Extrait de notre essai De l'Intuition - « Intuition et Intelligence du Cœur » (13/09/2026)

© Francesca Woodman
Chapitre 5
Intuition et Intelligence du Cœur
à Audrey,
« J'ai oublié d'éteindre la lampe du jour avant de dormir. Le soleil brille. Il fait nuit. »
Spontanée. Innocente. Curieuse. Souriante. Naïve. L'intuition est enthousiaste. Toujours prête.
Enfance du génie qui joue avec les nombres et les lettres de Feu dans les jardins suspendus du souvenir et de l'oubli ; joyeuse mélancolie qui combat l'habitude et l'ennui aux côtés franc-battants de notre émerveillement pour tout réenchanter. Lumineuse régente du Royaume intérieur où grandit le petit prince.
Soleil intérieur ; occultement intérieur.
Troisième œil.
Seul œil qui perçoit et révèle la beauté de tout ce que l'instant présent vient de perdre.
La plus haute « intelligence du cœur » est l'aptitude à respecter et craindre l'intuition ; à l'aimer pour ce qu'elle est et non pour ce qu'on voudrait qu'elle soit.
Pour vivre heureuse, l'intuition vit cachée, recluse, abandonnée de tous. Loin des jouisseurs qui prétendent l'avoir vue, connue, reçue, touchée.
L'ingratitude envers les grâces qu'elle nous accorde est le plus grand péché des hommes. Commerce rentable de leurs doutes méticuleux contre les miracles de l'intuition. Ces faussaires bricolent et fabriquent des faux en intuition dans les sous-sols de la frustration. Labyrinthe de bonnes intentions et de mauvaise foi à perte de vue...
L'intention lorgne envieusement sur les beautés cachées de l'intuition ; lui prête l'intention de s'exposer ostensiblement aux regards indiscrets tandis que c'est elle qui viole son intimité et incite les badauds à l'épier ; inconsciente qu'on l'observe.
Exhiber son intuition c'est la mettre à nu à la vue de tous sans son consentement ; mais son « corps de gloire » ne plie ni ne se rompt. Alors nous exposons nos clichés volés et proposons nos contrefaçons aux enchères pour trois fois rien. Nous maquillons nos délires en chair négociable, marchandons nos faux sur les étals illuminés pour quelques piécettes. Nous déguisons nos intentions en intuition pour les prostituer, les vendre au plus offrant.
Il y a suffisamment de spectres à une jambe pour en faire des lampadaires et de chiens pour pisser dessus, de perversités à mettre au tapin sur les trottoirs de la quête spirituelle et de puceaux pour se vider dedans. Les faussaires et proxénètes de l'intuition sont les grands faiseurs d'illusions de notre monde. Si son corps reste incorruptible pour l'éternité, nous salissons à tout jamais son nom.
***
L'embrasement cardiaque qui couronne notre avancement ; nos avances fidèles et amoureuses, vers l'intuition, d'un succès enflammé dans la victoire comme dans la défaite, est le secret des plus intimes, des plus sacrés.
Un « secret » qui préexiste aux « origines du mal ». Trahir ce secret est un suicide de l'esprit.
Il peut exister une certaine beauté, lucide, une esthétique éclairée du suicide physique qui devient sacrifice spirituel... mais ne trahissez jamais le secret de votre relation intime et sacrée à l'intuition que dans la perspective de mener la plus grande guerre spirituelle ; sous l'ultime prétexte de l'unique et absolue « dernière preuve d'amour » avant la mort, sinon...
Partager son intuition pour faire valoir la légitimité spirituelle de nos « bonnes intentions » pour les élever au rang d'argument d'autorité, c'est offrir son épouse à l'impuissante partouze des peines-à-jouir de la postmodernité !
Ne trahissez pas le pacte amoureux qui vous lie à votre intuition à son corps défendant où elle s'envolera par la fenêtre ; disparaîtra de vos rêves et de vos songes qui ne seront plus que morne plaine habitée de monstres borgnes et fantômes amputés.
L'échec sera cuisant. Vous brûlerez dans cet enfer pavé de bonnes intentions.
Vous contemplez là une antique inspiration, une nature parfaite.
L'intuition est une muse capricieuse et ensorceleuse ; mélusinienne et morganienne.
Prenez garde de ne pas céder aux rumeurs et regarder ce qu'il se passe par le trou noir de la serrure...
Nous autres, coeurs sauvages et farouches de l'Empire de la Fin, n'inventons rien que l'intuition ne nous souffle à l'oreille ; nous autorise et nous ordonne à dire d'elle.
