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17/11/2015

Le Cœur du Monde (La Grande Touriste)


"La France, ai-je dit ailleurs, est tellement le premier des peuples que tous les autres, quels qu'ils soient, doivent s'estimer honorablement partagés quand ils sont admis à manger le pain de ses chiens. Quand elle est heureuse, le reste du monde est suffisamment heureux, dût-il payer ce bonheur de la servitude et de l'extermination."
Léon Bloy


Pour retrouver la Gaule, il faut ajouter la Belgique à l'Hexagone et en retrancher l'Aquitaine. Une soixantaine de tribus celtes y vit encore, bien cachée sous d'innocents toponymes : Paris pour les Parises, Nantes pour les Namnètes, Bourges pour les Bituriges, Troyes pour les Tricasses, Poitiers pour les Pictons, Périgueux pour les Pétrocores, et cætera. Quoiqu'on en dise, ils conservent jusqu'à nos jours une certaine homogénéité ethnique. Que l'on nous permette d'en étudier ici le caractère.


D'après les auteurs antiques, les Gaulois sont vantards, ingénieux et très propres (ce sont même eux qui ont inventé le savon). Pour savoir le temps qu'il va faire, ils égorgent leurs semblables et lisent dans leurs dernières convulsions. Ils ne respectent pas les traités, s'enflamment volontiers pour qui leur semble victime d'injustice. Ils sont fougueux dans l'attaque mais ils se découragent facilement. Nous dirons qu'ils sont un peu bipolaires. Curieux de l'étranger, ils posent beaucoup de questions aux voyageurs. Dans leurs familles, le père a droit de vie et de mort sur ses enfants. 


Les Gaulois vénèrent le ciel, les montagnes, les rivières, les animaux et les vieux chênes. Ils élèvent des autels aux croisements des routes. Des prêtres appelés druides assurent seuls la cohérence de leur territoire : ils se réunissent tous les ans en son centre géométrique, quelque part dans la forêt des Carnutes. Sinon, les Gaulois n'ont ni roi, ni langue, ni état qui les unisse. Quand Vercingétorix entreprend de les fédérer contre César, il est banni par sa propre tribu : c'est dire si l'idée nationale leur pose problème. "Terrifiant par son physique, son armement, son intelligence, son nom même", le chef arverne parvient néanmoins à tenir Rome en respect. 


Vers l'an zéro, Vercingétorix commet l'inexplicable erreur de s'enfermer dans l'oppidum d'Alésia, où il est capturé. Avec tous les honneurs qui lui sont dûs, César l'amène à Rome et le fait étrangler sur l'autel de Jupiter. Les Gaulois en déduisent qu'ils sont Romains depuis toujours. Leur pays se hérisse de villes, tandis qu'ils se prosternent devant l'empereur et apprennent le latin. Mais bientôt, ils se laissent trucider par leurs maîtres en leur riant au nez. Ils fondent les statues d'or de l'Auguste pour en faire des reliquaires. De Rome à Rome, les Gaulois deviennent catholiques. Cinq siècles plus tard, Clovis le Franc salien est leur nouveau seigneur. Il demande le baptême et troque le crapaud pour le lys à trois pétales, ce qui persuade les Gaulois qu'il sont Français, à jamais. 


L'ombilic du pays se déplace. Des Carnutes, il migre à Paray-le-Monial, puis à Rocamadour. Entre-temps, les Francs s'organisent pour ne pas disloquer le royaume dans les querelles d'héritage. Vers l'an mil, la loi salique est actée : est Roi le fils aîné du Roi quand le Roi meurt, point barre. Mais cela ne suffit pas à faire tenir ensemble les morceaux. Un siècle plus tard, Louis VII répudie Aliénor d'Aquitaine. Vexée, celle-ci s'offre en mariage au Roi d'Angleterre et avec elle, la moitié du pays. Dans le Sud, des Gaulois se catharisent et contestent l'autorité de Louis VIII, ce qui l'oblige à sévir. Survient ensuite une nouvelle catastrophe : Jean Ier meurt à trois jours, sans laisser de fils. Le Royaume est reconduit, moyennant quelques sanglantes transactions. Mais la trêve ne dure guère. Alors qu'il chemine à cheval dans la forêt du Mans, Charles VI est pris de folie. Il tue quatre hommes de sa garde avant d'être maîtrisé. Ses oncles prennent la régence mais ne tardent pas à s'entretuer. Il faudra cent ans de guerre et une bergère analphabète pour reconstituer la France.


