De la violence monothéiste (de Jean Soler) (23/12/2014)

 

« La coexistence des deux commandements se fait jour dés la scène où Moïse transmet au peuple, pour la première fois, l'interdit de tuer. Il vient de descendre de la montagne où il a passé quarante jours en tête à tête avec Iahvé. Le dieu des Hébreux a écrit « de son doigt » sur deux tablettes de pierre dix prescriptions qui doivent assurer l'unité de la communauté et la solidarité de ses membres , en prohibant entre eux, tout spécialement, le vol et le meurtre. Iahvé a confié ces tablettes à Moïse, qui les porte dans ses bras lorsqu'il retrouve le peuple, au pied de la montagne. Scandalisé en voyant que pendant son absence les hommes ont façonné une sculpture animale pour l'adorer, Moïse fait détruire l'idole et, peu de temps après, il s'écrie : « Ceux qui sont pour Iahvé, à moi ! » et vers lui se assemblèrent tous les fils de Lévi. Il leur dit : « Ainsi a parlé Iahvé, le dieu d'Israël : Mettez chacun l'épée au côté. Passez et repassez de porte en porte dans le camp, tuez, qui son frère, qui son ami, qui son proche ! » Les fils de Lévi agirent selon la parole de Moïse et il tomba du peuple, en ce jour, environ trois mille hommes. (Exode 32, 26-28).

 

C'est au nom du dieu national et, plus précisément, sur son ordre (« Ainsi a parlé Iavhé, le dieu d'Israël ») - ce dieu qui vient de graver de sa propre main sur la pierre (Moïse ne peut l'ignorer, c'est lui qui portait les tablettes) l'interdit de tuer -, que le prophète fait mettre à mort un grand nombre de ses compatriotes. Sauf imaginer que Moïse a enfreint délibérément la volonté de son dieu, il faut en conclure que les deux ordres ne sont pas exclusifs l'un de l'autre.

 

De fait dans de nombreuses circonstances, Iavhé enjoint de tuer plutôt que de corriger ou de punir sans donner la mort. » Jean Soler, Qui est Dieu ?, I. La violence dans le monde hébraïque, L'interdit de tuer et l'ordre de mettre à mort dans le récit du Veau d'or, pp. 82-83, Éditions de Fallois (Paris)

 

 

« Le Livre des Morts égyptien (dont les manuscrits furent trouvés dans les tombes des rois de 2600 av. J.-C., plus de deux mille ans avant que la « Loi » judaïque ne soit achevée) contient ce passage : « Tu es l'unique, le Dieu des tout premiers commencements du temps, l'héritier de l'immortalité, par toi seul engendré, tu t'es toi-même donné naissance ; tu a créé la terre et a fait l'homme. » Inversement, les Écritures produites dans la Juda des Lévites demandent, « Qui est comparable à toi, Ô Seigneur, parmi les Dieux ? » (l'Exode).

 

La secte qui rejoignit et mata la tribu de Juda prit ce concept émergent d'un Dieu unique de tous les peuples et l'inclut dans ses Écritures uniquement pour le détruire et pour dresser la doctrine basée sur sa négation.

 

Ce concept est nié subtilement, mais avec mépris, et comme la doctrine est basée sur la théorie de la race supérieure, cette négation est nécessaire et inévitable. Une race supérieure, s'il doit y en avoir une, doit elle-même être Dieu. La doctrine qui avait acquis la force de la justice en vigueur en Juda en 458 av. J.-C. était alors et est toujours unique au monde. Elle reposait sur l'assertion, attribuée à la divinité tribale (Jéhovah), que « les Israélites » (en fait, les Judaïtes) étaient son « peuple élu » qui, s'il accomplissait toutes ses « lois et jugements » serait placé au dessus de tous les autres peuples et établi sur une « Terre promise ». De cette théorie, que ce soit par anticipation ou nécessité imprévue, naquirent les théories pendantes de la « captivité » et de la « destruction ».

 

Si Jéhovah devait être adoré, comme il le demandait, dans un certain lieu, sur une terre précise, tous ses adorateurs devaient vivre là-bas.

 

À l'évidence, tous ne pouvaient vivre là-bas, mais s'ils vivaient ailleurs, que ce soit contraints ou par leur propre choix, il devenaient automatiquement « captifs » de « l'étranger » qu'il devaient « chasser » « terrasser » et « détruire ».