***
Puisque nous parlons d' « intelligence du cœur », nous sommes conviés à reparler d'amour et, forcément, de rencontre.
Sachez qu'il n'existe aucune différence entre « amour spirituel » et « amour charnel ». La seule petite différence qui pourrait résister ne réside que dans la forme que cet « amour » prend dans le visible et l'invisible de la rencontre ; son endroit et son envers, mais, fondamentalement, c'est une seule et même « chose » : un seul et même amour.
L'analogie de l'un pour parler de l'autre ou de l'autre pour parler de l'un n'a rien de métaphorique ou de parabolique.
L'inconditionnalité de l'amour n'est précisément autre que l'alignement parfait de ces deux formes d'amour qui sont un seul, unique et absolu amour, qui sauve, s'offre à la rédemption par la voie du pardon.
L'intuition n'a de cesse de relier ces différentes formes d'amour pour n'en faire qu'un seul. Elle produit des efforts insensés pour accomplir ce miracle. C'est presque là sa fonction première.
L'intuition n'a de religion que l'Amour.
De l'amour grivoisement fidèle et fidèlement grivois aux grâces spirituelles et charnelles de Notre-Dame.
L' « intelligence du cœur » est Honneur et Fidélité à la Dame Céleste, Belle Endormie, Reine Blanche et Rouge, Vierge Noire, Fée Bleue et Verte... Terrible et Glaciale Beauté !... chaude comme la Lune ronde et pleine.
C'est à cause des puritains que les mystiques ont sagement opéré cette distinction : pour éviter de se faire trancher la tête. Non à cause d'une quelconque « confusion métaphysique ».
Il faudra, à ce propos, que nous vous parlions ailleurs des subtilités de la jalousie amoureuse – d'une « certaine jalousie amoureuse » – et des complices beautés de cette « jalousie sacrée ».
La « jalousie du Secret », ou « pour le Secret ». Un « secret » qui surgit, comme une étincelle, de notre coeur anthracite tel du charbon. Qui se faufile entre les lignes du grand livre de Feu comme une petite salamandre. 37,5° à minuit. De ce qui sépare les fidèles d'amour du « commun des mortels » – qui n'ont que haine pour le Secret et qu'amour pour la transparence. Du parcours initiatique, intime et intimidant, qui mène à certaines révélations poétiques et prophétiques de ce « connais-toi toi-même » anagogique et sotériologique. Initiation qui commence par la relation spirituelle et charnelle à l'autre, à l'alter ego, à l'âme sœur, à l'ange gardien, à l'androgyne primordial... jusqu'à revenir à l'Un.
La rupture de ce lien cosmique entre la créature et son créateur ; ses déclinaisons et sa répétition, ne s'expriment alors, ici-bas, que par le « chagrin d'amour » ; qui fait intégralement partie de cette « initiation ».
La séparation dévoile un niveau de lecture mortel dans les pages brûlées de notre parchemin intérieur que nous ne pourrions appréhender sans avoir perdu l'être aimé.
Méfiez-vous de ceux qui vous délivrent des techniques et pratiques magiques de « développement personnel » qu'ils vendent pour « développement spirituel », liées à cette drôle d'intention de « se connaître soi-même » par soi-même, sans jamais vous parler d'amour et d'altérité dans la quête spirituelle. Qui vivent séparément quête spirituelle et amoureuse.
Mais c'est une seule et même quête...
Je vais ici et maintenant vous confier quelque chose de la plus grande importance, c'est par ailleurs le seul conseil que je me permettrai de vous prodiguer :
il vaut mieux échouer sa quête spirituelle « individuelle » et « personnelle » d'illumination, la sacrifier à l' « amour charnel » et à l' « immortalité » par la procréation que de « se connaître soi-même » mal à moitié sans jamais donner la vie et, finalement, sans jamais atteindre les sommets de la méditation. Trop que pour être heureux, pas suffisamment que pour s'épanouir. Cet « entre-deux » est un enfer pour votre corps, votre âme et votre esprit.
L'expérience de votre existence vivante dans la matière est un miracle. Ce « miracle » que vous cherchez partout : c'est celui-ci. Et le destin c'est la rencontre. Alors, au moment de la mort, ce que vous avez sacrifié à la vie et à l'amour se fait graine et germe de sa putréfaction. Vous réalisez votre grande œuvre par ce sacrifice, ce renoncement. C'est ce que la Mort nous laisse entendre lorsqu'elle ne rôde pas loin de nous avec sa suite d'ombres et de ténèbres qui nous entoure... nous veulent-elles tant de mal que cela lorsqu'elles nous attirent vers les « pièges de la Nature » ?