La monarchie des Francs ne vaut pas cher. Les Mérovingiens sont faibles, les Carolingiens sont fainéants, les Capétiens sont fourbes. Après quatorze siècles de patience, les Gaulois coupent enfin la tête de Louis XVI, qui fut pourtant le plus Gaulois de tous les souverains de leur Histoire. Ils proclament ingénument que Paris suffit désormais à faire la France et ce faisant, menacent toutes les têtes couronnées d'Europe. Il faudra encore des millions de morts et un général corse et pour maintenir à peu près intactes leurs frontières. 


Puis, pendant tout le dix-neuvième siècle, la France se cherche. A court d'arguments, Napoléon III entreprend des fouilles archéologiques à Alésia, devenue Alise-Sainte-Reine. Les Gaulois découvrent hébétés que leurs ancêtres sont Gaulois. Pour marquer le coup, l'empereur commande une statue de Vercingétorix. Le colosse fait près de sept mètres. Il a des cheveux longs et une grosse moustache. Comme il est impossible de le coucher, il est convoyé debout depuis Paris jusqu'en Bourgogne. Sur son passage, les Gauloises s'agenouillent et font le signe de Croix, croyant saluer « Saint Gétorix ». Mais Napoléon III n'en perd pas moins son trône avec l'Alsace et la Lorraine, et la France se décide enfin pour le statut de Chose Publique.


A l'orée du vingtième siècle, un curé soudainement enrichi prétend avoir trouvé un trésor. Le nouveau centre du pays enchanté se situerait dans sa paroisse, à Rennes-le-Château. Une enquête révèle qu'il prospérait sur la crédulité de ses fidèles. Malgré l'avertissement, des Gaulois se précipitent dans la petite bourgade du Roussillon et finissent en hôpital psychiatrique. Les autres, restés sains d'esprit, jurent de reprendre l'Alsace et la Lorraine et se ruent dans une guerre épouvantable dont il ressortent exténués. Hélas ! Quelques années plus tard, une deuxième guerre épouvantable les achève. Leurs patois disparaissent. Leurs familles se décomposent. Leurs campagnes se couvrent de carrefours giratoires et de centres commerciaux. Ils se surprennent alors à broyer du noir en marchant dans les sous-bois. De là à virer Charlie, il n'y a qu'un pas.


Aujourd'hui, la France est un petit pays coincé entre la Bretagne et la Belgique. Ses habitants s'accommodent tant bien que mal des inconvénients de la démocrature. Ils regardent bêtement les Arabes qui les appellent par leur vrai nom. A qui veut l'entendre, ils se vantent de ne pas supporter d'entendre parler de Dieu. Que Ton nom ne soit pas sanctifié, que Ton règne jamais n'arrive, telle est leur litanie secrète. Dans les enclaves royalistes, il se dit que le fils aîné du Comte de Paris ne peut prétendre au trône, car il est handicapé mental. Mais alors, qui est le Roi de France ? 


Toute Histoire n'est jamais qu'une devinette. Chez les Gaulois rien n'a changé. Il y a le ciel, les montagnes, les rivières, les chevaux et les vieux chênes. Donc, le jour vient après la nuit et la mort n'existe pas. 


Ainsi soit-il.

