concret que les « idées » dans ce qu'elles ont de créatrices. La réalité reflète tout de même une certaine vérité des idées en mouvement dans les avant-gardes. Et non l'inverse. C'est bien pour cela que ceux qui voudraient réduire l'Imprévu à leurs misérables desiderata de la Fin de l'Histoire pérorent sans fin sur la « fin des idées ». La fin de l'idéologie ou de l'idéalisme est le plus grand mensonge à eux-mêmes des stoppeurs fous au milieu du carrefour de la Civilisation. Est-ce que le trafic s'arrête devant les cracheurs de feu de l'Occident en chaise-roulante ? Non. Il les écrase sans vergogne. Quelques lignes dans la rubrique des chiens crevés. Les rapports de force sont compris et ne sont compréhensibles que par les « idées ». Vers une nouvelle synthèse politique ?

 

Où le logos, le verbe, la parole n'agissent plus, il n'y a d'autre « synthèse » que le « chaos ontologique » et le « sujet radical ». L'organisation spontanée des groupes pour réagir au stress regarde la métapolitique mais ne la concerne qu'à titre indicatif. L'indication que le système immunitaire s'est effectivement mis en route. Mais ça n'est pas cette indication elle-même qui intéresse la ou le Métapolitique – comme il y a la ou le Politique – c'est contre quoi le système réagit. Et quand. Le comment est finalement secondaire. La grande question est celle de l’essoufflement. Le rôle d'une avant-garde est de donner un second souffle lorsque le mouvement manque d'oxygène.

 

Le tout est que, le Métapolitique qui n'a pas prévu cette réaction du système immunitaire, ne peut non plus le renforcer, l'influencer, le détourner. Le Métapolitique aurait même dû susciter ce mouvement, et donc contrôler sa « spontanéité ». Les intellectuels réfléchissent la métapolitique comme « influence culturelle » ou « pensée magique » sans relier cette « influence » et « pensée » à un mouvement d'avant-garde, souterrain, qui soutiendrait cette « métapolitique ». Ils pensent le Métapolitique en transparence. La transparence n'est autre que la « haine du secret ». Mais la métapolitique ne repose que sur le secret d'une avant-garde. En fait, il n'y a pas de métapolitique coercitive possible sans secret. Ce qui est, par ailleurs, tout le propos de La Fosse de Babel d'Abellio, authentique manuel de combat, pour ceux qui l'ont lu.

 

Philosophes et théologiens des secondes religiosités ont oublié l'importance de la « métaphysique ». Le « monde imaginal » est relégué au second plan. Le rêve n'intervient plus. La poésie et prophétie du verbe sont désincarnées, et le Verbe n'est plus « verbe ».

 

Le premier signal de « la mort du Logos » fut la « mort du Roman ». De nombreux écrivains et poètes ont pressenti cette « mort », depuis la Renaissance. Ce fut tout le sujet de la littérature de Rimbaud au Surréalisme – « surréalisme » qui fut un mouvement assez faible dans l'ensemble. Rimbaud est le prophète de la « mort du roman » et celui de « l'ère du Verseau » (Ne voyez ici qu'une référence astrologique et cosmogonique concernant le passage d'un cycle à un autre ; nous ne pouvons aucunement être influencés par la mauvaise littérature des nouvelles spiritualités au sujet de l'« ère du Verseau » puisque nous ne l'avons pas lu!)

 

En fait, nous ne soulignerons pas exagérément le fond de notre propos dès le départ, de crainte de le noircir, nous allons aller droit au but de notre essentiel :

 

le Logos est passé à trépas de qualité à quantité lorsqu'il est passé de la résurrection à la réincarnation pour justifier son immortalité : la quête de l'Immortalité présente dans tous les cultes à mystères à portée « initiatique ». Voilà notre essentiel !

 

Une avant-garde est un « culte à mystères », où elle n'est pas une avant-garde.