Ce qu'ils appellent « se connaître soi-même » se résume à savoir ce qu'ils aiment ou n'aiment pas, à connaître vaguement leurs qualités et leurs défauts, tout ce qui est plus ou moins en rapport avec leurs préférences, leurs opinions, leurs croyances : ce qu'ils pensent savoir d'une manière générale. Au mieux un portrait chinois ou un questionnaire de Proust.
Se « connaître soi-même » c'est d'abord se reconnaître dans le reflet de ce regard altier au moment de la rencontre. C'est vivre consciemment et consciencieusement son expérience « amoureuse » dans la matière, d'apercevoir la lumière cachée derrière l' « absence de Dieu ». Ce grand mystère qu'est le vivant ne se réalise que dans l'imprévu de la mort – qui donne la vie. L'illumination est éclipse totale, nuit noire, minuit cosmique... et nous pouvons l'atteindre par cette voie de la Simplicité.
L'intuition ne connaît pas les distinctions intellectuelles entre exotérisme et ésotérisme, monothéisme et polythéisme, christianisme et paganisme... toutes ces séparations d'un même Amour. De la même manière qu'elle ne connaît ni préférences, ni opinions, ni croyances. Elle ne pense, ne sait et ne connaît rien que sa vérité. Elle se connaît elle-même... elle qui se sacrifie et meurt à chaque fois qu'elle se fait connaître à notre conscience. Et elle ne le fait que pour renaître, perpétuer la vie par le recommencement de son existence par-delà le bien et le mal.
* * *
Nous percevons, l'espace d'un instant, par la grâce que l'intuition nous confère, lors de la rencontre, la part de rêve ; et celle des anges, dont nous partageons avec l'être aimé et aimant le divin effluve. Ce rêve d'infini et d'éternité de l'amour que la réalité piétinera sans pitié à la première trahison et au moindre doute envers l'intuition.
« Espace d'un instant » qui n'est, nous le rappelons, ni le présent ni la réalité mais une « projection idéelle et imaginale rétroactive et anticipative » de ce qu'ils sont simultanément et synchroniquement dans l'infiniment petit du rêve où les grandes aventures de l'existence s'organisent avant de ressurgir dans l'infiniment grand de la réalité ; où ils pourrissent dans ce feu noir et humide du scepticisme. Où elles se réalisent et réussissent ou échouent. Et ces « grandes aventures amoureuses de l'existence » échouent fatalement et mortellement à la moindre hésitation ; ne laissent aucune place au doute. L'hésitation est un début de trahison que l'intuition voit venir de loin...
Aimer c'est prévoir.
Que pouvons-nous donc faire d'autre que de contempler les splendeurs de l'intuition livrées à nos ferventes aspirations et pieuses inspirations !?
Quoi d'autre peut entretenir la foi, notre feu intérieur, que la chaleur d'un foyer et qu'un enfant aux grands yeux qui traîne dans les jupes de sa mère au regard de braise ?
Nous n'y pensons ni n'avons besoin d'y réfléchir que de vivre sa passion ; de mère en fille et de père en fils. De la vivre par l'expérience de la chair. De l'amour plein les yeux. L'aveuglante intensité dont l'intuition nous a chargés, jusqu'à « la fin de la Mort » qui vient éclairer le sens de la vie !
Nous ne pouvons vivre cette aventure risquée de l'existence qu'à travers la rencontre de deux êtres ayant partagé une même intuition à l'instant critique de la rencontre et un même rêve lors de leur première nuit pour « se connaître soi-même » ensemble et, ensemble, « devenir immortels » !
Nous ne devenons pas seul immortel.
Pour 99,9% d'entre nous, l' « immortalité » ne s'acquiert que dans l'intuition de la rencontre amoureuse et ensuite... d'un enfant qui saute sur nos genoux.
Rien d'autre.
* * *
L'intuition a ses entrées au Paradis comme aux enfers. Elle entre, elle sort, personne ne la remarque, n'en soupçonne la présence. Anges et démons zélés sont aveuglés par sa lumière dont nous ne percevons que l'ombre projetée sur la toile de nos rêves comme une énigme à résoudre...
Religieuse, elle n'a pas de religion. Spirituelle, elle ne supporte aucune spiritualité. Sage, elle n'enseigne aucune sagesse ni philosophie.
Qui est-elle ?