 

La Grande Touriste

 

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02/07/2015

RENCONTRES EURASISTES II

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« Si tu n'existes pas, comment veux-tu mener quelque guerre que ce soit ? Il n'est qu'une seule guerre. Depuis la Défaite, jamais le soleil ne s'est plus levé. Plus une seule fois. Ne crois pas qu'il soit simple de faire la guerre. Ni la guerre, ni l'ennemi, ni le faux ami ne suffisent à mener, à déclarer, à combattre une guerre. Ne crois pas non plus qu'il soit si simple que le soleil se lève. Fais que le soleil se lève. Alors seulement, la guerre reprendra. Alors seulement, tu seras invité à danser la danse de la guerre. » Olivier Mathieu, Châteaux de sable, p. 250, aux Éditions des Aprems

27/05/2015

La mission de la France (Jean-Louis Loubet Del Bayle)

 

Jean-Louis Del Bayle, Les non-conformistes des années 30 - Une tentative de renouvellement de la pensée politique française, II. « L'esprit de 1930 » : Essai de synthèse idéologique, 2. La Révolution Nécessaire, 5. La mission de la France, PP. 345- , aux éditions Points, collection Histoire

 

Ainsi, aussi séduits qu'ils aient pu l'être par certains aspects des expériences russe, italienne ou allemande, les mouvements de jeune des années 1930 considéraient, sans équivoque possible, que ces « révolutions manquées » ne pouvaient indiquer à la France les voies du salut. « La désastreuse inertie des nôtres, notait Thierry Maulnier, ne doit pas pourtant suffire à nous faire applaudir le désastreux enthousiasme des autres peuples : il serait souhaitable que les jeunes Français, le jour où ils se réveilleront, prissent d'autres chemins que les chemins qui leur sont indiqués par l'Europe d'aujourd'hui (...) Une attitude révolutionnaire doit essentiellement comporter, non seulement la défiance, mais encore l'hostilité directe à l'égard des doctrines sociales contemporaines. »

 

Ces tendances révolutionnaires à l’œuvre dans l'Europe entière leur semblaient bien souvent plus exacerber les défauts du monde qu'ils rejetaient qu'apporter des solutions neuves aux problèmes de leur temps. Basculant de l'individualisme au collectivisme, de l'idéalisme au matérialisme, du rationalisme à un vitalisme sans frein, elles leur apparaissaient aussi destructrices de l'homme ne trouvait pas son compte : « Les trois grandes révolutions, nationales, socialistes : la révolution bolchévik (nationale, socialiste, étatiste), la révolution fasciste (nationale, socialiste, étatiste), la révolution hitlérienne (nationale, socialiste et raciste), ont, constatait Alexandre Marc, trop sacrifié à la révolte et à la réforme, trop souvent asservi et mutilé l'homme au lieu de l'enrichir et de le libérer. »

 

L'homme sacrifié à la masse, l'homme identifié à son seul destin social, l'homme ignoré dans sa personnalité unique et irremplaçable, l'homme méconnu dans sa liberté et sa spontanéité, l'homme englouti par le Léviathan collectif, telle était la tare fondamentale, essentielle, sans rémission, de toutes ces « révolutions ». C'est peut-être sous la plume de Thierry Maulnier que l'on trouvait l’expression la plus éloquente de cette protestation de l'homme dressé contre les idoles collectives dont le prestige allait grandissant en ces années 1930 : «  Mythe de la cité socialiste, mythe de l'impérium fasciste, mythe de la germanité, les buts proposés à l'action la plus énergique et au dévouement absolu des hommes européens consistent, somme toute, dans l'organisation de la vie collective ; on ne propose rien à l'homme qu'une certaine forme de société comme seul objet de son action et comme seul espoir possible d'une vie supérieure : rien au-delà. L'idée de l'homme disparaît comme valeur éternelle et irréductible : les cultes du socialisme et du néonationalisme sont des cultes, vulgaires parce qu'ils se fondent implicitement sur cette appréciation de la foule qui ne définit l'homme que par sa place dans la société et son rôle dans la communauté (...) Dans le national-socialisme et dans le fascisme, tout autant que dans le collectivisme russe, c'est le bien-être ou les cultes de la masse qui réclament à leur bénéfice les démarches suprêmes de la sainteté, de l'héroïsme et de la méditation. La cité socialiste, la race, l’État, redoutables idoles apprêtées pour les communions collectives, valeurs pour le grand nombre et faites à la mesure du grand nombre, sont ainsi érigées en cultes absolus (...) Ces nouvelles disciplines exigent le dévouement total de la foi et de l'action à des notions abstraites, vides, grossières, privées de tout contenu éthique et spirituel. Le fascisme italien et, plus encore, les mouvements allemands et russes prétendent créer leur propre éthique et leur propre mystique sur l'infériorité essentielle de l'individu en face de la communauté. »