 

Le Logos s'est lui-même oublié – lorsqu'il a oublié sa fonction ontologique d'imagination et de création par l'art poétique et technique de la geste. Et le caractère prophétique de la poétique ; qui est la véritable « magie du verbe » par le geste. Le Logos ne peut se ressouvenir de lui-même par lui-même sans redevenir « acte ». D'abord « acte de création » parce que, aujourd'hui, les modalités de la praxis ne sont plus celles du militantisme esthétique ou de terrain qui restent plus que nécessaire. Mais le domaine de la praxis s'est étendu. Il ne s'est pas réduit. C'est ce que les anciennes avant-gardes des ex-nouvelles droites alternatives ont théorisé durant quelques années. Et nous avions la même analyse. Mais nous nous trompions. Et nous étions sortis de cette impasse par la Quatrième théorie politique et l'Eurasisme. Nous le voyons, même au sein de la « mysticosphère », qui devrait davantage être sensible et avoir accès à l'acte de poésie, la poétique et son herméneutique sont méprisées, encore un petit milieu métapolitique « nihiliste » qui veut sa massuscule !

 

La poétique échappant aux masses et aux multitudes, ils rejettent la poésie, sa puissance créatrice. Mais la continuité mythique n'est que rêve, poésie et prophétie. Premièrement par la construction d'une métaphysique.

 

L’Être est ressuscité – c'est le retour de l’Éternel Présent ; le retour de la Lumière après la longue Nuit –, les « êtres », eux, se réincarnent personnellement et individuellement.

 

Un être + un être + un être, etc.

 

Ici, c'est l'addition des êtres qui fait l’Être.

 

L'abstraction métaphysique, de pure logique, sur la base du principe de l'Unité, exprime un ferme désaccord avec l'idée de réincarnation (et cette idée d’addition des êtres qui font l’Être). Parce que le thème de la Résurrection comprend une idée d'héroïsme « de son vivant », pour atteindre l'immortalité « de son vivant », par la procréation ou la création : le « bien mourir » ou le « mourir à soi-même ». Le thème adverse de la Réincarnation, quant à lui, repousse sans cesse cet acte héroïque et de délivrance, cette quête d'espoir et d'immortalité : si ça n'est pas dans cette vie, ça sera dans la suivante. L'existence disparaît. Et, avec elle, tout disparaît.

 

Nous n'abuserons pas d'une longue citation pour illustrer ce premier propos mais nous ne pouvons que penser et faire mention d'un chapitre du livre de Muray Le XIXe siècle à travers les âges où il date l'expression massive, l'affirmation définitive de la quantité, de la masse en tant que puissance ; il cite par ailleurs le chef d’œuvre d'Elias Canetti que nous n'avons pas encore eu l'occasion de lire pour soutenir sa thèse. Ensuite, sur les traces de la masse comme nouvelle puissance, il se met sur la piste d'Auguste Comte... Qui revoilà !

 

(Nous emploierons Muray et son Le XIXe siècle à travers les âges à une autre illustration. Il venait ainsi confirmer plusieurs de nos intuitions sur les origines « dixneuvièmistes », « scientistes » et « occulto-socialistes » du transhumanisme comme parodie et simulacre de « résurrection » par des moyens techno-scientifiques avancés vers la « réincarnation pour tous »...)

 

Foutez donc la paix à la Mort !

 

Retenez donc qu'entre les lignes de cet essai il y a cette idée du glissement de l'idée de « résurrection » à celle de « réincarnation ». L'idée transhumaniste ne tient que sur ce glissement d'une ontologie à l'autre. Derrière les grands airs rationnels et rationalistes des transhumanistes se cachent de petites manières occultistes avec lesquelles nous n'en avons malheureusement pas fini...

 

Transhumanisme, accélérationnisme, prométhéisme, beaucoup de « isme » pour un seul et même mouvement qui mène au posthumanisme. Les petites différences à l'intérieur du mouvement posthumaniste sont secondaires. Notre regard se focalisera sur l'idée de transhumanisme.

 

***

 

Nous ne réécrirons pas ici l'histoire du mouvement transhumaniste. Nous essaierons d'en découvrir la métaphysique. Nous tenterons également d'ouvrir quelques pistes de réflexion sur le double sens que peut recouvrir le concept de posthumanisme.

 

Il en sera nécessairement question, mais nous ne nous revendiquons pas directement des « Lumières sombres » ou de l'accélérationnisme. Néanmoins, et à première vue, nous partageons certaines vues avec le mouvement néoréactionnaire. Notamment sa critique radicale du système égalitaire – de « la Cathédrale » –, minimum requis pour accéder au grand jeu cybernétique.