Aucune « spiritualité » ou « magie » ne peut contenir la violence de sa sagesse primordiale, sacrée, transgressive, amorale, qui ne demande aucune technique, aucune pratique, aucune initiation, aucune méditation : aucune forme particulière de maîtrise spirituelle pour être comprise. Même pas l'ombre d'une prière... à peine le début d'une confession.
Autant demander à « Dieu » quelle est sa religion ?!... et si vous saisissez l'incongruité de cette question vous entreverrez le complexe qui se cache derrière l'idée d'intention.
L'intuition est cruelle. C'est bien là sa seule vertu...
Et il a bien fallu lui donner un nom.
Mais ni le bien ni son absence ne peuvent qualifier et justifier la religion et la moralité, la philosophie et l'éthique, la spiritualité et la sagesse de l'Intuition.
Elle n'est que rêve, poésie et prophétie : sans foi, sans règle, sans loi.
Elle figure l'imagination et préfigure la création de « Dieu ».
Elle fait rougir l'origine du Monde !
***
L'intuition comme « intelligence du cœur » et « troisième et seul œil » est, en dernière instance, à son niveau le plus haut et intense d'immédiateté, la grâce particulière de ressentir des ambiances et établir la topographie métaphysique d'un lieu – en tant qu'il est l'endroit d'un envers paradisiaque ou infernal –, à transpercer la psychologie humaine, d'un groupe ou d'un individu, à visiter l'intériorité d'un objet ou d'un être, à voyager au centre de la Terre tout en restant immobile, et, finalement, à « s'interdire une rencontre » – plutôt que de prédire d'une issue néfaste ou favorable de l'hypothétique relation à venir.
L'intuition : c'est ce qui ne pose pas la question de l'intuition.
Ce qui ne s'est pas dit ; et n'en a pas besoin.
Ce qui nous a fait éviter le doute ; tous les cortèges et bals masqués qu'organisent de grandes fêtes les hésitations et leurs visages effrayants.
Ce qui nous a sauvé sans que nous nous en rendions compte.
Tout ce qui se « devine » ou procède d'une intention – que celle-ci soit bonne ou mauvaise ; selon des critères qu'il resterait à définir – n'est pas de l'intuition ni ne peut provenir d'Elle !
Non, l'intuition ne joue pas aux devinettes, ni ne prêche le faux pour savoir le vrai.
L'intuition est un droit de regard, conscient, sur l'autre monde de la « seconde vie ». Avec le risque de se perdre dans ces mondes idéels et imaginaux de la rêverie ou du songe superposés à la réalité.
Certes la folie nous guette, elle accompagne l'intuition. Et si nous prétendons voir des signes partout, l'intuition l'autorise à nous donner un avant-goût de ce qui nous attend si nous insistons dans cette voie qui prétend que « Quand on veut une chose, tout l'Univers conspire à nous permettre de réaliser notre rêve » (cf. Coelho). Ce qui est une des phrases des plus stupides et dangereuses jamais écrites dans un Best Seller.
***
L'intuition, c'est pénétrer l'outre-monde, sans s'y attarder.
L'intuition est un lieu dans lequel on ne s'attarde pas. Où il ne vaut mieux pas trop s'attarder.
Faut-il être prêt à affronter nos propres erreurs et fautes pour obtenir la permission de la regarder droit dans les yeux et enfin regarder nos mensonges à nous-mêmes droit dans le Soleil ?
Car c'est ce que nous allons trouver en cherchant dans ce monde-là, à comprendre son absence et son silence, la violence du refus et rejet du plus grand Pardon, de sa vengeance et de la souffrance inutile qu'elle nous inflige : nous ne pourrons en revenir indemnes.
Cette compréhension ne règle pas le problème : elle l'aggrave.
L'intuition nous met en face de nous-mêmes et de nos mensonges, par rétroaction et anticipation.
Qui ne se connaît lui-même, n'a pas encore pris conscience de lui-même, l'intuition ne lui sert à rien qu'à s'enorgueillir d'ignorance et de se nourrir de ses propres mensonges.
L'intuition n'a pas d'intention positive ni négative. Elle n'a aucune intention. Elle ne fabrique pas de signes. Elle ne signe aucune conspiration en notre faveur. Elle est pure information.
Et, en matière de rencontre, il n'existe aucune « loi de l'attraction » régie par l'intuition. Elle ne remplit pas un job d'été dans un parc d'attraction pour que nous jouissions des montagnes russes sensationnelles et autres ascenseurs émotionnels dont nous aimons tant les descentes sans efforts.
Nous dirions même que l'intuition se méfie des législations actuelles de l'attirance et des termes de la synchronicité. Qu'elle les combat fermement.