 

Étant donné ce principe de base de la doctrine, cela ne faisait aucune différence que les « géôliers » soient des conquérants ou des hôtes accueillants ; leur destinée décrétée devait être la destruction ou l'esclavage.

 

Avant qu'ils soient détruits et réduits en esclavage, ils devaient être pendant un temps les « géôliers » des Judaïtes, pas de leur propre fait, mais parce que les Judaïtes, ayant échoué à « l'observance » méritaient d'être punis.

 

De cette manière-là, Jéhovah se révélait comme le Dieu unique de tous les peuples : même s'il ne « connaissait » que le « peuple élu », il utilisait les païens pour les punir de leurs « transgressions » avant d'« infliger » la destruction précédemment décrétée de ces païens. » Douglas Reed, La controverse de Sion

 

Petit essai critique sans prétention. Réflexion à la marge et sans doute peu enrichissante aux vues de l'essentiel du propos de haute tenue de Jean Soler dont nous ne connaissons que très partiellement les travaux, qui doivent être au delà de ce que nous pourrions répondre sur l'ensemble de ceux-ci, mais nous essayerons tout de même de nuancer certains points essentiels, surtout dans la méthode que nous découvrons.



Il est vrai que nos positions de départ semblent inconciliables. En effet, Jean Soler est parfaitement athée et ne semble reconnaître aucune Tradition. Nous voyons par delà cette différence de paradigme et d'univers mental une « critique du judaïsme » qui rejoint la nôtre et ce sentiment profond de l'incompréhension du monothéisme que nous percevons autant chez les dits « athées » que chez les dits « croyants » totalement déconnectés des incontestables idées de Tradition primordiale et de Langue « indo-européenne », d'une longue chaîne transmission de concepts linguistiques et symboles spirituels que l'on retrouve chez différents peuples et dans leurs religions respectives : le plus simplement du monde, traversé par le temps.



Les guerres et la paix, les constructions historiques et les récits nationaux, les moments qualifiés et mutations cycliques, gardent intacte l'Unité du Mystère que nous pouvons percevoir malgré les vicissitudes de l'Histoire et le genre de la confusion à travers les siècles. Les différentes manifestations « suprarationnelles » de l'Esprit ; qu'exprime l'idée de Tradition primordiale, à travers les différentes religions et traditions exotériques et ésotériques, les castes et les hommes qui les portent jouant leur rôle, ne sont pas des « croyances ».



Ainsi, et pour prendre un exemple, dans la tradition islamique, on parle de Hérauts, assimilables à des Géants, pouvant être perçus comme des dieux vivants pour les hommes, on parle aussi de Djinns, d'Anges. Il n'y a, dans aucunes traditions que des dieux et des hommes, qu'un « Dieu » et les hommes.

 

« Pour Aristote, la physique n'était que «seconde » par rapport à la métaphysique, c'est-à-dire qu'elle en était dépendante, qu'elle n'était au fond qu'une application, au domaine de la nature, des principes supérieurs à la nature et qui se reflètent dans ses lois ; et l'on peut en dire autant de la « cosmologie » du moyen âge. La conception moderne, au contraire, prétend rendre les sciences indépendantes, en niant tout ce qui les dépasse, ou tout au moins en le déclarant « inconnaissable » et en refusant d'en tenir compte, ce qui revient encore à le nier pratiquement; cette négation existait en fait bien longtemps avant qu'on ait songé à l'ériger en théorie systématique sous des noms tels que ceux de « positivisme » et d' « agnosticisme », car on peut dire qu'elle est véritablement au point de départ de toute la science moderne. Seulement, ce n'est guère qu'au XIXe siècle qu'on a vu des hommes se faire gloire de leur ignorance, car se proclamer « agnostique » n'est point autre chose que cela, et prétendre interdire à tous la connaissance de ce qu'ils ignoraient eux-mêmes ; et cela marquait une étape de plus dans la déchéance intellectuelle de l'Occident. En voulant séparer radicalement les sciences de tout principe supérieur sous prétexte d'assurer leur indépendance, la conception moderne leur enlève toute signification profonde et même tout intérêt véritable au point de vue de la connaissance, et elle ne peut aboutir qu'à une impasse, puisqu'elle les enferme dans un domaine irrémédiablement borné. » René Guénon, La crise du monde moderne

 

Ce que Jean Soler nomme avec insistance monolâterie, est traditionnellement et précisément appelé hénothéisme.