 

Les néoréactionnaires et nous autres, eurasistes, tournons sur le même système d'exploitation : le postlibéralisme. Nous avons pris acte du « postlibéralisme ». Cela ne paraît pas grand-chose mais sans démarrer la machine sur la base de ce logiciel, même le mode sans échec laisserait l'écran noir.

 

Nous nous proposons donc comme une « altérité nécessaire » à la néoréaction. Ou, plutôt, la néoréaction apparaît être le désaccord que la philosophie-politique « eurasiste » attendait pour déclencher une certaine dialectique.

 

La pensée néoréactionnaire est mouvante, c'est un logiciel avec de constantes mises à jour. Essentiellement développée dans le monde anglo-saxon, par Nick Land et Curtis Yarvin, la pensée NRx s'est officiellement forgée d'une matière brute d'échanges, extraite de forums, blogs et autres réseaux sociaux. Nous n'en connaissons que la « substantifique moelle ». Avant-gardiste, elle est particulièrement vivace aux États-Unis. La pensée néoréactionnaire s'affine de jour en jour et influence jusqu'au plus haut niveau du gouvernement Trump via J. D. Vance et des acteurs de la tech comme Elon Musk ou Peter Thiel.

 

Vous trouverez de nombreuses traductions de différents auteurs néoréactionnaires de langue anglaise via le webzine Rage culture à l'avant-garde de la néoréaction dans la sphère francophone. Nous vous recommandons vivement la lecture du Traité néoréactionnaire – Penser l'accélérationnisme de NIMH (publié aux éditions du Royaume) pour vous introduire à ce logiciel.

 

En tant qu'européens et occidentaux, nous sommes par essence et par nature « prométhéen » et ne renions pas ce caractère marqué de la « civilisation européenne et occidentale ». Influencés par l’œuvre de Jean Parvulesco et la philosophie « eurasiste », nous intégrons les réflexions d'Alexandre Douguine sur le postlibéralisme.

 

Cependant, nous considérons qu'il est intellectuellement honnête d'affirmer que les théories néoréactionnaires sur la « formation idéelle et imaginale néguentropique du Futur à l'horizon de la Singularité technologique » ont ouvert une nouvelle voie que nous nous devons d'explorer.

 

Dans les deux cas il s'agit d' « imprévu dans l'Histoire », de « créer idéellement et imaginalement notre vérité et réalité ». De la même manière que la Quatrième théorie politique, peut apparaître ou ne pas apparaître. La Néoréaction, comme théorie politique d'avant-garde et alternative peut apparaître ou ne pas apparaître.

 

« La Quatrième théorie politique ne peut pas nous être donnée par elle-même. Elle peut aussi bien apparaître que ne pas apparaître. La condition de son apparition est le désaccord. Le désaccord avec le post-libéralisme comme avec la pratique universelle, avec la mondialisation, avec le postmoderne, avec « la fin de l’histoire » ou du statu quo, avec le développement par inertie des principaux processus civilisationnels à l’aube du XXIème siècle. » Alexandre Douguine, La Quatrième théorie politique – La Russie et les idées politiques du XXIème siècle, Chapitre 1 – La Quatrième théorie politique, pp. 17-33, Ars Magna Éditions

 

Quoi qu'il en soit, les enjeux philosophiques, et moins directement politiques pour l'instant, sont réels si nous souhaitons incarner une « structure néguentropique dissipative ».

 

Nous revenons ici à quelques fondamentaux de notre exercice métapolitique, et c'est passionnant de découvrir que nos intuitions étaient valides, résistent à l'épreuve du temps. Tant nos critiques sur le « gramscisme de Droite » que notre anticipation du Prométhéisme. Nous sortons enfin des « matérialismes dialectiques » et autres « démonies de l'économie », les historionomies de la « Fin de l'Histoire » qui se revendiquent d'une « neutralité axiologique » mais qui ont objectivement pris la voie occidentaliste.

 

Nous préparons le passé pour accueillir le futur entre deux présents.