La « méthode Coué » enseignée par tous les « développements personnels » de la Subversion – et l'incitation à la « programmation neurolinguistique » pour favoriser positivement et magiquement nos relations humaines et interactions sociales –, et particulièrement lorsqu'il s'agit des rapports homme/femme, est cette illusion new age de la « Synchronicité » qui tue toute espèce d'instinct et d'intuition, que nous vivons dans notre chair, bien supérieurs à toutes sagesses ou spiritualités où l'homme devient son propre centre, bourré de « bonnes intentions ». Alors il se regarde le nombril, mais ce n'est pas lui qu'il observe, qu'il scrute... c'est « autre chose » dont il serait effrayé d'en connaître la profondeur et l'obscurité.
Les supports auguraux qui devinent nos pseudo-intuitions dans les marcs de café de la postmodernité sont souvent de mauvais augures, de très mauvais augures.
Intuition et involution sont forcément et « magnétiquement » liées par la vérité toute simple que l'on ne conjure pas le « mauvais sort » par un quelconque optimisme ou sentimentalisme à ras-des-pâquerettes, par un quelconque vouloir-guérir magique et individuel qui pourrait, éventuellement, sur un « mal entendu », s'opérer dans un temps plus ou moins long vers un progrès comme la maladie progresse. Surtout en notre temps qualifié, caractérisé par l'accélération du Temps vers la Fin, et la phase terminale de la solidification du Vivant vers la posthumanité atrophiée.
De quel ésotérisme, de quel hermétisme et de quel occultisme la pratique sociale et sportive de la spiritualité est-elle le nom ?
Au diable vos gymnastiques de l'esprit qui ne riment à rien et ne produisent aucune sorte, aucun genre, aucune forme de la Beauté !
Oui, parce que lorsque nous parlons d'ésotérisme : de quel « ésotérisme » parle-t-on ?
De cet « ésotérisme » fortuit, contingent, qui à peine laisse s'échapper un petit bout de beauté, par inadvertance, vient la reprendre, la remettre au cachot, d'abord par le comique et l'humour, vers toujours plus de dérision, et trouve cela marrant, à se taper le cul par terre ?
C'est donc ça votre expression la plus concrète de l'ésotérisme agité par moultes théories et spéculations aussi vides que le regard d'un poisson mort et qu'un rire de hyène ?
***
L'intuition est intimement liée aux idées d'imagination et de création – et « Dieu » sait l'importance de l'imagination et de la créativité pour se « renouveler en amour » et le recommencer après la plus grande tragédie de la Fin par le Pardon.
Vous pouvez vous rouler par terre et vous tordre dans tous les sens : elle ne sera jamais liée aux idées de « réflexion » et de « méditation » qui supposent davantage une forme impure d'intention qu'une forme parfaite d'intuition dans la prétention à l' « illumination ».
***
L'intuition est subtile, éthérée, volatile. Chaque fois que nous essayons d'en saisir l'essence, elle nous échappe.
Et, l'intuition, si elle rêve, imagine et crée des possibilités idéelles et potentialités idéales en leurs nuances et subtilités, ses caresses, les écorchures et morsures de l'aube qu'elle laisse sur votre peau, ses ongles félins profondément enfoncés dans votre âme, la violence de son désir, de votre désir qu'elle vous rend à coups de griffes, vous fait comprendre que, pour aimer l'intuition, il faut aimer sa violence créatrice et l'aimer violemment en retour.
L'intuition est douleur.
Une « douleur » intolérable. La sagesse est d'accepter cette douleur que nous inflige l'intuition. Et la sagesse n'est finalement et fatalement que cela : l'acceptation.
L'intuition est une créature sauvage, indomptable, vous ne pouvez pas l'apprivoiser ni maîtriser sa violence. Son secret est inviolable. Elle est vierge des espoirs et désespoirs des hommes, des magies humaines, les millénaires l'ont laissée intacte de toutes leurs pénétrations. Elle est la dernière frontière de l'âme contre les invasions de la maîtrise. De la « maîtrise technique » des émotions et des affections. Vierge en arme que la science profane et pseudo-magique ; et que leurs instruments les plus pointus ne peuvent percer. Que leurs rasoirs technico-pratiques ne peuvent couper ni faire saigner... ou qu'ils nous en fassent la démonstration... nous ne demandons qu'à voir mais leur déconseillons vivement de verser ne serait-ce qu'une seule goutte de sang de l'intuition pour l'analyser.
L'intuition, c'est Cassandre...
Vous êtes prévenus.
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