 

Le monolâtrisme étant un cas particulier de l'hénothéisme.

 

L'hénothéisme abrahamique, hébraïque et judaïque – et sa dérive monolâtrique israélite et « talmudique » –, comme une douce transition du polythéisme vers le monothéisme dans la transmission de la Tradition ? Rien n'est moins sûr.

 

Si Jean Soler utilise précisément, et avec insistance, le terme de monolâterie, quand il faudrait parler d’hénothéisme, selon la définition qu'il en donne lui même – nous pouvons dire que le monolâtrisme est une forme d'hénothéisme mais pas que l'hénothéisme est une forme de monolâtrisme, c'est parce que son approche est « religieusement laïque » ou « religieusement athée » et combat intrinsèquement l'idée de Tradition – autant « exotérique » qu' « ésotérique » –, ce qui pourrait laisser à supposer que cette « erreur fondamentale » est volontaire...



La distinction entre hénothéisme et monolâtriecomme sa conception du polythéisme et du monothéisme – permet des nuances que son postulat de départ ne permet pas.



Le cadre est universitaire dans lequel Jean Soler s'inscrit est effacé au profit de son engagement intellectuel, philosophique, et finalement politique.



Son exposé est pertinent, mais ne décrit pas ce qu'il prétend cibler. Nous pourrions dire que Jean Soler se prive de certains outils par idéologie, d'une compréhension plus large sur un sujet qui a tout à voir avec la Tradition, et donc certains outils conceptuels qui lui appartiennent, qui ne sont pas une question d'adhésion ou de rejet, mais de données primordiales qu'il est nécessaire d'appréhender pour le travail entreprit par Jean Soler.



En se refusant ces données essentielles, par dogmatisme athée et/ou idéologie laïque, Jean Soler s'interdit ce « juste milieu grec » – par définition « aristo-platonicien » – dont il se revendique, qu'il définit d'ailleurs excellemment mais qu'il n'applique pas à ses propres sujets d'études et de recherche.

 

La définition que Jean Soler donne de monolâterievers les 6 min. dans la vidéo que nous vous proposons à défaut que pouvez avoir son livre en main – n'est donc pas, de notre humble point de vue, suffisamment précise pour le niveau d'analyse qu'il pratique. Premièrement, il n'évoque pas la particularité du monolâtrisme – le monolâtrisme reconnaît mais exclu/interdit la vénération des autres dieux que le dieu choisit. Nous insistons, il nous donne plutôt la définition d’hénothéisme – celle du culte préférentiel mais qui n'interdit pas les autres vénérations. Jean Soler veut nous vendre un concept, ce qui est le propre d'un idéologue mais il devrait pour poursuivre la cohérence de ses travaux utiliser davantage le terme hénotéisme que celui monolâterie – qui est justement la dérive « israëlite » du « judaïsme ». Il nous dit en page 60 de Qui est Dieu ? à l'entrée Monolâtrie et monothéisme :



« (...) Iahvé n'est pas Dieu. On continue à confondre le Dieu des Hébreux et le Dieu unique des trois religions monothéistes. Iavhé n'est qu'ne divinité parmi d'autre. Ceux qui l'adorent ne doutent pas qu'il existe d'autres dieux. Mais ils ont choisit celui-là pour être leur dieu. Ils racontent que leurs ancêtres, depuis Abraham, ont fait alliance avec lui, et que cet accord a été renouvelé du temps de Moïse le prophète qui a rendu leur liberté aux tribus hébraïques exilées en Égypte et réduite en esclavage, pour les constituer en nation, la nation « israélite » (terme dans la Bible qui désigne les descendants de Jacob, surnommé « Israël »). Aux termes de l' « alliance », si le peuple vénère ce dieu au-dessus des autres dieux, le dieu le placera au-dessus des autres peuples. Il s'agit d'un accord strictement ethnique. Et il n'est pas propre aux Hébreux. Les recueils d’inscriptions mises au jour par les archéologues dans le Proche et au Moyen-Orient, datant de l'époque supposée de Moïse et même bien avant, prouvent que ce type de religion était très courant. Les Assyriens, par exemple, étaient le « peuple d'Assur » ; les Babyloniens, le «  peuple de Marduk ». De la même manière, les Hébreux étaient connus des autres peuples et ils se désignaient eux-mêmes comme le « peuple de Iahvé » ? Le dieu confère au peuple son identité. Et, naturellement, chaque peuple est porté à croire que son dieu est plus puissants que les autres ; qu'il aidera à l'emporter sur ses rivaux et ses ennemis.