 

Ce diagnostic établi, Thierry Maulnier concluait : « Socialisme, étatisme, racisme renoncent à jouer un rôle dans l’œuvre d'une civilisation désintéressée : entre eux et l'humanisme il faut choisir. » La France était à ses yeux le lieu privilégié de ce choix décisif entre les révolutions de masse et ce qu'il appelait la « révolution spirituelle » ou la « révolution aristocratique » ? « Nous sommes, écrivait-il, à un carrefour, et à l'un des plus importants de l'histoire du monde, Saurons-nous choisir ? Il s'agit de décider si la jeunesse française, imitant aveuglément ses voisins, suivant la voie tracée par deux siècles d'erreurs, cherchera dans la démocratie, dans le collectivisme, dans les mythes d'un capitalisme ou d'un nationalisme vulgaire, de grossières communions ou si, seule dans le monde, elle restituera à leur place les plus hautes créations de la personne humaine (...) De l’Italie à l'Allemagne, du fordisme ou stalinisme, l'univers semble tout entier conquis par les masses. La civilisation française, dans son principe, est une civilisation aristocratique. Il n'y a rien à espérer pour l'homme du culte du travail (...) La France jusqu'ici s'est tenue dans le monde moderne sur la réserve. Elle n'a pas joué sa partie. Il serait bon qu'elle songeât avant que les jeux ne soient faits. »

 

L'analyse de Thierry Maulnier se terminait donc par un appel à la France pour qu'elle retrouve sa plus authentique tradition et qu'elle soit, par là, le « dernier modèle de l'Occident » : « Elle occupe entre les nations une certaine place qu'aucune autre nation n'est en mesure de tenir. Ses ennemis la condamnent en affirmant que notre civilisation sa fonde sur des principes contraires à l'évolution présente qu'elle peut éviter à ces peuples de se perdre. La France ne doit plus être aujourd'hui seulement la France, mais la meilleure part des espoirs présente du monde. La révolution nécessaire est la révolution aristocratique. La France est-elle capable de se réveiller pour la faire ? Elle a devant elle la plus belle phase de son destin. »

 

Cette idée d'une mission de la France n'était pas la résurgence dans la seule Jeune Droite d'un nationalisme hérité de la tradition à laquelle elle se rattachait. C'était un thème que l'on retrouvait dans tous les groupes de jeunes de ces années. L'Ordre Nouveau, par exemple, considérait, lui aussi que la France avait une sorte de vocation universelle et que le désordre contemporain était en partie le fruit de la « décadence de la nation française » et de sa démission devant les exigences de son destin : « Si la décadence de la nation française, écrivaient Robert Aron et Arnaud Dandieu, n’intéressait qu'elle et ses nationaux, il ne s'agirait que d'une de ces anecdotes historiques sans portée, sans prolongement, qui occupent les contemporains et qui, n'ayant aucune importance spirituelle ou morale, n'attirent pas plus l'attention des historiens futurs qu'une révolution de palais ou un partage de petit État. Mais, quoi que l'on dise, quoi que l'on fasse, quoi qu'elle ait dit ou fait elle-même, c'est peut-être la seul raison d'être et le seul espoir de salut de la France que toute question qui se pose pour elle la dépasse immédiatement et intéresse l'humanité. A tord ou à raison, malgré ses dirigeants et ses représentants actuels, l'existence de la France se trouve encore liée à une certaine conception du rôle de l'individu dans la société et le monde, à certaines préoccupations morales et métaphysiques (...) Ainsi toute question qui se pose à son propos devient, au sens le plus précis et le plus implacable du mot, une question d'humanité. Et le malaise dont souffre en ce moment la nation française nous intéresse à déceler et, le cas échéant, à réduire dans la mesure où il condense et précise un malaise plus général et plus profond. »

 