 

Nous éviterons de tomber dans le piège dialectique, plutôt grossier, techno-optimisme/techno-pessimisme qui réduirait notre désaccord et exclurait l'idée de « techno-réalisme » ou de « techno-vitalisme ». Les néoréactionnaires ne sont pas spécialement « techno-optimistes » et nous n'aurons pas la vulgarité de les réduire à cette caricature.

 

Pourquoi ouvrons-nous cet essai sur la Néoréaction alors que nous avons entrepris de parler de transhumanisme ?

 

Nous pensons que la Singularité technologique, l'avènement des IAG, et ensuite de la Superintelligence, auront potentiellement et vraisemblablement lieu, dans un futur plus ou moins proche, qui s'approche, et que, par conséquent, nous n'avons d'autre choix que d'appréhender cette révolution anthropologique et ontologique majeure. Nous avons exclu ce doute de l'impossibilité événementielle, arbitraire, de la Singularité, sans quoi il serait impossible de réfléchir à ces questions et de penser la « formation du Futur ». Nous avons choisi d'être enthousiaste, pour le moins de nous ôter ce doute de la tête. Pour nous, La Singularité a même déjà idéellement et imaginalement eu lieu dans le monde des idées...

 

Une réflexion sur le transhumanisme est difficilement séparable d'une réflexion sur la Technique, et par extension, sur l'IA et la Singularité.

 

L'égrégore « IA » est puissant, omniprésent. Il l'est parce que son archétype préexiste dans le monde imaginal des possibilités et de la faisabilité. Et il ne cache rien du « bluff » actuel de cette puissance, il chercherait même à lutter contre ce « bluff ».

 

« IA » ne veut évidemment rien dire mais, une fois que l'on a dit ça, on n'a rien dit de plus. Et, comme la plupart des commentaires sur l'IA consistent précisément et exactement à dire que parler d'IA n'est « rien dire », personne ne dit finalement rien ou pas grand-chose sur l'IA.

 

On ne trouve pas de résolution au problème ou à l'énigme « IA », à l'intrigue de la Singularité, en s'interrogeant sur les conséquences économiques de son développement, ou encore en répondant à des questions de faisabilité en termes de déploiement énergétique (d'ampleur militaire et industrielle), en vulgarisant le fonctionnement technique de l'IA en termes d'apprentissage, en produisant un divertissement avec des titres tapageurs à chaque fois qu'une avancée ou un recul ont lieu dans le monde de la Tech, etc, non. Non, ça ne sont pas ces angles techniques et professionnels de l'IA qui peuvent mettre en perspective l'IA.

 

Tout le monde sait que nous devons aller voir du côté de sa métaphysique, de son ontologie, de sa spiritualité pour ainsi dire.

 

Il est question de « prophétiser la Singularité », non de la commenter, de commenter sa possibilité ou son impossibilité.

 

Nos intuitions respectives sur l'IA seront vérifiées en temps voulu, en temps réel. Ça n'est pas une sorte de concours sur qui aurait raison ou non sur cette potentialité. Sans pouvoir en vérifier la possibilité par son avènement dans la réalité, les conversations sur la faisabilité n'ont strictement aucun sens. Prier une « Sainte Comète » ou parler de l'impact de l'IA sur la création artistique comme seule réponse au sujet n'est pas davantage satisfaisant. Tout cela est intéressant, nous incluons les différents avis à notre pensée mais plutôt que de répéter ces avis positifs ou négatifs, nous essaierons une autre façon d'envisager le problème.

 

Pour le moment, nous devons percevoir jusqu'où nous pouvons aller trop loin dans nos anticipations sur le sujet et les limites qu'il nous impose. Or, il nous impose peu, quasi aucune.

 

Oui, les techno-optimistes bluffent. Cela, nous le savons depuis longtemps. Des auteurs comme Jacques Ellul, Günter Anders ou encore Lewis Mumford ont fait l'article. Les plus optimistes n'ont pas toutes les cartes de la faisabilité technique et énergétique en main. Mais les pessimistes ou fatalistes sur la question pèchent par orgueil. L'orgueil de leur ésotérisme, de leur hermétisme, de leur occultisme qui peinent à suivre le mouvement et à développer une critique à la hauteur de ses ambitions.