 

Cette modalité du polythéisme, nous l’appelons « monolâtrie » : le culte rendu à un dieu de préférence aux autres, sans que ne soit niée l'existence des autres dieux. Et il importe de distinguer la monolâtrie du monothéisme (comme il aurait été sans doute éclairé de distinguer monolâtrie d'hénothéisme, ndlr) proprement dit, qui en est la conviction, érigée en dogme, qu'il n'existe et ne peut exister qu'un seul Dieu.

 

La monolâtrie s’accommode du rôle que peuvent jouer d'autres dieux, non seulement chez d'autres peuples mais dans le sien propre pourvu que ce soit un rôle secondaire par rapport à celui qui est dévolu au dieu national. Les inscriptions et les vestiges archéologiques prouvent que Marduk, Assur et les divers dieux tutélaires de la Mésopotamie ou de la Syrie, avaient auprès d'eux d'autres divinités, de l'un et de l'autre sexe, qui recevaient elles aussi, un culte. Il n'en allait pas autrement chez les Hébreux. Leurs récits, confrontés aux données archéologiques et épigraphiques, attestent qu'au Vème siècle encore le peuple vénérait, à côté de Iahvén d'autres dieux et d'autres déesses... »

 

Sa confusion de monolâtrie et d'hénothéisme ne lui permet pas de distinguer Abraham de Moïse.

 

Nous pourrions penser qu'Abraham, figure de la cosmogonie sumérienne et à l'initiation ésotérique Kémite – egypto-nubienne –, représente la mutation de l’hénothéisme en monothéisme accomplit du retour à la Religion originelle, une rupture d'où émergerait le concept de Dieu unique, de « Dieu » : il brise les idoles de son père.



Nous pensons cela, si nous pensons avec les critères modernes et si nous confondons idoles – représentations et cultes de dieux circonstanciels, de Djinns, de Démons : de dieux secondaires – et représentations de dieux locaux, dieux mythiques, des multiples facettes du Dieu unique ou encore des Anges, des prophètes et des saints.



Lidolâtrie à idoles multiples étant, en quelque sorte, un monolâtrisme multiple, un polythéisme qui n'est pas justifiable par la Tradition tetraktys pythagoricienne et système trinitaire –, voire en est une inversion : un « mauvais polythéisme » qui ne peut être assimilé à ce nous appelons paganisme – ou néo-paganisme – dans l'ère postmoderne, et ses néologismes déviés.



Il n'est pas inutile de le rappeler, ainsi qu'il n'est pas inutile de rappeler que de nombreux « isme » plus ou moins idéologique ayant entraîner des distinctions qui n'en sont pas n'existent pas avant la mortifère Renaissance.

 

Abraham incarne un certain hénothéisme – mais, là encore, c'est une classification moderne –, il s'oppose au monolâtrisme – qui, nous pensons, est d'avantage mosaïque (de Moïse) – sans avoir réellement la volonté de le détruire totalement ainsi qu'il s'en prend aux dérives païennes par la Tradition et non pas par le monothéisme. Abraham ne devait pas confondre l'idée de « Dieu » et les « différents attributs du Dieu supérieur » dont on ne parle pas, avec les dieux de sa cosmogonie naturelle : sumérienne.

 

Abraham ne dépose pas le concept de « Dieu unique » comme on dépose une marque, la dichotomie Monothéisme/Polythéisme n'a pas lieu dans la cosmogonie sumérienne et Abraham ne ressent pas le besoin de se présenter « monothéiste » pour s'opposer aux « dérives païennes » d'idolâtrie et de monolâtrie.



Le concept de « Dieu unique » et, par extension, de monothéisme, est une explication moderne de l’interprétation que nous pouvons nous faire de la transmission d'une « Tradition primordiale ». Adam et les prophètes qui ont précédé le monothéisme sont-ils des démons ou des satanistes ?