En face de ce qu'il tenait pour l'échec des tentatives russe, italiennes et allemande, l'Ordre Nouveau considérait, comme Thierry Maulnier, que ce qui était apparemment la faiblesse de la France en était peut-être aussi la chance. Il pensait, en effet, que le fait pour la France d'avoir été jusque-là épargnée par les bouleversements violents qui secouaient l'Europe était une sorte de répit providentiel lui permettant de mûrir une véritable révolution « à la mesure de l'homme ». « La révolution qui se prépare, déclarait Aron et Dandieu, et dont les mouvements russe, italien et allemand ne sont que les Prodromes imparfait sera réalisée par la France. » Se référant à la vocation permanente de la France à « proposer infatigablement au monde des valeurs neuves de portée universelle », l'Ordre Nouveau, définissait ainsi sa mission dans les années 1930 : « En face des révolutions manquées, , se hâter de dresser la véritable doctrine révolutionnaire que notre époque réclame. » Dans un univers en crise, la France restait donc, pour l'Ordre Nouveau, malgré la médiocrité de ses représentants officiels, la « terre décisive ». C'est ce qu'Aron et Dandieu proclamaient à la fin de leur livre la Révolution nécessaire : « Ce qui est beau, c'est la lutte la mort. Ce qui est grandiose, c'est la victoire de l'homme. Le long des côtes de la Méditerranée et la mer du Nord, remontant le Danube ou le Rhin, s'avance l'antique ennemi de l'homme. On l'appellera l'État, matérialisme, racisme ou tyrannie ; mais son essence est plus profonde et n'a de nom en aucune langue, surtout pas en français. Ce n'est pas notre faute si la France est en effet, aujourd'hui comme hier, la dernière écluse. Ce n'est pas notre faute si le pays des petits rentiers du Traites de Versailles est tout de même aussi le dernier refuge continental des hommes libres. Ce n'est pas notre faute si, pour sauver l'Occident et l'Europe nous devons d'abord, aujourd'hui, nous appuyer sur la France. Il ne s'agit pas de défendre une citée ou une idée. Il ne s'agit pas de défense, mais de choix, d'affirmation, de création, de Révolution. Nous sommes sur la terre décisive. L'heure est venue, allons-y.

 

La notion d'une mission de la France, si caractéristique de ces mouvements, se retrouvait enfin dans Esprit, pourtant méfiant à l'égard de tout ce qui pouvait ressembler à une quelconque exaltation nationaliste. Pour lui aussi, en face des expériences étrangères, la France devait être la gardienne de certaines valeurs essentielles et trouver dans sa propre tradition les racines de la révolution à réaliser, une révolution qui lui paraissait devoir représenter un caractère exemplaire et universel. Après avoir analysé les conceptions fasciste, Mounier notait ainsi : « Ce n'est pas dans de semblables caricatures que nous irons, nous Français, interroger la mission de la France, mais dans une résurrection de sa très ancienne vocation qui est de purifier les instincts du monde. » Tout en mettant en garde contre « la canonisation des raideurs nationales », il rappelait aussi : « Il y a une manière d'intelligence et de culture et de vision française du monde. ceux-là même qui le nient y participent. Il doit donc y avoir un aspect singulier de la révolution spirituelle où ressortiront des intuitions, des manières plus proprement françaises : sens de la liberté individuelle, de la responsabilisé, de la résistance aux pesanteurs sociales, aux mystiques irrationnelles. » Dés le premier numéro d'Esprit, Jean Lacroix voyait lui aussi « l'apport propre de notre pays aux constructions sociales de demain » dans « le sens de l'éminente dignité de la personne humaine ». Sur le même thème, Georges Izard lançait un vibrant appel à la France pour « qu'elle redevienne elle-même (...), qu'elle rappelle au monde écrasé sous l'affreuse discipline des théories quelques-unes des revendications de notre nature ; qu'elle s'identifie de nouveau avec la liberté dans une Europe qui en a perdu le souvenir ! Liberté de l'homme contre la dictature de la nation et d'une classe, contre les puissances économiques, liberté dans l'épanouissement de la personne, toute une reconstructions de la société tient en ces quelques mots. Ainsi la tâche de la France ne sera pas finie tant que celle de l'homme durera »... à suivre...

 

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