 

Les pérennialistes et autres conservateurs n'influencent plus personne, n'inspirent pas les élites ni les avant-gardes. Qu'ils continuent à empiler les constats de faillite. Ça n'est pas les insulter que de constater qu'ils ne font pas œuvre métapolitique sur ces questions. Il n'y a plus rien de mystique qui puisse nourrir l'imaginaire et les rêves, susciter la moindre idée poétique et prophétique dans les sphères conservatrices. Parce que le véritable « occultisme » s'est déplacé, que les véritables prophètes et magiciens de cette fin de cycle sont les « technocrates » et les « chaoticiens » : les « accélérationnistes ».

 

Dans cette configuration, les conservateurs et traditionalistes n'ont plus de prise sur la « formation idéelle et imaginale néguentropique du Futur ». Nous aurons peut-être l'occasion de revenir sur ce point avant la fin de cet essai, d'expliquer pourquoi, sans effort poétique et élan prophétique, ils ne peuvent influencer leur propre avant-garde. Ils ne s'en donnent pas les moyens intellectuels et spirituels d'idéeliser et d'imaginaliser la Singularité. De se projeter dans cette fin de cycle qu'ils ont sans cesse à la bouche et que nous devons recracher.

 

Recracher la « pilule rouge » de tous les complotismes et occulto-socialismes de la Subversion.

 

Qui se cachent parfois où on ne les attend pas. Comme un certain nihilisme, l'huile dans la « machinerie du Doute ».

 

Voilà ce que nous avons dû commencer à démêler, sans quoi il aurait été impossible d'écrire une seule ligne...

 

***

 

Il y aurait sans aucun doute des subtilités à établir entre archéofuturisme, prométhéisme et accélérationnisme, nous nous soumettrons plus tard à cet exercice de distinction généalogique entre ces différents courants « postfuturistes » mais, pour le moment, nous resterons prudemment sur une position généraliste et traiterons spécifiquement du transhumanisme. Lorsque nous parlerons de « métaphysique transhumaniste » dans cet essai nous ne mettrons pas directement en accusation la pensée archéofuturiste, prométhéenne ou néoréactionnaire mais le mouvement transhumaniste dans sa globalité.

 

Les transhumanistes se défendront par l'argument de la diversité au sein de leur mouvement et des éléments marginaux extropiens qui le compose mais, pour comprendre un mouvement, nous devons toujours regarder du côté de ses avant-gardes les plus visionnaires et avancées. Or, ces avant-gardes transhumanistes sont et ont toujours été « extropiennes ». Le transhumanisme est un projet extropien, depuis le début. Nous rejetons donc vivement cet argument, dont nous avons fait la citation au début de cette introduction, par anticipation. De la même manière, nous dirons que les « esprits qui habitent l'Hadès homérique ou virgilien comme « ombre » » sont ce que nous appelons des « résidus psychiques ». Si vous préférez, des « fantômes dans la Machine ». De la science-fiction ? Si vous voulez. Mais ça n'en est pas moins que les perspectives extropiennes et posthumanistes qui sont plus que présentes dans le mouvement transhumaniste quoiqu'il dise de lui-même. Nous en apporterons quelques preuves.

 

Notre critique se veut néanmoins positive et évolutive, si nous changeons d'avis sur certains points, nous n'hésiterons pas à faire amende honorable.

 

Les notes qui constituent cet essai ont été prises entre 2021 et 2024 pour l'essentiel. Les mots en rouge renvoient à des liens hypertextes.

 

Nous tâcherons d'être synthétiques et d'introduire quelques nouveaux éléments conceptuels de langage pour ouvrir une nouvelle « littérature de combat » sur le sujet.

 

Nous espérons que cette tentative d'introduction et d'ouverture ne reste pas « lettre morte » et inspire des échanges cyber-épistolaires dans le futur le plus immédiat possible.

 

Dans cette essai nous développerons également deux idées forces : 1) le k/acc, le katechon accélérationnisme 2) « Spiritualiser la Machine », réduite à sa plus simple expression, cette idée nue serait de doter l'IA d'un esprit ; lui offrir ce que nous avons de plus précieux : l'Intuition. Inscrire dans la Machine l'idée que la « Métaphysique » est à la double origine de la réflexion philosophique et de la méthode scientifique. Que l'on ne peut ni penser le monde ni être au monde sans prendre en considération la plus grande question ontologique : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »

 

Ooon le veut !

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