Les profanes de la Tradition nous expliquent « Dieu » en terme linéaire, évolutionniste, alors que le pérennialisme s'entend en terme de cycle, de mutation.



les nihilistes fondamentalistes du Laïcisme essayent donc de nous expliquer ce qui était là au commencement, et s'exprimait au travers d'une Religion originel dont nous ne savons rien que la Tradition primordiale, et si ce n'est qu'elle était et qu'elle sera, l'Alpha et l’Oméga, avec des outils conceptuels qui se sont constitués contre cette idée de Tradition, uniquement et exclusivement « contre » et qui n'existent, et ne peuvent continuer d'exister que « contre cette Tradition », que paradoxalement et, jusqu'à la contradiction, ils ne peuvent que reconnaître, puisqu'ils – et leurs sujets d'étude – ne peuvent pas exister sans.

 

Explication postmoderniste d'une transmission antédiluvienne, de symboles qui se baladent à travers des ages aventureux, inconnus. Une explication initiée par les « sphères contre-initiatiques » pour la transformer en évolution avec, en son centre, un progrès et non un cycle en mouvement. Ce qui trompe également et par exemple un Pierre Jovanovic qui nomme une transmission – et les manipulations contre-initiatiques autours de cette transmission – de « plagiat ». Et nous pourrions en effet préciser que la « contre-initiation » récupère toujours le travail de transmission dans un but de domination et déforme cette transmission pour arriver à ses buts occultes. Elle ne travaille pas, elle pratique la subversion. La « subversion » d'une version originale qui vient bien d'une œuvre intacte dans sa création originelle à laquelle la « contre-initiation » déconstructrice n'a pas accès en son processus de coagulation, ce qui ne permet pas de rejeter tout le travail « prophétique » et « ésotérique » accomplit par les transmission orthodoxes, les plus strictes, des différents thèmes et mythèmes religieux, et en dénoncer les déformations suffit. Ces « déformations » sont souvent plus évidentes et moins érudites que les stupides interdictions psalmodiées du néant invocateur et qui interdise de passer les religions politiques au crible de la Tradition ancestrale.



Moïse le judaïque est l’exact retour définitif du monolâtrisme dans le peuple hébraïque d'Abraham. Un monolâtrisme qui se fait vengeur, certes, mais même avec les critères modernes de l'évolutionnisme appliqué au concept du « Dieu israélite » décliné avec les outils matérialistes et rationnels, il est évident que Moïse n'est pas la sainte et saine continuation d'un monothéisme initié par Abraham et ne participe pas d'une évolution, mais qu'il reconstruit l'idole involutive – le Temple – et sacrificielle. D'où Ancien Testament. Nous pensons que ce qui fait véritablement rupture avec le polythéisme hénothéiste révélé d'Abraham – qui n'est pas une forme de monothéisme mais un rappel prophétique de la Religion originelle qui se décline en son temps, ses besoins et nécessités cosmogoniques et cyclologiques –, pour empêcher la monolâtrie « occultiste » de revenir sans cesse, c'est le concept Christique, trinitaire – pour bien insister sur l'idée de Tetraktys comme modèle de justification de la Tradition, et que c'est seulement « à partir du Christ » que nous pouvons parler de monothéisme et de retour. « Mono », pour bien indiquer, une seule et unique « soumission », ainsi que pour déterminer la différence entre « prière » et « soumission » : la prière concernant Dieu et ses attributs, la soumission concernant uniquement « Dieu » – et l'Islam insistera particulièrement sur le principe d'association que les musulmans du quotidien surjouent en associant sans cesse Dieu à leurs actions.

 

Pour revenir aux « attributs de Dieu », fonctions divines de l'Univers en mouvement, nous confondons ces différentes fonctions que nous attribuons systématiquement à un polythéisme négatif, « païen » – au sens péjoratif du terme –, un polythéisme syncrétique, un polythéisme satanique, car nous avons une notion moderne et unipolaire de ce que sont le monothéisme et le polythéisme, comme nous pouvons confondre Tradition universelle et coutumes tribales fréquemment dans notre critique des religions.

 

« (...) Le concept de Divinité en islam est un des plus complexes qui soient ; il occupe néanmoins une position centrale, puisqu'il est au cœur de la profession de foi qui proclame son Unicité. Traditionnellement, Divinité, Unité, Seigneurie, Royauté, sont regardées comme des déterminations primordiales du Principe inconditionné, qui correspondent à des « fonctionnalités » différentes de ce même Principe vis-à-vis des choses qui procèdent de Lui ; ainsi, la Divinité n'est pas la Seigneurie, et vice-versa, et affirmer l'Unicité de l'une n'est pas la même chose qu'affirmer celle de l'autre, bien que la pureté du Tawhîd (affirmation ou doctrine de l'Unité) exige l'affirmation de l'Unité « selon la totalité des Noms et des Attributs ». Il y a toutefois un secret dissimulé au cœur de la Divinité qui n'est pas celui qui se dissimule dans la Seigneurie par exemple.

 

Le texte qui suit est un extrait du Livre de l'Homme Universel d'al-Jîlî, traduit par nos soins, qui explore et expose le mystère de la Divinité en islam. On pourra constater, à la lecture de ces pages magnifiques, que la Divinité est un concept qui n'a rien de « trivial », en dépit de l'habitude des modernes de parler de tout à tort et à travers.

 

Voici donc ces pages merveilleuses d'al-Jîlî sur la Divinité, d'une densité et d'une profondeur sans pareilles... » Maël Mathieu, Le concept de Divinité en islam selon Abd-el-Karîm al-Jîlî, Lire la suite sur LIMBES

 

En outre, c'est aussi affirmer que le paganisme serait nécessairement d'essence polythéiste « négative » alors qu'un certain paganisme, au contraire, est davantage trinitaire en sa solarité, et apparaît être le socle du monothéisme catholique par le Sol in Victus christique. Le paganisme participe à la transmission de la Religion originelle d'Adam qui dans son intériorité, à l'origine, est typiquement d'essence monothéiste – dans les descriptions bibliques – et sans doute davantage que Moïse qui ne dirige pas l’hénothéisme d’Abraham vers un monothéisme mais le retransforme en un tribalisme monolâtrique dont les Lévites – aujourd'hui les « talmudistes » – ne sont pas encore sorti deux mille ans plus tard.

 

La « dérive monolâtrique » est, pour nous, et ce dés les début du judaïsme ou, plus précisément ce qui allait devenir l'israëlisme – Table de la loi de la tribu et « Dieu de la montagne » – de Moïse – qui représente une tribu ayant pris le dessus par la force sur les douze tribus de départ –, est la forme du Judaïsme dont Abraham est la héb. La « révélation » est autre et au delà de Moïse comme fait politique contingent. Nous retrouvons une similarité de rupture immédiate du projet initial dans le chiisme de l'Islam après la mort du Prophète Mohammed ; « similarité » que nous retrouvons aussi dans la chrétienté dés son avènement. Le diable et ses scribes sont dans les détails de la division.

 

En ce qui concerne la méthode de Jean Soler, nous reviendrons sur cette absence d'idée de « transmission » d'une Tradition primordiale, de cycle et de mutation – de la même manière que la « franc-maçonnerie » laïque et athée singe la Tradition et a tué l'ésotérisme – à travers les ages dans une certaine continuité de la « volonté d'émancipation » traversée par des processus de domination qui ont douloureusement accouché de l'athéisme et du laïcisme.

 

Des tentatives et/ou réussites de subversion et d'inversion de cette transmission dans un processus de domination par des entités historiques « nationalistes » – les puissances dominantes du moment – ou « occultes » – les états profonds et les sociétés discrètes et secrètes dans leurs entreprises de long terme aux « petits pas » et le messianisme politique auto-prophétique. Pourtant, Jean Soler souligne bien l'exil de Babylone des élites juives – Talmud de Babylone pendant un long demi siècle, qui est une des clefs de compréhension de l'infiltration permanente de ce que nous appelons la « contre-iniation ». Les « Marchands du Temple » ne gardent pas le Temple mais gardent pour eux les secrets – kabbale – du Temple qu'ils étaient censés enseigner, les vendent, en font commerce, en tout cas c'est ce qu'ils ont l'air de vouloir faire croire : c'est la carotte. Mais derrière cette volonté de passer pour des « marchands » de leur propre transmission de leur propre Tradition récupératrice et d'inversion dans un processus de domination, c'est bien à leur peuple, pour leur peuple et par leur peuple qu'ils dominent la région et qu'ils domineront ensuite d'autres espaces géopolitiques. Le début de la démocratie, sans doute.

 

« (...) En nous rapprochant de l'Occident, nous voyons que la même époque fut, chez les Juifs, celle de la captivité de Babylone ; et ce qui est peut-être un des faits les plus étonnant qu'on ait à constater, c'est qu'une courte période de soixante-dix ans fut suffisante pour leur faire perdre jusqu'à leur écriture, puisqu'ils durent ensuite reconstituer les Livres sacrés avec des caractères tout autres que ceux qui avaient été en usage jusqu'alors.  » René Guénon, La crise du monde moderne

 

Nous en revenons donc toujours à l'absence de nuances que peut offrir, que nous soyons croyants ou non, une approche ésotérique de ces phénomènes où se mêlent religion et politique, dont nous pourrions tirer les même conclusions par une analyse exotérique approfondie des rapports de force normaux, à la lumière du sujet abordé, mais aussi à l'absence d'une approche « métapolitique » des événements. « Triple absence » de méthode qui caractérise les humanistes athées, selon un « logos grec » universitaire qui oublierait que les grecs avaient des dieux, avait un « Dieu » – une certaine lecture de la Tradition prétend que la Grèce fût fondée par neuf sages initiés à Thèbes, qu'aurait dit Aristote ou Platon des Lumières ?

 

« Le polythéisme n'est pas le contraire du monothéisme.

 

Le polythéisme est une façon différente de vivre le monothéisme.

 

Ça dépend du polythéisme, il y a des polythéismes qui ne sont pas justifiés, comme il y a des monothéismes qui ne sont pas justifiés également, je pense à certaines formes du protestantisme bien sur.

 

Donc il y a des monothéismes mauvais, il y a des polythéismes mauvais.

 

Mais le bon polythéisme, par exemple la religion scandinave, avec Thor, Odin, Frigg. Respect exactement le rapport entre essence et substance. Ce rapport est justifié par la science aussi. Si on veut bien faire l'analogie entre Dieu et le vide, qui est une analogie qui est mienne, et bien, du vide découle deux types de substances: la particule ou le champ. La particule c'est le logos c'est la source des formes. Le champ c'est la source des substances. » Laurent James

 

Nous rajouterons, et dans cette logique, qu'il y a donc de la part de Jean Soler dans sa vision du monothéisme : d'une religion, d'une culture et d'une civilisation occidentale qui serait uniquement et typiquement « judéo-chrétienne », mais qui à notre sens n'existe pas en ces termes – et est avant tout une démonie capitaliste et libérale économique dans notre séquence postmoderne. Notre civilisation est européenne – et la réforme qu'incarne Jésus, le Christ, Issa, est une exacte et précise rupture avec le judaïsme pharisaïque schizophrénique, avec le monolâtrisme des Lévites et de leurs descendants talmudistes : un retour à la Religion originelle comme c'est le cas à chaque révélation « verticalement » prophétique. Si il y existe bien une filiation scriptuaire et une transmission théologique, scolastique, entre la religion juive, la religion chrétienne et la religion musulmane, entre l'ancien testament, le nouveau testament et le dernier testament coranique ce qui existe encore davantage en matière de civilisations monothéistes et de blocs politiques cohérents avec, en somme, ce qui reste de la communauté de l’être, est sur le plan « religieux » et « spirituel », pour faire très simple et très synthétique :

 

 

Ce qui n'empêche bien évidement pas des juifs, des chrétiens et des musulmans de pratiquer ce « tribalisme talmudique » de leur propre philosophie et/ou religion  dans une sorte de double allégeance inconsciente dans la logique même du « spectacle de la marchandise » et de toutes les confusions présentent dans notre ère.

 

Il y a donc deux monothéismes distincts :

 

 

Ces considérations ne se bornent pas à des limites géographiques et son avant tout philosophiques, anthropologiques et ontologiques.

 

En réalité Jean Soler fait une autopsie chirurgicale du monothéisme talmudo-babylonien, du délire messianique et des prophéties au-réalisatrices des fous du monolâtrisme « vengeur » ; même après s'être déjà vengé. La religion numéraire et numérique des élites superstitieuses – ce qui ne remet pas en question la transmission du monothéisme Abrahamique, héléno-chrétien ou afro-islamique, et dans leurs origines adamiques, et dans leurs urgences, et, à travers elles, la volonté d'émancipation – Royaume céleste ; Paradis – à l'inverse du processus de domination – Royaume terrestre. Le « protestantisme » étant le monolâtrisme du christianisme comme le wahhabisme est le monolâtrisme de l'Islam.

 

Par son érudition d'universitaire, il renforce et donne par défaut de la densité à la théorie pérennialiste et surtout des acteurs – des processus d'infiltration/déconstruction/manipulation/subversion/récupération/corruption/inversion/soumission/domination/destruction pour qui sait lire entre les lignes et entendre au delà des mots – de la contre-Tradition.

 

Qui, Que, Quoi, Dont, Où?



Il y répond qu'en partie.

 

« (...) Les grecs privilégient toujours, entre les positions extrêmes, donc entre les contraires qui s'opposent, soit des positions intermédiaires: le milieu. Il y a toute une valorisation en Grèce de la notion de milieu. Et le milieu ce n'est pas une position facile, la preuve, c'est que Aristote par exemple dit:"Le milieu est un sommet." Ça veut dire que le milieu - se tenir au milieu - c'est échapper à la tentation des extrêmes, de l'un ou de l'autre. Et par conséquent, c'est difficile, c'est une position qui se gagne, qui se conquiert, celle du milieu, on est loin de la conception du juste milieu, avec les connotations de tiédeur, de lâcheté, de facilité, connotations qu'on peut donner aujourd'hui à ce terme de milieu... » Jean Soler

 

Nous nous sommes donc permis une réflexion hâtive – avant lecture complète et approfondie de ses ouvrages – et sans doute empressée dans ses conclusions, mais nous resterons attentifs à la connaissance de cet historien que nous respectons et dont nous sommes loin d'appréhender la pensée totale.



Nous reviendrons peut-être sur Qui est Dieu ?



Nous nous sommes ici essayés à une première observation sur ce qui nous a sautée aux yeux lors de notre première lecture de ce livre que nous vous recommandons vivement : grâce à son propos qui est clair et pédagogique, vraiment accessible malgré ses précisions historiques de hautes tenues et que Jean Soler vulgarise magistralement.

 

« En quelque 120 pages, Jean Soler réussit une synthèse claire et accessible de ses travaux, mettant en lumière « six contresens sur le dieu de la Bible ». « Cet agrégé de lettres classiques déconstruit les mythes et légendes juifs, chrétiens et musulmans avec la patience de l'horloger et l'efficacité d'un dynamiteur de montagne. »  Michel Onfray, Le Point n°2073, juin 2012


 

« Il s'agit aussi, pour ces mêmes philosophes, d'attacher leur nom à un « système », c'est-à-dire à un ensemble de théories strictement borné et délimité, et qui soit bien à eux, qui ne soit rien d'autre que leur œuvre propre ; de là le désir d'être original à tout prix, même si la vérité doit être sacrifiée à cette originalité : mieux vaut, pour la renommée d'un philosophe, inventer une erreur nouvelle que de redire une vérité qui a déjà été exprimée par d'autres. Cette forme de l'individualisme, à laquelle on doit tant de « systèmes » contradictoires entre eux, quand ils ne le sont pas en eux-mêmes, se rencontre d'ailleurs tout aussi bien chez les savants et les artistes modernes ; mais c'est peut-être chez les philosophes qu'on peut voir le plus nettement l'anarchie intellectuelle qui en est l'inévitable conséquence. Dans une civilisation traditionnelle, il est presque inconcevable qu'un homme prétende revendiquer la propriété d'une idée, et, en tout cas, s'il le fait, il s'enlève par là même tout crédit et toute autorité, car il la réduit ainsi à n'être qu'une sorte de fantaisie sans aucune portée réelle : si une idée est vraie, elle appartient également à tous ceux qui sont capables de la comprendre ; si elle est fausse, il n'y a pas à se foire gloire de l'avoir inventée. Une idée vraie ne peut être « nouvelle », car 1a: vérité n'est pas un produit de l'esprit humain, elle existe indépendamment de nous, et nous avons seulement à la connaître; en dehors de cette connaissance, il ne peut y avoir que l'erreur; mais, au fond, les modernes se soucient-ils de la vérité, et savent ils même encore ce qu'elle est ? » René Guénon, La crise du monde moderne

 

 

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Qui est Jean Soler ?

 

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N. Pendragon

 

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